Vie pratique - Autres
Une crise économique mondiale majeure va débuter prochainement :

14 mars 2006 - commentaire J.P.PETIT

Dans cette fièvre pétrolière qui semble saisir le monde du XXI ème siècle, il y a bien entendu la rencontre de deux flux contradictoires : l’augmentation effrénée de la consommation de cette ressource non renouvelable conjugué à la baisse des découvertes des réserves de remplacement. Mais il y a également des aspects politiques et financiers dont la prise en compte est utile pour décoder le grand jeu mondial en pleine accélération. C’est en grande partie grâce aux pétrodollars que les Etats-Unis se permettent une dette colossale doublée d’une puissance financière qui pèse sur les destinées des Etats. Or le dollar en tant que monnaie de référence des échanges pétroliers est actuellement menacé par l’euro.

Depuis sa création en janvier 1999, l’euro assure 30% des transactions financières internationales et compose 13% des réserves monétaires mondiales. Un rapport de la Banque centrale européenne de décembre 2003 rapportait que le volume des obligations émises en euros dans le monde de mi-2002 à mi-2003 avait rattrapé le volume libellé en dollars.

Les exportations européennes dans le Golfe arabo-persique devancent celle des Etats-Unis dans un rapport de un à trois. Des producteurs de pétrole comme l’Iran étudient donc la possibilité de régler leur pétrole en euros en fondant leur raisonnement sur cette orientation commerciale dominante. Le Dr Ali Rodriguez Araque, secrétaire général de l’OPEP en 2002 déclarait que son organisation ne rejetterait pas entièrement la possibilité d’adopter l’euro comme monnaie de compte et de paiement dans l’avenir. Le président Poutine, lors du sommet Union européenne Russie fin 2003 a avancé l’idée d’un paiement en euros pour ses livraisons d’hydrocarbures. La Syrie aurait décidé en août 2004 de faire payer ses ventes de pétrole en euros et de convertir une partie de ses réserves en monnaie européenne. Il n’est pas inutile de rappeler qu’à partir d’octobre 2000, l’Irak faisait payer ses exportations de pétrole en euros, y compris aux américains, ce qui n’a pas eu l’air de leur plaire, semble-t-il. La consécration de cette évolution deviendrait un instrument politique permettant aux pays arabes de prendre leurs distances par rapport aux Etats-Unis. L’arme de la structuration internationale, le dollar, verrait sa prédominance menacée. Mais ce scénario se heurte à la fois à l’absence d’une telle volonté chez les états européens, surtout chez les anglais, et à l’ombre menaçante des Etats-Unis qui, par divers moyens, dissuaderaient les nouveaux réfractaires au dollar.

L’Arabie Saoudite, en butte aux critiques américaines, a néanmoins enclenché depuis juin 2002, au risque de confiscation de ses dépôts, un mouvement de retrait de ses avoirs déposés aux Etats-Unis au profit de la zone euro. De nombreux investisseurs arabes auraient transféré en Europe leurs liquidités et leurs avoirs bancaires, contribuant ainsi à la hausse de l’euro depuis 2002. A terme, l’ensemble des avoirs des pays du Golfe producteurs de pétrole pourrait même quitter le territoire américain, si le gendarme du monde laissait faire…

De son côté, l’Iran projette d’établir une bourse pétrolière régionale. Alors que le ministre du pétrole et le ministre des Affaires économiques et des finances s’apprêtent à signer un mémorandum d’entente, le directeur des technologies de l’information de la National Iran Oil Company a déclaré à l’agence de presse Fars que des produits de la pétrochimie, du pétrole brut et des produits du pétrole et du gaz s’échangeront au sein de cette bourse qui contribuerait à faire de l’Iran le pivot des marchés pétroliers dans la région. Avec le recul nécessaire, on s’aperçoit que l’inscription des ventes mondiales de pétrole en dollars a maintenu artificiellement la force du dollar depuis 1974, permettant à Washington d’augmenter sa dette publique et son déficit commercial. Comment cela ?

