Spiritualité, Nouvel-Age - Esotérisme
CONFERENCE: Extériorisation de la Pensée,PAR Gabriel DELANNE aux Membres du Congrès Spirite de Liège

LE DIMANCHE 11 JUIN 1905

MESDAMES, MESSIEURS,
Mes premières paroles seront un remerciement pour les membres du Congrès qui
m'ont fait l'honneur de me demander de venir ce soir exposer devant vous, une
question qui touche à peu près à tous les problèmes du Spiritisme. Cette question,
c'est l'extériorisation de la pensée.
S'il fallait développer devant vous tous les phénomènes qui touchent à cet ordre de
recherches, je crois que le temps nous ferait défaut, pour traiter la question d'une
manière tout à fait complète.
Les phénomènes du Spiritisme sont vrais, et ils le sont parce qu'on les a affirmés un
nombre considérable de fois, on les a étudiés avec les méthodes les plus rigoureuses.
Si ces phénomènes sont exacts, ils sont dus incontestablement à l'action des êtres qui
sont dans l'espace, à l'action des vivants qui ont cessé d'appartenir à notre planète
pour vivre dans une autre ambiance, dans l'espace. Eh bien ! si ces esprits agissent
sur nous, ils le font au moyen de leurs pensées, et suivant les dispositions des
personnes spécialement qualifiées pour recevoir ces pensées qu'on appelle des
médiums. La pensée de l'esprit peut se traduire soit par des mouvements d'un objet
quelconque - plus généralement une table - soit par l'écriture, soit par la vision, soit
par l'audition, soit enfin par la pénétration de la pensée, de l'esprit, s'emparant des
organes du médium (c'est ce qu'on appelle la médiumnité à incorporation).
Le champ de ces études est immense ; mais on peut s'y préparer en étudiant des
phénomènes analogues qui peuvent se produire pendant la vie, en chacun de nous.
La pensée peut s'extérioriser, la pensée peut sortir de l'être humain pour aller agir à
distance sur un autre être humain de manière que le second individu a une
conscience nette et précise de la pensée du premier. Il a donc fallu que cette pensée
sorte du cerveau de l'agent - c'est ainsi qu'on appelle celui qui opère - pour pénétrer
dans l'esprit du sujet. C'est là la transmission de pensée.
Mais il y a une seconde forme de l'extériorisation de la pensée : quand un individu
dans des circonstances spéciales - soit pendant le sommeil naturel, soit pendant la
transe - s'extériorise de manière à prendre connaissance des événements qui se
passent au loin. On appelle ce phénomène la clairvoyance.
Eh bien ! dans ce fait, c'est bien réellement la pensée de l'individu, sa pensée
immatérielle qui sort de lui-même ; pendant qu'il est enfermé dans sa chambre, qu'il
ne fait pas jour, que les murs limitent la portée de sa vue, il prend connaissance des
événements qui se passent au-dehors et il peut les décrire parfaitement. La
clairvoyance est donc une des formes d'extériorisation de la pensée.
Il y a une troisième forme à laquelle les savants anglais qui se sont beaucoup occupés
de cette question, les membres de la «Société de recherches psychiques» ont donné le
nom de télépathie.
La télépathie c'est la communication entre deux intelligences séparées par la distance
- communication qui ne s'effectue par aucun des sens dont nous avons l'habitude de
nous servir pour transmettre notre pensée.
Par exemple, je suis ici à Liège, j'éprouve un accident subit et ma pensée se reporte
vers un être qui m'est cher. Il peut arriver que cet être me voit tel que je suis en ce
moment, ou entende ma voix, ou ressente une certaine sensation qui l'avertira qu'il
m'est arrivé un accident.
Les savants de la société anglaise, pendant une vingtaine d'années, se sont occupés
spécialement de réunir des cas dans lesquels cette transmission de la pensée sous ses
différentes formes, a été établie avec une rigueur, avec une méthode, qui ont donné à
ces phénomènes une certitude complète. C'est à ce point qu'aujourd'hui même vous
pouvez aller dans les académies, dans les réunions publiques, dans les milieux les
plus cultivés, parler des lois de la télépathie sans être contredit.
Depuis 25 ans, la «Société des recherches psychiques» a réuni plus de 2.000 cas qui
ont été vérifiés de point en point avec la rigueur et la minutie que les savants ont
habitué le public à voir dans chacune de leurs expériences. Non seulement on a réuni
des récits mais encore on a demandé à celui qui le faisait, si au moment précis où
l'événement se produit, il en a pris note, s'il en a parlé soit à ses parents, soit à ses
amis, s'il est resté un témoignage effectif montrant que véritablement à une époque
déterminée, il avait eu soit une vision, soit une audition. Quand il dit, par exemple :
«J'en ai pris note dans mon journal...» On lui demande à voir ce journal, on vérifie si
le récit n'avait pas été intercalé plus tard, s'il faisait bien partie du texte du journal ;
ensuite et indépendamment du récit fait par le clairvoyant, on demande encore au
témoin de faire un récit exact de ce qu'on leur a raconté et on compare toutes ces
versions. C'était là la première partie.
Ensuite si par exemple c'était un père auquel il était arrivé un accident et que ce fut
son fils qui eut eu la vision, après avoir vérifié le récit du fils on avait interrogé le
père. On lui dit : «Vous avez été soigné par un médecin, en est-il resté quelque
chose, un témoignage effectif.» Les savants se donnaient la peine de remonter
jusqu'aux sources, de vérifier chacun de ces témoignages, de les comparer les uns
aux autres ; c'est quand des deux côtés la vérification avait été faite, qu'on publiait
alors le fait en lui donnant toutes les preuves qu'on possédait de son authenticité.
Dans les livres publiés par la «Société anglaise de recherches psychiques» plus de
2.000 cas authentiques ont été relatés. C'est cette façon de procéder qu'il faudrait que
nous, spirites, nous mettions en pratique. Alors que nous racontons un phénomène
auquel nous avons assisté, ceux qui nous connaissent peuvent jusqu'à un certain
point ajouter foi à notre récit ; mais quand nous voulons présenter au public - c'est-àdire
aux personnes qui ne nous connaissent pas - le récit de ces témoignages, ils nous
disent : «Votre souvenir n'est pas bien fidèle.»
Si vous apportez en même temps que votre récit celui des personnes qui ont assisté
en même temps que vous, si chacun a fait du même phénomène un compte-rendu,
nous pourrions voir si l'imagination n'a pas joué un certain rôle, si involontairement
ou inconsciemment vous n'avez pas apporté des modifications à l'exposé du récit ou
à l'expérience à laquelle vous avez assisté.
Eh bien ! je vous le demande, vous tous qui avez assisté à des réunions, qui êtes à
même de constater des phénomènes dans l'intérêt supérieur de notre doctrine, dans
l'intérêt supérieur de la propagande, chaque fois que vous ferez un récit, entourez-le,
je vous en prie, de toutes les circonstances dans lesquelles il s'est produit ; si vous le
faites vous donnerez au Spiritisme un élan considérable, parce que nous nous
appuierons sur des faits contrôlés, certains, sur des faits qui feront dans le monde
entier la même révolution que la «Société des recherches psychiques» a produite
dans le milieu intellectuel, grâce aux procédés qu'elle a suivis.
