Spiritualité, Nouvel-Age - Réincarnation
L’immortalité et la réincarnation ; livre en version complete par GABRIEL DELANNE (suite 1)

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VISIONS DE LIEUX INCONNUS DU DORMEUR PENDANT LE SOMMEIL

Je me présente moi-même : Pierre-Jules Berthelay, né à Issoire (Puy-de-Dôme), le 23 octobre 1825,
ancien élève du lycée de Clermont, prêtre du diocèse de Clermont en 1850, ancien vicaire pendant huit ans à
Sainte-Eutrope (Clermont), trois fois inscrit au Ministère de la guerre comme aumônier militaire.
1 Entre autres MM. Angel, Armand, Dugas, Fouillée, Jensen, Maudaley, Ribot, Wigan, Leroy,
etc.
2 L'Inconnu et les Problèmes psychiques, p. 519.

Premièrement : après trois ans de pénible ministère, j'étais très fatigué, d'autant plus que j'avais dû
servir de contremaître surveillant, au nom de la fabrique, pour la construction de la gracieuse église de
Sainte-Eutrope à Clermont. Pendant quatre ans, j'ai suivi les ouvriers depuis 10 m.50 dans l'eau des
fondations jusqu'à la croix de la flèche. C'est moi qui ai posé les trois dernières ardoises. Notre
professeur M. Vincent, pour me faire changer de travaux, me fit venir à Lyon où je n'étais jamais
allé. Un des premiers jours, mon élève me dit en sortant de déjeuner : « Monsieur l'Abbé, voulez-vous
m'accompagner à notre domaine de Saint- Just-Doizieux ? »
J'accepte ; nous voilà en voiture. Après avoir dépassé Saint-Paul-en-Jarret, je pousse une exclamation.
Mais je connais le pays, dis-je, et, de fait, j'aurais pu me diriger sans guides1. Au moins un an
auparavant j'avais vu pendant mon sommeil toutes ces petites terrasses en pierres jaunes.
Deuxièmement : je suis rentré dans mon diocèse, mais on m'a envoyé remplir dans les montagnes de
l'Ouest une mission très pénible, au-dessus de mes forces ; je suis resté sept mois très malade à Clermont ;
enfin je puis me tenir sur mes jambes, on m'envoie remplacer l'aumônier de l'hôpital d'Ambert, frappé par
une congestion cérébrale. Le chemin de fer d'Ambert n'était pas encore construit. J'étais dans le coupé
de la voiture faisant le service de Clermont à Ambert. Après avoir dépassé Billon, je jette les yeux à
droite et je reconnais le petit castel avec son avenue d'ormeaux comme si j'y avais vécu. Je l'avais vu
pendant mon sommeil au moins dix-huit mois auparavant.
Nous sommes à l'année terrible 1870 ; ma mère, qui avait vu les Alliés parader dans les Champs-Elysées
à Paris, est veuve ; elle me réclame comme son seul soutien. On me donne une petite paroisse proche
d'Issoire. La première fois que je suis allé voir un malade, je me suis trouvé dans des ruelles étroites entre
de hautes murailles noires, mais j'ai parfaitement trouvé le débouché. J'avais pendant mon sommeil,
plusieurs mois auparavant, parcouru ce dédale de ruelles sombres.
Des événements indépendants de ma volonté m'ont amené à Riom, où je me prépare au grand voyage.
Quelle n'est pas ma surprise de retrouver comme une vieille connaissance la chapelle que mon camarade
l'abbé Faure avait bâtie pour les soldats, que je n'avais jamais vue de mes yeux et dont j'ignorais
même l'existence ! J'aurais pu faire le croquis que je vous adresse comme si j'avais servi de contremaître.

BERTHELAY, à Riom (Puy-de-Dôme).
Cette communication est accompagnée de quatre dessins de monuments vus en rêve.
Il est probable que ce sont les préoccupations de l'abbé Berthelay qui ont amené le
dégagement de son esprit, lequel s'est rendu pendant son sommeil dans les villes
où il devait résider plus tard. Au réveil, ces souvenirs s'étaient effacés, mais ils se
sont ravivés lorsqu'ils les a vus réellement.

HANTISE DE VIVANTS
J'emprunte au bel ouvrage de M. Ernest Bozzano2 le cas suivant accompagné de ses
références.
Cas E. - Je l'extrais de la Revue des Sciences psychiques, 1902, page 151. M. G. P. H., membre
de la société S. P. R., et personnellement connu de la Revue citée et par M. de Vesme, avait
adressé la relation d'un cas psychique important au journal The Spectator, relation qui provoqua
l'envoi d'une lettre de confirmation de la personne intéressée dans le cas en question : voici la
lettre au directeur du Spectator :
MONSIEUR,
La lettre qui vous a été envoyée par M. G. P. H. et que vous avez publiée dans votre livraison du 1er
juin sous le titre : « La maison du rêve », se rapporte évidemment à un rêve fait par ma femme
actuellement décédée. Le récit est exact dans ses grandes lignes, quoique je ne parvienne point à
1 C'est moi qui souligne.
2 BOZZANO, Les Phénomènes de hantise.

reconnaître l'identité de votre correspondant, mais la même histoire a été rapportée moins
exactement dans les Diaries de sir Moutstuart Grant Duff, cité dans votre article du 26 mai. Il ne sera
donc pas superflu que je donne à mon tour un court aperçu de cet événement.
Il y a quelques années, ma femme rêva à plusieurs reprises d'une maison dont elle décrivit
l'arrangement intérieur en tous ses détails, quoiqu'elle n'eût aucune idée de la localité où cet édifice se
trouvait.
Plus tard, en 1883, j'ai loué à Lady B..., pour l'automne, une maison dans les montagnes de l'Ecosse,
entourée de terrains pour la chasse et d'étangs pour la pêche. Mon fils, qui se trouvait alors en Ecosse,
traita l'affaire sans que ma femme et moi nous visitions la propriété en question. Lorsque je me rendis
enfin sur place sans ma femme pour la signature du contrat et pour prendre possession de la propriété, Lady
B... habitait encore la maison. Elle me dit que si je ne m'y opposais pas, elle m'assignerait la chambre à
coucher qu'elle occupait et qui avait été pendant quelque temps hantée par une petite dame qui y
faisait de continuelles apparitions.
Comme j'étais assez sceptique sur ces affaires-là, je répondis que j'aurais été enchanté de faire la
connaissance de sa fantomatique visiteuse. Je me couchai donc dans cette chambre, mais je n'eus la visite
d'aucun fantôme.
Plus tard, quand ma femme arriva, elle fut très étonnée de reconnaître dans cette maison celle du
rêve. Elle la visita de fond en comble, tous les détails correspondaient à ceux qu'elle avait si souvent vus
en songe. Mais lorsqu'elle descendit de nouveau dans le salon elle dit : «Pourtant ce ne peut pas être la
maison du rêve, puisque cette dernière avait encore de ce côté une série de chambres qui manquent. »
On lui répondit aussitôt que les pièces en question existaient réellement, mais qu'on n'y pénétrait pas par le
salon. Quand on les lui montra, elle reconnut parfaitement chaque pièce ; elle dit pourtant qu'il lui
semblait qu'une de ces chambres à coucher de cet appartement n'était pas destinée à cet usage quand elle
l'a visitée en rêve. On apprit, en effet, que la pièce en question avait été tout dernièrement transformée en
chambre à coucher.
Deux ou trois jours après, ma femme et moi rendions visite à Lady B... ; comme elles ne se connaissaient
pas encore, je présentai les deux dames l'une à l'autre. Lady B... s'écria aussitôt : « Oh ! vous êtes la dame
qui hantait ma chambre à coucher. » Je n'ai pas d'explication à donner de cet événement ; ma femme n'a
eu pendant le restant de sa vie aucune autre aventure de ce genre, que quelques-uns appelleront une
coïncidence remarquable, et que les Ecossais appelleraient un cas de double vue. Ma chère femme était
certainement la dernière femme au monde qui aurait laissé son imagination battre son train. Je puis
donc garantir, ainsi que peuvent le faire d'autres membres de ma famille, qu'elle a pu donner une
description exacte et détaillée d'une maison qui était arrangée d'une façon toute spéciale, et cela bien
avant qu'elle et les autres membres de la famille eussent seulement appris que la maison en question
existait.
Vous pouvez librement donner mon nom aux personnes qui s'intéressent aux questions psychiques et
qui pourraient désirer obtenir d'autres observations à ce sujet. Dans ce but, voilà ma carte de visite.
M. G. P. H. donne également au directeur de la revue le nom entier de Lady B..., qui appartient à la plus
illustre aristocratie britannique.
Cet exemple justifie la distinction que j'ai faite entre la paramnésie et la véritable
réminiscence ; ici Mme G. P. H. se souvient non seulement d'avoir visité cette maison,
mais elle indique l'existence d'une série de chambres qu'il lui était impossible de
connaître, mais qui existaient réellement.
Si le souvenir de ce rêve n'avait pas été conservé, on aurait pu attribuer cette
reconnaissance à une paramnésie ou à un souvenir d'une vie antérieure, ce qui eût été
une double erreur, ce phénomène n'étant dû qu'à la clairvoyance du sujet accompagnée de
dédoublement. Alors comment distinguer un véritable souvenir des vies antérieures
d'une lucidité pendant le sommeil ou d'une perversion de la mémoire ? Evidemment ce
sera par l'étude des circonstances qui accompagnent le rêve, des souvenirs anciens qui
doivent le situer d'une manière évidente dans le passé.
Voici deux exemples qui aideront à faire comprendre ce que je veux dire.
Armand Sylvestre1 se promène dans Moscou, où il vient d'arriver ; ce qu'il voit et ce qu'il entend
occasionnent en lui un sentiment étrange mêlé d'oppression. Cette ambiance l'enveloppe de quelque chose
1 Armand SYLVESTRE, La Russie.

de maternel. Il sent, dit-il, sa tête s'incliner parmi toutes les têtes, ses genoux ployer et des prières lui
monter aux lèvres dont il ne comprend pas les mots et il se demande comment expliquer le phénomène,
certain cependant, des parties mystérieusement retrouvées, des terres jamais vues et cependant reconnues,
des sentiments qui vous viennent au coeur comme si quelque aïeul depuis longtemps endormi dans une
tombe dont on ignorait la place vous ouvrait subitement les bras délivrés du suaire.
Il ne s'agit plus ici de paramnésie ; ces prières inconnues sont si bien une réminiscence
du passé que le Dr Chauvet, reprenant l'hypothèse du Dr Letourneau1, croit devoir les
attribuer à une mémoire ancestrale.
Il dit, en effet :
Supposons qu'un homme ait vu un paysage ou une ville et que, pour des raisons particulières,
généralement affectives, il en ait gardé un souvenir puissamment modelé, il pourrait transmettre celuici
en puissance à certains de ses descendants qui l'apporteraient en naissant enseveli dans les profondeurs de
leur inconscient. Que ceux-ci se trouvent un jour en présence de ce paysage ou de cette ville, le
souvenir ancestral serait revivifié, il ressusciterait et l'illusion du déjà vu surgirait.
Cette hypothèse, que rien absolument ne justifie, est contraire à ce que nous savons
concernant l'hérédité. Jamais on n'a constaté directement la transmission
physiologique d'un souvenir des parents à leurs descendants ; il est impossible de
supposer qu'une impression mentale nettement définie reste latente à travers plusieurs
générations, en raison du renouvellement incessant de la matière corporelle ; il est donc
inutile de s'arrêter plus longtemps sur cette bizarre hypothèse que rien ne vient appuyer.
Arrivons maintenant à l'étude des cas où il me semble qu'il existe de véritables
réminiscences.
Nous avons vu que toute l'activité intellectuelle de nos vies passées réside à l'état
latent dans le périsprit. Cette immense réserve de matériaux psychiques constitue le
soubassement de notre individualité intellectuelle et morale, elle forme cette trame
primitive de l'intelligence plus ou moins riche sur laquelle chaque vie brode des
arabesques nouvelles. Mais tous ces acquis ne peuvent se manifester que par ces tendances
primitives que chacun apporte en naissant et que l'on nomme le caractère. Dès lors,
l'inconscience la plus parfaite doit être la règle, et c'est précisément ce qui se produit,
mais il n'existe pas de règles sans exceptions.
De même que l'on a remarqué chez certains sujets somnambuliques la conservation du
souvenir au réveil, de même il peut se rencontrer des individus qui se rappellent
nettement avoir déjà vécu, tandis que chez d'autres la rénovation se présente sous une
forme plus vague, plus imprécise, d'une manière fugitive, sous l'influence de certains
milieux ou de certaines circonstances dans lesquels ils sont placés ; c'est là la
véritable réminiscence qui se différencie de la paramnésie par la connaissance de
choses réelles que le sujet désigne avec exactitude sans les avoir vues antérieurement et
sans qu'il soit logique d'attribuer cette connaissance à la clairvoyance.
Voici plusieurs cas qui me paraissent rentrer dans cette catégorie.
RÉMINISCENCES PROBABLES CHEZ LES ENFANTS
Il est assez naturel de penser que c'est pendant les premières années de leur
réincarnation que certains enfants peuvent retrouver momentanément quelques
souvenirs, ou au moins des réminiscences de leur vie précédente. J'ai reçu un certain
nombre de lettres émanant de personnes dignes de toute confiance qui me
racontent ce qu'elles ont observé avec leurs enfants.
1 Bulletin de la Société d'anthropologie de Paris, cité par les Annales des Sciences
psychiques, 1906 (juillet). i
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PETITE FILLE PARLANT UN IDIOME SPÉCIAL DANS LEQUEL ON RETROUVE DES MOTS DE FRANÇAIS.