Imaginez que vous soyez surendetté mais que vous signiez des chèques à tour de bras. Vous achetez continuellement des biens de consommation avec ces chèques que vous signez sans difficulté. En même temps, chacun a besoin d'acheter du pétrole, mais le pétrole ne peut s'acheter qu'avec des chèques signés de votre main. Tout le monde va vouloir posséder vos chèques afin de pouvoir acheter du pétrole. De plus, les gens s’échangent ces chèques contre d'autres produits, avec comme conséquence que ces mêmes chèques ne retournent jamais à la banque. En fait, vous vous enfoncez dans les dettes mais on ne vous demande jamais de rembourser. Et un chèque continue de ne rien vous coûter. Vous pouvez donc signer autant de chèques que vous désirez : vous achetez en réalité des produits et du pétrole gratuitement. Vous êtes surendetté mais vos chèques ayant une valeur intrinsèque en pétrole, les gens ne les enverront jamais à la banque, ils s'en serviront pour se les échanger indéfiniment ou pour les stocker.
Les Etats-Unis jouent à cela avec le dollar depuis plus de trente ans. Les dollars ne coûtent rien à imprimer et ils permettent d'acheter des produits à l’étranger. Les Etats-Unis ont la capacité d’en imprimer des millions sans causer d'inflation domestique car ces dollars ne rentrent jamais au bercail. Aucun autre pays au monde ne peut se permettre d’atteindre un déficit extérieur comparable. Le monde finance le niveau de vie Américain.

Mais, mais, mais…

Dès que les vendeurs de pétrole décideront d'accepter un autre paiement que vos chèques, les gens n’auront plus intérêt à accepter vos chèques et les enverront à la banque afin de les échanger dans la nouvelle monnaie acceptée par les vendeurs de pétrole. Alors votre banquier risque de vous appeler, de fort méchante humeur…

Quand les pays de l'OPEP décideront d'accepter une autre monnaie pour le paiement du pétrole, la domination économique des Etats-Unis sera remise en question abruptement. C’est ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux. Malheureusement, les Etats-Unis n'ont pas vraiment de porte de sortie car leur dette est plus qu’immense. L’action de Téhéran pourrait causer un effondrement du dollar et, par ricochet, de l’économie américaine dans son ensemble, celle de l’Europe et celle du reste du monde. Washington laissera-t-il faire ?

Parlons du M3 américain :

Les agrégats monétaires M1, M2, M3, M4 sont des indicateurs statistiques économiques.

- M0 est la valeur du dollar, qui existe sous forme de billets et de pièces.

- M1 représente M0 plus les comptes bancaires.

- M2 est constitué de M1 plus les dépôts d’épargne et les certificats de dépôts inférieurs à 100.000 dollars.

- M3 comprend M2 plus les dépôts à terme au sens large de 100 000 dollars ou plus.

M3 est le meilleur indicateur de la quantité de dollars circulant dans le monde. Avec la fin de la publication du M3 par la Réserve fédérale américaine prévue le 26 mars 2006, le monde entier perdra toute visibilité sur la valeur des réserves en dollars des autres pays et des institutions financières majeures. Un pas de plus vers la crise ? Oui, sans aucun doute, témoin l’article crucial du laboratoire européen d’anticipation politique ci-joint.


POMAGALSKY


20-26 MARS 2006: IRAN/USA, DÉCLENCHEMENT D’UNE CRISE MONDIALE MAJEURE

(Franck Biancheri, Directeur des Etudes, pour le groupe LEAP/E2020, 16 février 2006) - Le Laboratoire européen d’Anticipation Politique Europe 2020 - LEAP/E2020 - estime désormais à plus de 80% la probabilité que la semaine du 20 au 26 Mars 2006 voit se déclencher la principale crise politique mondiale depuis la Chute du Rideau de Fer en 1989, accompagnée d’une crise économique et financière d’une ampleur comparable à celle de 1929. Cette semaine de la fin Mars 2006 marquera le point d’inflexion d’évolutions critiques, entraînant une accélération de tous les facteurs conduisant à une crise majeure, même sans intervention militaire américaine ou israélienne contre l’Iran. Dans le cas d’une telle intervention, les probabilités d’une crise majeure, selon LEAP/E2020, atteignent 100%.