Revenant à l'objet principal de cette conférence, je voudrais traiter un aspect tout à
fait particulier de la question ce qu'on a appelé la matérialisation de la pensée.
Oh ! je sais bien que ces mots «matérialisation de la pensée» feraient frémir, ou tout
au moins auraient fait frémir, il y a encore bien peu de temps, les personnes habituées
à l'esprit scientifique, à ses méthodes de recherches. On nous aurait dit : «Vous
parlez de matérialiser la pensée, mais ignorez-vous donc que la pensée est purement
et simplement une vibration cérébrale. Comment voulez-vous matérialiser une
vibration ; vous n'avez peut-être pas exactement conscience des termes dont vous
vous servez.»
Tandis que les philosophes de l'autre bord auraient dit : «La pensée, c'est l'âme ellemême
; l'âme est immatérielle, elle n'a pas de couleur, elle n'a pas de poids, pas de
dimensions. C'est justement parce qu'entre l'âme et le corps, il n'y a aucune
comparaison à établir que vous ne pouvez pas matérialiser la pensée.»
Eh bien ! je tiens tout d'abord à bien définir la question. Evidemment, la pensée en
soi est un phénomène immatériel, un phénomène qui n'a pas d'analogue dans le
monde physique. Mais pendant la vie, l'âme est associée à son enveloppe physique, à
son corps et chaque fois que la pensée s'exprime, il y a une vibration cérébrale qui
correspond à cette pensée. C'est ce côté physiologique, cet aspect matériel de la vie
de l'esprit que nous allons étudier aujourd'hui. Remarquez que la question a une
grande importance parce qu'à tout instant vous lirez dans les revues spirites, vous
entendrez des récits qui sont faits par des médiums voyants et dans lesquels, par
exemple, le médium dira à une personne qui vient le consulter : «Je vois à côté de
vous une dame qui a les cheveux blancs, qui a une cravate de telle couleur, qui a un
corsage rouge, une robe avec de petites dentelles.» Les incrédules alors disent :
«Quoi ! vous parlez d'un fantôme qui est habillé, vous parlez d'un fantôme qui a un
chapeau. Est-ce que vous rêvez ? Est-ce que ces phénomènes sont possibles en
dehors de l'hallucination ? Si l'âme existe, je conçois que dans l'espace elle survive
d'une manière quelconque que je ne puis pas approfondir, mais ne me faites pas
croire que cette âme a emporté avec elle un vêtement fluidique, qu'elle a un fantôme
de chapeau, un fantôme de robe ?» Si d'autre part, on fait la description d'un
laboureur et de ses boeufs, les mêmes incrédules nous diront : «Je ne puis pas croire
que les boeufs existent positivement dans l'espace à l'état fluidique.»
Eh bien ! Mesdames, Messieurs, c'est cette question que je voudrais traiter devant
vous, et pour celle-là, comme pour bien d'autres, il faut en revenir au maître, à Allan
Kardec. Que dit-il ? Il nous dit que la pensée est créatrice, que quand nous prions,
que quand nous pensons, nous réalisons immédiatement dans l'espace une image qui
est la traduction, la reproduction photographique de l'image que nous avons dans
l'esprit ; Kardec va plus loin, il dit encore : si, par exemple, un esprit se trouve dans
l'espace, s'il se manifeste à un médium, pour se faire reconnaître il reprendra
momentanément, non seulement la forme qu'il avait sur la terre, à une époque
déterminée de son passé, mais aussi les attributs physiques, les vêtements qu'il avait
à cette époque.
Il s'agit de démontrer que cet enseignement de Kardec est vrai ; il s'agit de prouver
par les recherches des savants contemporains que nous trouvons des explications
claires, logiques qui viennent appuyer d'une façon absolue, certaine, l'enseignement
donné par les esprits, il y a un demi-siècle ; il s'agit de montrer que ce qui était
contenu dans les livres du maître est vérifié aujourd'hui d'une manière absolument
authentique et précise par les savants qui ne sont pas spirites. C'est donc en puisant
dans leurs oeuvres que nous allons accumuler les preuves qui démontreront d'une
façon absolument nette que Kardec ne nous a pas trompé.
Pour établir la vérité de ce que je viens de vous dire, il faut démontrer trois choses :
1° que toute pensée est une image, 2° que cette image peut sortir du cerveau, peut
exister dans l'espace, 3° qu'une fois que cette pensée est dans l'espace, elle peut se
matérialiser et devenir accessible aux sens - qu'on peut la voir, la toucher, la
photographier.
Prenons le premier point. Je vous ai dit que toute pensée était une image. Cette
affirmation n'a pas besoin d'être démontrée ; elle est admise d'une façon unanime par
tous les psychologues contemporains. «J'ouvre les yeux, immédiatement le monde
extérieur est dans mon oeil, arrive dans mon cerveau, et pendant que j'ai les yeux
ouverts, j'ai la connaissance des objets. Je ferme les yeux et par un effort de ma
volonté, je peux retrouver ces sensations, j'ai le souvenir de ce que je viens de voir.
Vous savez tous comme moi que dans la réalité, quand nous avons été dans une ville,
quand nous avons rencontré des paysages, il suffit - si notre mémoire est
suffisamment fidèle - de vouloir que l'image renaisse et elle renaît affaiblie, très
vague.
De même, pour un air de musique que vous avez entendu, de même, pour une odeur
que vous avez sentie, en un mot les sensations laissent en nous des traces ; celles-ci
reproduisent une image de la réalité et suivant les facultés que nous possédons,
suivant le type auquel nous appartenons, nous avons non pas une mémoire, mais une
collection de mémoires. (Vous savez que les psychologues ont rangé les différents
types de l'humanité en plusieurs classes ; ils désignent sous le nom de visuels ceux
qui pensent habituellement par l'image, sous le nom d'auditifs ceux qui entendent en
eux-mêmes les raisonnements, sous le nom de moteurs ceux qui sentent vivement les
impulsions intérieures.) Suivant le type auquel nous appartenons, nous avons des
procédés différents pour réveiller en nous l'image des sensations qui ont été
enregistrées et chaque fois qu'elles renaissent, c'est la même image, un peu affaiblie
seulement, mais qui peut prendre chez certains individus un caractère aussi net que la
perception elle-même. Si vous lisez les travaux publiés sur ce sujet, vous verrez que
certains individus qui appartiennent au type visuel, par exemple, ont cette singulière
propriété de réveiller leurs souvenirs avec une telle intensité qu'ils croient avoir
devant les yeux l'objet qui a frappé pour la première fois leur vue.
Ainsi un peintre n'avait besoin que de voir une seule fois un individu pour pouvoir
faire son portrait d'une manière aussi fidèle que si l'individu avait posé devant lui.
Quand on lui demande : Comment faites-vous ? Il répond : «Je prends l'individu, je
l'assieds sur cette chaise ; il me semble qu'il est là positivement et je n'ai qu'à copier
l'image que j'ai devant les yeux.» Vous voyez à quel point cette image peut devenir
réelle, positive.