Je tiens à citer en premier lieu une observation de la Revue Spirite de 18691.
En 1868, les journaux français nous ont entretenus, d'après un journal anglais de médecine : la Quarterly
Review, d'un phénomène bien étrange. C'est une petite fille dont le docteur Hun nous fait connaître
l'étonnante histoire. Jusqu'à l'âge de 3 ans, elle est restée muette et n'a pu parvenir à prononcer que les
mots papa et maman. Puis, tout à coup, elle s'est mise à parler avec une volubilité extraordinaire, mais
dans une langue inconnue n'ayant aucun rapport avec l'anglais ; et ce qu'il y a de plus surprenant, c'est
qu'elle se refuse à parler cette langue, la seule pourtant qu'on lui parle, et oblige ceux avec qui
elle vit, par exemple son frère un peu plus âgé qu'elle, à apprendre la sienne, où l'on trouve quelques
mots de français, quoique, au dire des parents, on n'en ait jamais prononcé aucun devant elle.
Comment expliquer ce fait autrement que par le souvenir d'une langue que cette enfant aurait parlée dans
une existence antérieure. Il est vrai qu'on peut le nier. Mais la petite existe. C'est un journal
sérieux, un journal de médecine, qui le rapporte, et la négation est un moyen commode et dont on fait
peut-être un peu trop usage. Il est dans beaucoup de cas l'équivalent du diable, le Deus ex machina qui
vient toujours à point pour tout expliquer et dispenser de l'étude.
Voici un passage de la lettre que Mme Panigot m'a adressée avec confirmation de sa fille.
Ma fille marchait à peine, car elle a marché très tard, à 3 ans : il est vrai qu'elle marchait au doigt et ne le
lâchait pas.
Nous passions donc, ma bonne, elle et moi, au cimetière de Préville ; c'était à l'époque de la Toussaint.
Tout à coup l'enfant s'arrêta devant une tombe et de son petit doigt me montra des fleurs blanches. « Tu
vois, maman, voilà les fleurs comme il y en avait sur la tombe de ma première mère. »
Stupéfaite, je dis à ma bonne : « Si je l'avais mise en nourrice, je croirais qu'on a changé cette petite. »
Rentrant à la maison, je priai ma mignonne de m'expliquer ce qu'elle avait voulu me dire. Elle précisa
avec détails des faits troublants. Elle me raconta qu'elle avait perdu sa mère, qui était méchante et
qu'elle avait une soeur qui était gentille.
Je lui passe la plume pour qu'elle achève ce récit. Croyez...

0. PANIGOT.
Je suis heureuse de compléter un récit qui peut-être vous intéressera. Tout ce que je vais écrire est
encore très présent à ma mémoire, quoique j'aie plus de 32 ans.
Celle que j'appelle ma première mère était grande, brune et maigre ; elle était loin d'être bonne.
J'allais souvent près d'une grosse tour ronde et le plus souvent deux lévriers à robe beige très
claire m'accompagnaient.
Ce sont tous mes souvenirs précis. Quant à ma soeur, à je n'en ai plus aucune souvenance.
J'ajouterai deux choses à mon récit :
1. Je ne me rappelle pas avoir grandi. J’ai donc dû mourir jeune.
2. J'apprends l'anglais très facilement et la prononciation par intuition.
Peut-être est-ce en Angleterre que j'ai déjà vécu. Recevez...
Mme et Mlle PANIGOT,
11, rue Dupont-des-Loges ;
Nancy.

EST-CE QUE CE SONT DES SOUVENIRS RÉVEILLÉS ?
1 Revue Spirite 1869, page 367.

A l'époque où ceci se produisit, Mme Panigot ne faisait pas de spiritisme et l'enfant
n'avait pu entendre parler autour d'elle des vies successives. On ne peut donc
supposer qu'il y ait eu auto-suggestion de la part de Mme Panigot.
Serait-ce un rêve intense de l'enfant qui se serait extériorisé sous cette forme ? C'est
possible, puis que nous n'avons pas une démonstration positive de ces remembrances
du passé.
Les mêmes observations sont applicables aussi aux deux cas suivants.
Mme de Valpinçon me communique un récit qui lui fut fait par une de ses amies,
femme très intelligente qui désire conserver l'anonymat.
Je vais vous conter un fait qui me fut bien souvent répété par ma mère, car alors j'avais 5 ou 6 ans.
J'aimais beaucoup les poupées et je prenais très au sérieux mes devoirs de mère de famille. Elles avaient
des trousseaux complets que je lavais et repassais moi-même ; une matinée, après une très grande
lessive de ces minuscules objets, je vins trouver ma mère, disant que je venais me reposer près d'elle ;
ne voulant pas interrompre sa lecture, je restai tranquille, près d'elle, assise sur ma petite chaise, regardant
mes mains et surtout le bout de mes doigts avec insistance. Tout à coup, les montrant à ma mère je
m'écriai comme sortant d'un rêve : « Mère, vois donc, j'ai les mains toutes ridées comme lorsque
j'étais vieille.
- Mais que veux-tu dire ?
- Oh ! Il n'y a pas bien longtemps, tu sais bien, maman. »
Très effrayée, ma mère me gronda de dire des bêtises. Cela fut le sujet de multiples réflexions ; le silence
se fit et c'est seulement après mon mariage que ma mère osa me parler de cette divagation, disait-elle.
Voici, d'autre part, une relation qui me vient d'Italie dont la narratrice ne veut pas être
nommée.
Son récit est corroboré par le témoignage de sa mère et d'une amie.
Je m'intéresse beaucoup aux études psychiques, mais quand j'étais enfant ni moi ni ceux qui
m'entouraient n'avaient le moindre sentiment de la réincarnation et pourtant je disais toujours que j'avais
été autrefois un chevalier du Moyen Age, et j'en étais très convaincue, et aussi je me plaignais d'être une
fillette quand j'aurais voulu être un homme pour pouvoir combattre et mourir pour la patrie. Bien des
années après, j'habitais Naples au Palais du Commandeur avec mon mari, officier de l'armée, quand un jour
je me trouvais avec un Monsieur à une fenêtre qui donne sur la cour intérieure du Palais, où le commandant
de corps d'armée avec sa suite d'officiers d'état-major se tenait à la tête du cortège pour sortir par la
grande porte qui donne sur la place du Plébiscite, quand je me sentis toute secouée et malgré moi
je m'exclamai : « Mais que fais-je ici, pendant que je dois monter à cheval et me mettre à la tête du
cortège ! » Mais subitement je me rappelai que j'étais Madame X... et que pour moi il n'y avait
autre chose à faire qu'à regarder. Mais à ce moment, j'eus le souvenir précis d'avoir été chef
militaire et de m'être trouvée à la tête des troupes. Je crois aussi avoir été contrainte d'entrer dans
un couvent, parce que je me rappelle combien je pleurais et criais étant enfant si on me coupait les
cheveux. Un jour la scène fut très tragique, je me jetai à terre en sanglotant sur mes cheveux
coupés, je me les remis sur la tête. Une autre fois, j'avais environ 14 ans, je me trouvais à
la fenêtre avec des parents et des amis pour voir passer les chars d'une cavalcade, et
pendant que tous riaient et plaisantaient, moi, à la vue d'un char, où se trouvaient des
Garibaldiens avec la chemise rouge, qui massacraient des curés, ceux qui prétendaient figurer
des prêtres, j'éprouvai une telle émotion que j'éclatai en amères plaintes, au grand émoi de tous
les assistants. Je dois dire que pendant cette vie actuelle, je n'ai pas eu affaire à des prêtres
ou à des religieux ; néanmoins je ressens pour eux une vraie répulsion et mon coeur se serre en les
voyant. Depuis que j'étais petite fille et à toute heure, à ma volonté, je peux sortir complètement
de moi-même me demandant, comme Kim de Rudyard Kipling, qui suis-je ? J'ajouterai que je
suis une femme saine et équilibrée, et même que je me refuse à parler de ces choses avec qui que
ce soit pour ne pas être taxée d'originale par ceux qui ne s'intéressent pas à ces études.
A. M. L. M.
29 mai 1922, Milan.
Suivent les attestations de la mère et d'une amie de Mme A. M. L. M.
Si ces récits ne sont pas dus à l'imagination de la narratrice, ils sembleraient indiquer
des réminiscences se rapportant à diverses vies antérieures.
Voici, pour terminer cette courte revue, une lettre qui m'est encore adressée de
Nancy :
En octobre 1921, par suite de la crise des logements, nous fûmes obligés de mettre notre
mobilier dans un garde-meuble jusqu'en mars 1922, et de demander l'hospitalité à une de mes soeurs
à Lunéville. Ma soeur avait à ce moment chez elle un de ses petits-fils, Georges, âgé de 4 ans et
9 mois, que nous aimions tous beaucoup.
Une après-midi, alors que Georges était en train de s'amuser, il me tint spontanément le langage
suivant :
« Tante Adine, tu deviendras toute vieille, toute vieille, tu mourras, tu deviendras toute petite,
tu grandiras et nous jouerons ensemble. » Une autre fois, à huit jours d'intervalle, il me dit: «
Tante Adine, est-ce vrai que nous redeviendrons tout petits, tout petits, nous grandirons et nous
nous aimerons bien ? »
Adeline MULLER,
55, Avenue Félix-Faure, Nancy (Meurthe-et-Moselle).
Un de mes amis1, M. C..., causant avec sa petite fille âgée de 3 à 4 ans, fut surpris de l'entendre dire
qu'elle était Polonaise, les parents étant de la Suisse française. Etonnés de cette réponse, car la
petite n'avait jamais entendu parler de Pologne et de Polonais, ils lui firent remarquer qu'elle
était Française, vu qu'eux-mêmes étaient Français. La logique de ce raisonnement ne put convaincre
cette enfant.
« Non, dit-elle, je suis Polonaise et je me souviens très bien quand maman est morte.
- Tu ne sais ce que tu dis, reprit la mère, tu vois bien, je ne suis pas morte puisque je te parle.
- Il n'est pas question de toi, reprit l'enfant, je parle de mon autre maman, la Polonaise. C'est
ainsi qu'on la nommait toujours ; lorsqu'elle est morte, on lui mit une belle toilette, puis on la
coucha entre une quantité de bougies allumées au milieu d'un grand beau salon. Des prêtres
venaient et chantaient toute la journée. Un jour, on la mit dans un grand coffre et on l'emporta.
Mon autre maman était riche ; nous avions un très grand appartement ; nous avions aussi des
chevaux et des voitures.
- Qui t'a raconté cette histoire ? - Oh ! Personne ne me l'a racontée ; je m'en souviens très bien ; j'étais
grande alors. » M. et Mme C... ont plusieurs fois questionné leur fille et ont toujours obtenu la même
réponse. Aujourd'hui c'est une petite fille de 10 à 12 ans et elle ne se souvient plus de rien.
Les cas que je viens de rapporter ne sont pas entièrement démonstratifs, car aucune
vérification n'est possible. Si je les ai cités, c'est parce que je montrerai plus loin
que chez d'autres enfants, des souvenirs de vies antérieures se sont présentés avec
assez de netteté pour que l'on ait pu en contrôler la réalité. Ceux-ci peuvent donc
être considérés comme une première ébauche de la reconstitution de la mémoire
intégrale se traduisant fugitivement par de vagues réminiscences chez les sujets dont
l'organisme se prête mal à un réveil complet.