UNE ALERTE FONDÉE SUR DEUX ÉVÉNEMENTS PRIMODIALES

L’annonce de cet événement résulte de l’analyse de décisions prises par les deux acteurs-clés de la crise internationale principale actuelle que sont les Etats-Unis et l’Iran :

- Il s’agit d’une part de la décision iranienne d’ouvrir à Téhéran le 20 Mars 2006 la première bourse pétrolière en Euros, ouverte à tous les producteurs de pétrole de la région ;

- et d’autre part, de la décision de la Réserve Fédérale américaine d’arrêter à partir du 23 Mars 2006 de publier les chiffres du M3 (l’indicateur le plus fiable sur la quantité de dollars circulant dans le monde[1]).

Ces deux décisions constituent à la fois les indices, les causes et les conséquences de la transition historique en cours entre l’ordre créé après la 2° Guerre Mondiale et le nouvel état d’équilibre international en gestation depuis l’effondrement de l’URSS. Leur magnitude comme leur simultanéité vont agir comme un phénomène catalyseur de toutes les tensions, faiblesses et déséquilibres accumulés depuis plus d’une décennie dans le système international.

UNE CRISE MONDIALE DÉCLINÉE EN SEPT CRISES SECTORIELLES

Les chercheurs et analystes de LEAP/E2020 ont ainsi identifié 7 crises convergentes que les décisions américaine et iranienne de la semaine du 20 au 26 Mars 2006 vont catalyser en crise globale, affectant toute la planète dans les domaines politique, économique et financier, et probablement militaire :

1. Crise de confiance dans le Dollar
2. Crise des déséquilibres financiers américains
3. Crise pétrolière
4. Crise du leadership américain
5. Crise du monde arabo-musulman
6. Crise de la gouvernance mondiale
7. Crise de la gouvernance européenne

L’ensemble du processus d’anticipation de cette crise est détaillé dans le les prochains numéros du « GlobalEurope Anticipation Bulletin » élaboré par LEAP/E2020, et en particulier dans le N°2 qui paraît ce 16 Février 2006. Y figureront les analyses détaillées de chacune de ces sept crises ainsi que les recommandations pour diverses catégories d’acteurs (notamment gouvernements et entreprises) et des conseils opérationnels et stratégiques pour l’Union européenne.

DÉCRYPTAGE DE L’ÉVÉNEMENT « CRÉATION DE LA BOURSE PÉTROLIÈRE IRANIENNE EN EUROS »

Cependant, et afin de ne pas limiter cette information aux seuls décideurs, LEAP/E2020 diffuse largement ce communiqué ainsi que les éléments suivants issus de ses travaux.
L’ouverture par l’Iran d’une bourse pétrolière libellée en Euros à la fin mars 2006 marquera la fin du monopole du Dollar sur le marché mondial du pétrole. Le résultat immédiat sera de nature à bouleverser le marché mondial des devises puisque les pays producteurs pourront désormais utiliser l’Euro également pour facturer leur production. Parallèlement, les pays européens en particulier pourront acheter le pétrole directement dans leur devise sans passer par le relais du Dollar. Concrètement, dans les deux cas cela signifie qu’un moins grand nombre d’acteurs économiques aura besoin d’un moins grand nombre de Dollars[2]. Cette double évolution s’exercera donc dans le même sens, à savoir celui d’une réduction très significative de l’importance du Dollar comme monnaie internationale de réserve, et donc d’un fort affaiblissement, durable, de la devise américaine en particulier par rapport à l’Euro. Les évaluations les plus conservatrices placent l’Euro à 1,30 Dollar à la fin 2006. Mais si la crise est de l’ampleur qu’anticipe LEAP/E2020, les estimations donnant l’Euro à 1,70 Dollars en 2007 ne paraissent plus irréalistes.

