Spiritualité, Nouvel-Age - Sciences Parallèles
LES MATERIALISATIONS DE FANTOMES et autres Phénomènes psychiques Par M. le Docteur Paul GIBIER

Directeur de l'Institut bactériologique (Institut Pasteur) de New -York
Ancien interne des hôpitaux de Paris Ex-assistant de pathologie comparée au
Muséum d'histoire naturelle de Paris
Membre de l'Académie des Sciences de New -York ; de la Société des
Recherches psychiques de Londres
Chevalier de la Légion d'honneur.
Avertissement
A la suite de la publication de son premier ouvrage Spiritisme ou fakirisme
occidental, qui parut en 1886 et qui, comme intérêt scientifique, peut être
rapproché des travaux de l'illustre William Crookes, le Docteur Paul Gibier dût se
rendre à New -York où il fonda un Institut Pasteur.
Au point de vue professionnel, le docteur Paul Gibier était justement estimé; il
avait longtemps travaillé au Muséum d'histoire naturelle de Paris où ses
recherches avaient démontré que certaines maladies microbiennes étaient
communicables des animaux à sang froid aux animaux à sang chaud et
inversement, dans certaines conditions de température et que les oiseaux étaient
susceptibles de subir la contagion de certaines maladies humaines. C'est après
que ces travaux eurent attiré sur le jeune praticien l'attention de ses maîtres et de
ses pairs, que le gouvernement français lui avait confié le soin d’étudier sur place
deux épidémies de choléra, dont l'une s'était produite aux Antilles et deux
épidémies de fièvre jaune aux Antilles et dans la Floride. Ces dangereuses et
honorables missions avaient lié le docteur Gibier avec nombre de célébrités
médicales et l'illustre Pasteur faisait grand cas de sa personne et de ses
recherches.
Tout cela se passait avant la publication de son livre sur le Spiritisme, ouvrage
si affirmatif et si nettement certain de l'objectivité des phénomènes spirites que
de toutes parts les ennemis du spiritisme, aussi bien matérialistes
qu'ultramontains jetèrent les hauts cris et ceux qui n'osèrent pas l'accuser de
supercherie ne se privèrent pas de le croire le complice involontaire des
prestidigitateurs qui l'auraient abusé. Ce ne fut que, poussé par la nécessité de
se défendre que le docteur Gibier publia ses états de services, indices probants
de ses facultés d'observation et cette lettre de Pasteur qui aurait dû suffire à
couper court aux polémiques:
Cher Monsieur Gibier,
Connaissant les nouvelles méthodes appliquées à l'étude des maladies
contagieuses, vous pouvez aborder les recherches difficiles que vous allez
entreprendre.
Déliez-vous surtout d'une chose: la précipitation dans le désir de conclure.
Soyez à vous-même un ennemi vigilant et tenace. Songez toujours à vous
prendre en faute...
Mes félicitations et une cordiale poignée de mains.
L, Pasteur,
Ce sont des conseils qu'on ne donne qu'à un homme capable de les suivre et
le docteur Gibier s'en était montré digne en expérimentant plus de cinq cents fois
l’écriture directe par un crayon posé entre deux ardoises. Il est difficile de taxer
de légèreté un homme qui prend de telles précautions avant d'affirmer une vérité.
En 1890, le docteur Gibier publiait son second, ouvrage: Analyse des Choses.
Celui-ci ne se contente pas d'exposer sèchement les faits nouveaux ajoutés à la
série d'expériences intentées par le savant, il offre une théorie générale de la
matière et de la vie et, se basant sur l'ensemble des faits connus pour déduire
les idées qui en peuvent résulter, il instaure une large donnée spiritualiste dans
laquelle, si elle était universellement comprise, toutes les religions et toutes les
philosophies trouveraient assez de points de contact pour y tenter la fusion de
toutes les sectes dans l'harmonieuse unité d'une doctrine fraternelle.
Analyse des Choses est à la fois l'étude d'un savant, l'effusion d'un grand cœur
et la vision pénétrante d'un philosophe pour qui les portes de l'avenir se sont
ouvertes sous le clair regard de l'intuition.
Quand une fois le goût est pris d'une recherche — et pas une n'est
passionnante et grosse de conséquences connue celle du fait spirite, — on ne
saurait s'en déprendre, quelles que soient par ailleurs les obligations
professionnelles. C'est pourquoi, malgré son écrasant labeur médical, le docteur
Gibier, bien qu'adonné encore à des travaux de recherche scientifique, trouva le
temps de s'adonner encore à l'étude expérimentale du spiritisme pendant qu'il se
trouvait à New -York.
L'Amérique est le berceau du spiritisme et la recherche scientifique relative à
cette donnée y a été poussée avec un grand soin et une ardeur qui fait affluer les
ressources dans les sociétés d'études constituées à cet effet. Il est presque
inutile de dire que le docteur Gibier profita avidement des possibilités de travail
qui s'offraient ainsi à son investigation. C'est après plusieurs années de
recherches expérimentales poussées avec un contrôle sévère qu'il adressa au
4e Congrès international de Psychologie qui se tint à Paris en 1900, un mémoire
considérable concernant ses recherches sur les matérialisations de fantômes, la
pénétration de la matière et d'autres phénomènes psychiques par lui
soigneusement observés et notés.
Pressentant que, comme ses précédents ouvrages, ce Mémoire ne manquerait
pas de susciter de véhémentes polémiques, l'auteur avait décidé de venir à Paris
le présenter lui-même et répondre à toutes les objections avec l'autorité que lui
conféraient sa certitude et son imposant bagage scientifique. Malheureusement,
au début de 1900, il mourut par suite d'un accident de voitures. C'était une lourde
perte pour la science en général, plus lourde encore pour la science psychique,
qui perdait en lui un de ses adeptes les plus intéressants, un champion aussi
redoutable que courtois dans la discussion et qui démontrait sans nulle outrance
la vérité flagrante par le fait observé. Ce sont de tels adeptes qui font la force
d'une science ou d'une doctrine — et le psychisme est les deux ensemble —
parce qu'ils ne donnent pas à leurs adversaires cette prise qui vient de la colère
et de la violence. Sa recherche est intransigeante comme un fait, mais l'exposé
qu'il en fait et les conclusions qu'il en tire sont accessibles à tous les esprits de
bonne foi et apportent toujours sinon la conviction immédiate, du moins cette
étincelle qui met dans les esprits non prévenus l'ardent désir de se faire une idée
réelle des faits en discussion.
C'est le Mémoire présenté au Congrès de 1900, que nous plaçons aujourd'hui
sous les yeux de nos lecteurs. Dans la pensée de son auteur, ce Mémoire avait
pour but de compléter les deux livres antérieurs: Spiritisme ou fakirisme
occidental et Analyse des Choses. Ces importants ouvrages avaient
complètement disparu et nous avons jugé nécessaire de les réimprimer comme
l'un des témoignages les plus décisifs de la cause psychique. Les faits révélés
aussi bien dans ces deux volumes que dans le mémoire ont gardé tout leur
intérêt et soulèvent toujours les mêmes polémiques. Ils sont pourtant indéniables
et tous ceux qui se sont livrés avec suite et le sérieux convenable à des
expériences similaires les ont constatés à leur tour. Mais les expériences du
docteur Gibier ont cet avantage qui n'appartient pas à tout le monde d'avoir été
poursuivies au cours de longues années par un homme de grande culture et tout
imprégné des méthodes d'investigation scientifique qui ne trouve jamais suffisant
le contrôle auquel il soumet ses aides, les instruments de son travail et les
résultats obtenus. C'est une garantie de plus de sa parfaite véracité.
Les phénomènes cités par le savant se sont tous produits dans son propre
laboratoire qui ne comportait aucune cachette pouvant échapper à sa
surveillance ni aucune cause d'erreur qui ne lui fut d'abord connue. Tous les
procédés de fraude étaient soigneusement écartés et tous les faits se sont
produits devant des personnalités scientifiques qui ont fourni leur témoignage.
Le médium auquel le docteur Gibier donne le pseudonyme de Mme Salmon
était une personne connue de lui, dont il estimait la droiture mais qu'il soumettait
cependant à tout le contrôle souhaitable. Il est impossible de voir un motif
quelconque de soupçon dans les recherches de Gibier.
Sur ces bases, le docteur Gibier établit les preuves de la réalité des
phénomènes qu'il observe. La photographie lui sert à démontrer que les
matérialisations obtenues n'ont rien de commun avec le médium en transe dans
son cabinet. Il a vu, il a touché et l'objectif photographique, témoin réfractaire à
toute suggestion, a vu aussi et enregistré. Sur ce point, l'auteur est formel.
Quant à la cause des phénomènes ainsi décrits, le docteur Gibier a toujours
été très réservé et ses réponses à cet égard ont toujours été d'une prudence
extrême. L'hypothèse spirite ne lui déplaisait nullement et il semble même, en
plusieurs cas, la préférer à toute autre; mais, pour un savant, le domaine de
l'hypothèse n'est pas celui de la réalité expérimentale et, scientifique avant toute
chose, il ne crut pas devoir faire connaître son sentiment sur un point débattu par
les meilleurs esprits de cette époque. Il se contentait d'apporter dans la
discussion sa part d'observations irréfutables, et s'il conclut en affirmant
absolument la réalité des phénomènes, il se garde de prendre parti dans les
querelles de doctrine qu'il ne considérait pas comme son domaine personnel.
Ce Mémoire contient des faits d'une importance particulière et ceux qui les
étudieront seront frappés du soin apporté par le savant à ne rien admettre que de
certain dans la connaissance du psychisme expérimental. C'est ce soin qui
donne une si grande valeur à tout ce qui nous reste de ce grand esprit si tôt
enlevé à la science et qui promettait une si belle et si fructueuse carrière.
Comme tout Mémoire scientifique, celui-ci contient surtout des faits et leur
exposé, sans chercher de conclusion dans un domaine quelconque. Aussi, pour
suivre dans tout son essor le vaste déploiement des vues et des travaux de cette
intelligence si personnelle et si consciente, il faut lire ses autres oeuvres où il a
mis tout l'apport d'une trop courte existence.
Dans Spiritisme ou fakirisme occidental ( Le Spiritisme (Fakirisme occidental) il
traite encore presque exclusivement du phénomène spirite au point de vue
psychique et spécialement de l'écriture directe qu'il a tant de fois obtenue avec le
médium Slade. L'une des preuves qui l'ont le plus frappé c'est que Slade, fort
peu lettré en anglais et ne connaissant aucune autre langue que sa langue
maternelle obtient des communications en français et même en des langues dont
le caractère graphique est tout différent, comme l'allemand et le grec. Cette
constatation, jointe aux moyens de contrôle employés pour enlever toute
possibilité de fraude, lui démontre pleinement que, si la force psychique de Slade
est en cause, son corps ni sa pensée n'y sont pour rien, puisqu'il s'exprime
correctement dans des langages qui lui sont inconnus, et cela par le moyen
d'une mine de crayon placée entre deux ardoises dont il ne touche que
l'extérieur.
Le Docteur Gibier a rapproché les faits de cet ordre avec ceux que produisent
aux Indes les fakirs, faisant germer des graines sous les yeux de
l'expérimentateur européen ou faisant contrevenir les objets aux lois de la
pesanteur par le phénomène de lévitation.
Ce livre est plein de faits soigneusement étudiés et qui ne laissent aucun doute
sur leur réalité. Les expériences de William Crookes y sont aussi relatées avec la
plus grande minutie, car les travaux de Crookes dans un domaine analogue, la
minutie de son contrôle dans des recherches aussi patientes, donnent au docteur
Gibier une confiance absolue dans les travaux spirites du grand chimiste anglais.
Spiritisme et fakirisme occidental donne les photographies de Katie King sur les
originaux pris par William Crookes, documents irrécusables de la présence
matérialisée de cette étrange visiteuse qui voulut venir pendant trois ans pour
servir une cause et disparut au jour fixé.