RÉMINISCENCES PARAISSANT PROVOQUÉES PAR LA VISION DE CERTAINS LIEUX

L'on sait qu'il existe des sujets appelés psychomètres, qui ont la faculté de
reconstituer des scènes du passé lorsque l'on met entre leurs mains un objet
quelconque qui aurait été associé à ces événements. Par exemple, une pierre d'un
sarcophage égyptien évoque l'idée de l'Egypte et des scènes funéraires qui s'y
déroulaient. Il semble que, dans des conditions particulières, quand des personnes
reconnaissent tout à coup des villes ou des pays qu'elles n'ont jamais vus, ces endroits
nouveaux exercent sur elles une action analogue à celle éprouvée par les
1 Léon DENIS, Le Problème de l'Etre et de la Destinée, p. 301.

psychomètres, mais avec cette différence que ce sont des souvenirs intimes qui
s'évoquent en elles et que ces réminiscences leur sont absolument personnelles ; c'est
là une forme particulière de la rénovation du passé qui se présente assez fréquemment
pour qu'elle mérite d'attirer sérieusement l'attention.
Voici quelques exemples intéressants qui se rattachent directement à notre étude.
Je cite en premier lieu le récit du major Wellesley Tudor Pole1 :

VISIONS RÉTROSPECTIVES
Le major Wellesley Tudor Pole raconte l'impression profonde qu'il ressentit en visitant le temple
de Karnac, en Egypte. Celui-ci lui sembla saturé d'une atmosphère mystique et de fluides magnétiques.
C'était, ajoute-t-il, comme si en plongeant dans la mer on était entouré de courants différents de diverses
couleurs élevant l'âme et l'imagination en dehors du courant actuel et le replaçant dans les mêmes
conditions qu'il y a trois mille ans.
Il a vu se retracer devant ses yeux une procession antique des grands prêtres de l'Amon-Ra.
Un en particulier, dit-il, attira mon attention ; il était blond avec les yeux bleus et différait
profondément de tous ses compagnons.
Cet individu semblait familier au major. Je ne sais pourquoi, dit-il, je regardais passer la procession
qui tournait autour du pilier brisé sur lequel nous étions placés ; toujours mes yeux étaient attirés
par le prêtre aux cheveux blonds. Quand il fut en face de moi, il tendit ses bras dans ma direction et
j'eus l'impression que c'était moi-même. J'en avais la certitude et je devins inconscient de ce qui
m'environnait. Le reste de la vision n'a plus d'intérêt pour nous.
Il semblerait, d'après ce récit, que le major Wellesley a eu une sorte d'hallucination
rétrospective qui lui a permis de se reconnaître en l'un des anciens prêtres du temple.
L'action psychométrique du milieu parait ici très probable. Il en est peut-être de
même pour les deux cas suivants2 :

UN CLERGYMAN
Il y a une dizaine d'années, je visitais Rome pour la première fois. A plusieurs reprises, dans la
ville, j'ai été saisi par un flot de reconnaissances. Les Thermes de Caracalla, la voie Appienne, les
catacombes de Saint-Callixte, le Colysée, tout me paraissait familier. La raison en parait évidente,
je renouvelais ma reconnaissance avec ce que j'avais vu dans des tableaux et des photographies. Ceci
peut expliquer ce qui se rapporte aux édifices, mais non pas aux labyrinthes obscurs, aux souterrains des
catacombes.
Quelques jours plus tard, je me rendais à Tivoli. Là encore la localité m'était familière comme aurait
pu l'être ma propre paroisse. Par un torrent de paroles qui me montaient spontanément aux lèvres, je
décrivais l'endroit tel qu'il était dans les anciens temps. Je n'avais pourtant jamais rien lu au sujet de
Tivoli. Je n'avais pas vu de gravures le représentant ; je ne connaissais son existence que depuis
quelques jours seulement, et pourtant je me trouvais servant de guide et d'historien à un groupe d'amis
qui en conclurent que j'avais fait une étude spéciale de l'endroit et de ses alentours. Ensuite la vision
de mon esprit commença à faiblir. Je m'arrêtai comme un collégien qui a oublié son rôle et je ne pus dire
autre chose. C'était comme une mosaïque qui serait tombée en morceaux.
Dans une autre occasion, je me trouvais avec un compagnon aux alentours de Leatherhead, où je
n'avais jamais mis les pieds jusqu'à ce jour. Le pays était complètement nouveau, aussi bien à moi qu'à
mon ami. Au cours de la conversation, celui-ci observa : « On dit qu'il y a une ancienne route romaine
quelque part dans ces alentours, mais j'ignore si elle se trouve de ce côté de Leatherhead ou de l'autre. » Je
dis aussitôt : « Je sais où elle est. » Et je montrai le chemin à mon ami, absolument persuadé que je l'aurais
1 Voir le numéro d'août 1919 du Pearson Magazine, qui a publié une collection de cas
psychiques relatifs à la grande guerre. Le rédacteur s'étonne qu'il y ait tant de personnes douées
du sixième sens.
2 ROCHAS, Les Vies successives, p. 314.

trouvé, ce qui eut lieu en effet. J'avais la sensation de m'être trouvé autrefois sur cette même route, à
cheval, couvert d'une armure. Ces épisodes m'ont fait parler de temps en temps de ce sujet avec des amis et
un grand nombre d'entre eux m'ont dit avoir éprouvé des sensations du même genre.
A trois milles et demi à l'ouest de l'endroit où je vis, se trouve une forteresse romaine dans un état
presque parfait de conservation.
Un clergyman qui était venu me voir un jour me demanda de l'y accompagner, désirant visiter ces ruines. Il
me dit avoir un souvenir très net d'avoir vécu en cet endroit et d'avoir été investi d'une charge d'un
caractère sacerdotal aux jours de l'occupation romaine. Ce qui me frappa, c'est qu'il insista pour visiter une
tour qui était tombée sans perdre sa forme. Il y avait un trou à son sommet, ajouta-t-il, dans
lequel on avait l'habitude de planter un mât, les archers se faisaient hisser dans une espèce de
nacelle protégée par du cuir ; de là ils étaient à même de voir les chefs Gorlestoniens au milieu de leurs
hommes et de tirer contre eux. Nous trouvâmes, en effet, le trou qui était indiqué.

CURIEUSE COINCIDENCE
On lit dans le Light de 1916, page 374, le récit suivant, qui lui est fourni par le
rédacteur d'une revue mensuelle : La Londonienne. Ce dernier déclare que ce récit est
de première main et authentique. Voici brièvement en quoi il consiste :
A... est un artiste roumain bien connu, qui pendant la dernière guerre résidait à Londres. Il appartient à une
antique famille et occupait un poste élevé à la Légation de son pays.
Il s'engagea dans un régiment de cavalerie légère.
Un jour qu'il était en manoeuvre dans le Comté de Berkshire, chevauchant à côté de son capitaine
et gravissant une colline assez abrupte dont l'aspect le frappait comme lui étant vaguement
familier, il le dit à son capitaine. Vous connaissez donc cette contrée ? Lui dit ce dernier. - Oh !
Non, Monsieur, répondit A..., je ne suis jamais venu dans le Berkshire de toute ma vie, mais je ne
sais pourquoi il me semble que je connais cette colline et même ce qui est situé au delà. Je sais
qu'il y a encore une petite montagne en forme de cône couronné par un petit bois. Ensuite le
terrain descend rapidement et aboutit à un terrain nivelé.
C'est exact, dit le capitaine, qui était natif de Berkshire, je me demande comment vous
pouvez savoir cela, puisque l'on ne peut rien voir d'ici. Puis la conversation changea et A...
oublia cet incident.
L'année suivante, on fit des fouilles sur le sommet de la colline et on y découvrit un
monument en pierres qui portait une inscription en mémoire de la dixième légion Dacienne.
Les Daces étaient sujets des Romains lorsque ceux-ci occupaient la Grande-Bretagne. On lisait
sur la pierre les noms des hommes tombés là. Parmi ceux-ci se trouvaient celui d'un ancêtre de
A... L'inscription était en latin.
Est-ce une simple coïncidence qui permettait à A..., du premier coup d'oeil, de décrire le paysage
qui lui était inconnu et encore caché à ses regards, ou bien n'est-ce pas plutôt un cas de
réminiscence, une sorte de regard jeté en arrière à travers les siècles ?
J'ai, dit le narrateur, cité les noms exacts aux directeurs de la Revue, mais je ne suis pas
autorisé à les reproduire ici.

RÉMINISCENCE OU CLAIRVOYANCE
A la suite de l'enquête que j'ai entreprise, j'ai reçu de Mme Mathilda de Krapkoff, que j'ai
le plaisir de connaître personnellement, le récit suivant :
Au délicieux printemps de l'année 1898, mon mari et moi débarquions à Yalta, en Crimée,
pour nous rendre à Livaldia, où la cour de Russie séjournait. Nous nous rendions chez mon beau-frère
qui occupait un poste auprès de l'Empereur. J'avais, quelques jours auparavant, passé pour la
première fois la frontière russe à Volodschick. Je venais d'épouser, un peu contre le gré de ma
mère chagrinée de me voir partir si loin, un jeune Russe de famille noble et je me sentais attirée
d'une façon inexplicable vers cette lointaine Russie, si différente du coin natal. J'avais lu tout ce que
j'avais pu trouver pour me renseigner sur elle, et je vivais avec les héroïnes de Tolstoï, de

Tourguenieff, m'extasiant sur ce qu'on les nommât de leur nom patronymique ajouté à leur
prénom. Je me disais : « Là-bas je serai nommée Mathilda Iossifoura. » Quelle douceur aussi
lorsque je rencontrai celui qui devait être mon mari et qu'il me nomma ainsi ! Je compris que
ma destinée s'accomplissait et j'étais enivrée du bonheur d'aller enfin dans le pays enchanté de
mes rêves.
Comme mon coeur battait en approchant du poteau frontière qui marquait le seuil de l'existence
tant désirée ! Les tristes couleurs noires et blanches me semblaient irradier de plus brillants
rayons, et lorsque tout le monde autour de moi parla la douce langue russe, mon oreille crut la
reconnaître. Je demandais avidement la signification de chaque parole qu'il me semblait
réapprendre et si facilement. En arrivant à Odessa, rien ne m'étonna, je me sentais chez moi, et
au débarquement à Yalta j'étais non une Française avide de nouveautés, mais une Aborigène heureuse
d'être enfin revenue passer quelques jours sur les beaux rivages de la Crimée. Mon beaufrère,
pour me faire reconnaître les immenses forêts de l'intérieur, organisa une petite cavalcade.
La veille du départ, je ne tenais pas en place, tout mon être était comme projeté en dehors de
moi vers cette contrée que j'allais parcourir. C'était un sentiment étrange autre que celui que
j'éprouvais depuis mon arrivée en Russie, plus irrésistible et plus puissant. Du reste, dès les premières
heures, mes yeux avaient été attirés invinciblement vers la masse sombre des bois comme par un
aimant magique.
La nuit me sembla interminable. Enfin l'aube se leva radieuse et notre caravane se mit en route,
convoyée par deux guides tartares qui connaissaient bien le pays.
Pendant des heures nous nous promenâmes sous ces futaies majestueuses, tantôt surplombant des
panoramas immenses d'océans de verdure, tantôt plongés dans des vallées assombries où les
arbres se dressaient plus forts, entremêlant leurs puissantes ramures. Nous avions fait plusieurs
haltes, mais vers le soir chevaux et cavaliers étaient fatigués et nous suivions docilement les
guides sur le chemin du retour. Cette journée était ineffable. Mon coeur débordait de mille
sentiments confus, mon esprit me semblait courir en avant vers de nouveaux chemins, vers un
inconnu pressenti. Nous allions toujours, mais les guides commençaient à manifester de l'inquiétude,
cherchant à droite, à gauche, inspectant les fourrés. Voici qu'ils nous arrêtent et nous déclarent
qu'ils ont perdu la route. Les sentes deviennent de plus en plus confuses; ils ne savent laquelle
prendre. Consternation générale, fureur de quelques-uns. Il est déjà tard ; comment circuler la
nuit dans ces sombres forêts qui semblent ne pas avoir de limites ? Mon mari veut me rassurer,
mais je suis bien tranquille ; je sens que je sais où nous sommes. Il me semble qu'un autre être
complémentaire est entré en moi et que ce double connaît le pays et précisément cet endroit.
Posément je déclare qu'il faut se rassurer, que l'on n'est pas égaré, puisqu'il n'y a qu'à prendre la
sente de gauche et la suivre, qu'elle nous conduira à un chemin plus large aboutissant à une
clairière et qu'au fond, derrière un rideau d'arbres, il y a un village mi-tartare, mi-russe. Je le vois,
ce village, ses maisons s'élèvent autour d'une place bien carrée ; au fond il y a un portique
soutenu par d'élégantes colonnettes de style byzantin. Sous ce portique une jolie fontaine de
marbre, et derrière le portique le perron d'une maison ancienne avec de petites fenêtres à
croisillons ; tout cela, charmant de vétusté et si harmonieux... Je m'arrête, j'ai parlé d'un trait, très
vite, avec assurance ; la vision est en moi si nette, si précise ! J'ai vu tout cela déjà si souvent,
me semble-t-il. Tous m'entourent et me regardent avec stupéfaction ; quelle singulière
plaisanterie ! Cela leur parait bien déplacé, mais ces françaises... Je dois être très pâle ; je
suis glacée ; mon mari m'examine avec inquiétude, mais je répète en criant : « Oui, oui, oui, tout
cela est juste, vous allez voir. » Et je tourne bride vers la sente gauche. Comme on me traite en
enfant gâtée et que les guides accablés sont assis par terre, on me suit un peu machinalement, ne
se rendant pas compte de ce qui se passe. Le tableau évoqué est toujours en moi, je le vois, je
suis calme et assurée. Mon mari, très troublé, dit à son frère : « Après tout, ma femme peut avoir un
don de seconde vue, et puisque nous sommes égarés, allons avec elle ; là ou ailleurs,
qu'importe. » Forte de son approbation, je pique de l'avant à travers les taillis de plus en plus
clairsemés, je coupe à travers bois, tant je suis impatiente d'arriver. Personne ne parle ; la
brume s'élève et rien ne fait pressentir une clairière, mais je sais qu'elle est là, droit devant nous et je
poursuis ma route. Enfin j'étends le bras et de ma cravache j'indique la clairière, mot magique.
On s'exclame, on s'élance, oui, c'est une clairière plus longue que large. Tous la voient dans la
pénombre, le fond se perd dans la brume, mais les chevaux, eux aussi, semblent sentir que l'on
arrive, ils galopent et nous arrivons à de grands arbres sous lesquels nous pénétrons. Je suis hors
de moi, projetée vers ce que je veux voir. Un dernier voile se déchire. Voici une faible lumière,
et en même temps une voix murmure non à mon oreille, mais à mon coeur : « Marina, ô Marina,