DÉCRYPTAGE DE L’ÉVÉNEMENT « SUPPRESSION DE LA PARUTION DE L’INDICATEUR MACRO-ÉCONOMIQUE M3 »

La suppression de la parution de l’indicateur M3[3] (ainsi que d’autres indicateurs connexes) par la Réserve Fédérale américaine, décision fortement critiquée par la communauté des économistes et analystes financiers, aura pour conséquence, à la même date, de rendre invisibles les évolutions du nombre de Dollars en circulation dans le monde. On assiste déjà depuis quelques mois aux Etats-Unis à une forte augmentation de M3 (ce qui indique que la «planche à billets » tourne déjà un régime élevé à Washington) ; or le nouveau président de la Réserve Fédérale, Matt Bernanke, est un adepte déclaré de la « planche à billets »[4]. Comme une forte baisse du Dollar se traduira probablement par une vente massive de Bons du Trésor américain détenus en Asie, en Europe ou dans les pays producteurs de pétrole, LEAP/E2020 estime que la décision américaine de ne plus publier M3 vise uniquement à cacher le plus longtemps possible deux décisions américaines, en partie imposées par les choix politiques et économiques de ces dernières années[5] :
. la monétarisation de la dette US
. le soutien monétaire à l’activité économique américaine
… et ce au moins jusqu’aux élections « mid-term » d’Octobre 2006 afin d’éviter une déroute du Parti Républicain.

Cette décision illustre également l’impuissance des autorités monétaires et financières américaines et internationales face à une situation qui les conduit à préférer supprimer les indicateurs qu’agir sur la réalité.

DÉCRYPTAGE DU FACTEUR AGGRAVANT « INTERVENTION MILITAIRE CONTRE L’IRAN»

Outre les atouts géostratégiques de l’Iran dans la crise actuelle, qui notamment lui permettent d’intervenir aisément et avec un impact majeur sur l’approvisionnement pétrolier de l’Asie et de l’Europe (en bloquant le Détroit d’Ormuz), sur les conflits en cours en Irak et en Afghanistan, sans même mentionner le recours éventuel au terrorisme international, le contexte global de défiance envers Washington crée une situation particulièrement problématique. Loin de calmer les craintes éventuelles concernant l’accession de l’Iran au statut de puissance nucléaire, tant en Asie qu’en Europe[6], une intervention militaire contre l’Iran entraînera une désolidarisation quasi-immédiate des opinions publiques européennes, dans un contexte d’absence quasi-complète de crédibilité de Washington sur ce type de dossiers depuis l’invasion de l’Irak, qui empêchera les gouvernements européens de faire autre chose que suivre leurs opinions publiques. Parallèlement, le risque de flambée des cours du pétrole qui suivrait une telle intervention conduira les pays asiatiques, Chine en tête, à s’opposer à une telle option, obligeant dans ce cas les Etats-Unis (ou Israël) à intervenir seuls, sans caution de l’ONU, et ajoutant donc une grave crise militaire et diplomatique à la crise économique et financière.

LES FACTEURS PERTINENTS DE LA CRISE ÉCONOMIQUE AMÉRICAINE

LEAP/E2020 estime également que ces deux décisions, non officielles, vont entraîner les Etats-Unis et le monde dans une crise monétaire et financière, puis économique sans précédent à l’échelle planétaire. La monétarisation de la dette américaine est en effet un terme très technique pour décrire une réalité d’une simplicité catastrophique : les Etats-Unis entreprennent de ne pas rembourser leur dette, ou plus exactement de la rembourser en « monnaie de singe ». Et ils anticipent une accélération du processus fin Mars en coïncidence avec le lancement de la Bourse Iranienne du Pétrole qui ne peut que précipiter les ventes de Bons du Trésor US par leurs détenteurs non américains.

A ce propos, il est utile de méditer l’information suivante[7] : la part de la dette du gouvernement américain possédée par les banques américaines est tombée à 1,7% en 2004, alors qu’elle était de 18% en 1982. Parallèlement la part de cette même dette détenue par les opérateurs étrangers est passée de 17% en 1982 à 49%. ? Question : Comment se fait-il que ces dernières années les banques américaines se soient débarrassées de presque toute leur part de la dette publique américaine ?

Parallèlement, afin d’essayer d’éviter en interne l’explosion de la « bulle immobilière », sur laquelle repose l’essentiel de la consommation des ménages américains, et à un moment où le taux d’épargne américain est devenu négatif pour la première fois depuis 1932 et 1933 (au creux de la « Grande Dépression »), l’administration Bush, en partenariat avec le nouveau patron de la Fed, adepte de cette approche monétaire, va inonder le marché américain de liquidités.