Analyse des Choses ( Analyse des Choses. ) entre dans un domaine plus
philosophique et démontre la similitude du Microcosme et du Macrocosme, de
l'Homme et de l'Univers suivant des rythmes qu'il n'a pas formés. Cette
conception sert au Dr Gibier à expliquer bien des choses qui nous demeureraient
obscures sans cette vue plus transcendante que la science ne se le permet
généralement. Mais les conséquences de ces prémisses nous conduisent dans
une merveilleuse vision du monde, tracée avec une miraculeuse logique. L'étude
du cerveau et de ses fonctions est en particulier d'une netteté si
merveilleusement évocatrice qu'il est impossible de voir autrement après qu'on a
étudié ce livre. Mais il n'y a pas que des idées et hypothèses dans Analyse des
Choses; il y a des faits et des faits encore.
Le précédent ouvrage étudiait surtout Slade. Dans celui-ci le docteur Gibier a
expérimenté avec Home et Eglington et il lui est impossible de ne pas
reconnaître que tout ce qui a été dit sur ces admirables médiums est
parfaitement exact. Il reconnaît la personnalité psychique de l'homme, le
dédoublement, tout ce qui semblait alors aux savants officiels l'hallucination ou la
prestidigitation et, loin de se buter contre ces faits observés, il en prend thèse
pour aller plus loin, pour chercher les conséquences de ces découvertes qui ne
tendent à rien moins qu'à remoraliser le monde social actuel.
Tel fut le docteur Gibier, telle fut son œuvre trop restreinte, qui a sa place dans
toute bibliothèque d'adepte, sur la table de travail de tous ceux que passionnent
les problèmes psychiques, car jamais les faits ne furent exposés avec plus
d'impartiale science et ne furent coordonnés avec tant de lucidité. Ces trois
volumes se complètent pour donner la calme lumière de l'expérience et de la
pensée sur les faits réels mais controverses du spiritisme et du psychisme
expérimental.
H. D.
Les Matérialisations de Fantômes
II semble que nous soyons appelés à être bientôt témoins d'étranges choses.
Déjà la Psychologie moderne, dissociant, en quelque sorte, les strates ataviques
et acquis de la personnalité, nous a fait entrevoir un abîme sous la conscience
humaine. Les manifestations de ces couches sous-conscientes, sur lesquelles
les anciens psychologues de la Grèce et surtout de l'Inde ont entretenu des vues
subtiles et profondes, ont été considérées dans ces dernières années, comme
portions d'un être mystérieux existant en chacun de nous dont il serait pour ainsi
dire le double. Cet être psychique toujours en éveil — surtout quand nous
dormons — serait doué de facultés spéciales, supérieures aux yeux des uns, ou
déchets de fonctions oubliées à un moment de l'évolution de la race, quelque
part dans la nuit des temps, selon les autres. Bref, c'est la théorie de
l’inconscient, subconscient, subliminal, etc.
Bien que bon nombre de symptômes anormaux observés dans les hystéries et
différents états hypnotiques, somnambuliques et médiumniques puissent
s'adapter d'une manière en général satisfaisante au cadre de cette théorie, il y en
a d'autres auxquels celle-ci ne saurait logiquement être appliquée sans appel.
C'est sur certains symptômes ou phénomènes de cette dernière catégorie qui
sont tombés sous mon observation que j'ai l'honneur d'appeler l'attention des
psychologistes.
Je rappellerai tout d'abord, qu'il y a environ quinze ans je publiais mes
premières recherches sur les phénomènes psychiques. Ces recherches
portèrent principalement sur l'écriture directe obtenue sur une, ou entre deux
ardoises. Ce phénomène, observé avec toutes les précautions requises par une
expérimentation rigoureuse, au cours de nombreuses séances, et peut-être cinq
cent fois, a été décrit dans un volume auquel je renvoie les investigateurs
intéressés ( Spiritisme ou Fakirisme occidental.)
Depuis lors, j'ai eu l'occasion de voir un certain nombre de médiums et j'ai pu
expérimenter avec plusieurs d'entre eux. L'Amérique du Nord, où le spiritisme
forme une sorte de religion organisée sur le modèle des nombreuses sectes qui
vivent côte à côte dans ce pays, est particulièrement favorable au genre de
recherches dont il s'agit ici: les médiums des deux sexes y sont très nombreux
Les uns sont des « professionnels » vivant de leur médiumnité, les autres non
professionnels, permettent l'usage ou l'étude de cette faculté dans des cercles
intimes plus ou moins fermés.
Depuis plus de dix ans que j'habite les Etats-Unis, il m'a été donné
d'expérimenter avec des sujets présentant diverses formes de médiumnité. Dans
ce travail, je me propose de décrire deux classes de phénomènes que j'ai
observés avec un médium « à matérialisations » :
1° Les matérialisations de fantômes ( Dans l'ouvrage cité plus haut (Spiritisme,
etc.) j'ai décrit une matérialisation partielle d'une main, que j'ai observée au grand
jour. );
2° La pénétration de la matière, ou dématérialisation.
J'ai été témoin de manifestations soi-disant psychiques, avec plusieurs autres
médiums, mais ce fut hors de chez moi, et, sans être possédé du parti pris de ne
voir dans ces manifestations que le résultat de la fraude, le sujet est d'une nature
trop délicate et se prête à la supercherie avec une aisance dont on profite trop
souvent, hélas ! pour que l'expérimentateur, soucieux de bien observer... et de ne
pas être trompé, ne prenne pas toutes les précautions possibles. Je n'ai donc
tenu compte que des faits que j'ai pu surveiller, vérifier personnellement et dont
j'ai provoqué l'accomplissement dans mon laboratoire, en présence: 1° des
préparateurs qui m'assistent dans mes travaux ordinaires de biologie et dont
l'acuité d'observation m'est familière, et 2°, dans certains cas, d'un petit nombre
de personnes étrangères à la science, mais sérieuses et qui me sont connus.
(C'est en somme à peu près la méthode que j'avais adoptée en 1885-1886 avec
Slade. Au moment où je publiais mon travail, je n'ignorais certes pas que ce
médium avait été soupçonné et peut-être même pris en flagrant délit de fraude.
Mais dès cette époque je savais aussi que si on ne devait considérer que les
faits observés avec des médiums entièrement purs de toute supercherie ou audessus
de tout soupçon, on ne publierait absolument rien, et qu'il n'y a sans
doute pas un seul médium (surtout parmi les professionnels) qui ne puisse être
pris en faute.
Je me hâte d'ajouter que, selon mon expérience, dans un grand nombre de
cas, le médium ne triche qu'en apparence, soit qu'il fasse des mouvements
dissociés, en quelque sorte automatiques et prêtant à la suspicion, soit que la
fraude, bien que réelle, ait été commise alors que le médium se trouve dans un
état d'inconscience plus ou moins complet; soit encore que la supercherie
grossière, brutale, j'ose dire, ait pour cause un agent complètement étranger au
médium. Mais je ne veux pas insister sur ce point familier aux observateurs
connaissant bien les recherches psychiques. Ce qu'il importe de connaître, c'est
d'une part la propension ordinaire de certains médiums à tricher (fait que j'ai
signalé il y a plus de dix ans et dont il faut savoir prendre son parti), et d'autre
part, la conséquente nécessité de se tenir constamment sur le qui-vive pendant
les séances. Si on venait me dire qu'on a des preuves positives qu'un vrai
médium a été pris la main dans le sac, je n'en serais pas autrement étonné: cela
prouverait simplement qu'il a voulu livrer plus qu'il ne peut produire et qu'il lui a
fallu, en conséquence, adultérer son article; voilà tout. C'est aux investigateurs à
prendre leurs précautions. )
Le médium avec lequel ont été observés les phénomènes que je vais décrire
sera désigné sous le nom de Mrs Salmon. C'est une dame américaine avec
laquelle j'ai expérimenté fréquemment depuis dix ans; elle a résidé à plusieurs
reprises dans mon appartement, à l'Institut bactériologique de New -York,
pendant un temps variant de quelques jours à un mois. Les dames de ma famille
ont pu l'observer pendant tout ce temps et même examiner ses vêtements avant
les séances.
Je dois dire que chaque fois que j'ai expérimenté à l'aide de ses facultés
médiumniques, Mrs S. a reçu une somme convenue à l'avance, attendu que ses
moyens ne lui permettent pas de disposer gratuitement de son temps. Loin de
prévenir contre elle, cette particularité devrait plutôt compter en sa faveur, car,
dans une occasion et alors qu'elle avait le plus grand besoin d'argent, elle
demeura pendant plusieurs semaines à l'Institut sans pouvoir obtenir des
manifestations d’aucune importance, bien que les conditions expérimentales
imposées fussent les mêmes que pour les autres séances qu'elle m'avait
accordées antérieurement. Il fallut toute la persuasion imaginable de la part de
mes parentes pour la retenir et la consoler de son échec (dû vraisemblablement
à une sorte de crise neurasthénique qu'elle traversait à ce moment). Dès qu'elle
était seule, elle pleurait et faisait ses préparatifs pour nous quitter et retourner
chez elle. En fait, désolée de m'avoir fait perdre un mois en tentatives
infructueuses, elle n'accepta qu'une partie de la somme convenue.
Afin d'éviter les répétitions inutiles, je vais décrire, une fois pour toutes,
certaines dispositions générales qui se répètent pour chaque expérience, telles
que: le local des séances, le mode d'éclairage, la cage ou le cabinet où se tient
le médium, etc.
De plus, nombre de dialogues secondaires ainsi que les dialogues survenant
entre les formes manifestées et les assistants, seront omis dans ce travail, pour
ne pas le surcharger de détails qui pourront trouver leur place ailleurs.
Néanmoins, on pourra se faire une idée de la marche des « manifestations » et
de la manière dont celles-ci ont été observées par la description aussi complète
que possible de l'une des séances les mieux réussies parmi celles obtenues
avec Mrs Salmon. Car c'est un fait digne de remarque que, dans des conditions
en apparence semblables, sur dix expériences, plus de la moitié sont comme
avortées, tronquées, les phénomènes restant à l'état d'ébauche. Et cela quand le
médium semble le mieux disposé, sans parler des cas où, pendant le mois que
Mrs. Salmon resta sous mon observation, sa médiumnité l'avait à peu près
abandonnée.
LIEU OU LES EXPÉRIENCES FURENT FAITES
Ainsi qu'il a été dit plus haut, je ne tiens pour avenues que les séances
données sous mon contrôle. Ces expériences ont eu lieu soit à New -York dans
une pièce de mon laboratoire, transformée pour la circonstance, ou dans les
montagnes Ramapo, dans un local que j'ai fait aménager à cet effet sur une
propriété située à environ une heure de chemin de fer de la ville. Dans les deux
cas, la chambre a environ six mètres sur quatre et demi. Les murs sont tapissés
ou plutôt tendus de draperies sombres sur lesquelles le moindre nuage de
substance claire peut se voir. En général, outre le cabinet ou la cage décrit plus
loin, la pièce ne contient que des chaises pour les assistants, et, dans certains
cas, une table où prennent place divers instruments (phonographes,
dynamomètres, appareil photographique, machine électrique, etc. ( Nous
essayâmes de la machine statique avec l'idée qu'un dégagementt d'électricité et
d'azote dans le voisinage du carnet, favoriserait les manifestations: résultat
douteux. )
ÉCLAIRAGE DE LA CHAMBRE
Pendant les expériences de matérialisations, la pièce est éclairée uniquement
au moyen d'une lanterne placée au fond de la chambre, à l'extrémité opposée à
celle où se tient le médium et derrière les assistants dont la vue n'est de cette
manière nullement gênée par la source de lumière. La lanterne est située près du
plafond, en sorte que le corps des assistants ne projette aucune ombre sur le
cabinet placé en face d'eux; elle consiste en une boîte en bois à parois pleines,
sauf à la partie antérieure fermée par un verre de couleur bleue devant lequel
une porte en bois à coulisse verticale peut être montée ou descendue plus ou
moins, selon la quantité de lumière désirée. Au début j'ai fait usage a une lampe
à huile que j'ai depuis remplacée par un bec de gaz acétylène dont la vive clarté
est tamisée par une feuille de papier blanc sans gomme, placée sur le verre bleu.
La porte à coulisse est mue au moyen d'une corde glissant le long du plafond
où elle est retenue par des anneaux, et dont l'extrémité munie d'un contrepoids
se trouve dans le cabinet où elle pénètre par le haut, et hors de portée de la main
du médium, que ce dernier soit assis dans la cage ou attaché dans le cabinet.