Dans les autres sensations, il en est de même. Mozart ayant entendu une seule fois au
Vatican un Requiem l'a noté depuis le commencement jusqu'à la fin. Beethoven
composait dans sa tête des sonates tout entières ; il n'avait pas besoin de les exécuter
matériellement ; elles étaient dans son esprit avec toute leur finesse, tout leur brillant
coloris.
Vous voyez donc que suivant les individus, la richesse de l'imagination, l'image se
présente avec une netteté plus ou moins saisissante.
Vous me direz : «Ce sont des exceptions. Vous me citez là les cas d'un grand peintre
et de grands musiciens, mais est-ce que tout le monde possède véritablement des
images semblables ?»
Dans les rêves, alors que les yeux sont fermés, alors que les oreilles sont assoupies,
que la sensation du monde extérieur va petit à petit en s'affaiblissant jusqu'à
disparaître, on voit se dessiner des figures ayant toute l'intensité de la vie réelle. Il est
évident que ceci est arrivé à chacun de nous : le rêve, lorsque le monde extérieur
n'agit plus sur nous, que ses sensations n'ont plus une intensité capable de
contrebalancer les images qui sont dans notre esprit, nous montre que l'image est
conservée avec son coloris et la même puissance que pendant la vie.
Passons à un autre ordre de phénomène : Vous vous rappelez qu'il n'y a pas de
plaisanterie qu'on n'ait faite, il y a 25 ans, contre le magnétisme. On traitait les
magnétiseurs de charlatans ; or, qu'a-t-il fallu pour amener un changement radical ;
qu'a-t-il fallu pour que l'hypnotisme soit enseigné dans les Facultés ? Il a suffi
purement et simplement que la science officielle mit son cachet sur chacun de ces
phénomènes qu'on débaptisa et qu'on appela «hypnotisme» au lieu de «magnétisme».
Beaucoup de ces savants étaient incrédules et entre autres Pierre Janet qui raconte
qu'il n'avait qu'une confiance modeste dans ce qu'on appelle les phénomènes de la
suggestion, qu'une confiance très faible dans les affirmations de ses confrères et des
magnétiseurs. Une des premières fois qu'il fit ces expériences, il eut l'idée d'imaginer
qu'un tigre était dans la salle et allait se précipiter sur le sujet. Mal lui en prit car ce
sujet pour lequel l'idée s'était réalisée poussa des cris épouvantables, eut des attaques
de nerfs terribles et on eut toutes les peines du monde pour calmer le sujet et «depuis
ce temps, dit Pierre Janet, je ne présente plus à mes sujets que des oiseaux et des
perles». C'est donc que la pensée suggérée se réalise et avec une puissance qui
équivaut à celle de la réalité, qui est même plus forte que l'impression produite par
les yeux.
Janet a fait d'autres remarques encore : «J'ai un sujet auquel je dis : il y a ici un
éléphant ; alors ce sujet voit cet énorme pachyderme avec ses défenses et sa trompe.
Il veut même lui donner de la nourriture, mais le côté curieux, c'est qu'il se range
contre le mur. On lui dit : «Pourquoi vous placez-vous là ?» il répond que c'est parce
qu'il n'y a pas de place. L'éléphant, imaginaire pour l'opérateur, est tellement réel
pour le sujet qu'il ne voit plus le mur qui est en face ; l'image de l'éléphant voile
l'image du mur. Vous voyez combien cette image est dans le cerveau une réalité pour
que l'image du mur qui arrive à l'oeil soit neutralisée par cet éléphant qui n'existe que
dans son esprit. Vous voyez que l'image hallucinante a une dimension, une couleur ;
en un mot, cette image est perçue d'une manière précise, nette. (Il est vrai que ce sont
des hystériques, des sujets malades, qui ont une sensibilité qui sort de la normale,
mais enfin sur lesquels on peut étudier les phénomènes avec un grossissement
considérable. Ce sont les sujets qui mettent en relief les particularités qui existent
chez chacun de nous et qui les mettent dans un relief tellement saisissant que cela
nous permet de définir avec exactitude le caractère de ces images.)
Vous me direz : «Est-ce que ceci a quelque chose de réel ; c'est un phénomène
imaginaire, il n'y a pas plus d'éléphant là qu'il n'y en a ici.»
Ne prenons pas une image aussi grosse ; prenons un papillon. Eh bien ! Deux savants
français qui ont étudié ces phénomènes avec une grande minutie, avec un
remarquable esprit scientifique se sont dit : «Est-ce que ces images existent dans
l'esprit ?» Si elles existent on doit pouvoir répéter sur ces images les mêmes
expériences qu'on répétera avec un objet réel. Ainsi, par exemple, si je suggère à
mon sujet qu'il existe un papillon, que va-t-il se produire, si je mets entre les mains
du sujet une jumelle de campagne ? Vous savez que si on regarde avec la jumelle du
côté du petit bout, l'image se rapproche ; si vous regardez, en sens inverse, elle
s'éloigne. Par conséquent, il suffit de voir la position de la jumelle pour se dire que
l'image est éloignée ou rapprochée. Mais on a soin de mettre la jumelle dans une
boîte, qui ne permet pas au sujet de se rendre compte du bout par lequel il regarde.
On dit au sujet : «Regardez.» Il y a un petit signe extérieur qui est connu de
l'opérateur seul et qui lui indique que le sujet regarde par le petit bout ou en sens
inverse. Lorsque le sujet regarde il voit l'image se rapprocher, si c'est par le petit bout
; s'éloigner, si c'est par le gros bout ; on dit : «Mettez-vous devant une glace.»
L'image est réfléchie et exactement comme elle le serait si un objet réel occupait la
place de l'image suggérée. On demande alors au sujet : «Où voyez-vous l'image ?»
«Ici» répond-il. On fait la construction géométrique et l'image réfléchie se trouve à la
place voulue.
Prenons un prisme. Le sujet ignore les lois du prisme ; il ne sait pas que celui-ci
dédouble les objets et que la seconde image doit être à côté ou au-dessus de la
première. Eh bien ! on fait regarder dans un prisme ; on fait tourner le prisme.
L'image qui est dans le cerveau suit exactement les lois de l'optique. Elle est
dédoublée comme si elle était réelle.
Voilà des phénomènes précis qui n'ont pas été faits par des spirites mais par des
savants tout à fait indépendants et qui constatent qu'ils se produisent bien de cette
manière.
Il y a mieux que cela. Pariau a fait une expérience aussi démonstrative, aussi curieuse
que celle-là. Vous savez qu'un phénomène très naturel est le suivant : si vous
contemplez un carton très rouge et si après vous portez vos regards sur une partie
blanche, vous voyez immédiatement une image également ronde et colorée en vert,
c'est-à-dire la couleur complémentaire du rouge.