QUELQUES EFFETS ATTENDUS DE CETTE RUPTURE SYSTÉMATIQUE

Pour LEAP/E2020, la conjonction, non accidentelle, des décisions iranienne et américaine, marque donc une étape décisive dans le déclenchement d’une crise systémique marquant la fin de l’ordre international tel que constitué après la Deuxième Guerre Mondiale et se caractérisera notamment d’ici la fin 2006 par une chute brutale de la valeur du Dollar US (pouvant conduire à 1 Euro = 1,70 Dollars en 2007) et une pression à la hausse immense sur l’Euro, une hausse importante du prix du pétrole (plus de 100$ le baril), une aggravation de la situation militaire américaine et britannique au Moyen-Orient, une crise budgétaire, financière et économique américaine comparable par son ampleur à celle de 1929, des conséquences économiques et financières très graves pour l’Asie en particulier (et notamment la Chine) mais aussi pour le Royaume-Uni[8], un arrêt brutal du processus économique de globalisation, un effondrement de l’axe transatlantique et une montée générale connexe de tous les dangers politiques intérieurs et extérieurs sur l’ensemble du globe.

Pour le particulier détenteur de Dollars, comme pour l’entreprise transnationale ou les décideurs politiques et administratifs, les conséquences de cette semaine de la fin Mars 2006 seront cruciales. Ils impliquent dès aujourd’hui de prendre des décisions difficiles (anticiper une crise est toujours un acte complexe puisqu’il se fonde sur un pari) mais urgentes car une fois la crise déclenchée, c’est le « sauve-qui-peut » général, et l’échec assuré pour ceux qui auront choisi d’attendre.
Pour les particuliers, le choix s’impose de lui-même : le dollar n’est plus une valeur refuge. La montée vertigineuse de l’or depuis un an prouve d’ailleurs que nombreux sont ceux qui ont anticipé cette évolution de la monnaie américaine.

ANTICIPER… OU ÊTRE BALAYÉ PAR LES VENTS DE L’HISTOIRE

Pour les entreprises et les gouvernements, en particulier européens, LEAP/E2020 développe dans sa lettre confidentielle – le GlobalEurope Anticipation Bulletin -, et en particulier dans le N° 2 paru le 16 février, une série de recommandations stratégiques et opérationnelles qui, si elles sont intégrées dans le processus décisionnel dès aujourd’hui, peuvent permettre d’amortir considérablement le « tsunami monétaire, financier et économique » qui va commencer à déferler sur la planète à la fin du mois prochain. Pour prendre une image simple, qui est d’ailleurs directement issue du scénario d’anticipation politique « USA 2010 »[9], les évènements de la semaine du 20 au 26 Mars 2006 seront comparables en termes d’impact sur l’ « Occident » tel qu’on le connaît depuis 1945, à celui de la Chute du Rideau de Fer en 1989 sur le « bloc soviétique ».

Si cette Alerte est si précise, c’est qu’à ce stade de ses analyses, LEAP/E2020 estime désormais que tous les scénarios envisageables conduisent à une seule et même conclusion : nous approchons collectivement d’un « nœud historique » qui est dorénavant inévitable quelle que soit l’action des acteurs internationaux ou nationaux. A ce stade, seule une action directe et immédiate de l’administration américaine visant d’une part à empêcher une confrontation militaire avec l’Iran, et d’autre part, à ne pas « monétariser » la dette extérieure des Etats-Unis, pourrait changer le cours des évènements. Pour LEAP/E2020 il est évident que non seulement une telle action ne sera pas entamée par les dirigeants actuels à Washington, mais qu’au contraire ils ont déjà choisi de « forcer le destin » en se défaussant de leurs problèmes économiques et financiers sur le reste du monde. Les gouvernements européens notamment doivent en tirer très rapidement les conséquences.

Pour information, la méthode d’anticipation politique de LEAP/E2020 a notamment permis à plusieurs de ses experts d’anticiper (et de publier) : dès 1988, la prochaine fin du Rideau de Fer ; dès 1997, l’effondrement progressif de la capacité d’action et la légitimité démocratique du système communautaire ; dès 2002, de prévoir l’enlisement US en Irak et surtout l’effondrement durable de la crédibilité internationale américaine ; dès 2003, d’anticiper l’échec des referenda sur la Constitution européenne. Sa méthodologie d’anticipation des « ruptures systémiques » étant désormais bien établie, il apparaît de notre devoir de chercheurs et de citoyens d’en faire part aux citoyens et aux décideurs européens en particulier ; surtout que pour beaucoup d’acteurs individuels ou collectifs, privés ou publics, il est encore temps d’agir afin de réduire de manière significative l’impact de cette crise sur leurs positions qu’elles soient économiques, politiques ou financières.