te voici, tu reviens. Ta fontaine murmure encore. Ta maison est toujours là. Sois la bienvenue,
chère, chère Marina. Ah ! Quelle émotion, quelle joie surhumaine ! Tout est là devant moi, le
portique, la fontaine, la maison. C'en est trop, je chancelle et tombe, mais mon mari m'a déjà
saisie et me dépose doucement sur cette terre qui est la mienne, auprès de ma douce fontaine.
Comment décrire mon extase ? Je suis terrassée d'émotion, j'éclate en sanglots ; des ombres sont
accourues, s'empressent ; on parle russe, tartare. On m'amène vers la maison ; mes jambes chancelantes
montent les marches. Mon coeur semble se broyer en passant le seuil. Puis, tout à coup, la
fiction fait place à la réalité ; je vois une chambre inconnue, des objets étranges, l'ombre de Marina
s'efface ; je ne saurai jamais qui elle a été ni quand elle a vécu, mais je sais qu'elle était ici,
qu'elle y est morte très jeune ; je le sens, j'en suis certaine...
Mon mari me fait boire un thé brûlant, tous mes compagnons sont assis autour de moi,
s'exclament, veulent savoir comment j'ai deviné, comment j'ai vu, mais je n'explique rien à
personne, si ce n'est à mon compagnon. Personne ne saura le secret de Marina et je me sens si bien dans
cette douce maison où je respire un air d'un autre monde. Jamais je n'ai ressenti un tel bien être ; je suis si
légère, si heureuse. On s'installe tant bien que mal pour la nuit. Mais je m'assieds sur le seuil et je
demande à mon mari d'interroger et de demander à qui est cette maison, qui y a vécu. On ne sait pas
grand'chose ; la maison a appartenu à un Polonais descendant, disait-il, d'une famille exilée. Les
anciens se souviennent de lui ; il est mort très vieux et seul. Un parent est venu. La maison très délabrée a
été vendue ; l'héritier est reparti. On a réparé tant bien que mal et c'est maintenant le chef du village, le
staroste, qui l'habite avec sa famille et je ne saurai rien de plus, mais ce que je sais, c'est que, moi
Marina, j'ai vécu ici ; mes yeux ont contemplé ce rideau de beaux arbres, le murmure de la fontaine a
bercé mes rêveries ; la douce maison m'a abritée... Les parfums de la chaude nuit de printemps
semblent m'envelopper toute et j'écoute intensément, avec extase, cette divine élégie, le murmure de la
fontaine, la voix du rossignol, la douce rumeur de la brise dans les branches. A cette harmonie céleste,
mon coeur se fend d'extase et tout au fond de mon être une voix très lointaine, très douce et affaiblie,
mais pénétrante, répète : Marina !
Bien des années ont passé depuis ce voyage radieux ; je les ai vécues en Russie, dans ce pays de mes rêves
qui ne m'a pas déçue, car j'y ai été bien heureuse et je m'y sais toujours sentie at home. J'ai appris avec
une facilité surprenante le Russe et aussi le Polonais. Chaque fois que je revenais en France, j'étais en
vacances, mais lorsque je retrouvais la douane insupportable, les gendarmes soupçonneux et le doux
parler slave, je rentrais chez moi, dans mon pays. Je dois ajouter que nulle part en Russie il ne
m'est rien arrivé de semblable au récit que je viens de faire en toute sincérité et duquel j'ai toujours
gardé le plus vivant et le plus délicieux souvenir. J'ai étudié ; je sais maintenant que je ne me trompais
pas et que Marina et moi ne faisions qu'une Mathilda de Krapkoff.
Paris, le 2 juillet 1922.
Ce récit nous met en présence d'un de ces cas ambigus où l'on hésite à se prononcer d'une
manière catégorique entre l'explication par la clairvoyance ou par des souvenirs d'une
vie antérieure ; cependant, ici, il semble bien que cette dernière interprétation est
la plus vraisemblable ; c'est pourquoi j'ai relaté le rapport de Mme Mathilde de
Krapkoff.
Voici encore un exemple de reconnaissance de lieux où il est probable que le narrateur
a vécu antérieurement ; car rien ne permet de supposer que ces visions si nettes qu'il eut
pendant son enfance aient été des réminiscences d'une vue clairvoyante qu'aucune
cause n'aurait pu déterminer1.
Dans ma première enfance j'étais enclin à des rêvasseries comme le sont beaucoup d'enfants d'imagination
active.
Deux scènes m'ont hanté plus de cent fois ; j'en suis sûr, bien que quand je devins homme elles
s'évanouirent et furent seulement interprétées comme des rêves d'enfant. Je vais décrire chacune d'elles. Il
y avait deux de ces scènes très importantes qui se présentaient à mon organe visuel intérieur pendant
mon enfance.
1° Un grand village s'étendait au nord d'une plaine ondulée et des terrains boisés se trouvaient par derrière
; devant il y avait de petites rivières coupées par un léger pont. Ceci se présentait ainsi comme vu du haut
d'une colline. Il y avait dans ce village une église, une route allant au nord et un parc à l'est. J'ai pensé à
1 Proceedings de la S. P. R.

ce village plus de cent fois et je l'ai peuplé avec des gens imaginaires pleins de bizarres aventures, comme
le font les enfants. Ensuite, quand je devins élève d'Oxford, ma mère me suggéra d'aller visiter
Adderbury, qui a été fréquemment habité par ma famille depuis 1800 et où elle a passé une partie de son
enfance, restant là avec son oncle qui y habitait. Elle avait l'intention d'y aller elle-même mais en fut
empêchée. Elle me dit encore d'aller là et de voir la vieille place pleine de ses souvenirs d'enfance. Je le
fis ainsi un jour d'hiver. J'arrivai à une colline basse et là, devant moi, étaient presque exactement
reconstituées les scènes de mes rêves d'enfant. Le grand village, la petite rivière, les bois et l'église.
Ma mère ne m'a jamais décrit Adderbury. Il est curieux que je n'y aie jamais pensé, car ayant passé mon
enfance dans le comté de Devon, j'ai conçu en imagination un village typique et réel d'Oxfordshire qui ne
ressemblait en aucune façon au village que j'ai vu dans mon enfance.
2° Une autre scène était plus curieuse encore et plus persistante : c'était un grand village près de la mer,
orienté vers l'Est. La colline sur laquelle il est bâti est très abrupte, si abrupte que les rues
descendantes sont formées par des escaliers. Les maisons sont étagées les unes au-dessus des autres. Au
sommet se trouve le terrain boisé. Je rêvais toujours que j'y habitais une maison située au nord. J'ai rêvé
pendant le jour des centaines de fois à ce village, à ces marches, à ces maisons en terrasse, à la mer
bleue. Mais ma demeure était toujours au nord, un peu dans l'intérieur des terres. Jusqu'au mois de juillet
dernier je n'avais jamais vu dans tous mes voyages un endroit ressemblant à celui que je voyais en rêve.
Alors on me demanda de visiter Clovely, dans le nord du comté de Devon, où longtemps ont habité
mes ancêtres paternels (mon arrière-grand'mère était une Cary).
A mon grand étonnement je vis les terrasses, la colline abrupte, les marches descendant à la mer, se
trouvant à l'est, et au nord la maison des Cary, où pendant des siècles mes ancêtres avaient habité.
Je vis dans l'église sept tombeaux de la famille Cary.
Clovelly est décrit dans Westward, que j'ai lu seulement il y a quelques années pour la première fois ; la
ressemblance de cette description avec ma vision ne m'avait jamais frappé.
Dans le chapitre suivant : nous allons trouver des récits dans lesquels la réminiscence
s'accompagne de circonstances qui permettent de supposer que l'on se trouve
maintenant en présence de souvenirs réels de vies passées.

CHAPITRE X
Les souvenirs de vies antérieures.
Réminiscence certaine concernant le XVIIIème siècle. – Réveils de souvenirs de Mme Katherine
Bates. – Le cas de Laure Raynaud.
Le secrétaire de la Société S. P. R. nous écrit1 :
Ce récit nous a été envoyé par Mme Spapleton, 46, Montagu-Square, Londres (W), membre de la S.
P. R. L'écrivain est, nous dit-elle, une personne de sensibilité artistique fortement développée et, en
particulier, une musicienne remarquablement douée. Son nom nous a été donné en confidence. Mme
Spapleton connaît intimement la narratrice depuis des années et affirme la parfaite véracité de ce
rapport.
La narratrice raconte que pendant sa première jeunesse, qui s'écoula à Saint-Pétersbourg, elle voyait
constamment dans sa chambre, le soir, une femme qui semblait veiller sur elle. C'est en vain que l'on
essaya de lui persuader que c'était une illusion ; elle demeura convaincue de sa réalité.
Elle raconte qu'à l'âge de 6 ans, elle vit un jour sa mère en toilette Louis XVI. Elle poussa un cri
d'étonnement, car c'était précisément le costume que portait l'apparition.
Chose remarquable, cette enfant dessinait des hommes et des femmes vêtus tous de costumes du
XVIIIème siècle, bien qu'il n'existât aucune gravure ni dessin dans la maison paternelle qui pût lui servir
de modèle. Les hommes portaient tous des habits à longues basques, des culottes et des souliers bas ; les
femmes étaient coiffées d'une montagne de cheveux, telles qu'on les voit sur les estampes
anciennes. Ceci indique nettement une réminiscence du temps passé, puisque l'enfant n'avait pu
avoir sous les yeux de semblables modèles. Après l'âge de 10 ans, dit-elle, mon apparition cessa
de venir me voir régulièrement. Ses visites devinrent de moins en moins fréquentes et enfin
s'arrêtèrent entièrement.
Lorsque l'on m'apprit l'histoire, j'étais surtout intéressée par la vie de Marie-Antoinette.
J'aimais son nom et je versais des larmes sur sa tragique destinée.
Naturellement chaque enfant, et même la plupart des grandes personnes, peuvent avoir une
sympathie spéciale pour quelques figures de l'histoire, mais la mienne était plus qu'une ordinaire
sympathie, c'était un culte, une obsession.
Je passais des heures au Muséum de South Kensington à contempler le buste de Marie-Antoinette,
examinant sa table de toilette avec ses petits pots de rouge, etc. Je peux dire honnêtement que mes
heures les plus sérieuses s'écoulèrent en contemplant ces trésors, bien que ce fût toujours avec
une émotion voisine des larmes que j'affrontais le buste de la reine.
Cependant la vie continua ; je devins très active et eus des occupations diverses. L'image de la
reine s'évanouit un peu de ma vie occupée, bien que je me sentisse pour elle une extraordinaire
affection : elle m'était plus chère qu'aucune autre personne au monde.
Je rêvais fréquemment d'elle, et, quoique mes rêves fussent espacés, ils avaient une suite plus
logique que les autres et je me souvenais de chaque détail au réveil ; ils représentaient des
épisodes les plus vulgaires de la vie courante. Ils se passaient toujours dans le même lieu que je
n'avais jamais vu réellement.
Il y a environ cinq ans, je demeurais à Margate, dans la famille d'un docteur. Nous formions une
joyeuse société et rien ne pouvait suggérer l'idée d'une maison hantée. Cependant, un jour, en
entrant dans ma chambre à coucher, je vis la même figure, Marie-Antoinette debout près d'une
petite table en bois. Il n'y en avait pas de pareille dans ma chambre. Elle s'appuyait d'une main sur
1 Journal de la S. P. R., volume XIII, p. 90-96.