Cette disposition permet aux « forces » qui se dégagent du médium et
s'organisent en projections personnées de régler la lumière suivant leur degré de
développement et de puissance.
CAGE MUNIE D'UN CABINET
Quelques-unes de mes expériences ont été faites à l'aide de la cage
complétée par un cabinet de tentures; les autres avec un cabinet spécial sans
cage.
La cage se compose de cinq parois en treillis métallique tendu sur cadre de
bois, et d'une porte de même construction munie de charnières et d'un cadenas.
Les cinq parois (trois côtés, fond et sommet) sont composées de cadres de bois
supportant un fort treillis de fil de fer galvanisé formant des mailles carrées de
douze à treize millimètres de côté admettant l'extrémité du petit doigt. Les fils
formant ces grillages ont environ un millimètre et demi de diamètre et sont
soudés ensemble par le zinc déposé par la galvanoplastie. Les treillis sont fixés
en dehors sur les cadres de bois au moyen de liteaux et les charnières de la
porte sont vissées également en dehors. Les cadres renforcés à la partie
moyenne par une traverse en bois sont unis ensemble par de longues vis dont la
tête est à l'extrémité de la cage une fois montée.
Quand la cage est fermée au cadenas, il serait à peu près impossible à un
homme robuste d'en sortir avec la seule aide de ses mains. Il va sans dire que si
une ouverture suffisante pour donner passage à une personne était pratiquée
dans l'une des parois ou la porte, cela ne pourrait se faire sans bruit ni sans
laisser de trace.
Sur le sommet de la cage sont fixés, au moyen d'anneaux, deux bras
métalliques qui s'étendent horizontalement en suivant les bords antérieur et
postérieur jusqu'à environ un mètre du côté droit de la cage. De grands rideaux,
aussi imperméables que possible à la lumière, sont jetés sur le tout de manière à
couvrir la cage entièrement, car il ne doit pénétrer aucun rayon lumineux dans
l'intérieur. Grâce aux deux bras horizontaux les rideaux s'étendent au-delà sur le
côté droit de la cage. Le tout forme une sorte de cabinet dont la façade est de la
longueur double de celle de la cage, ou, si l’on préfère, on se trouve en présence
d'une cage close ayant sur son côté droit un cabinet carré fermé par un rideau.
Les dimensions de la cage sont les suivantes:
Hauteur. ……. ………2m,04.
Profondeur. ………….0m,94.
Largeur de la porte... .0m,87.
Le médium est introduit dans l'intérieur de la cage où se trouve une chaise
ordinaire, la porte est fermée sur lui, cadenassée et scellée. Les rideaux sont
ajustés exactement. La raison de cette disposition sera vue dans la suite.
DESCRIPTION DU CABINET DE BOIS
Pour des raisons qui seront données plus loin, les expériences faites avec la
cage furent abandonnées et sur les indications de l'un des « guides » du médium
un cabinet de bois fut construit dans un coin de la chambre où se faisaient les
expériences. Ce cabinet est fermé de tous côtés sauf une ouverture de 1m,88 de
hauteur sur 0m,51 de largeur, faisant face à la lanterne placée à l'autre extrémité
de la pièce, à cinq mètres environ du cabinet. Celui-ci est recouvert à l'intérieur
aussi bien qu'à l'extérieur d'une tenture sombre, tandis qu'une ample portière de
même nuance, composée de deux rideaux pouvant s'ouvrir au milieu, ferme
l'ouverture. De cette manière, l'intérieur du cabinet reste dans l'obscurité la plus
complète, quelle que soit la source de lumière placée à son extérieur. Une
obscurité plus complète encore que celle de la chambre noire est requise dans le
cabinet où se tient le médium (du moins avec Mrs Salmon), même quand il est
possible de conserver dans la chambre où sont les assistants une lumière
suffisante pour distinguer l'heure sur le cadran d'une montre ordinaire ou écrire
les notes prises au fur et à mesure du développement des phénomènes.
Les dimensions du cabinet sont les suivantes:
Hauteur............................... 1m,98.
Largeur................................ 1m,57.
Profondeur .,..........................1m,02.
Largeur de l'ouverture ?.....…...0m,51.
Epaisseur des planches............0m,O2 ( Afin d'augmenter le volume d'air à
l'intérieur du cabinet où le médium reste enfermé, souvent, pendant plus de deux
heures, ces dimensions furent accrues pour des expériences faites plus
récemment, et un système de ventilation éliminant la lumière fut établi. ).
L'ouverture (fermée comme on l'a vu par une portière) est située sur la droite
du cabinet et tout à fait à l'extrémité de sa face antérieure.
Deux trous de 0m,01 de diamètre sont percés à 0m,03 d'intervalle dans la
paroi antérieure, à 1m,08 du sol et à 0m,49 du bord gauche de l'ouverture, soit
un mètre de l'extrémité droite et 0m,57 de l'extrémité gauche du cabinet. Ces
trous serviront à attacher le médium comme on le verra plus loin. Un trou de
0m,01 est percé, en arrière et à droite, sur le plafond du cabinet pour laisser
passer la corde gouvernant la porte à coulisse de la lanterne et réglant la lumière
comme on l'a vu plus haut. Disons enfin que les planches de cette structure sont
ajustées au moyen de mortaises, et consolidées par des traverses s'étendant
tout autour, en haut et en bas, et clouées sur les planches.
PHÉNOMÈNES DE MATÉRIALISATION OBSERVÉS EN DEHORS DE LA
CAGE OU LE MÉDIUM EST ENFERMÉ A CLEF
Une fois le médium enfermé dans la cage, le cadenas fermé à clef et cette
dernière gardée sur moi, un timbre-poste français de 15 centimes est collé sur
l'ouverture du cadenas et deux autres sur le joint de la porte: l'un, à 0m,40, audessus,
et l'autre à la même distance au-dessous du cadenas placé au centre
(Malgré ses protestations de bonne volonté à se soumettre aux conditions de
l'expérience, le médium, susceptible comme ils le sont presque tous, montra
néanmoins que ces précautions offensaient ses sentiments professionnels. La
première fois qu'elle me vit placer les timbres comme il vient d'être dit, Mrs
Salmon me demanda d'un air narquois si je me proposais « de la mettre à la
poste avec cette cage ». )
Le médium s'assied aussi confortablement que possible sur la chaise placée
dans la cage et en nous faisant face, puis les rideaux sont ajustés comme
dessus. Les personnes présentes, ainsi qu'elles le doivent, ont déjà pris place
sur les sièges disposés en demi-cercle autour de la cage ( Les allées et venues
après que le médium est prêt nuisent aux manifestations. ) Je m'assieds aussi
près que possible à l'extrémité droite du cabinet. Jusqu'ici les préparations se
sont faites en pleine lumière du gaz que l'on éteint dès que le médium s'est
assuré qu'aucun rayon lumineux ne pénètre jusqu'à lui.
Tout d'abord, nos yeux sont surpris par cette diminution brusque de la lumière,
mais au bout de quelques secondes, nous commençons à voir les objets
environnants, et les visages de chacun des assistants ainsi que leurs mains et
les parties claires de leurs vêtements, puis tout nous apparaît d'une manière
satisfaisante. ( Quand tout est prêt et qu'une lumière douce éclaire la chambre, il
est d'usage que les assistants chantent ensemble. Il n'est pas nécessaire que le
chant soit religieux ou monotone ou même que les exécutants chantent juste,
pourvu que chacun fasse de son mieux. Dans plusieurs expériences, un piano,
placé dans la chambre pour la circonstance, était tenu par l'une des personnes
assistant à la séance.
Il est évident que le spectateur non prévenu, non initié a le droit de trouver ce
détail enfantin ou suspect, tout comme la demi-obscurité; il n'en est pas moins
vrai qu'avec tous les médiums que j'ai vus, quelle que fut la nature des
phénomènes, ces derniers se montrèrent beaucoup plus tôt et, avec plus
d'intensité dans la pénombre et dès que les chants avaient établi une sorte de
vibration harmonieuse (?), sinon de l'air, du moins des pensées des assistants.
Je n'ai jamais perdu de vue le fait, que, dans certains cas, le bruit du chant peut
être mis à profit pour préparer quelque «truc» à l'intérieur d'un cabinet ou ailleurs,
et je prêtais une oreille attentive à tous les sons pouvant venir de l'endroit où se
trouvait le médium. Bien souvent le chant mezza voce des assistants, auquel je
ne me joignais pas toujours, me permettait d'entendre de temps à autre la
respiration du médium, mais rien de plus. )
Dans ces conditions et après une attente variant de quelques secondes à
plusieurs minutes, j'ai vu se développer successivement les phénomènes
suivants que je relate en condensant mes observations d'après les notes de
plusieurs séances.
1. — Des voix différant les unes des autres se font entendre, non dans la cage,
mais dans le cabinet situé sur le côté. D'abord c'est une voix de fillette nous
souhaitant le bonsoir. La voix est tour à tour sérieuse ou enjouée. C'est l'un des «
contrôles » ou « guides » du médium qui dit se nommer Maudy (diminutif de
Maud), puis une voix de basse nous salue aussi: c'est la voix de Ellan, l'autre
contrôle.
Il nous fait d'un ton sentencieux et « poncif » un petit discours sur les
précautions à prendre (de notre côté) pour les séances et sur les grandes
difficultés que lui et les autres invisibles ont à surmonter (pour produire les
phénomènes que nous nommons psychiques) et donner la preuve « de cette
vérité splendide; la survivance de l'esprit après la mort du corps ».
2. — A plusieurs reprises, des mains blanches et fines, parfois plus grandes,
une diaphane à peine visible accompagnant une autre d'apparence plus
matérielle (ne ressemblant pas à celle du médium qui est courte et grosse),
glissent du haut du cabinet jusque vers la partie moyenne.
3. — Un bras et une main nus et une autre main se montrent à plusieurs
reprises, en même temps, aux deux extrémités du cabinet-cage, près de deux
mètres à part.
4. — Une forme féminine vêtue de blanc, ayant au moins 16 centimètres de
plus que le médium écarte les rideaux du cabinet à droite de la cage et sort en
avant des rideaux, semble s'affaisser, puis s'enfoncer dans le tapis qui recouvre
le parquet.
5. — Une autre forme féminine de taille moins élevée, portant une couronne et
une ceinture lumineuses, sort brusquement d'entre les rideaux, sans faire aucun
bruit. Son visage ne ressemble pas à celui de la précédente; elle est plus brune,
ses vêtements sont de couleur presque sombre, et ses cheveux noirs. Elle
murmure à voix très basse quelques mots que nous ne pouvons comprendre.
Elle rentre dans le cabinet sans laisser d'odeur phosphoreuse ou autre.
6. — Après quelques minutes, pendant lesquelles les assistants chantent à mivoix,
les rideaux du cabinet s'agitent; le chant cesse et la petite voix se fait
entendre dans la cage. Quelque chose de blanc se montre entre les rideaux et
un homme de taille au-dessus de la moyenne apparaît dans l’entre-bâillement. Il
rentre aussitôt sans proférer une parole; mais la petite voix de Maudy nous
annonce que nous venons de voir Ellan. Elle ajoute qu'elle va essayer elle-même
de venir se montrer si elle peut prendre assez de force et que Ellan allait tenter
également de venir une autre fois.
7. — Le bas des rideaux se soulève et une forme de petit enfant sort et s'agite
en frappant le sol de ses petites mains tout en faisant entendre d'une voix de
bébé (qui vient de l'endroit où nous voyons l'enfant) les sons suivants: ta, tta, ttta,
tata. La forme disparaît. Une voix part de l'intérieur de la cage et nous dit que la
forme que nous venons de voir et d'entendre est celle d'un enfant de quelques
mois, mort récemment.