L’analyse complète développée par LEAP/E2020 ainsi que ses recommandations stratégiques et opérationnelles à destination des acteurs privés et publics, seront présentées dans les prochains numéros du GlobalEurope Anticipation Bulletin, et plus particulièrement dans son N°2 (parution 16 Février 2006).

* * *

Notes
[1] Ces décisions ont été prises il y a déjà plusieurs mois :
. les informations sur la création par le gouvernement iranien d’une bourse pétrolière en euros ont commencé à être citées par la presse spécialisée dès l’été 2004. cf notamment mehrnews

. la Réserve fédérale a annoncé le 10 Novembre 2005 qu’elle cesserait de publier les informations concernant M3 à partir du 23 Mars 2006 - cf federalreserve


[2] Il est intéressant de noter en consultant le tableau 13B des statistiques financières de Décembre 2005 de la Banque des Règlements Internationaux intitulé International Bonds and Notes (in billions of US dollars), by currency, qu’à la fin de 2004 (hors Chine), 37.0% des actifs financiers internationaux étaient labellés en Dollars US contre 46,8% en Euros ; alors qu’en 2000, la proportion était inverse avec 49,6% labellés en Dollars US et seulement 30,1% en Euros. Cela indique que les décisions de fin mars 2006 ne vont faire qu’accélérer une tendance de fuite hors du Dollar qui est déjà en cours.

[3] Les agrégats monétaires (M1, M2, M3, M4) sont des indicateurs statistiques économiques. M0 est la valeur d’une monnaie, en l’occurrence le Dollar, qui existe sous forme de billets et de pièces. M1 représente M0 plus les comptes bancaires dans cette monnaie. M2 est constitué de M1 plus les dépôts d’épargne et les certificats de dépôts (CD) inférieur à 100.000$. M3 comprend M2 plus les dépôts à terme au sens large (réserves d’Eurodollars, instruments financiers plus importants ainsi que la plupart des réserves des pays non-Européens) de 100 000 dollars ou plus. L’élément décisif, c’est donc qu’avec la fin de la publication de M3 par la Réserve fédérale américaine, le monde entier perdra toute visibilité sur la valeur des réserves en Dollars par les autres pays et les institutions financières majeures.

[4] Voir son discours éloquent sur ce sujet devant le Club des Economistes à Washington DC en Novembre 2002

[5] Il faut noter que l’évolution à la hausse du Dollar en 2005 a été essentiellement nourrie par un différentiel de taux d’intérêts favorable au Dollar, et par la loi de « rapatriement des avoirs américains à l’étranger » (valable uniquement pour une année) qui a fait revenir plus de 200 milliards $ aux Etats-Unis au cours de l’année 2005. (source : CNNmoney.com)

[6] Et en ce qui concerne l’Europe, LEAP/E2020 souligne que les gouvernements européens ne sont plus en phase avec leurs opinions publiques sur les grands sujets, en particulier concernant l’intérêt collectif européen. Le GlobalEuromètre de Janvier 2006 souligne d’ailleurs très bien cette situation avec un indice TIDE-Légitimité à 8% (qui indique que pour 92% des sondés les dirigeants de l’UE ne représentent pas leurs intérêts collectifs) et un indice TIDE-Action à 24% (qui indique que moins d’un sondé sur 4 pense que les dirigeants européens sont capables de traduire leurs décisions en actions concrètes). Selon LEAP/E2020, les déclarations publiques de soutien à Washington venues de Paris, Berlin ou Londres ne doivent pas cacher le fait que les Européens se désolidariseront très vite des Etats-Unis en cas d’attaque militaire (le GlobalEurometre est un indicateur d’opinion européenne publiant chaque mois dans le GlobalEurope Anticipation Bulletin 3 chiffres dont 2 sont publics).