Eh bien ! si vous suggérez à un sujet la couleur rouge d'une image qui n'existe pas, si
vous lui faites fixer ensuite une carte blanche, il va voir une ombre verte. Donc
l'image qui était dans son cerveau a exactement les mêmes propriétés que l'image
réelle, et produit en outre les mêmes sensations. Donc, cette image est aussi réelle
qu'une sensation. Elle occupe la même place que la sensation dans le cerveau ; elle a
des effets consécutifs exactement semblables aux effets produits par les sensations
réelles.
Nous arrivons à la démonstration absolument parfaite que cette image existe, et non
seulement qu'elle existe, mais, comme vous allez le voir par une remarque qui est
faite par les savants, qu'elle voyage dans l'espace tout en ne quittant pas le cerveau.
C'est un phénomène d'observation bien connu des physiologistes que notre oeil
s'accommode à la distance des objets rapprochés ou éloignés et qu'il y a en même
temps des variations de la pupille.
Suggérez par exemple le papillon à un sujet, le papillon dont nous parlions tout à
l'heure. Pendant que vous lui faites la suggestion vous dites : «Oh ! quel joli papillon
?» Prenons la dimension de sa pupille. Alors l'hypnotiseur lui dit «Le voilà parti !»
Eh bien ! à mesure que l'oeil du sujet se dirige vers le papillon, la pupille s'ouvre.
Voilà une image qui n'est qu'imaginaire et qui produit physiologiquement les mêmes
résultats qu'une sensation réelle. Comprenez-vous toute la puissance démonstrative
que chacun de ces phénomènes possède ? L'image mentale a une réalité, elle a un
volume, elle a une couleur et quand elle agit sur le cerveau, elle agit exactement
comme pourrait le faire une image réelle causée par la sensation.
Donc l'image mentale est bien une réalité, donc elle a une existence objective.
Un phénomène plus curieux encore, c'est la conservation indélébile, à tout jamais de
cette image enregistrée une seule fois dans un cerveau humain.
Si le temps ne nous manquait pas, je pourrais vous démontrer, par des expériences
qui ont été faites par les physiologistes que même dans l'âme, la vision la plus
fugitive, se grave en nous avec une netteté parfaite, même quand nous n'avons pas
les souvenirs conscients de tous les détails de cette image, il existe en nous une
impression photographique qui perdure d'une manière pour ainsi dire définitive,
c'est-à-dire jusqu'à la mort de l'individu.
Comment pouvez-vous démontrer, me direz-vous, qu'une image qui s'est enregistrée
quand j'avais l'âge de cinq ans - et j'ai aujourd'hui 40 ans - qu'elle s'est ainsi
incorporée à mon organisme, et qu'à un moment donné, je puis la faire revivre.
Eh bien ! Mesdames, Messieurs, remarquez que je ne fais pas appel aux spirites en ce
moment ; c'est presque un cours de physiologie que je fais. C'est aux savants euxmêmes
que nous empruntons nos arguments. Piot qui est le doyen de la Faculté de
médecine de Bordeaux a publié un livre intitulé : Le Somnambulisme et l'Hystérie.
Parmi les phénomènes nombreux qu'il décrit, il en cite un qu'il appelle le phénomène
de l'Icnesie. Son sujet ne lui répondait pas ; il ne parlait que le patois et elle racontait
- car c'était une jeune fille - qu'elle gardait les vaches, qu'elle rencontrait un tel
individu, qu'elle avait eu une conversation avec un tel autre, et quand Piot essayait
d'entrer en rapport avec elle, la jeune femme ne lui répondait pas, car elle ne
connaissait plus la langue qu'on lui parlait.
Eh bien voici ce qui se produisait (car il a fini par différents procédés par entrer en
rapport avec elle). L'âme du sujet se reportait à l'âge de cinq ans, oubliait tous les
événements qui s'étaient produits depuis lors jusqu'aujourd'hui, c'est-à-dire jusqu'à
17 ans. Elle perdait le souvenir de tous ces événements, mais en revanche, tous les
événements antérieurs dont elle avait eu connaissance se dessinaient pour elle avec
une netteté merveilleuse. Elle racontait sa vie ; en français, elle ne vous comprenait
pas ; il fallait employer le patois pour que le sujet réponde ; tous les souvenirs de cet
âge étaient conservés avec une netteté absolument parfaite.
Cette jeune fille n'est pas le seul sujet qui ait été étudié ; le phénomène s'est produit
un très grand nombre de fois ; il a été étudié non seulement partout mais encore par
d'autres savants ; Bureau avait un sujet qui s'appelait Jeanne et qui présentait le
même phénomène. On lui dit : «Vous avez 15 ans». Elle dit : «Je suis chez Madame
Z... ; je dois aller à telle assemblée ; je connais un tel monsieur, etc.» On lui dit
encore : «Eh bien ! écrivez quelque chose. Connaissez-vous Le petit Savoyard ?» On
lui fait écrire quelques vers de cette poésie.
On la reporte ensuite à l'âge de 5 ans. On constate qu'elle sait à peine lire, qu'elle
écrit l'écriture qu'elle avait à cet âge avec les fautes d'orthographe qu'elle faisait
alors. Elle reproduit parfaitement tous les souvenirs de cet âge. Remarquez que ces
savants ne se sont pas contentés du simple récit fait par leurs sujets. Ils ont fait des
enquêtes et ont contrôlé la véracité absolue du réveil des souvenirs chez chacun de
ces sujets. Vous voyez que dans la réalité, tout ce que nous avons vu, entendu et
appris se grave en nous d'une manière absolument indélébile. Il se présente,
nécessairement, c'est même une des conditions de la mémoire, que nous oublions
momentanément, temporairement, pour pouvoir apprendre des choses nouvelles.
Nous avons appris tous l'histoire, la géographie, les mathématiques, la physique, etc.,
si le souvenir de toutes ces choses étudiées était encore dans l'esprit, la conservation
de la pensée ne serait pas possible. Il faut donc que normalement nous apprenions à
oublier, pour apprendre encore. Mais l'oubli n'est pas parfait. Alors même que notre
mémoire nous fait défaut, que consciemment et volontairement nous ne pourrions
réveiller en nous toutes les idées qui s'y sont accumulées, il y a cependant un trésor
immense dans l'âme humaine. Depuis notre naissance, toutes les impressions qui ont
agi sur nous, impressions visuelles, auditives, tactiles, tout ce que nous avons su,
entendu et appris, reste à jamais gravé en nous. Les expériences des savants nous
prouvent avec l'évidence même que rien ne se perd. D'ailleurs c'est un fait qui est
reconnu aujourd'hui des psychologues. Voyez Ribot, chef du positivisme en France
et qui a écrit un ouvrage traitant les maladies de la mémoire. Vous trouverez là des
récits qui vous démontreront nettement, incontestablement ce réveil de toutes les
images emmagasinées dans notre mémoire, se reproduisant automatiquement quand
il arrive un accident.
Je suppose qu'un individu tombe à l'eau. On le retire avant que la submersion soit
complète et il raconte que pendant le court instant qui s'est écoulé entre le moment
où il pénètre dans l'eau et le moment où il a perdu connaissance, il a vu se découvrir
devant lui tout le panorama de sa vie.