8. — Ellan paraît entre les rideaux du cabinet, il s'avance vers nous et nous
parle très distinctement de la même voix qu'il nous fait entendre du cabinet ou de
la cage; il nous fait face pendant quelques secondes et je lui demande la
permission de lui serrer la main. Il me tend la sienne: je me lève (une voix du
cabinet me recommande d'aller doucement), je m'approche de lui et lui prend la
main droite dans ma droite. Je lui serre la main, il me rend mon étreinte. La main
que je serre est tiède, large, ferme, un peu osseuse; une main d'ouvrier, alors
que le médium a la main plutôt petite, molle et grasse. Je constate à ce moment
qu'il est plus haut que moi de la moitié de la tête (le médium est plus petit que
moi d'autant), il est vêtu de noir et le plastron blanc de sa chemise se détache
clairement de son habit noir. Ses cheveux et sa barbe sont châtain foncé, ses
yeux sont bruns (le médium a les yeux bleu clair) ; il paraît avoir de trente-cinq à
quarante ans. Il me salue: « Good bye », et se retire dans le cabinet.
J'échange mes impressions avec les personnes présentes, chacun fait sa
remarque; tout le monde a vu la même chose. Bien qu'intéressé, aucun de nous
ne paraît particulièrement ému. La plupart, à vrai dire, avons déjà vu des
phénomènes plus ou moins semblables à ceux-ci et même trois des personnes
présentes, que je sais être absolument sincères et sérieuses, ont assisté
antérieurement à de nombreuses séances de Mrs Salmon, qu'ils m'ont fait
connaître.
9. — Après l'apparition précédente, et lorsque le silence fut rétabli, quelques
minutes après, nous entendons la voix de Maudy, dans la cage d'abord, puis
dans le cabinet, et une tête de petite fille espiègle d'environ huit ans se montre
entre les rideaux en nous criant: « Good evening, bugaboo ! » (Bonsoir,
Croquemitaine ! ) Puis elle écarte les rideaux et se met à courir sur l'espace de
1m,50, qui sépare le cabinet d'une dame présente à qui elle prend les mains. Elle
ne reste qu'un instant et retourne en courant vers le cabinet où elle disparaît.
(Voir note B.)
10. — Plusieurs autres apparitions se montrèrent encore. Entre autres, une
femme qui, soi-disant, a perdu la vie dans un naufrage récent et vient se
présenter avec ses vêtements tout mouillés. Plusieurs d'entre nous qui la
touchons, avons les mains pleines d'eau. Elle s'abîme et disparaît au milieu de
nous, dans une séance, et, dans une autre, rentre dans le cabinet. Cette forme
féminine s'exprime en Français dont je ne lui ai entendu prononcer que quelques
mots.
11. — Une autre forme féminine qui apparaît à presque toutes les séances
réussies de Mrs Salmon dit se nommer Musiquita, prononçant le premier a à la
manière espagnole ou italienne. Elle a l'air d'une gitane et ne manque jamais de
réclamer une guitare. Quand cet instrument est à portée de sa main, elle
s'empare de son manche et avec l'ongle de l'index gratte les cordes tout en
tenant l'instrument à bras tendu pendant quinze ou vingt secondes, puis disparaît
en emportant la guitare dans le cabinet ou après l'avoir déposée à l'entrée.
Je m'abstiendrai de décrire plus longuement ces apparitions parce qu'elles se
sont en partie reproduites avec plus ou moins de similitudes dans une autre
séance que je rapporterai en détail.
Mais il est un phénomène particulier aux expériences faites avec la cage que
je tiens à raconter aussi minutieusement que possible. Le voici:
PASSAGE DU MÉDIUM A TRAVERS LA PORTE DE LA CAGE
Quand la séance eut duré environ deux heures, la voix de Maudy se fit
entendre de l'intérieur de la cage et nous dit que les forces du médium étaient
épuisées et que les manifestations allaient cesser. Aussitôt après que Maudy eut
fini de parler, la voix de basse d'Ellan s'adressant à moi dit: « Venez recevoir
notre médium qui va sortir et aura besoin de vos soins. » Pensant qu'il était
temps d'ouvrir la porte de la cage et de délivrer le médium confiné dans cet
espace réduit depuis le commencement de l'expérience, j'allais donner plus de
lumière lorsque la voix de basse me dit: « N'allumez pas avant que le médium
soit sorti. » Comme je n'étais pas prévenu de ce qui allait se passer, je m'avançai
alors pour ouvrir la porte dont je sentis le treillis à travers le rideau. A ce moment,
ma main fut repoussée doucement mais d'une manière irrésistible, et je vis le
rideau se gonfler comme sous la pression d'un corps volumineux. Je saisis la
masse qui se présentait devant moi et je fus très surpris de sentir que je tenais
une femme évanouie dans mes bras. Je soulevai alors le rideau qui la recouvrait,
et Mrs Salmon (car c'était elle) allait tomber à terre si je ne l'avais retenue. Je
l'assis aussitôt sur une chaise où les dames présentes l'aidèrent à se remettre.
Sans perdre une minute et pendant qu'un de mes assistants allumait le gaz, je
palpai la cage et particulièrement la porte où je ne sentis rien de particulier. Dès
que toutes les lampes furent allumées, nous examinâmes les rideaux du cabinet
que nous trouvâmes dans le même état qu'au début de l'expérience. Les tentures
furent alors enlevées; la porte de la cage et chaque maille du treillis sur les
différentes parois furent soigneusement inspectées: tout était intact. De même
les trois timbres collés sur la fente de la porte et l'ouverture de la clef du
cadenas; ils étaient tels que je les avais collés après avoir enfermé le médium
dans la cage; le cadenas était en place, passé dans les anneaux à vis et fermé.
Je pris la clef de la poche droite de mon gilet où je l'avais placée et j'ouvris; les
charnières de la porte jouèrent librement et je m'assurai qu'elles n'avaient pas
été déplacées. Du reste, je m'étais tenu pendant toute la séance à moins d'un
mètre de la porte dont j'aurais pu noter les moindres mouvements; j'écoutais
attentivement les sons partis de la cage. Aucun bruit, aucun mouvement suspect
n'avait attiré mon attention, et en particulier quand le médium avait été poussé à
travers la porte de la cage, je suis sûr de n'avoir entendu, et chacun de nous
déclare n'avoir entendu le moindre bruit.
Tel est le phénomène remarquable dont j'ai été témoin dans deux expériences
différentes faites dans mon laboratoire à quelques jours d'intervalle, ainsi qu'une
troisième fois dans un local en dehors de chez moi.
Mrs Salmon ne se prête plus à l'expérience de la cage depuis qu'une
hémoptysie paraît en avoir été la conséquence. Ses guides ou contrôles lui
auraient même interdit l'emploi de la cage métallique comme moyen d'épreuve
(test séance), et ne lui permettent plus que l'usage du cabinet de bois décrit plus
haut. (Voir note D sur le passage du médium à travers le treillis de la porte.)
EXPÉRIENCES FAITES AVEC LE CABINET
De nombreuses expériences furent faites avec le cabinet de bois. Toutes ne
furent pas couronnées d'un égal succès; ainsi que nous avons vu, les résultats
obtenus pendant un mois entier furent presque nuls. En rapportant une des
meilleures séances que j’ai eues, je pense pouvoir donner une idée suffisante du
genre de phénomènes obtenus avec le médium observé. Dans tous les cas, les
précautions prises étaient, toutes choses égales, les mêmes et en somme leur
description pour une expérience peut être appliquée à toutes les autres.
Toutefois, avant de relater la séance type où le médium est attaché dans le
cabinet, je mentionnerai ce fait que, dans plusieurs cas, le médium se tenait avec
deux autres personnes, non à l'intérieur, mais en dehors et à la porte du cabinet.
Le médium posait ses mains sur le bras gauche de la personne se tenant au
milieu et un rideau de couleur sombre était placé (de maniére à ne laisser voir
que leur tête), sur les trois personnes ainsi disposées et faisant face aux autres
assistants. La lumière était réglée comme dans les autres expériences. Dans ces
conditions, nous avons tous vu des mains de différentes grandeurs venir du
cabinet et caresser l'épaule, la tête ou le cou des personnes placées à la droite
du médium. Comme nous nous remplacions à tour de rôle dans cette position,
lorsque ce fut mon tour, je me mis au milieu, le médium étant à ma gauche et
une autre personne à ma droite. Le médium posa sa main gauche sur mon
avant-bras gauche, et sa droite sur mon bras gauche. Au bout d'une minute, je
fus touché sur l'épaule droite par une large main d'homme puis aussitôt après
une petite main d'enfant froide me tapota sur le cou à droite et ces deux mains
furent vues par la personne placée à ma droite. Sans perdre un moment je priai
le médium de me toucher le cou avec ses mains qu'elle enleva aussitôt de mon
bras et porta à-mon cou; ses mains étaient chaudes.
Une figure se montra au-dessus de ma tête et fut vue des personnes assises
en face de moi. Des objets furent pris de l'intérieur du cabinet et passés entre
nos têtes. Les cordes d'une guitare posée sur une table, dans le cabinet, à plus
d'un mètre derrière le médium, résonnèrent fortement et à plusieurs reprises,
puis l'instrument fut glissé entre les deux personnes assises à la droite du
médium. Comme à ce moment j'étais assis en face du cabinet, je pris la guitare
et j'éprouvai une certaine résistance quand je l'attirai en dehors. Il eût été
impossible au médium de tenir l'instrument dans la position où il se présenta; de
plus, ses mains étaient posées sur le bras de la personne placée à sa droite,
laquelle n'avait qu'une épaisseur de soie mince (nous étions en été), entre sa
peau et les mains du médium qu'elle déclara sentir parfaitement. Plusieurs lignes
d'écriture furent tracées au crayon sur une feuille de papier blanc placée près de
la guitare, à l'intérieur du cabinet, dans un point que le médium n'aurait pu
atteindre de la place où il était.
Mais j'arrive à l'observation d'une séance type avec le cabinet. Les notes de
cette observation ont été prises au fur et à mesure de la production des
phénomènes, par le Dr L., assistant au laboratoire de l'Institut; et comme de
nécessité ces notes étaient laconiques et parfois incomplètes, elles furent
complétées le lendemain par celles qui furent rédigées immédiatement après
l'expérience par l'une des personnes y ayant assisté (M. T. S., artiste distingué,
ancien élève de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris) et par l'auteur.
Séance du 10 décembre 1898, 8 heures 30 soir. Présents:
Mme C, surveillante à l'Institut; Mme D., vénérable dame que je connais depuis
plusieurs années;
Mme B., fille de Mme D.; M. B., mari de Mme B.; M. T. S., artiste; Dr L.,
assistant à l'Institut; Dr P. G., l'auteur;
Médium : Mrs Salmon.
Nous sommes donc en tout sept personnes, plus le médium. Toutes ces
personnes me sont connues depuis plusieurs années.
Le médium, bien que commençant une attaque de grippe, est bien disposé (ce
qui ne lui arrive pas souvent). Elle a entendu le Barbier, à l'Opéra Métropolitain
cet après-midi, avec une personne de ma famille et elle demande à M. T. S., qui
a une superbe voix de ténor, de chanter quelque chose. Sans se faire prier, M. T.
S. se met au piano et chante Pensées d'automne de Massenet. Ensuite, j'essaye
un phonographe avec lequel je me propose d'enregistrer les voix, s'il est possible
( Cela fut impossible dans cette séance. ). Je place un cylindre sur lequel est
tracé l'air d'une chanson populaire et la fais chanter à l'instrument, ce dont il
s'acquitte d'une façon qui nous fait tous pouffer de rire.
Nous sommes donc dans un état d'esprit plutôt gai et pas le moins du monde
enclins à l'attention expectante, mère des hallucinations, dit-on.
Le médium se retire dans un coin de la chambre où Mme C. (la surveillante)
l'examine en détail et s'assure qu'elle n'a aucun vêtement blanc de dessous
(Même la chemisette appliquée sur la peau était noire. Mrs S. n'avait pas de
corset. ). Son habillement de dessus est complètement noir.
On procède à l'attachement du médium; un fort ruban de soie, de 1m,50 de
long sur 0m,08 de large, m'appartenant, est passé autour de son cou; je
l'attache, en présence de tous, en pleine lumière, au moyen d'un nœud
chirurgical consolidé par un troisième nœud, le tout assez serré pour que l'index
passé entre le cou et le lien soit un peu à l'étroit. Le Dr L. et M. T. S. m'aident à
installer le médium. Nous l'asseyons sur une chaise dans le cabinet, contre la
paroi antérieure de celui-ci, et le visage tourné vers l'ouverture. Les deux
extrémités du ruban sont passées par moi chacune dans un des trous percés
dans la paroi antérieure du cabinet, à 49 centimètres de l'ouverture ( Voir plus
haut la description du cabinet. ) Nous tirons sur les extrémités du lien, de
manière que la joue gauche du médium vienne en contact avec la paroi, et le Dr
L. les attache au dehors, contre la cloison, au moyen d'un double nœud très
serré, et fait en plus un autre double nœud à l'extrémité des deux bouts pendants
du ruban. M. T. S., le Dr L. et moi examinons, les bouts avec soin et constatons
qu'il serait impossible au médium de quitter la position dans laquelle nous l'avons
garrotté (c'est le mot).