la table et me regardait. Ce n'était plus la même figure ; un horrible changement s'était produit ;
elle paraissait hagarde, agonisante, et ses beaux yeux ne brillaient plus et me fixaient avec un
étrange et glacial regard. Sa chevelure presque blanche était nouée simplement sur le dessus
de la tête ; elle était plate maintenant, non plus dressée comme autrefois. Alors je ne pus me
retenir et m'élançai en avant avec un sanglot en tendant les bras, et criant : « Marie-Antoinette
! » Comme je m'avançais, l'apparition disparut.
Un an après ceci, je vins à Paris pour la première fois et parmi divers endroits, je visitai le musée
Grévin. Je reçus un réel choc en voyant l'exacte reproduction de ma vision à Margate avec chaque
détail. La Reine était représentée à la Conciergerie ; seulement la figure de cire n'était pas
comme celle que j'avais vue. Elle n'exprimait aucune trace de l'agonie que j'avais notée. Nos amis
qui étaient avec moi rirent des fantaisies de mon imagination, et, en vérité, j'avais appris à être très
réservée au sujet de mes étranges visions, car partout mes récits étaient accueillis avec scepticisme
; j'eus, après cet incident, une période de rêves réguliers : j'étais dans le parc, dans le même palais,
en compagnie de Marie-Antoinette, jouant au billard ou aux cartes avec Louis XVI, Mme Elisabeth
et moi même, ou je jouais sur une épinette (vieux clavecin) dans un salon rempli de monde et
Marie-Antoinette tout près de moi faisant signe à la foule de garder le silence et ainsi de
suite...
La chose la plus curieuse au sujet de ces rêves, c'est que je m'y voyais toujours comme un homme,
jamais comme une fille.
L'été dernier, je séjournais dans un petit village, pas très loin de Versailles ; le pays aurait dû
me sembler tout nouveau, car je n'avais jamais fréquenté les environs de Paris. Mais partout où
je me promenais, à Saint-Cloud, Marly, Versailles, j'étais hantée par la sensation que j'avais déjà
vu tous ces paysages bien avant. La toute première fois que j'allai à Versailles, j'étais
accompagnée par une servante qui devait y faire son marché. Quand elle eut fait toutes ses
commissions, je lui suggérai l'idée de visiter le palais ensemble. Quand nous y arrivâmes, nous
fîmes alors le tour extérieur du Palais, et bien que je n'eusse vu aucun plan de ce monument,
j'indiquais à la servante où se trouvaient les appartements du Roi et de la Reine, etc. Elle me
demanda si je connaissais bien le palais. Oh ! Non, répondis-je, je ne suis jamais venue ici avant ce
jour et je ne comprends pas comment je connais tout ceci, mais je sais. En marchant à travers le
parc, celui-ci me semblait si familier et si rempli de souvenirs que je n'arrivais pas à les préciser,
car ils s'évanouissaient tout de suite, de sorte que je tremblais d'émotion, ressentant une horrible
sensation de choc dans ma gorge. Le jour suivant, toute notre société vint visiter le palais. L'un de
nous possédait un livre guide. Je ne leur avais jamais raconté avant mes rêves relatifs à ce palais,
qu'ils connaissaient mieux que moi. La première chose que je vérifiai en rentrant fut que j'avais
parfaitement désigné les différentes ailes des appartements habités autrefois par Louis XVI et
Marie-Antoinette. Nous traversâmes une file sans fin de chambres toutes plus ou moins semblables,
et comme rien n'était écrit nulle part pour indiquer sa chambre spéciale, il me fut impossible de
découvrir quelque chose à ce sujet, excepté dans le livre guide. Cependant, avant que mes amis
eussent été capables de former quelques idées d'après ce livre, je les arrêtai dans une chambre
particulière, saisie par la même émotion forte que les jours précédents, et j'allai droit à une petite
porte qui se trouvait dans un panneau du mur. Elle était à peine remarquable pour quiconque
ignorait que quelque chose était là.
« Il y a des chambres plus loin, dis-je. Je dois y aller, ajoutais-je. »
Juste alors un des guides officiels vint à nous : « Désirez-vous visiter les petits appartements de
Marie-Antoinette ? » demanda-t-il. Sur ma réponse affirmative, il ouvrit la porte pour nous.
Mes amis étaient parfaitement étonnés de ma connaissance de la place et je les dirigeai mieux que
le cicérone officiel qui montre seulement au public ce qui est catalogué dans le guide. Je trouvai
les portes conduisant au passage menant aux autres chambres, sans pouvoir être capable
d'expliquer comment je le savais. Le guide lui-même était étonné et pensait que je devais
avoir fait d'intenses recherches historiques.
Les locaux étaient justes comme je l'avais supposé intuitivement, bien que beaucoup de
changements eussent été effectués. Je crois que si j'avais été laissée dans ces chambres les yeux
fermés, j'aurais pu reconstruire sur le papier leur disposition exacte avec leur ameublement
ancien.

TRIANON
Trianon me semblait encore plus familier, bien qu'il y manquât un grand nombre d'objets que je
pensais devoir se trouver là. La chambre de musique était identique à celle que j'avais vue
dans mon rêve, lorsque je jouais devant la reine ; les chaises seulement auraient dû être placées
dans des positions différentes.
Un autre fait curieux à propos de Trianon est celui-ci. J'avais souvent dessiné le monogramme
M.-A. en dessous des portraits de Marie-Antoinette, et, comme chacun le sait, il y a bien des
manières différentes pour tracer ces lettres, mais mon monogramme était toujours le même, et
je découvris qu'il était le fac-similé de celui encore ouvragé qui se trouve sur l'escalier à
Trianon.
Mais ce qui me troubla profondément en voyant Trianon, c'est la foule au milieu de laquelle on est
conduit par le guide à travers les appartements. Je sentais avec quasi-certitude que si je pouvais
passer un jour ou une nuit seule dans ces appartements je verrais des gens qui y ont habité et les
scènes qui se sont déroulées là autrefois.
Naturellement bien des personnes ont la sensation en voyant un endroit pour la première fois
qu'ils l'ont déjà vu autrefois. Il peut même y avoir une simple explication scientifique pour
cela, mais je ne faisais pas seulement que me souvenir de ces endroits, mieux encore, avant de
tourner un point, un angle, je pouvais dire ce qui se trouvait au delà dans tous ses détails exacts.
Ainsi, par exemple, pour le château de Marly, dont il ne reste que des ruines et dont aucun livre
guide ne parle, en y arrivant pour la première fois, je décrivis à un ami ce que nous trouverions
dans une courbure de la route et cela fut complètement exact.
Paris lui-même me semblait moins familier que je m'y attendais, excepté que je ne pouvais
jamais passer dans la rue Saint-Honoré sans qu'un frisson me parcourût le dos, et rien n'aurait
pu m'amener à passer sur un certain endroit de la place de la Concorde (ancienne Place de la
Révolution). Je décrivais toujours un cercle autour de lui et j'avais un frisson de frayeur et d'horreur de
la place entière. Une nuit, pendant que je dormais dans un hôtel situé au coin de la rue Saint-Honoré,
j'eus un horrible cauchemar.
J'entendis les sauvages hurlements de la populace, et, regardant par la fenêtre, je vis Marie-Antoinette
passer dans la charrette et moi-même dans la foule luttant frénétiquement pour me frayer un chemin et
criant sans cesse : « La Reine, laissez-moi atteindre la Reine. Je dois arriver à la Reine. » Puis je me
trouvais sous l'échafaud, frappant frénétiquement les jambes du bourreau pour l'empêcher de faire sa
triste besogne, pendant que la foule me rejetait en arrière. Alors je poussai un horrible cri et ce fut la fin
de mon rêve.
Pendant que je demeurais près de Versailles, je vis plusieurs fois Marie-Antoinette assise sur une chaise
près de mon lit. Maintenant je suis en Angleterre ; j'ai revu la Reine assise dans une attitude
découragée à mon bureau en pleine lumière du jour. La vision dura seulement quelques secondes. J'ai
souvent essayé de trouver quelques explications de ce mystère qui m'a hantée depuis ma première,
enfance. Mais il me semble qu'il n'y a pas d'autre hypothèse que le souvenir d'une existence antérieure.
Pendant tout le temps de mon séjour en France, je crus que je résoudrais cette énigme, mais mes efforts
furent vains, ce qui me fit une pénible sensation. Je n'ai pas encore perdu l'espérance qu'en retournant en
France je me rapprocherais plus près encore de la solution de ce grand mystère.
C. A. B.
Ce récit présente des caractéristiques qui permettent de le placer parmi ceux qui
nous donnent des preuves d'une vie antérieure. Il est très remarquable que dès sa
plus tendre jeunesse le témoin ait dessiné des personnages, hommes ou femmes, de
la fin du XVIIIème siècle, alors qu'il n'en avait jamais eu de modèle sous les yeux.
Il y a plus que le sentiment du déjà vu pour les descriptions du château de
Versailles, puisque cette dame savait d'avance où se trouvaient les appartements de
Marie-Antoinette, et qu'à Trianon elle a reconnu la salle où, en rêve, elle jouait du
clavecin. Il est probable que ce n'est pas par lucidité qu'elle a acquis ces
connaissances, car elle les possède également pour le château de Marly dont il
n'existe plus que des ruines. Cette vision, presque constante dès le bas âge, de
Marie-Antoinette, permet de supposer qu'il existait entre cette dame et la reine de
France des rapports antérieurs. Je crois donc que ce cas est digne de la plus
sérieuse attention.

RÉVEILS DE SOUVENIRS
Mme E. Katherine Bates raconte ce qui suit1 :
Je dois commencer par déclarer que pendant plusieurs années j'ai eu l'impression vague, flottante,
qu'un lien plus intime que celui que l'on ressent généralement me reliait à un de mes ancêtres. Pour être
plus sincère, je dois ajouter que parfois j'avais l'impression de continuer sa vie. Je n'ai absolument aucune
raison valable pour démontrer le bien fondé de cette intuition, sauf toutefois un sentiment d'affinité avec
un homme mort un très grand nombre d'années avant ma naissance et sur lequel personne n'avait attiré
mon attention. Jusqu'ici la chose peut s'expliquer par un jeu de l'imagination, mais une coïncidence
curieuse s'est produite au cours d'une expérience que j'ai faite avec une clairvoyante de laquelle
j'étais complètement inconnue, n'ayant encore jamais fréquenté les cercles spirites anglais.
Des lettres écrites par cet ancêtre ; lorsqu'il était officier de la garde, il y a plus de cent ans, avaient été
découvertes dans le bureau de notre avoué ; ayant été, dès mon arrivée, voir une clairvoyante, nommée
Mme Howart, je lui remis une de ces anciennes lettres et lui demandai que par psychométrie elle me
donnât ses impressions.
Je m'attendais à ce qu'elle me parlât des premières années du XIXème siècle, mais rien de pareil ne se
produisit ; elle me décrivit le caractère de cet ancêtre, qui pour elle évidemment était mort et ne devait
plus reparaître sur la terre ; j'ignorais si ces descriptions du caractère de l'écrivain de cette lettre étaient
réelles, personne ne m'ayant parlé de lui.
Je lui remis ensuite une lettre écrite par moi, en ayant soin de la tenir pliée, de manière qu'elle ne pût y voir
mon écriture et la priai de me communiquer ses nouvelles impressions. Aussitôt que ses doigts
eurent touché l'écriture, elle parut étonnée et elle s'écria : « Ils me font observer que je me suis trompée
en ce qui concerne la dernière phrase que j'ai dite précédemment relativement à l'écrivain de la
première lettre. C'est-à-dire que ce n'était pas son incarnation finale2, car il est réincarné dans l'écrivain
de cette note et que cette vie présente est meilleure pour lui que la précédente.
- Meilleure, lui dis-je, vous vous trompez ; car soit au point de vue de la situation ou à celui de la
fortune, sa vie présente est bien moins favorisée. Sous le contrôle de ses guides, la voyante répondit : «
Elle est bien plus favorable pour son développement spirituel, car voilà la seule chose qui compte
vraiment. »
Naturellement on peut supposer que Mme Howart a lu dans ma subconscience en donnant à mes pensées
une forme un peu dramatique.
D'accord, mais j'ai encore quelque chose à dire qui m'arriva quelques années plus tard et qui n'admet pas
la même interprétation.
Mme Bates raconte qu'elle avait promis à une, de ses amies, Mme Bigelow, de lui rendre
visite à Broadway pendant ses vacances. Elle ignorait complètement l'existence de
ce village, situé da le Worcestershire, et ajoute même qu'elle n'avait jamais entendu
prononcer le nom. Cependant avec une de ses cousines, elle s'y rendit, et voici ce
qu'elle éprouva. Ici, je lui rends la parole :
Aussitôt que la voiture nous eut déposées à l'entrée du village, je ressentis une forte impression de
familiarité avec le village ; il me semblait que j'y étais née et que je revivais les jours de mon enfance.
Plusieurs fois avant de franchir le coin d'une maison, je disais à ma cousine : « Oh ! Je sais ce qu'il y a
ici, ce ne sont-pas des bâtiments de ferme ou de grange? Rebroussons chemin et prenons une autre direction
». Ce fait se reproduisit plusieurs fois, au grand étonnement de ma cousine qui, bien qu'elle n'y comprit
rien, fut forcée d'admettre que j'avais raison. Tout ceci la surprit autant que moi, car il n'y avait pas
l'ombre d'un doute que je n'étais jamais venue à Broadway, ni même n'en avais entendu parler.
Je dois mentionner ici que dans les lettres retrouvées chez notre avoué, il a été souvent question d'un
colonel Lygon, résidant à Worcester (Ville), qui invitait l'écrivain aux fêtes qu'il donnait. C'était
une remarque assez fréquente dans les lettres ; mais il n'y avait pas mention d'une localité spéciale, et
comme je savais que ce même général Lygon devint plus tard le premier lord Beauchamps, je supposais
naturellement que ces visites étaient faites à Madresfield Court, leur propriété.
1 Katherine BATES, Extrait du livre : Est-ce que les morts parlent ?
2 On voit que l'idée de réincarnation n'est pas aussi inconnue en Angleterre qu'on l'a souvent
affirmé en France.