Vous trouverez de nombreux exemples de ce phénomène. Un individu tombe du haut
d'un toit ; il n'est pas tué. Entre le moment de la chute et celui où il arrive sur le sol,
se déroule devant lui le spectacle de toute sa vie et même accompagné du sentiment
du bien et du mal.
Un autre individu tombe par inadvertance sur la voie du chemin de fer. Il n'a que le
temps de se ranger entre les rails, mais pendant que le convoi passe sur lui,
exactement le même phénomène (la rénovation de la mémoire) se produit. Il revoit
toute sa vie ; il a conscience en même temps des actions bonnes ou mauvaises où
plus exactement du sentiment moral qui s'est attaché à chacun de ses actes.
Voyez-vous l'immense importance de ces phénomènes ? Si réellement tout ce que dit
le spiritisme est vrai, si positivement il y a en nous la conservation intégrale de tout
ce que nous avons vu, entendu, éprouvé, de tout ce que nous avons vécu en un mot,
si ce n'est pas la première fois que nous vivons ici-bas, n'y a-t-il pas là un
merveilleux moyen de réveiller dans l'âme humaine, un souvenir des vies
antérieures ?
Remarquez bien que ce phénomène qui a été étudié pour la première fois par les
spirites reçoit des travaux des savants une confirmation indirecte. Les expériences
faites les premières, l'ont été par des spirites et communiquées au Congrès spirite
dernier, qui a eu lieu à Paris en 1900. Rochas, ancien directeur de l'Ecole
polytechnique, dont la valeur n'est mise en discussion par personne, a aussi étudié les
phénomènes de régression de la mémoire. Il a donné le nom de régression de la
mémoire à ce fait que nous pouvons remonter même au-delà de l'existence actuelle
pour réveiller les souvenirs qui se sont accumulés d'une manière permanente, non pas
seulement dans le corps, dans ce corps qui change perpétuellement, non pas dans la
gaine matérielle que nous prenons à chaque incarnation, mais dans la partie
impérissable de nous-mêmes, dans le corps fluidique auquel les spirites ont donné le
nom de périsprit. C'est en lui que les souvenirs sont emmagasinés.
Ces expériences sont très délicates. Je vous demande si vous avez l'intention de
poursuivre des études dans cette voie, de vous mettre en garde sérieusement contre
l'auto-suggestion. Il ne faut pas accepter comme parole d'évangile tous les récits des
sujets, car nous savons que le somnambule est capable de forger des romans. Quand
nous faisons ces études, nous devons exiger des sujets, des noms, des dates - des
preuves en un mot - qui affirment d'une manière tout à fait positive qu'il y a eu une
régression de la mémoire. Mais si nous procédons avec méthode, avec patience, avec
sagacité, nous découvrirons alors cet océan profond qui constitue la personnalité de
l'être. De même que la science a reconstitué l'histoire en fouillant les entrailles du
sol, nous ressuscitons les histoires des âmes, en allant jusque dans ses profondeurs.
(Applaudissements.)
L'image mentale est donc une réalité ; je viens de vous le démontrer.
Je dois maintenant établir par des faits aussi certains, aussi précis, aussi nets que les
autres que cette pensée peut s'extérioriser, c'est-à-dire sortir du cerveau.
Une des meilleures démonstrations ce sont les expériences faites par les savants
anglais dont je parlais tout à l'heure à propos de la transmission de la pensée. Je
voudrais vous en dire deux mots. Le sujet est très vaste ; il faut cependant que vous
en ayez un aperçu rudimentaire, mais qui vous donne nettement la sensation que ces
faits ont été étudiés avec un soin, une prudence, une minutie qui nous affirme qu'ils
sont bien authentiques.
Ouvrez le vaste arsenal des livres sur le magnétisme et vous verrez que, depuis le
Marquis de Ségur jusqu'à Du Potet en passant par Lafontaine, partout est affirmé le
phénomène de la transmission de la pensée, c'est-à-dire qu'une pensée née dans le
cerveau du magnétiseur peut parvenir dans le cerveau du sujet, sans employer ni la
parole, ni l'écriture, ni aucun des moyens qui nous servent communément à
transmettre notre pensée à nos semblables.
J'ai tantôt déjà effleuré le sujet, mais je crois qu'il est indispensable d'y revenir
encore un peu.
Il y a maintenant 23 ans, c'était en 1882, sous l'impulsion du Spiritisme, d'hommes
éminents comme Myers, Podmore et Barette, membre aujourd'hui de la Société
royale et professeur à Cambridge, il s'est formé une association qui avait pour but
d'étudier tous ces phénomènes qui sortaient de l'ordinaire.
Quand on a demandé à Sidwidge la première fois : «Dans quel but faites-vous cette
réunion ?» Il dit : «Si nous avons formé une société, c'est parce que c'est une honte
pour notre époque, de voir encore tant d'hommes intelligents, nier les phénomènes du
magnétisme, la clairvoyance ; c'est une honte que le monde officiel ait fermé les yeux
devant ces phénomènes. Il faut qu'on les étudie, il faut que nous sachions à quoi nous
en tenir ; il faut que nous ayons une solution précise ; il faut que nous sachions si
réellement et positivement ces phénomènes existent ou s'ils sont le produit de la
supercherie. Voilà pourquoi nous avons fondé la société.»
Et bien ? jamais programme n'a été mieux rempli. C'est avec l'indomptable ténacité
anglo-saxonne qu'ils ont étudié les faits. C'est pendant des années entières qu'ils ont
cherché des sujets les plus différents, qu'ils ont opéré dans des conditions variables.
Ce n'est qu'après avoir pendant des centaines de séances, vérifié les phénomènes,
qu'ils ont enfin affirmé la transmission expérimentale de la pensée.
Vous voyez qu'ils n'opéraient pas à la légère. L'opérateur était dans une chambre ; le
sujet était d'abord dans la même chambre, mais entre l'opérateur et le sujet se dressait
un écran. De plus, le sujet avait les yeux bandés ; le magnétiseur ne faisait pas de
mouvement ; on craignait même que les vibrations de l'air ne servent d'indication au
sujet, pour exécuter des mouvements. Pour qu'il n'y ait pas de concert préalable, les
expérimentateurs eux-mêmes avaient soin d'écrire sur des séries de petits papiers, les
ordres qui devaient être exécutés. Ces papiers étaient pliés d'une façon égale, mis
dans le même chapeau ; ils étaient agités et on tirait au hasard une de ces questions.
Alors, en faisant le moins de mouvement possible, on ouvrait très légèrement le
papier ; on le glissait sous les yeux de l'opérateur qui ne doit pas prononcer une
parole, mais concentrer sa pensée sur l'action qui devait être accomplie. Pendant un
certain temps, qui dépendait du rapport établi entre le sujet et l'opérateur, on voyait le
mouvement s'exécuter.
Remarquez bien que les savants ont étudié la pensée sous ses trois formes (sensation,
intelligence, volonté). Prenons par exemple la sensation. Supposons que l'ordre
donné soit le suivant : «Pincez la jambe gauche à la hauteur du mollet». Le
magnétiseur se pinçait la jambe à la place indiquée et le sujet ressentait la même
sensation.