Les autres personnes présentes déclarent s'en remettre à nous lorsque nous
leur faisons part de nos constatations et remarquons tout haut que les trois
nœuds par lesquels le lien est attaché au cou du médium forment une espèce de
corde occupant le court espace séparant ce dernier de la cloison du cabinet, et
qu'il n'est pas possible de passer le doigt entre le dernier nœud et la cloison,
tellement le lien a été serré à l'extérieur.
La portière de l'entrée du cabinet est abaissée, la lumière est disposée... (Voir
la description donnée déjà). Chacun prend sa place, en demi-cercle, à 1m,50
environ du cabinet. Il est 9 h. 8 s. du soir.
24 secondes après avoir pris nos places (temps noté par le Dr L.), sans qu'il ait
été nécessaire de faire de la musique ni de chanter, le silence étant complet,
nous voyons des lueurs donnant l'impression de transparence dans
l'entrebâillement des rideaux, tandis que dans le haut du cabinet, à gauche (à
notre droite), en dehors, à plus de deux mètres à part, nous voyons un grand
avant-bras et une main gauche nus, blancs comme neige et parfaitement
distincts. Le Dr L., qui a dirigé la confection du cabinet, appelle notre attention
sur ce fait, qu'à cet endroit, la tenture est ininterrompue, car elle s'étend d'abord
sur le mur de la chambre, en avant du cabinet et tourne dans l'encoignure formée
par ce dernier, sur lequel elle se continue jusqu'à l'ouverture ménagée dans sa
paroi antérieure. Cette forme se meut de haut en bas sur une hauteur d'environ
30 centimètres et, après un laps de temps de 20 à 25 secondes, disparaît sur
place, c'est-à-dire sans se retirer vers le cabinet. Au même instant, un objet
blanc paraît entre les rideaux de la portière.
3 secondes plus tard, quelque chose de blanc s'agite tout à fait en bas de
l'ouverture. Cela dure 20 secondes.
Pendant 43 secondes, rien ne se produit. Au bout de ce temps, une forme de
main et d'avant-bras blanche et diaphane glisse le long de l'ouverture de la
portière et disparaît.
Compté 3 secondes; une main de même apparence glisse encore de la même
manière.
La voix de Maudy se fait entendre à l'intérieur et après les salutations d'usage
nous dit « qu'ils magnétisent la tenture et le cabinet afin de faciliter les
manifestations ».
Un dialogue de plusieurs minutes s'engage entre Maudy et le Dr P. G., puis,
pendant 25 secondes, silence.
Un bruit comme produit par un coup sec, violent, ou une pierre lancée contre la
cloison du cabinet, se fait entendre.
Pendant 25 secondes, rien. Une forme blanche, indéfinie, paraît alors, dans
l'ouverture, écartant les rideaux, et les referme aussitôt.
Après 3 secondes, une main diaphane paraît au même endroit et disparaît.
Après 25 secondes d'attente, une forme humaine, vêtue de blanc, entrouvre
les rideaux et se montre pendant 3 secondes.
Après 51 secondes, un bras, puis le haut d'un buste et une face, paraissant
incomplète, se montrent puis disparaissent presque immédiatement.
Il paraît d'après Maudy, que des tentatives infructueuses sont faites pour
matérialiser une forme qui se montrerait au dehors, mais après quinze minutes
d'attente, rien ne se produit.
La voix de Maudy se fait alors entendre de l'intérieur et s'adresse à Mme D.,
qui se trouve presque au centre du demi-cercle formé par les sept personnes
présentes. Elle la prie de changer de place avec son gendre, M. B., qui est à
l'extrémité droite et plus près du cabinet. « Cela, lui dit-elle, facilitera les
phénomènes, car vous êtes médium ( II est vrai que Mine B. est médium, mais
non professionnelle. ) et votre force nous aidera. « ( Le changement se fait.)
5 minutes se passent, après quoi la coulisse de la lanterne est abaissée
légèrement par l'intermédiaire de la corde maintenue dans le cabinet (hors de
portée de la main du médium, car il y a plus de 1m,50 entre les trous de la
cloison et l'extrémité de la corde) et la lumière diminue à proportion. Néanmoins,
nos yeux habitués à ce crépuscule artificiel peuvent distinguer les objets
environnants sans difficulté.
Nous attendons pendant 22 secondes après la mise au point de la lanterne et
un objet blanc se montre au bas des rideaux qui restent fermés. Cet objet,
d'abord gros comme un œuf, se développe rapidement dans le sens de la
hauteur. Cela ressemble au bas d'une robe. A ce moment, les rideaux s'écartent
assez brusquement et une forme de femme entièrement vêtue de blanc sort du
cabinet et s'avance vivement vers MmeS D. et B., qui s'écrient en même temps:
« Blanche, Blanche ! » L'apparition se jette dans les bras de Mme D. (V. F.) en lui
disant en français sans aucun accent: « Ma tante, ma tante, je suis si heureuse
de vous voir » et, se tournant vers Mme B.: « et toi aussi, Victoria. » Ces dames,
tout émues, répondent à l'apparition avec des paroles affectueuses,
l'embrassent, en sont embrassées tendrement ainsi que M. B. (qui serait son
cousin par alliance). Sur l'autorisation de Blanche, M. T. S. s'avance et lui prend
la main; il semble « un peu troublé » tout en déclarant qu'il a tout à fait
l'impression de tenir la main d'une personne vivante, que la température de cette
chair est normale.
L'apparition resta environ 2 minutes avec nous ( Intéressé par le phénomène,
le Dr L. oublia de compter. ) à plus d'un mètre du cabinet, nous faisant face la
plus grande partie de ce temps. Je l'examine de près sans toutefois la toucher;
sa taille est d'au moins 10 centimètres plus haute que celle du médium; elle est
plutôt mince, tandis que le médium, qui est une femme d'une cinquantaine
d'années, possède un certain embonpoint. La voix du fantôme est faible et un
peu sifflante, n'ayant rien de celle du médium, qui, en outre, ne sait pas deux
mots de français. Elle a un voile de communiante sur la tête, mais son visage est
découvert, la figure est pleine et fraîche, paraissant âgée de 20 à 25 ans, et n'a
aucune ressemblance avec celle du médium. Elle place sa main sur son cœur et
paraît très émue. Enfin elle se dirige vers l'ouverture du cabinet et entrouvre les
rideaux, derrière lesquels elle disparaît ( Voir note E, sur Blanche. ). Au même
moment, je touche le lien de soie qui sort au dehors du cabinet et m'assure qu'il
n'y a rien de changé.
A peine cette forme a-t-elle disparu que les rideaux s'entrouvrent de nouveau
et qu'une jeune fille d'un mètre de haut environ, peut-être moins, se montre à
nous vêtue de couleur claire, mais non pas blanche, et nous parle. Nous
reconnaissons la voix de Maudy (ses paroles n'ont pas été notées). Elle ne reste
là que quelques secondes, fait irruption au dehors, et s'avance vivement vers
Mme D., comme pour l'embrasser, et retourne aussitôt vers le cabinet, sans
répondre à mon invitation de venir me serrer la main autrement que par une
plaisanterie: « Je n'aime que les jeunes Messieurs », me dit-elle en anglais. « Ce
n'est pas flatteur », lui repartis-je aussitôt, et nous rions tous de bon cœur. Nous
remarquons entre nous que c'est bien la même voix que nous connaissons
lorsqu'elle part du cabinet, la voix de Maudy qui, de même que sa manière de
s'exprimer, est tout à fait caractéristique. ( Voir note B, sur Maudy. )
Quelques secondes après qu'elle a disparu derrière les rideaux, ceux-ci
s'ouvrent de nouveau et laissent passer une grande forme de femme encore plus
grande que « Blanche ». Elle est en corsage blanchâtre et jupe de couleur
sombre; elle nous regarde tour à tour et nous jette son nom: « Musiquita ». C'est
le fantôme qui, dans les séances de Mrs S., fait sonner les cordes dune guitare.
Comme ce soir, nous n'avons pas cet instrument avec nous, Musiquita semble
désappointée et retourne dans l'invisible.
Après un assez long intervalle (dont le temps n'est pas noté) les rideaux
s'ouvrent encore et Maudy se montre de nouveau à nous en riant d'un rire
d'enfant espiègle. Elle se retire pour laisser passer une forme un peu plus haute
qu'elle et qui vient au dehors du cabinet en chantant à mi-voix et d'une voix de
soprano que nous n'avions pas encore entendue, une mélodie plaintive qui n'est
pas notée. Cette forme ne reste que quelques secondes; elle est très indécise,
vêtue de blanc et semble non finie. Elle s'abîme et disparaît au pied des rideaux
qui restent immobiles.
Pendant 109 secondes, nous ne voyons rien se manifester: après quoi une
forme sort du cabinet. C'est une forme plus grande que toutes celles qui se sont
montrées ce soir. Elle est plus grande que le médium d'au moins toute la tête.
Elle est vêtue de vêtements sombres. Elle donne son nom « Eva », et nous parle
d'une voix lente, caverneuse, inintelligible, peut-être dans une langue qui nous
est inconnue. Elle a le visage pâle, tiré, de grands yeux hagards, regardant en
haut; son expression est effrayante de tristesse et de souffrance. Elle se tient
droite, rigide même. Nous nous sentons tous comme soulagés d'un poids quand,
au bout de quelques secondes, elle disparaît dans l'ouverture des rideaux.
Cette forme vient à peine de disparaître que Maudy montre son visage et nous
parle: « Ellan est au Mexique », dit-elle, « il y a quelqu'un nous touchant de très
près, qui est très malade là-bas ( Mrs. Salmon n'avait nullement fait mention de
la maladie de sa fille, habitant le Mexique, qu'elle ignorait sans doute. C'est un
fait qu'elle était très dangereusement atteinte (septicémie), ainsi qu'on l'apprit
quinze jours plus tard. ), mais s'il a promis de venir ce soir, il viendra. » (Ellan ne
s'est pas fait entendre de la soirée, contrairement à son habitude.) Les rideaux
se referment.
Comptez 35 secondes. — Les rideaux s'écartent et une forme d'homme, d'une
taille au-dessus de la moyenne, s'avance vivement à un mètre au moins du
cabinet, nous fait face, et d'une voix naturelle de basse et tout à fait masculine,
nous dit en anglais) : « Bonsoir, amis, enchanté de vous voir. » C'est Ellan dont
nous reconnaissons aussitôt la voix. Ainsi que dans plusieurs expériences
antérieures, il est habillé de noir avec plastron blanc orné de deux boutons de
même couleur. Ses cheveux, ses sourcils et sa barbe (celle-ci peu abondante)
sont châtain foncé ( Vus à une distance de 1 mètre à 1m,50 par le Dr L. et MM.
T. S. et B., ils leur parurent noirs. En réalité, ils étaient châtain foncé, comme j'ai
pu en juger de plus près. ) Nous lui rendons son salut et je lui demande
l'autorisation de me lever et de lui serrer la main: accordé. Je me lève, je lui
tends la main, il la prend, et je lui donne un good shake hand qui m'est
vigoureusement rendu. Je constate qu'il est plus grand que moi, comme dans
l'expérience avec la cage, et rien dans sa figure ne rappelle celle du médium
dont la taille est beaucoup plus petite. Ses épaules, sa poitrine sont celles d'un
homme robuste, mais plutôt maigre. Je cherche, sans y parvenir ce soir, à
distinguer la couleur de ses yeux. Ceci est dû à ce que je le regarde de face et
que la lumière vient de la lanterne à droite. Je m'assure que la main est large et
ferme, dure même, modérément chaude, et non moite (caractères
diamétralement opposés à ceux de la main « succulente » du médium), et j'en
fais la remarque, tout haut, en invitant Mr T. S. à venir s'en assurer. Nous
demandons de nouveau l'autorisation à Ellan, qui nous fait une réponse évasive
dont je ne note pas les paroles, mais qui me frappe en ce sens que celles-ci sont
prononcées pour ainsi dire dans mon oreille, au moment où je me retourne vers
Mr. T. S. qui se lève pour venir serrer la main de l'apparition. A ce moment, la
main que je continue à tenir glisse (je n'ose dire qu'elle fond) de la mienne, et la
forme « Ellan », en partie désagrégée, se dirige vers l'ouverture du cabinet,
glisse entre les rideaux, les écartant à peine, et disparaît dans le cabinet.