Une semaine après, en rendant visite à un parent de ma cousine, au cours de la conversation il m'apprit
incidemment que Broadway avait été la résidence de la famille Beauchamps qui n'habitait
Madresfield Court que depuis les cinquante dernières années.
Mme Bates fait la supposition que l'ancêtre mort avec lequel elle sympathisait avait
pu lui communiquer par suggestion tous les renseignements relatifs au village de
Broadway, mais elle insinue qu'il lui est également permis d'admettre que ce sont des
souvenirs personnels qui se sont réveillés en elle lorsqu'elle revit le village de
Broadway.
Cette théorie de la réincarnation, dit-elle, n'a rien d'illogique, puisqu'elle permet de
comprendre le progrès individuel à travers des existences successives.
Il semble que nous sommes en présence de deux sortes de phénomènes qui
confirment la théorie de l'évolution, puisqu'un sujet psychomètre retrouve dans les
deux écrits qui lui sont soumis le même scripteur spirituel, et qu'ensuite Mme Bates
se reconnaît dans le village de Broadway où son ancêtre était venu si souvent chez
le colonel Lygon avant qu'il habitât Madresfield-Court.
LE CAS DE LAURE RAYNAUD
L'intéressant récit relatif au cas de réincarnation de Mme Laure Raynaud a été très
bien observé et décrit par le Dr Durville.
Ce travail a été publié pour la première fois dans Psychic Magazine de janvier 1914
et reproduit par le Fraterniste. Je vais en faire connaître les parties essentielles aux
lecteurs en regrettant que le défaut d'espace ne me permette pas de le reproduire
intégralement.
Laure Raynaud est morte à l'âge de 45 ans. Grâce à sa remarquable puissance, elle avait guéri une foule
de déshérités. Les malades guéris, qui sont légion, lui gardent une éternelle reconnaissance.
Voici maintenant ce que nous apprend le docteur Durville, qui a tout particulièrement connu Mme
Raynaud, puisqu'elle était employée de sa clinique et ancienne élève, de l'école de
magnétisme Hector Durville de Paris :
« L'histoire que je vais relater ici pourra sembler étrange à bien des gens peu familiarisés avec nos études
psychiques. Aux psychistes eux-mêmes, ou du moins à certains d'entre eux, elle ne manquera pas de
paraître fort délicate à interpréter. En tout cas, j'espère qu'aux uns comme aux autres elle apparaîtra
comme le résultat d'une impartiale étude, et qu'elle aura au moins le tout minime mérite d'être la relation
fidèle de faits vécus dans mon entourage immédiat.
Etrange, cette histoire l'est par l'imprévu des faits qui la construisent et, pour ce qui est de son
interprétation, c'est tout un problème philosophique qu'elle pose. Comme les faits de ce genre sont
exceptionnels d'abord et qu'ensuite ceux qui ont été déjà relatés sont parfois trop hâtivement rapportés et
insuffisamment complets, j'ai tenu à exposer ce cas curieux avec détails : je me suis efforcé de rapporter
autant que possible les paroles exactes des témoins et, pour offrir aux lecteurs un maximum de
garanties, j'ai cité en entier le nom et l'adresse de ces témoins. Je souhaite vivement que cette méthode se
généralise, nous n'en sommes plus au temps où il fallait se cacher pour s'occuper de psychisme.
Seul, un des acteurs de l'histoire a préféré n'être désigné que par son initiale ; j'accède de bonne grâce à
son désir, en regrettant toutefois sa réserve. Je l'appellerai M. G...
Je regrette d'autant plus de ne pas citer son nom que c'est une des personnalités les plus connues et des plus
considérées de Gênes.
Enfin, comme ce récit n'espère nullement aboutir à la preuve scientifique de ce qu'il avance, et comme
il n'est, en somme, qu'une série de coïncidences, j'ai tenu à ne pas citer non plus en entier le nom de la
famille où avait vécu la personnalité de Mme Raynaud dans une vie précédente, et je nommerai par son
prénom et la première lettre de son nom Jeanne S... La famille F... est, en effet, quoi qu'on dise, à
Gênes. Je ne la connais pas, je n'ai aucun rapport avec elle ; elle pourrait donc se formaliser de voir son
nom mêlé à une histoire de réincarnation. Je tiens à faire remarquer aux lecteurs que les idées qui vont
suivre ne sont pas les miennes ; en relatant je me dépouillerai de ma propre personnalité et de mes
conceptions scientifiques et philosophiques. J'ai voulu n'être qu'un passif rouleau enregistreur qui prend
des notes et qui transcrit. J'espère être parvenu à mon but. J'ai de la même façon cherché à être impartial.
Pour ce qui est de l'interprétation des faits, soutenir chacune matérialistes motifs valables, illusions ou
transmissions de pensée. Pour ce qui est de l'explication matérialiste des théories de la
réincarnation, de l'explication spiritualiste, j'envisagerai ces hypothèses en les discutant.
D'ailleurs je n'ai nullement l'intention ni la folle prétention de vouloir trancher la question. C'est
une étude que j'offre à mes collègues psychistes ; qu'ils veuillent bien l'approfondir et me dire ce
qu'ils en pensent.
Alors qu'elle était encore toute petite, il paraît que Laure n'était pas comme toutes les enfants de son
âge. Sa mère, une brave femme qui avait dépassé la cinquantaine, a bien voulu venir me voir à
Paris et m'a affirmé ce qui suit « Ma fille Laure eut dès ses premières années des idées que nous ne
comprenions pas, qu'elle s'était faites elle-même sans qu'on les lui eût apprises. Souvent elle nous
embêtait (sic) avec ses histoires, et je lui dis qu'elle deviendrait folle si elle continuait à
penser ainsi ; elle savait que les données enseignées par les prêtres à l'église ne sont pas la
vérité et ses idées étaient si tenaces, si arrêtées, qu'elle refusait obstinément d'aller le dimanche à
la messe avec les siens. Il fallait, continue sa vieille mère, la conduire à la messe avec une
cachouère. Et la cachouère (lisez le fouet) n'avait pas raison des idées de l'enfant. Le curé du
village s'intéressait à Laure, car elle était intelligente et il se plaisait à aller la voir pour converser
avec elle. La petite Laure lui contestait le paradis, le purgatoire, l'enfer, et lui disait que l'esprit
après la mort revient sur terre dans un autre corps. Alors le curé se fâchait tout rouge et
murmurait entre ses dents : « Etrange enfant ! Fillette mystérieuse ! » Et puis il s'en allait rêveur
sans avoir réussi à obtenir de l'enfant d'autre repentir qu'une grosse moue et un « Ah ! Bon, je
ne dirai plus rien. »
Ce curé exerce son ministère à Auront, dans la Somme, pays natal de Lauré Raynaud ; c'est un
vieillard de 72 ans nommé Géimbard. Les idées « bizarres » de la petite Lauré n'allèrent point
en s'effaçant à mesure qu'elle prit de l'âge. Quand le langage lui permit de mieux les exprimer,
elles se précisèrent. A l'âge de 17 ans, elle vient à Ariens. Là, elle est hantée par l'idée de
toucher les malades pour les guérir, et à ses intimes, à ses voisins elle expose aux heures de
confidences ses conceptions sur la survie. Je ne parle pas autrement de cette époque et j'arrive
en 1904, année où elle se marie.
Il m'a été aisé de reconstituer les idées de Lauré Raynaud à partir de ce moment, grâce à ceux de
ses amis que j'ai pu retrouver. Lauré Raynaud savait que les humains possèdent un principe
spirituel immatériel qui survit à la mort. Mais cette survivance ne se fait pas en un lointain
paradis ou enfer ; c'est sur terre que l'âme revient pour se réincarner, après avoir vécu pendant des
années une vie céleste. Laure Raynaud savait tout cela ; elle se souvenait d'avoir déjà vécu et
elle aimait à raconter sa vie précédente ; son souvenir n'était pas complet, elle connaissait
seulement quelques passages, quelques circonstances de cette existence, mais ces passages, ces
circonstances étaient pour elle d'une netteté inouïe.
La maison où elle avait vécu, ou plutôt l'extérieur de celle-ci, le parc qui l'entourait, les environs, le
ciel d'un bleu d'azur, tout cela était présent à son esprit comme un cliché lumineux. Elle disait
qu'elle saurait reconnaître sa demeure aussi aisément qu'un amateur de tableaux reconnaît une
toile qui lui a plu. Elle se voyait elle-même dans cette existence précédente, mais elle ne savait
rien des menus détails de sa vie ; elle se voyait à 25 ans et donnait d'elle-même un
signalement précis. Quant à sa famille, elle ne se la rappelait pas.
Son mari, M. Pierre Raynaud, qui habite à Paris, rue Pétrarque, m'exprime ainsi ses souvenirs
concernant les sentiments et les idées de sa femme :
«Vous savez combien je suis sceptique sur beaucoup de phénomènes psychiques. Eh bien, je suis
tout de même obligé de reconnaître qu'il y a dans l'histoire de la réincarnation de ma femme des
choses bien drôles. Pour ce qui me concerne personnellement je puis vous assurer que Mme Raynaud
m'a fait dès le début de nos relations le récit de faits se rapportant à une vie qu'elle aurait vécue
antérieurement. Je ne me rappelle pas avec précision tout ce qu'elle m'a dit ; néanmoins je sais
qu'elle parlait souvent d'une sorte de cliché qu'elle avait d'elle-même. Elle se voyait jeune et
malade de la poitrine, errant dans un grand parc, dans un pays qu'elle ne pouvait nommer, mais
dont le ciel était pur.., un pays du Midi sans doute. Si vous saviez que Mme Raynaud,
quoique née dans le Nord, a un type nettement méridional, une peau mate, des cheveux très bruns,
vous diriez comme ceux qui la voient pour la première fois qu'elle est du Midi. Ma femme a
l'explication de cela : son type lui vient de sa vie antérieure. Je me rappelle parfaitement qu'elle
pensait retrouver un jour son pays. Or, dans ce qu'elle a découvert en son voyage à Gênes, il y a des
choses qui coïncident d'une façon étrange avec ce qu'elle m'a raconté autrefois. »
Une vieille amie de Mme Raynaud, Mme Dutilleu, qui habite, 2, rue Dammartin, à Amiens, m'a