Si vous tiriez les cheveux du magnétiseur, le sujet se plaignait aussi qu'on lui tirait
les cheveux.
Ces expériences ont été faites un très grand nombre de fois. Il y avait un accord si
parfait entre le magnétiseur et son sujet, une sympathie si grande que toutes les
actions exercées sur la sensibilité du magnétiseur étaient ressenties par le sujet, d'une
manière identique.
Nous nous trouvons presque en face d'un phénomène qui est commun, connu dans la
science. Vous avez dans une salle deux pianos absolument identiques. Frappez le
«la» sur un des pianos ; au bout d'un certain temps vous entendrez la même corde du
second piano qui se met à vibrer : c'est un phénomène de sympathie.
Prenons deux diapasons. Si vous frappez sur le premier, vous obtiendrez sur le
second la même note. C'est l'air qui a mis le second diapason en vibration. La
transmission des sensations s'opère d'une façon analogue.
Prenons une autre espèce de sensation. On met un morceau de sel dans la bouche de
l'opérateur et immédiatement, le sujet crache et accuse une sensation salée ; si on lui
met de la confiture, il accuse la sensation d'une saveur douce.
Pour les mouvements, on est arrivé à constater exactement la même chose. Il y avait
des transmissions de mouvements et toujours sans que le magnétiseur fit un geste,
prononça une parole ; il reste immobile. Si on lui transmet sur un morceau de papier
l'ordre suivant : «Le sujet doit lever le bras et étendre horizontalement la jambe», ce
dernier exécute après un temps plus ou moins long le mouvement commandé. Il y a
eu une multitude d'expériences de ce genre : on a fait asseoir le sujet, se jeter par
terre, etc.
Il y a quelque chose de plus remarquable : l'image mentale et ceci nous ramène
directement à notre sujet, créée dans le cerveau de l'opérateur, se reproduisait dans le
cerveau du sujet de la façon la plus nette ; on avait mis devant le sujet une feuille de
papier blanc et un crayon et il dessinait exactement la même image que le
magnétiseur avait devant les yeux. Si celui-ci faisait un carré, le sujet dessinait un
carré. Si la figure était plus compliquée, par exemple, une comète avec une grande
queue, le sujet la reproduisait. Toutes les figures pour ainsi dire ont pu être
transmises de cette façon. Si vous avez l'occasion dans les bibliothèques de consulter
le bel ouvrage de Myers intitulé : «La personnalité humaine et sa survivance après la
mort», vous trouverez dans le texte les photographies des dessins originaux et les
reproductions du sujet. Vous verrez cette chose curieuse que quelque fois ce n'est pas
une image photographique qui s'est reproduite mais que l'idée même du dessin a
pénétré dans le cerveau du sujet.
Ainsi par exemple, on donne, toujours aussi silencieusement, au magnétiseur, l'ordre
de dessiner un pied. Il dessine un pied et le sujet perçoit l'idée de «pied» en ce sens
que lui dessine une bottine. Ce n'est pas une image photographique qui a été
transmise, mais c'est une image qui tient en quelque sorte à celle que le sujet a reçue.
Vous voyez que l'idée peut subir des déformations en passant d'un cerveau dans un
autre, tout en restant une idée typique qui se rapproche beaucoup de celle qui a été
suggérée.
Voici un autre exemple. L'opérateur dessine une pendule comme on en trouve
généralement sur les cheminées avec un sujet quelconque au-dessus ; le sujet
reproduit un coucou c'est-à-dire une pendule en bois. C'est toujours l'idée de pendule
qui a été transmise, mais le sujet l'a rendue à sa façon avec les accessoires contenus
dans son esprit.
Cette transmission de la pensée est absolument nette et absolument démontrée. Il n'y
a pas que les savants de la «Société des recherches psychiques» qui aient fait des
études sur ce sujet. Lombroso, l'éminent criminaliste, a étudié cette question et vous
trouverez dans les Annales psychiques de l'année dernière, des dessins qui vous
montreront ceux exécutés par Lombroso et ceux que le sujet a reproduits. Or, il
existe entre les deux dessins, la plus grande analogie ; il y a presque identité.
Vous voyez que l'image est sortie du cerveau de l'opérateur, a voyagé dans l'espace,
est allée s'impressionner dans le cerveau du sujet et cette image est reproduite
graphiquement, exactement, comme si le sujet avait eu un modèle.
Ce modèle lui est venu de l'espace, d'une façon purement psychique. Qui a donné
l'image ? Ici il faut nécessairement que nous arrivions à l'étude d'un facteur qui sert à
emporter la pensée dans l'espace, qui sert à impressionner en quelque sorte le
cerveau du sujet. Eh bien ! ce facteur, c'est la force psychique. C'est cette force que
les spirites ont bien étudiée et vous allez voir par le récit des expériences faites qu'on
peut donner à l'existence de cette force des démonstrations absolument péremptoires.
Il est évident tout d'abord que cette force sort du corps humain. Je dis que la chose
est évidente parce que des hommes aussi scientifiques que Crookes ont construit des
appareils dont vous trouverez les descriptions dans son ouvrage, appareils qui
enregistrent les variations de puissance de ces forces qui émanent du corps humain.
Vous verrez les nombres qui montrent que dans certaines circonstances la force
psychique, varie de quelques grammes à plusieurs kilogrammes. C'est cette force qui
sert à mettre en oeuvre les objets matériels qui nous permettent d'entrer en
communication avec le monde invisible.
Depuis Crookes, il y a eu d'autres expérimentateurs et tout récemment encore Joire,
docteur à Lille, a construit un appareil qu'il appelle le Sténomètre ; il démontre que la
force qui sort du corps humain peut mettre en mouvement un objet matériel. Il a
démontré que cette force n'était pas de la chaleur ni de la lumière, ni de l'électricité
mais que c'était positivement et réellement une forme de l'énergie, encore inconnue
des physiologistes, mais bien connue par les spirites.
Il y a une deuxième façon de mettre en évidence l'existence de cette force psychique :
c'est la photographie.
Notez, Mesdames, Messieurs, que je dois vous mettre en garde contre certaines
erreurs d'expérimentation qui ont eu lieu. On vous a montré des photographies,
d'ailleurs les journaux illustrés ont reproduit un très grand nombre de clichés où l'on
voit des impressions matérielles et on les attribuait à la force psychique. Sans nier
qu'elle peut intervenir, il faut convenir aussi que la démonstration n'est pas
suffisante.
Les savants qui ont étudié cette question, ce sont plutôt des expérimentateurs que des
savants, pour se mettre en garde contre l'objection de la chaleur, ont agi sur la plaque
à distance sans contact ; dans ces conditions, les dessins se sont reproduits sur la
plaque photographique maintenue dans l'obscurité parfaite. Il y a eu probablement
une action de cette force psychique qui agissait sur les sels d'argent comme la
lumière et produisait une impression analogue à celle d'où résulte la photographie
ordinaire.