Compté 37 secondes. — La voix d'Ellan se fait entendre (dans le cabinet). Elle
nous donne des instructions pour assurer une meilleure disposition du cabinet où
le médium est réellement confiné ( Ces instructions furent suivies pour les
séances suivantes. ). Période de silence,
Compté 52 secondes. — Apparition entre les rideaux d'une forme féminine
vêtue de blanc qui ouvre et ferme les rideaux, reste invisible pendant dix
secondes, et se montre encore pour un instant et disparaît définitivement.
Compté 6 secondes. — Un point blanc se montre sur le parquet au pied du
cabinet. D'où je suis placé, je vois que cet objet se tient à environ 25 centimètres
de la portière en dehors. En deux ou trois secondes, cela devient gros comme un
œuf et s'agite, rappelant à l'œil la coquille vide qui, dans les salles de tir, danse
au sommet d'un jet d'eau. Rapidement, alors, l'objet s'allonge, devient une
colonne d'un mètre de hauteur sur environ 10 centimètres de diamètre, puis
1m,50, et deux prolongements transversaux apparaissent à son sommet, lui
donnant la forme d'un T. Cela ressemble à de la neige ou à un nuage épais de
vapeur d'eau. Les deux bras du T s'agitent, une sorte de voile émane de leur
substance; l'objet s'élargit et prend vaguement d'abord, puis distinctement
ensuite, la forme blanchâtre d'une femme voilée. Deux bras blancs sortent de
dessous le voile qu'ils rejettent en arrière. Le voile disparaît de lui-même et nous
voyons une charmante figure de jeune fille mince, délicate, de taille svelte,
élancée, de 1m,60 de hauteur environ, qui, d'une voix à peine perceptible, nous
donne un nom: Lucie. Elle se tient un instant devant nous comme pour nous
permettre de l'observer; la robe est entièrement blanche, les manches évasées
sont courtes, n'allant pas jusqu'aux coudes; les bras sont nus et d'une forme fine.
La figure a des cheveux noirs arrangés en lourds bandeaux bouffants de chaque
côté de la tête (le médium a des cheveux blonds, très courts et frisés). La forme
s'avance vers l'extrémité gauche du cercle des assistants, vers Mme D., et se
penche au-dessus d'elle. Elle lui prend les mains dont elle tourne la face
palmaire en haut et souffle dedans. Au même instant, et comme sous l’influence
magique de ce souffle, un flot de dentelle, ou de tulle ( Bien que j'en aie tenu une
partie dans mes mains, je n'ai pu voir exactement ce que c'était. Au toucher, j'ai
jugé que ce tissu était résistant et rude comme du coton contenant de l'empois. )
s'élève des mains de Mme D., monte et s'étend au-dessus de nos têtes pendant
que nous entendons le souffle fort, régulier, continu, avec légers renforcements,
donnant à l'oreille l'impression de venir d'une machine ou d'un soufflet de forge,
et durant, sans interruption, au moins 30 secondes ( Un homme à large poitrine
aurait quelque peine à soutenir un tel souffle pendant dix secondes. ). Mme D.
nous dit sentir le souffle sur les mains et le visage. La forme prend ce voile dans
ses mains, l'élève au-dessus de sa tête, position où il semble se condenser, puis
l'étalé, et littéralement nous couvre avec ce nuage ondulant de tissu léger. A ce
moment, je me lève et me place en ligne avec la face antérieure du cabinet,
tandis que le Dr L. et Mr. T. S., se levant en même temps, s'avancent aussi vers
l'apparition ( Bien que nous ne nous fussions pas concertés à l'avance, notre
intention commune était de l'entourer pour la voir de plus près et lui toucher les
mains si possible. ), lorsque celle-ci, attirant brusquement à elle toute l'étoffe
étalée sur les genoux des assistants, s'écroule à nos pieds comme un château
de cartes au moment où j'avance mes mains pour la toucher, et disparaît
progressivement et en deux secondes au plus comme elle était venue, mais cette
fois à environ 50 centimètres des rideaux auprès desquels je me tiens debout, et
qui restent immobiles. En fait, je suis devant la porte du cabinet et elle ne pourrait
rentrer dans ce dernier sans me trouver sur son chemin. Au moment où le
dernier point blanc, vestige de cette forme, va s'effacer sur le tapis qui recouvre
le parquet, je me baisse pour mettre la main dessus, mais je n'en puis sentir
aucune trace; il n'y a plus rien. Je me retourne vers, le cabinet et porte
immédiatement la main sur le lien qui attache le médium et je tire dessus: il est à
sa place et tient bon.
A ce moment la lampe de la lanterne s'éteint; je fais immédiatement allumer le
gaz. La voix de Maudy nous invite à détacher le médium, et, en moins de temps
qu'il n'en faudrait pour le dire, je suis dans le cabinet où je trouve le médium à sa
place, immobile, la salive coulant de sa bouche et couvrant son menton. Elle
paraît s'éveiller d'une sorte de transe. Je lui prends les mains, tout en invitant le
Dr L. et Mr T. S., puis les autres personnes, à venir s'assurer de l'état du lien et
des nœuds. Nous examinons le tout avec soin; le ruban de soie est humide de
transpiration, mais intact; il est serré autour du cou. Le Dr L. met un soin
particulier à l'examen de la position du médium. Pendant qu'il a sa tête près de
celle du médium, la voix de Maudy, partant du fond du cabinet, l'interpelle et lui
fait une remarque plaisante. Les nœuds extérieurs sont d'abord détachés par le
Dr L. qui les a faits. Il éprouve une difficulté sérieuse à les dénouer et y passe
plusieurs minutes. Mr. T. S. prend alors les deux extrémités du ruban et les tient
pendant que je tire vers l'intérieur (afin de les empêcher de se tordre ensemble
pendant que j'aide le médium à sortir du cabinet).
Le médium paraissant exténué, le visage pâle, bouffi et couvert de sueur, les
paupières gonflées et les yeux troublés, est amené à la lumière, où tous nous
pouvons voir le lien étroitement attaché autour de son cou par les trois nœuds
faits au début de l'expérience. Le ruban est dénoué par le Dr P. G. qui l'a attaché
autour du cou, examiné avec soin, trouvé intact et mis de côté.
Il est près de 11 heures (10 h. 48). Le temps qui n'a pas été noté fut rempli par
la durée des phénomènes de matérialisations, par quelques dialogues entre les
personnes présentes et les voix, et par l'examen du lien (après que les
manifestations eurent cessé) avant ainsi qu'après le détachement du médium.
(L'observation de cette séance fut lue le surlendemain en présence des
personnes qui y avaient assisté. L'attestation suivante fut écrite et signée en
marge de la dernière page : « Nous avons lu les notes ci-contre ensemble et
nous en certifions l'exactitude.
« Signé (noms complets) : Mme Caroline D. Mr Thomas S. Mme Victoria B. Mr
Charles B. « Mme CN. C. Dr A. L.
« New-York, 12 décembre 1886.
« D' P. G.
« Mrs Salomon, médium. »
Notes et Remarques
A. Remarques sur les voix. — Bien que caractéristiques, ces voix ont parfois
des intonations rappelant la voix du médium; et d'autres fois, elles en diffèrent
complètement. Je crois devoir dire ici que dans les expériences faites à l'aide du
cabinet, à maintes reprises, je suis entré avec le médium en face duquel je me
tenais assis ou debout dans l'obscurité et j'ai pu faire les constatations suivantes:
mes mains étant placées sur les épaules de Mrs Salmon, la voix paraissait partir
tantôt de côté, du voisinage du sol, du fond du cabinet, ou, au contraire, de
l'épaule, de la poitrine, du cou, et même de la bouche du médium. Les voix de
Maudy et d'Ellan sont naturelles, elles prononcent les voyelles, les consonnes et
en particulier les labiales d’une manière irréprochable. L'explication que je
demandai fut que, selon le « volume de forces » que les personnages invisibles
qui le contrôlent peuvent tirer du médium, ils se manifestent à une plus ou moins
grande distance de ce dernier, « employant ordinairement les éléments de son
larynx et de sa bouche pour la voix » (d'où, sans doute, les tons rappelant parfois
ceux qui caractérisent la voix de Mrs Salmon). « De même qu'ils font usage des
éléments des autres organes pour les matérialisations correspondantes. » (Voir
note F, sur les matérialisations.) D'où pour eux la nécessité de parler parfois par
la bouche même du médium dont ils adaptent les organes à leur propre voix. »
Des personnes de mes amis qui ont assisté très souvent à des séances
données par Mrs Salmon m'affirment avoir entendu les voix de Maudy et d'Ellan
alors que le médium avait la bouche fermée par du sparadrap adhésif et les
mains liées derrière le dos. J'ai essayé la même expérience à deux reprises sans
succès. Les mêmes personnes m'ont aussi assuré avoir entendu deux ou
plusieurs voix en même temps; je n'en ai jamais entendu qu'une seule à la fois.
Mais ce dont je suis aussi certain que de quoi que ce soit (si tant est que je
possède cette dernière certitude), c'est que j'ai entendu ces voix isolément, en
dehors du cabinet où le médium était attaché, et de la cage où il était enfermé
sous clef; et que ces voix émanaient de figures dont les lèvres laissaient
échapper les sons des paroles prononcées.
Divers essais faits pour enregistrer les voix sur un cylindre du phonographe
sont jusqu'à présent restés infructueux, tout au moins dans mon laboratoire, car il
m'a été rapporté que l'expérience a réussi entre les mains d'autres
investigateurs.
B. Remarques sur Maudy ou Maudie (diminutif de Maud): ne parle que
l'anglais. Elle raconte qu'il y a environ quarante-cinq ans, étant encore au
berceau, elle fut massacrée en même temps que toute sa famille par des Indiens
dans ce qui était alors le Far West. Il y a dix ans, je lui demandai comment il se
fait qu'elle n'eût pas une apparence plus âgée, puisqu'elle était morte depuis si
longtemps. Sa réponse fut que d'abord elle n'était pas morte, qu'elle n'avait fait
que changer de condition, et que, de plus, dans le monde des esprits, l'évolution
n'est pas aussi rapide que dans celui-ci. Comme, depuis lors, elle n'a pas changé
d'une manière appréciable sa taille, ses manières, ni son langage (ce dernier est
peut-être un peu plus sérieux), il y a quelques mois, je lui posai de nouveau la
même question. Cette fois, elle me fit une réponse différente dont je ne discuterai
pas plus la valeur que celle de la première: ayant adopté l'apparence sous
laquelle elle se montre et parle depuis vingt-cinq ans ou plus, elle est connue,
sous cette forme, de ses amis spirites. En outre, dit-elle, il lui est plus facile de
continuer à se manifester sous une forme qui lui est familière, que de se
matérialiser sous les traits d'une personne plus âgée, car cela changerait les
conditions et demanderait plus de force.
Sa voix est tout à fait celle d'une petite fille de 6 à 8 ans, avec les
imperfections de prononciation et de construction de phrases qu'on rencontre
chez les enfants de cet âge. Quand elle a parlé pendant plusieurs minutes de
suite (ce qui lui arrive souvent), la voix a de temps à autre, surtout pour les
nasales, des intonations qui rappellent celle du médium. Naturellement, la
première idée qui vient à l'esprit est que Mrs Salomon est ventriloque; mais
quand on entend la même voix sortir de la bouche d'une forme matérialisée de
petite fille ayant à peine un mètre de hauteur, et venant parfois jouer autour des
assistants d'un cercle familier par qui elle laisse volontiers prendre ses petites
mains, pendant que le médium est attaché dans le cabinet ou cadenassé dans
une cage, on est bien obligé de chercher une autre explication.