rapporté sur le sujet qui nous occupe une histoire analogue à celle que m'exposa M. Raynaud.
J'y trouve, en outre, quelques détails nouveaux.
« C'est pendant les longues soirées, me dit-elle, que nous passions ensemble, que mon amie me
détaillait son autre vie, passée si vite sous un ciel plus hospitalier que le nôtre. Elle se plaignait
du climat froid du Nord : son pays avait un autre soleil plus chaud, plus gai. Les années ont passé,
Laure Raynaud réalise son rêve d'enfance ; elle touche les malades pour les guérir et elle obtient
des guérisons remarquables. Le bruit de ses cures s'étend comme une traînée de poudre. Riches et
pauvres s'entassent dans son salon de la rue Enguerrand, à Amiens, pour trouver un
soulagement à leurs maux. Les gens les plus en vue de la région, juges, avocats, médecins
même, viennent la consulter. Mais bientôt Mme Raynaud, ne se plaisant plus à Amiens, voulut
venir à Paris, et au moment même de sa plus grande vogue, à l'époque où ses adeptes la
vénéraient à l'égal d'un dieu, elle quitte brusquement sa clientèle. On l'appelle à Paris... elle y
va ! C'est pour parfaire son savoir de guérisseur qu'elle venait dans la capitale ; elle s'inscrivit à
l'école pratique de magnétisme ; c'est là que je fis sa connaissance. Je remarquai vite sa
remarquable faculté, si bien qu'en 1911, je lui offris la direction de ma maison de santé, qu'elle
accepta.
Ce que Mme Raynaud a dit en 1911 à M. Durville.
Depuis 1911 j'ai vécu aux côtés de Mme Raynaud ; j'ai donc pu la suivre au jour le jour et
étudier à tête reposée ses curieuses facultés et ses originales idées. Je puis affirmer qu'elle est
au point de vue mental parfaitement équilibrée. Ce n'est pas une psychopathe ; elle n'a aucune
hallucination, aucune idée morbide ; c'est une femme calme et raisonnable ; elle a une grande foi en
la puissance thérapeutique de sa main. Mais les résultats que je l'ai vu obtenir chez moi
l'autorisent à avoir confiance en elle. C'est enfin une merveilleuse intuitive, qui m'a prédit à
l'avance nombre d'événements de ma vie que rien ne pouvait faire prévoir. Malgré cela j'avoue n'être
pas convaincu de tout ce qu'elle dit, et en particulier de ses dires au sujet des vies
successives. Il me faudrait des preuves solides et ce que j'ai recueilli ne peut être considéré, ne
l'ai-je pas dit déjà, que comme une série d'intéressantes coïncidences. Mme Raynaud parla devant
moi bien des fois de sa dernière vie antérieure, mais j'attachais peu de prix à ces histoires,
puisque je ne voyais pas la possibilité d'une vérification quelconque. Mme Raynaud me disait
qu'elle avait déjà vécu. Elle avait habité à coup sûr un pays du Midi ; sa maison était grande,
très grande, bien plus grande que les maisons ordinaires, avec sur le devant, une terrasse, une grande
terrasse ; les fenêtres étaient larges, nombreuses, cintrées en haut ; il y avait deux étages et encore
une terrasse en haut.
C'est sur cette terrasse qu'elle aimait à se promener, jeune, brune, avec des yeux très noirs et
grands ; elle était triste, car elle était très gravement malade. Elle toussait et bientôt allait
mourir de la poitrine. Son caractère était fier, hautain, sévère, presque méchant ; la maladie
l'avait aigrie sans doute. Elle était nonchalante et aimait à errer, oisive, dans le parc. Ce parc
était planté de vieux arbres ; il allait en pente ascendante ; derrière et sur les côtés : de petites
maisons habitées par un groupe d'ouvriers. La mort la surprenait bientôt, vers 25 ans peut-être, elle
s'en allait épuisée, maigre, pâle. Plus d'un demi-siècle se passa pendant lequel elle vécut une vie
extra-terrestre. Puis elle se réincarna dans le village d'Aumont, dans la Somme. Voilà ce que
je l'ai entendu raconter bien des fois.
Le témoignage de Mme la princesse Fazyl.
En juin 1912, Mme la princesse Fazyl, qui habite à Paris, 116, rue de la Faisanderie, était chez
moi fatiguée. Elle s'était étendue sur un lit. Mme Raynaud lui tenait compagnie. Alors la princesse
commença à évoquer des souvenirs d'enfance, l'Egypte au ciel de feu avec ses bois de mimosas, ses
tamaris, ses grenadiers, ses figuiers, ses palmiers, et le Nil, le Nil bienfaisant aux eaux vertes ou rouges
que l'Ibis à tête noire vient visiter. Et près du fleuve, la grande maison de sa famille, blanche, avec
son jardin descendant jusqu'à l'eau. « Et moi aussi, continua Mme Raynaud, j'ai connu le pays du
Soleil, mais pas dans cette existence. » Et elle raconta à la princesse ses souvenirs sur sa vie
antérieure, sur elle-même, sur sa maison, sur son pays.
« Je ne sais si c'est en Egypte que j'ai vécu. Pourtant non, je ne me rappelle pas un grand fleuve ; ce
serait plutôt l'Italie ; d'ailleurs j'ai toujours su que je retournerais un jour dans ce pays et je sais que je
le reconnaîtrai, tant les images que j'en ai sont nettes en mes yeux. » Et la princesse de sourire, non

pas incrédule, mais surprise.
Comment Mme Raynaud retrouva sa maison.
Les choses en étaient là et les mois passaient ; j'en étais toujours à n'accorder aux idées de Mme
Raynaud concernant sa vie antérieure que la valeur toute relative qu'on accorde à un rêve, quand
survint une circonstance imprévue.
Je reçus en mars 1913, au début, une lettre venant de Gênes, me demandant auprès d'une dame de
l'aristocratie génoise. A cette époque nous étions en plein deuxième congrès international de
Psychologie expérimentale, et j'étais très occupé à présider ma commission et à suivre le concours de
la baguette. Je ne pouvais quitter Paris. Heureusement, la malade en question aimait beaucoup Mme
Raynaud. Elle avait été déjà magnétisée chez moi par elle à Paris. Je priai donc Mme Raynaud de
partir en Italie. Le voyage devait être fertile en curieuses surprises. En arrivant à Turin, Mme Raynaud
eut la vague impression que le pays ne lui était pas inconnu. Il lui semblait qu'elle avait déjà vu des
sites comme ceux qui se déroulaient sous ses yeux. Pourtant elle n'était jamais venue en Italie, elle
n'avait pas non plus lu d'ouvrages sur ce pays et pas davantage elle ne croyait avoir vu d'images le
représentant ; et le rapide roulait toujours. Il arriva à Gênes. Là, ce qui n'avait été jusqu'alors pour
Mme Raynaud qu'une impression devint une certitude. Elle connaissait vraiment ce pays : c'est là
qu'elle avait vécu dans une existence précédente. En arrivant chez ses hôtes, elle leur fit part de ses
idées et de son désir d'aller à la recherche de sa maison.
Notre excellent M. C..., psychiste érudit et spiritualiste convaincu, s'offrit tout de suite d'aider Mme
Raynaud dans ses recherches. Connaissant Gênes à fond, il pria Mme Raynaud de lui donner de sa
maison tout le signalement qu'elle connaissait ; et elle de redire à M. C... ce qu'on a lu plus haut.
« Il existe, non pas à Gênes même, dit M. C..., mais aux environs, une grande maison qui me
semblerait répondre à la forme, à la situation et à l'architecture que vous indiquez, allons-y. » Et
Monsieur C... prie Mme Raynaud de venir avec lui. Ils montèrent en automobile et traversèrent tout
Gênes. Bientôt la voiture stoppa devant une grande maison blanche. Non, pas celle-là, dit Mme Raynaud,
mais je connais très bien cet endroit et ma demeure n'est pas loin. Partons, nous allons trouver
en tournant, à gauche, une route qui monte, et de cette route nous apercevrons à travers les arbres ce
qui nous concerne. » L'automobile avance suivant les indications de Mme Raynaud, et on trouve, en
effet, la route à gauche s'étalant en pente assez forte jusqu'à une belle maison blanche qui répondait au
signalement indiqué, grand quadrilatère avec sa grande terrasse en bas, sa terrasse dessus, les fenêtres
nombreuses, larges, cintrées en haut, de style renaissance italienne. Le parc inculte en avant,
descendant en arrière : « Ah ! dit M. C..., là c'est la maison de la famille S..., famille très connue à
Gênes. - C'est là que j'ai vécu, ajouta Mme Raynaud ; c'est là, sur cette terrasse, que je me suis
promenée faible, malade de la poitrine. J'étais bien souffrante, j'étais triste ; c'est là que je suis morte à
la fleur de l'âge, il y a un siècle. »
Et l'automobile emporta M. C... et Mme Raynaud satisfaits de leur découverte.
Maintenant on allait chercher des preuves.

ON RETROUVE A GÊNES UN ACTE DE DÉCÈS QUI SERAIT CELUI DE Mme RAYNAUD.

Rentrée chez nos amis, Mme Raynaud, au dîner, donna des détails sur sa trouvaille et
évoqua avec plaisir quelques souvenirs de son existence précédente, et puis elle ajouta «
Je sais que je ne suis pas enterrée comme tout le monde, au cimetière ; mon corps repose
dans une église, j'en ai la conviction. » Chacun resta perplexe.
Mais le temps pressait. Mme Raynaud avait terminé sa mission à Gênes ; il fallait revenir
en France. J'avais, en effet, grand besoin d'elle pour magnétiser mes malades, et elle, de
son côté, désirait rentrer avant la fin du Congrès international du psychisme
expérimental.
Elle rentra. J'eus alors connaissance de toutes les surprises que lui avait réservées son
voyage et je pris tout de suite la décision de contrôler les dires de ma collaboratrice
dans la limite du possible. Il y avait plusieurs points intéressants à rechercher.
D'abord :
- Avait-il existé dans la maison en question, à Gênes, une dame pouvant être identifiée

avec l'hypothétique Mme Raynaud, femme brune, toujours malade, morte de la poitrine, il
y a environ un siècle ?
- Si cette personne avait existé, où était sa sépulture ?
C'est muni de ces points d'interrogation que je fis faire, par l'intermédiaire de mes amis, de
longues recherches à Gênes ; elles amenèrent de bien étranges constatations. L'église San
Francisco d'Albaro garde en ses minutes les actes de décès des gens décédés en cette
maison indiquée par Mme Raynaud comme étant la sienne. Dans ces minutes, mon ami
découvrit un acte dont il m'adressa copie et que je reproduis intégralement, sauf pour ce
qui est du nom de famille que je désigne par la lettre D. On remarquera :
1° Qu'il a trait à une femme qui a toujours été maladive, ce qui est conforme à ce qu'a dit
Mme Raynaud ;
2° Que cette femme semble bien être morte de la poitrine, puisqu'il est dit qu'elle est
morte d'un refroidissement ; le terme mourir de refroidissement est généralement
synonyme de mourir de tuberculose pulmonaire. Ceci est également conforme aux dires de
Mme Raynaud ;
3° Que le décès remonte à un siècle environ, exactement le 13 octobre 1809. Ceci est
également conforme ;
4° Que le corps de la défunte est enterré dans une église (ceci est également conforme).
Enfin notons que rien dans l'acte ne contredit ce qu'exprime Mme Raynaud.

EXTRAIT DU REGISTRE DES DÉCÈS DE LA PAROISSE DE SAN-FRANCISCO-D'ALVARO, GÊNES.

« 23 octobre 1809. La dame Jeanne S..., veuve de B..., habitant depuis plusieurs années
dans sa maison, toujours maladive et dont l'état de santé s'est aggravé ces derniers jours
par suite d'un fort refroidissement, est morte le 21 courant, munie de tous les sacrements de
l'Église, et aujourd'hui, sur notre permission par écrit et avec l'autorisation de M. le
Maire également par écrit, son corps a été transporté en forme privée dans l'église de
Notre-Dame-du-Mont. »
(Suivent les signatures.)

UN SUJET DU DOCTEUR DURVILLE, Mme D'ELPHES, COMPLÈTE LES PREUVES DONNÉES PAR Mme RAYNAUD.

Lorsque je reçus de Gênes l'acte de décès qui serait celui de Mme Raynaud, il était 9
heures du matin environ ; j'étais à table et je prenais mon petit déjeuner ; j'étais ce jourlà
particulièrement en retard pour mes occupations. Plusieurs malades m'attendaient. En
avalant en hâte le contenu de ma tasse de lait, j'ouvrais également en hâte mon courrier,
me contentant de jeter un coup d'oeil sur la longueur, l'écriture, la nature et la
signature des correspondances, plus tard je verrais le détail. L'acte de décès eut le même
sort ; la lettre avec les timbres italiens et l'écriture de mon ami de Gênes
m'indiquèrent et la provenance du papier et sa nature. Je vis l'en-tête, quelques mots
du texte, puis les signatures, rien de plus. Je fermai le papier et le jetai sur la table
avec les autres correspondances, puis je pus voir mes malades. Pendant le cours de la matinée,
l'idée de l'acte me revint à l'esprit. J'en parlai à une amie qui me demanda des détails. Je lui
répondis à peu près ceci : « Je n'ai pas lu le papier, je sais seulement qu'il vient de Gênes, que c'est
un extrait de registre d'une paroisse, mais je ne sais laquelle, que le prénom de la défunte (qui
serait Mme Raynaud) est Jeanne, je crois aussi que le nom de la famille commence par D... C'est
tout ce que je sais. »
L'idée me vint alors de remettre l'acte génois à un de mes sujets voyants pour voir s'il saurait me
révéler quelques faits intéressants à vérifier, mais pour éviter autant que possible l'élément
transmission de pensée, ce gros écueil de la voyance, je voulus faire en sorte que personne de mon
entourage ne pût lire le contenu de l'acte. En connaissant l'acte, on eût pu, qui sait, agir
télépathiquement sur le sujet endormi et fausser peut-être la nature du résultat. Je pris donc le