Il nous faut étudier maintenant un troisième moyen de prouver l'existence de cette
force. C'est l'action physiologique produite par elle. Je vous ai dit que les images
avaient non seulement une existence à elles, mais qu'elles sortaient du cerveau,
voyageaient dans l'espace. Eh bien ! nous allons voir cette image sortir du cerveau et
s'imprimer sur la chair, laisser une trace matérielle, une trace objective, une trace
photographiable.
Ici encore, ce ne sont pas des spirites qui affirment une chose aussi invraisemblable ;
ce sont des savants, des positivistes qui niaient d'une façon formelle que la pensée
existait et à plus forte raison qu'elle pouvait voyager dans l'espace. Je vous ai parlé
de Janet. Eh bien ! ouvrons le livre que j'ai cité: L'Automatisme psychologique, vous
allez voir qu'un jour cet auteur, pour enlever à un de ces sujets, l'oppression
hystérique qu'il éprouvait, lui suggère l'idée qu'il a un sinapisme sur la poitrine. Ce
sinapisme imaginaire a produit dans la réalité sur la peau du sujet exactement le
même effet qu'un sinapisme qu'on aurait réellement appliqué. La peau du sujet était
rouge et chose extraordinaire - la forme de ce sinapisme était celle d'un rectangle
dont les angles étaient coupés. Il demanda au sujet : «Comment se fait-il que les
angles soient coupés ?» «Mais, Monsieur, dit-il, vous savez bien que quand on met
des Rigollots, on coupe toujours les angles de façon à ce que cela ne fasse pas de
mal, quand on l'enlève.» Ainsi l'idée que ce sinapisme était rectangulaire, qu'il avait
les angles coupés, était sortie de son cerveau et était venue s'appliquer sur la chair et
avait produit le même effet qu'un sinapisme ordinaire. Non seulement l'idée s'est
créée dans le cerveau du sujet, non seulement elle avait une surface, une forme, mais
encore elle s'est photographiée sur son corps en entamant la peau, en produisant un
effet physiologique qui était identique à celui qu'aurait produit un sinapisme
véritable. N'est-ce pas là un prodige, la véritable extériorisation de la pensée, non
seulement de la forme, de la dimension, de la consistance, mais même des propriétés
chimiques et physiologiques.
Janet a eu l'idée de se dire : «Au lieu de faire un sinapisme ordinaire, simulons un
sinapisme en forme d'étoile à cinq branches.» Il dit au sujet que c'est un sinapisme
qui va agir sur sa poitrine. Au bout de deux jours, le sinapisme qui n'existait que
dans la mentalité du sujet s'était imprimé sur la peau et avait produit les mêmes effets
physiologiques qu'un sinapisme ordinaire. Après cela il a pris un sinapisme
imaginaire, en forme de «S» ; le phénomène s'est produit sur son sujet. Vous voyez
que l'image mentale existe réellement, qu'elle quitte le cerveau de l'individu et
possède les propriétés qu'on veut lui faire posséder.
Des expériences produisant des effets plus marqués encore ont été faites par
Focachan, pharmacien.
Il a suggéré à un sujet que sur le bras droit, il lui mettait un vésicatoire ; il a suggéré
ensuite que ce vésicatoire devait produire son effet le lendemain. A la place du
remède, il mit purement et simplement un morceau de papier gommé et celui-ci a
produit identiquement le même effet qu'un vésicatoire.
Charcot a très fréquemment produit des brûlures par suggestion. Le docteur
Hébalquin, médecin en chef du premier hôpital de St-Pétersbourg avait un sujet
hystérique, très sensible. Pour savoir si positivement les expériences racontées par
Charcot étaient une réalité, il dit au sujet : «Quand tu te réveilleras, tu iras toucher la
porte du poêle ; tu te brûleras cruellement à la main droite et il y aura une ampoule
exactement comme si tu t'étais brûlé.» Notez que le poêle était sans feu. Le sujet se
réveille, il va à côté du poêle, pose sa main droite sur la porte, pousse un cri comme
si réellement il s'était brûlé et il déclare souffrir énormément. Eh bien ! le lendemain,
suivant les procès-verbaux, dressés par les médecins, une ampoule s'était formée.
Ainsi, vous voyez non seulement que cette image a une forme fixe, non-seulement
qu'elle a une dimension, mais qu'elle possède des propriétés capables de désorganiser
la matière vivante.
Mais si on peut la désorganiser, on peut aussi l'organiser. Si vous lisez les travaux
des savants sur la suggestion, vous verrez qu'ils se sont servis de ce puissant moyen
thérapeutique pour rétablir la santé chez les sujets, qui, sans ce moyen, n'auraient pu
revenir à l'état normal. Vous voyez donc que dans la réalité, la suggestion produit des
effets qui rendent incontestable la transformation de cette force qui existe dans
chacun de nous et qu'on appelle la force psychique.
Voici un autre phénomène plus curieux dont vous avez tous entendu parler. Il
consiste en ceci : une femme enceinte étant violemment frappée par la vue d'un objet
qui l'émeut, il arrive parfois que l'enfant qu'elle met au monde porte, sur une partie
du corps le dessin de l'objet qui a produit l'émotion de la mère.
Nous avons, je crois, dans les cas que j'ai cité tout à l'heure, l'explication de ce
phénomène. Il y a eu transport de la pensée de la mère au foetus, impression sur la
chair du foetus de cette image mentale. Cette impression reste indélébile ; pendant
toute sa vie il aura beau renouveler la matière de son corps, la marque persistera
exactement à la même place jusqu'à la fin de la vie.
Voici d'autres cas qu'on a observés chez les mystiques. Vous savez que dans une
certaine mesure, certains individus animés par une foi profonde, comme Saint
François-de-Sales, ayant l'habitude de concentrer leur pensée sur le mystère de la
passion, arrivaient à un moment déterminé à voir une couronne d'épines sur leur tête
et dans les mains, les traces qui simulaient l'entrée des clous d'où sortait le sang.
Voici encore un exemple cité par M. Bureau :
Il traça avec la pointe d'un stylet son nom : «Léon» sur le bras d'un sujet et lui donna
l'ordre que trois ou quatre heures après, il devait se mettre à saigner sur le contour
tracé. En effet, quelques heures après, on remarquait des gouttelettes de sang dont le
suintement formait son nom. Vous voyez qu'il est possible de démontrer aujourd'hui
qu'on peut arriver à produire des suintements par la suggestion. Donc, chez les
mystiques, et même chez les faux mystiques, les phénomènes de la passion qu'on
considérait jadis comme des phénomènes miraculeux sont dus très probablement à
l'auto-suggestion du sujet. La pensée fixée d'une façon constante sur le martyre du
Christ en reproduit toutes les phases et acquiert une telle intensité qu'elle produit sur
le corps matériel presque les mêmes effets que produiraient des agents extérieurs.