Dans ce travail, je désire ne pas m'écarter du sujet auquel je me suis limité;
néanmoins, j'ajouterai que j'ai vu Maudy un assez grand nombre de fois (disons
vingt fois) toujours semblable à elle-même: figure ronde, pleine et jolie, avec de
grands yeux bleus, et des cheveux blonds bouclés. (Voir note F.) Quand elle sort
du cabinet, elle est généralement vêtue comme une petite fille qui vient dire
bonsoir aux amis de la famille, avant d'être conduite dans sa chambre: peignoir
un peu flottant et pieds nus. Sa figure m'est donc familière et je l'ai reconnue de
suite dans un portrait « psychique » au fusain et sur une photographie du même
genre obtenue dans deux circonstances différentes, mais en dehors de mon
laboratoire, par d'autres investigateurs.
Voilà pour le physique; quant au moral, Maudy est vive dans ses réparties; elle
a souvent de l'esprit et rit de ses propres saillies qui sont quelquefois mordantes
(son rire est bien différent de celui de son médium), et, si j'ose employer cette
image ici deux fois figurative, elle ne se laisse pas marcher sur le pied. J'en
demande bien pardon à Mrs Salmon, mais, au cours de fréquents entretiens que
nous avons eus avec elle, nous ne l'avons pas trouvée à la hauteur de Maudy,
tant au point de vue de la vivacité de la pensée que de l'acuité intellectuelle.
Au cours des séances, Maudy chante souvent seule ou en même temps que
les assistants. Son diapason est aussi aigu qu'on puisse l'imaginer chez cette
petite fille de 6 à 8 ans. M. T. S., qui a suivi des cours réguliers au Conservatoire
national de musique de Paris, a écrit dans les notes qu'il a rédigées après les
séances auxquelles il a assisté que si Mrs Salmon était ventriloque elle serait la
plus forte du monde, mais que, du reste, la ventriloquie ne pourrait expliquer que
les voix entendues dans le cabinet.
C. Remarques sur Ellan, — Ellan aurait été un cousin du médium. Il serait «
désincarné » depuis une trentaine d'années. De même que Maudy, il ne parle
que l'anglais, un anglais assez correct, plus correct que celui du médium. Sa voix
à laquelle peuvent s'appliquer les remarques de la note A est une voix de basse.
Le ton de son langage est toujours sérieux, un peu mélancolique, bienveillant et
digne, et, de même que les idées qu'il exprime, tout à fait supérieur à celui du
médium. A une question qui lui fut posée, il répondit que si son médium menait à
mourir, ou à cesser d'être médium, sa mission, ainsi que celle de Maudy, serait
terminée, et qu'il n'aurait plus à s'occuper de manifestations comme celles où il
participe; d'autres occupations d'un ordre plus élevé leur seraient attribuées.
J'ai eu avec Ellan de nombreuses conversations auxquelles le médium seul
assistait, mais je ne le voyais pas. Je ne l'ai observé de très près que dans trois
occasions où je lui serrai la main. Il m'a paru différent de figure et même de taille
à chaque fois, ce qu'il attribue à la différence de force fournie par le médium.
Dans les deux expériences faites à mon laboratoire, les différences (à plusieurs
années de distance) n'étaient pas très sensibles, si je m'en rapporte à mes notes
et à mes souvenirs, mais, dans une séance hors de chez moi, il ressemblait au
médium, ses yeux m'ont paru bleus, sa taille était moindre, et sa main moins
ferme. Si je ne l'avais pas observé dans deux autres occasions où j'avais encagé
et cadenassé personnellement le médium, j'aurais certainement cru à la fraude et
que Ellan n'était rien autre que le médium déguisé ou assisté par un compère. Je
rappelle que, dans l'une de mes expériences au laboratoire, alors que le médium
(que personne n'accompagnait) était enfermé dans la cage, j'ai vu Ellan de très
près, mon visage à 25 ou 30 centimètres du sien, et que la couleur de ses yeux
était différente de celle des yeux du médium. Ajouterai-je que ma vue est des
meilleures ?
Dans l'ensemble, Ellan donne l'impression d'un ouvrier qui serait prêcheur à
ses heures.
On pourrait se demander pourquoi je n'ai pas essayé de voir le médium en
même temps que Ellan ou une autre forme. J'ai essayé une fois, mais, dès que je
passai ma main dans le cabinet, la forme disparut et je ne trouvai que le médium
attaché à sa place, et qui poussa un cri de frayeur quand il se sentit touché; de
plus, les manifestations s'arrêtèrent.
D. Passage du médium à travers la porte de la cage. — Ce phénomène, l'un
des plus curieux, (outre les matérialisations) qu'il m'ait été donné d'observer au
cours de mes expériences avec Mrs Salmon, rappelle le cas de Zœllner, où,
avec le médium H. Slade, des objets matériels inanimés étaient traversés par
d'autres objets de même nature. Mais, dans nos observations, il s'agit d'une
matière inanimée pénétrée, traversée par un corps vivant (ou vice versa, v. plus
loin).
Plusieurs de mes amis, spirites convaincus, m'assurent que après le passage
du médium à travers la cage, ils ont, à plusieurs reprises, trouvé que le treillis
était brûlant. Je dois déclarer cependant que j'ai touché avec soin les panneaux
métalliques et la barre de bois que le médium venait de traverser, et que leur
température m'a paru inférieure à celle de ma main, ce qui ne signifie nullement
qu'il n'ait pu en être autrement ailleurs. J'ai surtout prêté attention à ce détail la
deuxième fois que je fus témoin du phénomène, car c'est seulement après la
première expérience que le fait me fut signalé.
Si nous nous reportons aux expériences de MM. Becquerel, Curie, Rutherford,
Le Bon et autres, sur la lumière et les rayons Rœntgen, nous voyons que des
molécules de matière dissociée, de matière immatérielle... peuvent traverser les
obstacles les plus matériels ( Revue Scientifique, 14 avril 1900. ). Mais ici nous
sommes encore loin de la force qui fait passer les corps matériels, voire vivants,
à travers la matière, sans laisser trace de leur passage; force dont les
recherches psychiques ne tendent à rien moins qu'à connaître la nature sans
oser espérer d'y jamais parvenir.
Sous l'influence de quelle force semblables phénomènes peuvent-ils se
produire ? Suggérées par la connaissance de faits psychiques analogues et
espérant obtenir des éclaircissements de leurs auteurs mêmes, les questions
suivantes furent posées à « Ellan », qui y répondit de la manière que voici:
D. — Est-ce vous qui avez fait sortir le médium de la cage ?
R. — Moi et les autres esprits qui m'aident dans ces manifestations.
D. — Comment vous y êtes-vous pris ?
R. — Nous décomposons (desintegrate) la matière et la recomposons
(reintegrate) instantanément.
D. — Est-ce la matière du médium que vous avez dématérialisée et réintégrée
ou celle de la porte ?
R. — Oh ! naturellement celle de la porte. La matière vivante ne peut être
dématérialisée, tandis qu'il nous est facile de dématérialiser et dû reconstituer la
porte de la cage.
D. — Etes-vous bien sûr que la matière vivante ne puisse pas être
dématérialisée ? Je connais des cas où cela s'est produit.
R. — Vous avez sans doute raison; mais je ne savais pas cela. Croyez-bien
que nous avons beaucoup à apprendre et que lorsque nous, désincarnés, le
pouvons, nous sommes heureux de recevoir quelque enseignement de vous
incarnés. Il y a sur votre plan des personnes beaucoup plus avancées que
certains esprits de chez nous. (Je n'ai pu percevoir la moindre ironie dans le ton
de cette réponse).
Je pense que la lecture de ce dialogue a pu intéresser les étudiants des
choses psychiques; bien que je n'aie pas la prétention d'y trouver une explication
satisfaisante de la pénétration de la matière. « Ellan » semble ignorer la
géométrie de la quatrième dimension dont on a usé et abusé à propos de cette
manifestation prodigieuse. En tout cas il ne put ou ne voulut me donner plus
ample information quand je le priai de m'expliquer le mécanisme ou processus de
la « dématérialisation ».
Après tout était-il de bonne foi quand il me disait que la matière vivante ne
saurait être dissociée « psychiquement » et ne m'induisait-il pas sciemment en
erreur ? En effet, il ne peut ignorer que, quand il revêt un corps matériel, il lui faut
emprunter ce dernier à celui du médium dont il dématérialise une partie à cet
effet. Devons-nous ajouter foi à ses paroles quand il dit que dans le passage du
médium à travers la porte de la cage ce n'est pas le corps vivant qui est
dématérialisé ? Dans mon opinion, basée sur la sensation éprouvée quand ma
main s'appuyait contre la cage (à travers le rideau), c'est le treillis en contact
avec le corps du médium qui se désagrégea pour livrer passage à ce dernier.
E. Remarques sur Blanche. — Ce nom a été donné à l'une des formes
matérialisées mentionnées dans l'observation documentée de la séance décrite
plus haut. Blanche A. était une nièce par alliance de Mme D. et conséquemment
la cousine de Mme B. (Victoria), toutes deux présentes à la séance. Elle mourut
de suite de couches en 1878, à l'âge de 29 ans.
Mme D. et sa fille, Mme B., ainsi que le mari de celle-ci, m'affirment que dans
les six dernières années ils ont été fréquemment visités par le même fantôme
matérialisé. Ce qui est intéressant, c'est que cela s'est produit avec trois
médiums différents: Mrs. Salmon, Mrs. G. et Mrs. W., celle-ci médium
authentique qui n'en n'a pas moins été pris en flagrant et, j'ajouterai, retentissant
délit de fraude.
Voici quelques détails curieux au sujet de ces trois sources de matérialisation:
Blanche A. était née dans le Sud des Etats-Unis, de parents français. Elevée à
Paris, elle parlait bien le français et l'anglais. Avec deux médiums, Mrs. C. et Mrs.
W., lorsque Blanche apparaît à ses parents, elle s'exprime de préférence en
anglais, tandis que, avec Mrs Salmon, elle emploie plutôt le français quand elle
s'adresse à sa tante Mme D. née et élevée en France, et l'anglais si elle parle à
la fille de cette dernière, Mme B., qui a été élevée en Amérique. Ces dames qui,
à plusieurs reprises, ont tenu « Blanche » dans leurs bras, sont d'accord pour
affirmer que son corps mince diffère complètement de celui des trois médiums
susmentionnés qui ont tous plus ou moins d'embonpoint.
REMARQUES SUR LES MATÉRIALISATIONS
L'existence des matérialisations une fois reconnue, le problème concernant
ces phénomènes est loin d'être résolu. En effet, en présence de faits aussi
inouïs, l'expérimentateur qui, de la négation a priori, a passé au doute et de ce
dernier à la certitude, se demande ce que sont ces formes humaines qui nous
donnent l'impression de la vie et fondent devant nos yeux, dans nos bras; qui, en
quelques secondes, créent de la chair et des étoffes qu'ils font disparaître aussi
rapidement. Il se pose alors les questions suivantes que nous allons examiner en
détail et au mieux de notre pouvoir:
1° Ces formes qui apparaissent à nos yeux ont-elles une existence objective
ou suggestive ?
La durée des apparitions est en général si courte (bien que dans quelques cas
exceptionnels elles demeurent avec les assistants et s'entretiennent avec eux
pendant cinq, dix, vingt minutes et plus) que l'on est en droit de se demander si
l'on n'est pas le jouet d'une sorte de suggestion mentale, de nature hypnotique
ou autre, analogue aux influences exercées sur une foule par les jongleurs de
l'Orient; l'influence, dans notre cas, venant du médium et de notre propre
subliminal (auto-hétéro-suggestion). Mais, d'une part, on sait que les
personnages ou les choses mis en scène par les jongleurs hindous disparaissent
du champ visuel dès que les spectateurs s'approchent ou s'éloignent plus ou
moins, et que la plaque photographique ne les enregistre pas. Les
matérialisations, au contraire, peuvent être non seulement vues et entendues,
mais touchées, photographiées et même moulées. (Nous espérons pouvoir
présenter un jour des photographies et des moulages, sans toutefois prétendre à
la priorité, car ces épreuves ont été obtenues un bon nombre de fois.)