[7] (source : Bond Market Association, Holders of Treasury Securities: Estimated Ownership of U.S. Public Debt Securities ; Dailykos.com)

[8] Le Royaume-Uni est en effet détenteur de près de 3.000 milliards de créances en $, soit près du triple de pays comme la France ou le Japon. (source Banque des Règlements Internationaux, Table 9A, Consolidated Claims of Reporting Banks on Individual Countries)

[9] Cf. GlobalEurope Anticipation Bulletin N°1 (Janvier 2006)




16 mars, commentaire J.P.PETIT

Il m'a semblé important d'apporter cette info, émanant du Nouvel Observateur du 15 mars 2006



Les bourses du Golfe dans la tourmente


15-03-2006

La bourse Saoudienne, qui avait perdu 4,75% mardi, plongeait encore de 4,7% dans les premiers échanges mercredi. Pas de quoi s'affoler pour l'instant mais une rumeur avait circulé sur le net à propos d'un Krach boursier de grande empleur initié dans les pays du Golf à la fin mars. Celle-ci faisait état de l'ouverture d'une bourse mondiale du pétrole en Euros, qui provoquerai une forte crise du dollar en retour. Cette rumeur n'est pas du tout confirmée, mais la quasi-totalité des marchés, et en premier celui de Ryad, ont ouvert en très forte baisse mercredi 15 mars et l'indice TASI, qui était descendu mardi sous le seuil des 15.000 points pour la première fois de l'année pour s'établir à 14.900,4, a chuté de 700 points dès l'ouverture.




Les analystes n'y voient qu'une réaction spéculative en chaîne mais il n'est pas rare de voir de grands mouvement boursiers avant des évênements importants. Dopés par l'abondance de liquidités résultant de l'envolée des cours du brut, les marchés financiers des pays du Golfe ont vu leur capitalisation passer de 119 milliards de dollars en 2000 à 1.146 milliards de dollars fin 2005.

Les opérateurs et les petits porteurs, notamment Saoudiens, qui investissent massivement sur toutes les places financières du Moyen-Orient, ont dû se débarrasser d'une partie de leurs titres pour se procurer des liquidités et couvrir leurs pertes sur le marché Saoudien, entraînant les autres places dans la chute. La capitalisation des marchés du Golfe est retombé mardi sous les 1.000 milliards de dollars. La bourse de paris continue elle sur sa lancée avec un indice au plus haut depuis quatre ans...

Source : Nouvel Observateur



14 mars 2006. Choc en retour des Emirats

Traduction :

En réponse à la décision américaine de bloquer l'acquisition des structures portuaires par les Emirats, sur la côte américaine un certain nombre de banques centrales arabes ont exprimé leur intention de convertir leurs dollars en euros. Le gouverneur de la banque Centrale Saoudienne, à propos de cette affaire d'achat de concessions portuaires a crié à la "discrimination".

Réactions similaires de banques syriennes, confirmant leur intention de libeller leurs transactions extérieures en euros et non plus en dollards.

Ajout : l'ouverture, en Iran, de la bourse au pétrole fonctionnant en euros a été signalée dans le presse française avec "le plus grande sobriété". En effet, bien que l'option "euros plutôt que dollars" laisse à penser que l'euros s'en trouverait renforcé une crise monétaire du dollar aurait des répercutions dans le monde entier, y compris dans les pays fonctionnant à l'euro.

Arab central banks move assets out of dollar By Philip Thornton, Economics Correspondent Published: 14 March 2006
Middle Eastern anger over the decision by the US to block a Dubai company from buying five of its ports hit the dollar yesterday as a number of central banks said they were considering switching reserves into euros.

The United Arab Emirates, which includes Dubai, said it was looking to move one-tenth of its dollar reserves into euros, while the governor of the Saudi Arabian central bank condemned the US move as "discrimination".

Separately, Syria responded to US sanctions against two of its banks by confirming plans to use euros instead of dollars for its external transactions.

The remarks combined to knock the dollar, which fell against the euro, pound and yen yesterday as analysts warned other central [...]

http://news.independent.co.uk/


Article original, source et auteur
http://news.independent.co.uk/business/news/article351127.ece




Une crise économique mondiale majeure va débuter prochainement : (Vie pratique - Autres)    -    Auteur : JP - France


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dernière mise à jour : 2007-05-06

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