Nous comprenons maintenant très bien, je pense, que l'âme lorsqu'elle est dans
l'espace, agit sur la matière qui l'environne pour lui donner la forme, les dimensions,
exactement les mêmes apparences qu'un objet matériel lui-même. Dans les séances
de matérialisation, vous voyez en quelque sorte toute la marche ascendante des
phénomènes ; tout d'abord - dans les séances ordinaires, alors que le médium est peu
développé - vous voyez quelques lueurs ; ce sont des flammes qui semblent voltiger
au-dessus des assistants ; puis quand le phénomène prend de la consistance, c'est un
fluide blanchâtre qui sort du côté gauche du sujet ; puis, quand le phénomène est
encore continué plus loin, ce fluide prend des formes qui varient suivant les
individus et suivant la volonté des opérateurs invisibles. C'est ici qu'il existe encore
un phénomène bien curieux. Alors même que l'oeil humain ne perçoit pas cette force
psychique, l'appareil photographique qui est plus sensible peut prendre et recevoir
plus exactement ces impressions et présenter le dessin des objets fluidiques qui
existent dans l'espace.
Un savant anglais qui s'appelle Bettie a fait des expériences sur ces forces
psychiques et a procédé à une série d'enquêtes. Nous avons ici un double contrôle.
En même temps qu'il se livre à ses expériences, un médium voyant était là et on lui
demande : «Que voyez-vous ?» au moment où on découvrait l'objectif ? Le médium
indique ce qu'il voit ; on prend l'impression et lorsqu'on regarde la plaque, on
constate qu'elle reproduit identiquement la description du sujet.
Il y a donc un double contrôle : 1° la médiumnité voyante, 2° la plaque de l'appareil,
sur laquelle agit chimiquement la force psychique.
Vous comprenez maintenant que par la volonté, l'esprit peut créer des objets ; il
possède le pouvoir d'impressionner sur les fluides environnants sa pensée, de lui
donner une forme. Quand, dans les séances de Spiritisme, nous apercevons ces
fluides, nous les voyons s'accentuer, se concréter, se condenser, jusqu'à prendre
quelquefois l'apparence d'un objet absolument matériel.
Je pourrais vous faire des récits de matérialisation, mais je dois me borner.
Cependant je vous citerai un phénomène particulier auquel j'ai assisté moi-même.
Dans une séance qui eut lieu chez mon père, avec un médium qui existe encore, j'ai
vu dans de bonnes conditions, alors que nous étions 18 observateurs assis autour
d'une table, les rideaux du cabinet, s'écarter. Il faut vous dire que ce cabinet était
constitué purement et simplement par le renfoncement d'une fenêtre dans lequel on
avait mis un canapé où le médium était couché, et il cachait l'entrée de la fenêtre. Le
médium n'aurait pu sortir de ce coin ; le phénomène se produisit de manière que le
doute même ne fut pas possible.
Voici les conditions dans lesquelles j'ai vu ce fantôme et comment il m'a mis dans la
main, l'objet qui servait à l'éclairer en même temps qu'il servait à nous éclairer nousmêmes.
Les deux parties du drap qui servait à masquer l'ouverture de la fenêtre s'écartèrent et
la forme fluidique s'est déplacée sur et dans la table en conservant sa position
verticale ; elle a fait ainsi un parcours de 1m50 ; vous comprenez qu'un individu
vivant eût été obligé de se déplacer obliquement s'il avait voulu feindre le
phénomène tandis qu'au contraire l'apparition s'est déplacée parallèlement à ellemême
en restant tout à fait verticale. Alors, j'ai vu que l'esprit entouré de draperies
flottantes tenait dans ses mains un objet rectangulaire, qui servait à l'éclairer ; je lui
ai demandé s'il voulait bien me mettre dans la main pendant un instant, cette espèce
de lampe d'une nature spéciale. Il me l'a mise en main et j'ai ressenti l'impression
d'un objet enveloppé de mousseline mais qui était lumineux ; je le sentis tout à coup
fondre dans ma main, tandis que je voyais la lumière diminuer comme le voyaient
aussi les autres assistants ; alors, l'être l'a repris en main et immédiatement la lumière
est revenue ; le pouvoir lumineux de cette lampe renaissait à mesure que l'esprit la
tenait plus longtemps dans sa main.
Un livre écrit par Bodisow, un ancien chambellan de l'Empereur de Russie, raconte
qu'il a assisté à des phénomènes analogues. Il y en a bien d'autres d'ailleurs et
aujourd'hui le nombre des savants qui se sont occupés de ce phénomène est assez
considérable pour que nous puissions affirmer l'existence et même la manifestation
matérielle de la force psychique.
Est-ce qu'un inventeur ne construit pas d'abord dans son esprit, le modèle idéal de sa
machine ? Est-ce qu'un artiste n'a pas dans son esprit une figuration imagée de ce
qu'il doit reproduire sur sa toile ? Raphaël raconte lui-même que ne trouvant pas
parmi les modèles qu'il avait à sa disposition des types qui réalisassent ceux qu'il
avait dans sa pensée, il peignit l'image qu'il avait dans l'esprit.
On raconte que Michel-Ange restait étendu sur le dos et voyait se dessiner au-dessus
de lui la forme de la coupole de St-Pierre avec toutes ses dimensions. Cette image
existait réellement pour lui ; s'il avait pu connaître les lois de la force psychique, on
aurait pu assister aux mêmes phénomènes que ceux auxquels nous assistons dans les
séances de matérialisation.
Mesdames, Messieurs, vous voyez que quand Allan Kardec disait que la pensée est
créatrice, qu'elle doit agir pour donner à la force psychique une forme, quand il disait
qu'un esprit se reportant à un moment quelconque de son passé, peut le ressusciter,
n'avait-il pas raison ? Et de tout cela, nous en avons des preuves certaines dans les
travaux des savants contemporains qui étaient loin de se douter qu'ils apportaient au
Spiritisme un puissant appui.
Si le temps m'était moins mesuré, je pourrais vous faire remarquer aussi que Kardec
a été un des premiers - si ce n'est le premier - à signaler l'existence de ces formes de
la matière auxquelles il donnait le nom de fluides. Il n'y avait pas assez de brocards
pour charger les malheureux spirites quand il parlait des fluides. On nous disait : «Ne
savez-vous pas que la matière a un poids, qu'elle a une masse ; or, vous nous parlez
d'une matière immatérielle ; ce sont des mots qui se heurtent d'être accouplés.» Eh
bien ! que diront-ils aujourd'hui ceux qui se montraient si sévères à notre égard, alors
que nous sommes en présence des radiations nouvelles découvertes dans ces
dernières années ; comme vous le disait mon éloquent ami M. Léon Denis, est-ce que
nous n'avons pas dans le radium, les phénomènes de la radio-activité, la
démonstration et la preuve qu'il existe des formes immatérielles de la matière, qu'il
existe des fluides.
Je suis persuadé qu'à mesure que nous continuerons d'étudier, à mesure que la
science voudra pénétrer un peu dans le domaine que nous lui avons ouvert, il se fera
la plus magnifique union entre la science et le Spiritisme et que nous verrons
l'humanité progresser, lentement, mais sûrement, vers un idéal toujours plus haut et
plus noble.




CONFERENCE: Extériorisation de la Pensée,PAR Gabriel DELANNE aux Membres du Congrès Spirite de Liège (Spiritualité, Nouvel-Age - Esotérisme)    -    Auteur : zen - Inde


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