Donc les matérialisations possèdent une existence objective.
2. De quelle substance ou quelles substances sont elles formées ?
D'après les renseignements obtenus de diverses sources, on peut dire que
cette substance vient du médium. On connaît des cas où le poids de ce dernier a
diminué dans des proportions considérables pendant l'expérience; d'autres où le
médium disparaissait en partie, sinon totalement, pendant que les
matérialisations avaient lieu. C'est un fait que nous nous proposons de vérifier
dans le laboratoire que nous avons préparé spécialement pour ces recherches.
Quant aux tissus des étoffes, leur provenance est discutée. Quelques
intelligences ont dit qu'elles le produisent en dématérialisant une partie des effets
du médium; d'autres parlent d'apports: tout est possible. Parfois il est permis d'en
couper une pièce que l'on peut examiner ensuite à loisir, même au microscope,
de même que les cheveux, ou les ongles, ou le sang qu'il a été permis, dit-on,
d'extraire de la chair des formes matérialisées. On voit quel champ immense et
nouveau se présente aux investigations des étudiants de la science.
Dans des observations qui n'ont pas été encore publiées, que je sache, et où,
bien entendu, les précautions nécessaires avaient été prises pour éliminer la
fraude, des marques au bleu d'aniline ont été faites sur une main de l'apparition,
et cette marque a été retrouvée sur une autre partie du corps du médium. On a
remarqué encore qu'une odeur particulière à celui-ci se retrouvait dans
l'apparition.
3° Par quel processus la substance des matérialisations est-elle transportée,
agglomérée et dissoute ?
Nous n'essayerons pas de répondre à cette question sur laquelle nous n'avons
reçu aucun éclaircissement.
4° Ces personnages qui nous parlent avec une voix leur appartenant, sont-ils
ce qu'ils disent être ?
— Nous avons vu plus haut (voir note D) que « Ellan » ne put ou ne voulut me
donner aucune explication, lorsque je lui en demandai, sur la dématérialisation. Il
fut beaucoup moins réservé quand je lui demandai s'il n'était pas une seconde
personnalité ou une personnification émergeant du subconscient du médium,
d'où émaneraient aussi toutes les autres matérialisations. Il me déclara
emphatiquement que lui-même, aussi bien que les autres « esprits » qui se
manifestent au moyen de leur instrument (le médium), sont des entités, des
personnalités distinctes, des esprits désincarnés, dont la mission est de nous
démontrer l'existence de l'autre vie. Il ajouta que c'est à l'aide des « forces
matérielles » (?) émanant du médium qu'ils réussissent à se manifester sur notre
plan.
Sans accepter aveuglément des assertions de la nature de celles qui
précèdent, n'est-il pas permis de s'arrêter un moment pour réfléchir à leur sujet et
même d'espérer que le phénomène de la matérialisation nous fournira dans un
avenir prochain la solution de ce problème inquiétant qui aujourd'hui confronte la
psychologie; subliminal ou esprits ? ou les deux ? ou ni l'un ni l'autre ?
5° S'ils ne sont pas ce qu'ils disent être, que peuvent-ils bien être ?
— Si les esprits (matérialisations dans ce cas) ne sont pas des intelligences,
des âmes ayant animé des corps humains « sur notre plan » comme ils aiment
dire, les hypothèses ne manqueront pas pour expliquer ce qu'ils ne disent pas
être. Et d'abord, disent-ifs toujours qu'ils sont des esprits désincarnés ? Nous
croyons savoir le contraire, mais n'insistons pas. Il serait prématuré d'aborder
cette question dans ce moment et comme il comporterait; contentons-nous donc
d'envisager la seule hypothèse qui soit actuellement permise en psychologie: ces
matérialisations seraient-elles des manifestations objectives de l'inconscient du
médium ? Dans les écoles de psychologie les moins suspectes de « psychisme
», on admet aujourd'hui que l'inconscient puisse parler sanscrit ou même
martien, ou personnifier à la perfection des défunts dont il n'a jamais entendu
parler, mais dont il perçoit (sans doute, peut-être) les caractères dans la
subconscience d'un vivant présent ou distant (télépathie). En un mot, d'après
certains psychologistes, on ne peut pas savoir tout ce dont est capable le
subliminal (comme l'appelle M. Myers, notre collègue de la S. P. R.).
Ne nous arrêtons donc pas pour si peu et, pendant que nous y sommes,
disons tout de suite qu'il se pourrait fort bien que le subliminal, lequel nous joue
tant de tours avec les hystériques, les sujets hypnotiques, somnambuliques, etc.,
réussît à transporter au dehors, en même temps qu'une seconde ou nme
personnalité du médium, une quantité de substance de ce dernier suffisante pour
produire momentanément un homoncules, un fantôme ayant plus ou moins
l'apparence de la vie. Ce serait une variété puissante de télékinésie. Il donnerait
ainsi l’illusiion de cette nme personnalité qu'il lui a plu d'imiter et dont il peut avoir
cueilli l'image physique et morale dans le subliminal des assistants, comme, dans
d'autres cas, il en imite la voix, les manières, l'écriture, etc., sans sortir du
médium. Dans les cas comme celui de Maudy, on pourrait admettre qu'il s'agit là
d'une réminiscence et que Maudy n'est que la représentation du médium à l'âge
de 8 ans; mais tout cela est bien compliqué.
Nous attendrons encore avant de formuler une opinion et nous prendrons
patience en espérant de voir l'accord se faire entre les « esprits » et les
psychologistes. Car il faut bien le dire aussi: il s'en faut de beaucoup que nous
puissions croire sur parole tout ce que ces formes matérialisées nous racontent,
pas plus du reste que ce qui émane des autres modes de soi-disant
communication entre les morts et les vivants. Plus on étudie, observe, lit ou
expérimente, plus on voit de lacunes, d'absurdités et même de contradictions
dans ces différentes manifestations qui réellement vous donnent parfois
l'impression de l'existence de quelque chose comme l'inconscient de Mr. de
Hartman. Un dévot n'hésiterait pas à y reconnaître « l'esprit de mensonge ».
Néanmoins il ne faut pas se laisser décourager, et au milieu de tous les débris
que le prospecteur sort de la mine des faits psychiques, il n'est pas impossible
que nous trouvions assez de minerai précieux pour être payés de notre peine, et,
j'ose dire, payés amplement.
6° S'ils sont ce qu'ils disent être, que devons-nous conclure ?
— Ce que nous venons de dire dans le paragraphe précédent pourrait nous
dispenser de considérer cette question qu'il faut cependant mentionner, car elle
vient naturellement à l'esprit. Eh bien ! nous pensons tout simplement que les
conséquences de ce fait auraient une portée incalculable, étant donné le degré
d'évolution auquel les autres branches de la science sont arrivées aujourd'hui.
Mais nous n'insisterons pas davantage sur ce point que nous avons déjà
considéré dans un précédent travail ( Analyse des choses. ).
Telles sont les questions et les hypothèses qui surgissent devant l'esprit du
chercheur en présence des phénomènes que nous venons d'étudier.
Je n'ajouterai plus qu'une remarque au sujet des matérialisations, c'est celle-ci:
dans les réunions ayant pour but d'assister à ce phénomène, les formes
matérialisées se montrent très timides, au début, même avec un bon médium.
Lorsque les assistants se connaissent et qu'une confiance mutuelle s'établit entre
eux et le médium, les formes se laissent plus facilement approcher et toucher;
exemple: j'avais eu de nombreux entretiens avec « Ellan » qui me permit de lui
serrer la main, mais qui s'évanouit et disparut, dès qu'une autre personne qu'il
connaissait à peine s'approcha. « Maudy » avait une prédilection pour l'une des
dames qui assistait à nos expériences et qu'elle connaissait depuis au moins
quinze ans. Il faut gagner leur confiance. Cette remarque pourra avoir son utilité
pour ceux qui s'engageront dans l'étude de ces phénomènes.
Conclusion
J'espère que l'on me pardonnera de parler ici de réminiscences personnelles;
mais celles-ci sont liées aux faits dont je viens de vous entretenir. En 1886,
lorsque je publiai le résultat de mes investigations sur certains faits psychiques,
je savais fort bien ce qui m'attendait, comme le prouve la préface que je publiais
à cette époque ( Spiritisme, loc. cit. ). Toutefois, je ne pensais pas que la vérité
demanderait quinze ans pour paraître au grand jour. J'oubliais qu'elle est
éternelle et que quinze ans ne sont pas même une seconde pour ce qui dure
toujours. La vérité a le temps d'attendre, elle; mais nous, pauvres mortels,
éphémères « matérialisations » que nous sommes, nous avons bien quelque
droit d'être impatients quand nous sentons la vie s'échapper de nous comme
l'eau de la main qui se ferme sur elle. Quand, pour avoir proclamé un fait parce
que nous croyons savoir qu'il est, nous voyons les portes de la carrière qui nous
semblait destinée se clore devant nous, et jusqu'à nos maîtres, collègues et amis
les plus estimés prêter l'oreille aux basses calomnies et se détourner de nous;
quand notre don quichottisme nous conduit à l'exil et nous fait passer ces quinze
années loin de la patrie, et de ce qu'elle renferme de cher pour nous, nous avons
bien, je le répète, quelques droits à l'impatience. Mais enfin, le moment est venu,
où nous avons la satisfaction de voir l'avalanche des faits grossir tous les jours.
Ce qui n'était hier qu'un flocon imperceptible va bientôt, dans un élan puissant,
faire irruption dans le champ de la science.
Ici, je dois faire une pause: je viens de parler de la science. Sommes-nous
autorisés à y introduire l'étude de ces phénomènes ? En d'autres termes, ne
devrions-nous pas éviter de mêler la science tout court avec la science occulte ?
En réponse à cette objection qui m'a été faite, je profite de l'occasion qui s'offre
pour déclarer catégoriquement que je ne crois pas à l'existence de deux
sciences. La science est une: c'est l'effort vers la connaissance des lois
naturelles, c'est l'étude de la nature, de tout ce qui se passe dans la nature. La
chimie, la physique, ont jadis été des sciences occultes; qui parle d'occultisme
aujourd'hui, en physique ou en chimie ? Seulement il y a deux classes
d'étudiants de la science: d'une part, ceux qui cherchent à construire le sommet
de l'édifice avant d'en établir solidement les œuvres basses et prétendent
interpréter la nature avant de connaître les éléments de ses lois.
D'autre part, il y a ceux qui avancent prudemment, pas à pas, après s'être
assurés de la consistance du terrain, qui fouillent consciencieusement le sol afin
d'y découvrir le roc sur lequel devront être assises les fondations de la
connaissance ( Analyse des choses, loc. cit. ). Nous voulons rester avec ces
derniers. On connaît cette assertion d'un penseur: « Si Dieu existe, la science le
découvrira. » Je ne sais s'il appartient à la science de faire cette suprême
découverte, mais nous pouvons espérer dès maintenant que si la conscience de
l'homme survit à la mort de son corps, la psychologie expérimentale le
démontrera. Certains sceptiques d'hier, aujourd'hui fervents, assurent qu'elle va
déjà démontré. Quoi qu'il en soit, si cette preuve doit jamais être faite, et si nous
la voulons complète, éclatante, irréfragable, accumulons les observations et les
expériences, car ainsi que Buffon l'écrivait au siècle dernier, les livres où elles
sont recueillies sont les seuls vraiment capables d'augmenter nos
connaissances.
Dr Paul Gibier.


TABLE DES MATIERES
Avertissement
Les Matérialisations de Fantômes
Lieu où les expériences furent faites
Eclairage de la chambre
Cage munie d'un cabinet
Description du cabinet de bois
Phénomènes de matérialisation observés en dehors de la cage où le médium
est enfermé à clef
Passage du médium à travers la porte de la cage
Expériences faites avec le cabinet
Séance du 10 décembre 1898
Notes et remarques
Remarques sur les matérialisations
Conclusion




LES MATERIALISATIONS DE FANTOMES et autres Phénomènes psychiques Par M. le Docteur Paul GIBIER (Spiritualité, Nouvel-Age - Sciences Parallèles)    -    Auteur : george - USA


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dernière mise à jour : 2007-02-13

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