papier et, sans jeter moi-même à nouveau les yeux sur l'écriture, je le mis sous l'enveloppe que
je cachetai. Moi seul l'avais vu à Paris et de lui je savais seulement les quelques mots qu'on a
lus précédemment. J'allais tout à l'heure recevoir un de mes sujets, Mme d'Elplies, 49, rue
Falguière, à Paris, l'endormir et lui remettre le papier, sans lui dire le moindre mot
relativement à ce que je désirais d'elle.
Séance du 28 mai 1913. - J'endors Mme d'Elphes et sans lui avoir dit le moindre mot ayant trait à
ce que je désire savoir, je lui remets l'enveloppe cachetée qui contient l'acte de décès. Je
m'installe à mon bureau, je prends ma plume et je note tout ce que dit le sujet, sans dire ni oui
ni non, ni si c'est mal, ni si c'est bien. Je transcris ici mes notes telles que je les lis sur mon
carnet d'expériences
« Ce papier vient de loin... Attendez que je m'oriente... Voyons, c'est par là... (Elle indique le Midi.)
Oui, eh ! Mais, c'est loin ; je quitte la France, mais sans traverser la mer... Ah ! J’y suis : c'est
l'Italie, il y a la mer tout près, un port c'est Gênes. (Depuis que je fais des expériences avec des
sujets endormis, c'est seulement la deuxième fois qu'un sujet peut me dire le nom précis d'une
ville. Dans une autre série d'expériences, ce même sujet m'indiqua qu'une lettre que je lui tendais
venait de Grenoble. Et c'était vrai.)
(Un silence)... Tiens ! Me voilà dans une grande maison ; quelle belle maison ; elle est blanche,
grande, sans être immense, mais qu'est-ce que c'est que ce style. Je vois de larges fenêtres et audessus
de plus petites, qui sont cintrées (jusqu'alors tout est rigoureusement superposable aux
déclarations qu'avait faites Mme Raynaud...) Sur la gauche, en regardant la façade, je vois une
tour ronde (ceci est inexact)... On accède par plusieurs marches dans un grand vestibule dallé. La
maison est sur une pente, le jardin monte derrière, tout autour de la maison ça penche (tout ceci
est très exact sur la photographie que j'ai publiée de la maison, on ne voit pas la façade
principale, donc pas les marches, nous n'avons pu faire autrement la photographie). Mais que
dois-je trouver dans cette maison, me demande Mme d'Elphes, j'y vois beaucoup de monde -
Cherchez, dis-je, une dame dont il est question dans le papier que vous tenez. - Une dame... Ah !
Oui, je vois, mais elle est morte, cette dame-là. - Pourriez-vous me dire son nom ? -Un nom, c'est bien
difficile. (Elle cherche, soupire, puis) je ne sais si je me trompe, je vois Jeanne. - Et le nom de
Famille ? - Attendez il m'en vient plusieurs (Sic) Broglie, je trouve que ce nom a rapport avec ce
qui nous intéresse ; je ne peux le chercher de mes yeux, j'en vois encore deux qui commencent par
un M... serait-ce Modène ? Médicis ? (Tout ceci est mauvais) Tiens, je vois maintenant un S... et le
nom à sept lettres, la deuxième lettre pourrait bien être un A et je vois deux F au milieu du
nom. (Très exact.) - Le sujet est fatigué, je le réveille.
Séance du 4 juin 1913. - J'endors Mme d'Elphes ; lorsqu'elle est en somnambulisme, je lui remets la
même enveloppe cachetée qui contient l'acte de décès et dis seulement : « Eh bien, reprenez votre
récit où vous l'avez laissé dans la précédente séance. » Alors Mme d'Elphes, après quelques
instants : « Ah ! J’y suis, je vois Jeanne là-bas dans la grande maison de Gênes. Tiens, mais comme
elle est souffrante... Elle tousse... Et puis elle n'est pas très douce de caractère... C'est un caractère
hautain, mais je ne la vois pas vivre longtemps, je la vois morte... (Un silence)... Alors, qui doisje
voir? (Tout jusqu'ici est conforme au tableau que Mme Raynaud nous avait fait d'elle-même.) -
Continuez, dis-je, à voir la dame Jeanne. - Que voulez-vous que je voie sur elle ? Ah !
Attendez, mais il me semble qu'elle n'est pas enterrée comme tout le monde dans un
cimetière. - Pas dans un cimetière I Alors, où peut-elle être enterrée ? - Mais, docteur, je ne sais si je
me trompe, mais il me semble que je la vois dans une église. (Je crois intéressant de faire
remarquer que jusqu'alors mon sujet ne m'avait dit que des choses connues de moi, et ici les
véritables révélations commencent.)
- Dans une église ? - Oui, continue Mme d'Elphes, l'église est rectangulaire, presque carrée, avec
des colonnes à l'entrée et des piliers plus loin, la dame Jeanne est là dans un tombeau ; le
tombeau est tout près de l'autel, il est assez modeste ; la pierre n'est pas horizontale, elle est
verticale, et derrière elle je vois sept cercueils. Ils contiennent des gens de la famille de
Jeanne et son cercueil à elle est situé tout à fait à gauche contre le mur... C'est tout ce que je
vois, je suis fatiguée. Ah ! Il me vient une idée ! Cette dame Jeanne n'a-t-elle pas des
descendants en France... dans le Midi... J'en vois plusieurs.
- Je n'en sais absolument rien (la séance a été longue, je réveille Mme d'Elphes).
Mme Raynaud ne m'avait jamais dit à moi qu'après sa courte existence elle avait été enterrée
dans une église. Je voulus donc chercher si le sujet avait vu juste. Je décachetai l'enveloppe
contenant l'acte de décès de Jeanne S... et je lus : « Son corps a été transporté en forme privée
et enseveli dans l'église de Notre-Dame-du-Mont. Avais-je lu inconsciemment l'acte avant de
le mettre sous enveloppe et la révélation fournie par mon sujet n'était-elle qu'un phénomène de
lecture dans les profondeurs de mon cerveau ? Qui sait ? En tout cas, ce qui a trait à la
description de l'église ne fut certes pas lu par Mme d'Elphes en mon subconscient, puisque je ne
pouvais absolument pas le savoir. J'ignorais, en effet, comment était construite l'église de
Notre-Dame-du-Mont de Gênes, car je ne suis jamais allé à Gênes. Pour savoir si mon sujet
avait vu juste, j'écrivis à mon ami génois en lui donnant copie du récit de ma voyante et en
le priant de vouloir bien se rendre compte par lui-même de ce qu'il y avait de vrai dans ces
révélations. Quelques jours après je recevais une lettre dont j'extrais le passage suivant :
Mon cher Docteur,
« Je suis allé dimanche matin à l'église que vous savez ; elle est située à une certaine distance de
Gênes. Les abords ne sont pas faciles. Je n'ai pu me livrer à toutes les investigations nécessaires,
l'église étant occupée par le service des messes. J'ai vainement cherché la tombe en question,
près du maître-autel qui se trouve dans la crypte alors pleine de monde. L'église est effectivement
rectangulaire, presque carrée, avec des colonnes à l'entrée et des piliers ensuite. Je vais y
retourner un jour de la semaine prochaine, je chargerai d'une enquête la même personne qui nous a
assistés dans nos premières recherches. » - Ainsi le récit de mon sujet semblait contenir une
inexactitude (la place du tombeau). Le reste était exact.
Quelques jours plus tard je recevais de Gênes de nouveaux renseignements.
Mon ami C... était retourné à l'église en dehors des heures de service religieux. Voici un
passage de sa lettre.
« Je vous envoie la photographie de l'église ; je n'ai pu la faire prendre autrement par suite de
la topographie des lieux. Il y a, en effet, comme votre voyante vous l'a dit, un tombeau ; c'est
celui de la famille S... Seulement il n'est pas situé à côté de l'autel, il est situé au-dessous. On y
accède par un escalier. » Cette lettre rectifiait en partie la précédente. Il y avait bien un
tombeau dans l'église. L'emplacement seul était inexact. Je n'ai pu savoir ni le nombre de
défunts ensevelis dans ce tombeau ni la place occupée par la dame Jeanne. C'est bien
regrettable.
En écrivant à mon ami génois, je l'avais prié de rechercher si la famille S... avait des
représentants dans le Midi de la France. Après plusieurs semaines, il me répondit « Il n'existe
pas de membre de la famille S... dans le Midi de la France ; mais il en existe dans la principauté
de Monaco ; ce n'est pas loin du Midi de la France. » En effet.
Séance du 11 juin 1913. - Sujet : Mme d'Elphes. - Expérimentateur : docteur Durville. Témoins :
André Durville, Mme Raynaud.
J'endors Mme d'Elphes. Comme précédemment, quand elle est en somnambulisme, je la prie de
se transporter de nouveau à Gênes. Alors spontanément :
« Mais, dit-elle, Jeanne est maintenant réincarnée, je me sens attirée vers le nord de la France,
dans un pays de plaines, c'est un tout petit village, une campagne, mais c'est tout près d'une
grande ville. Pourquoi vois-je ce village ? Je vois comme un arc-en-ciel qui unit l'église où
repose le corps de Jeanne au village.
- Mais que signifie l'arc-en-ciel ?
- Il veut dire qu'il y a un rapport étroit entre les deux pays qu'il touche. Oui, c'est dans ce
village que la dame Jeanne est réincarnée.
- Mais comment voulez-vous que je connaisse un village dans le nord de la France avec le
signalement que vous me donnez de lui ?
-Attendez, dans la grande ville je vois une rivière assez importante, et puis une belle église. Ah !
Mais, elle est très belle, cette église-là. Je vois une grande cathédrale gothique. (Un silence.)
Mais je la connais, cette cathédrale, c'est la cathédrale d'Amiens. Alors Jeanne est réincarnée
dans un petit village près d'Amiens. Eh bien, oui.
- Pourriez-vous me décrire sa maison ?
- Attendez, je la cherche ! Ah ! La voici, comme c'est bizarre, elle n'a rien de beau cette maison-là;
vous savez quelle différence avec celle de Gênes, c'est une petite maison très, très simple.
- Entrez-y et dites-moi ce que vous y voyez.
- J'entre dans une grande pièce directement après avoir monté deux ou trois marches droites, je

vois une autre pièce et en face un escalier de bois qui mène au grenier. (Il y a dans cet exposé
une inexactitude ; nous la connaîtrons tout à l'heure.) Dans la maison je vois une petite fille ;
c'est elle qui m'intéresse, c'est elle qui est Jeanne réincarnée ; mais pourquoi s'est-elle réincarnée dans
une maison si modeste ?
Je vois ses parents, ce sont de bons paysans bien simples. Tiens, mais qu'est-ce que je vois ? Je
viens de voir tout à coup la petite tout en bleu. (Comme je ne comprends rien à toute cette
histoire.)
- Tout en bleu, qu'est-ce que cela veut dire ? Est-ce son corps qui est bleu ?
- Mais non, je veux dire qu'elle est tout habillée de bleu ; elle a des robes bleues, des bas bleus.
Mais qu'est-ce que cela signifie, c'est un symbole sans doute.
- Mais non, je ne crois pas que cela soit un symbole, cela veut dire que l'enfant est habillée en
bleu.
- Vous avez déjà vu des enfants habillés en bleu ?
- Certainement, dans les campagnes on voit souvent les enfants en bleu et on les habille en bleu
jusqu'à 9 ans.
(Surpris de ce que je viens d'entendre, je jette un coup d'oeil vers Mme Raynaud qui est assise
derrière moi dans un fauteuil; elle me fait signe sans mot dire que ce que dit la voyante est
très exact et qu'il faut la laisser continuer.)
- Alors, expliquez-moi pourquoi cette fille a été vouée au bleu.
- Maintenant je vois l'enfant plus grande ; elle est habillée comme tout le monde. Je la vois quitter
de bonne heure son pays natal. Elle s'en va à la ville voisine sans doute, mais elle n'y reste pas non
plus ; je la vois dame maintenant... Ah ! ... (Le sujet s'étonne et continue...) Tiens, qui entre ici ?
(Personne n'entre avec nous, c'est mon frère André Durville qui a fait du bruit en remuant.)
- Non, non, quelqu'un est entré avec vous, c'est la dame.
- La dame ! Quelle dame ? Jeanne réincarnée ?
- Oui, elle-même... elle est là, je la vois, ah ! Mais (elle s'en va vers Mme Raynaud). Oh ! Mais, est-ce
possible, voilà qu'elle se confond avec elle.
- Qu'est-ce que cela veut dire ? Vous vous illusionnez.
- Non, je vous assure : on me fait comprendre que Jeanne et Mme Raynaud sont la même personne.
- Comment, la même personne ?
- Parfaitement, ne le savez-vous pas ? Ah ! Je comprends maintenant. Dites-moi, est-ce que Mme
Raynaud n'est pas née près d'Amiens ? Alors, c'est bien cela, c'est bien de vous qu'il s'est agi.
Avez-vous été habillée en bleu quand vous étiez enfant ?
- Oui, oui, répond Mme Raynaud (le sujet est fatigué, je le réveille).
CURIEUSES DÉCLARATIONS.
Les séances du 28 mai et du 4 juin avaient été très curieuses : Mme d'Elphes, sans rien
connaître de l'histoire de Mme Raynaud, avait fait une description intéressante des lieux qu'elle aurait
habités. Ensuite elle avait indiqué l'existence en ces lieux d'une dame Jeanne qui répondait au
signalement donné par Mme Raynaud de Mme R... Elle nous révélait ensuite que cette dame Jeanne était
enterrée dans une église.
Dans la séance du 11 juin, Mme d'Elphes nous apprit que Jeanne s'était réincarnée dans un village, près
d'Amiens, nous fit de la maison natale une description, affirma que Jeanne réincarnée, enfant, fut habillée
en bleu, et finit par conclure : Jeanne réincarnée, c'est Mme Raynaud.
Commentons maintenant cette dernière séance. Le sujet nous dit que Jeanne est réincarnée près d'Amiens en
un petit village. Or, Mme Raynaud est née à Aumont, à vingt cinq kilomètres d'Amiens ; le sujet ne pouvait
connaître ce détail. Pour ce qui est de la description de la maison natale, le sujet a dit des choses qui
correspondent à celle où naquit Mme R... J'ai pu m'en assurer par la suite en allant à Aumont. La maison
a, en effet, l'aspect très modeste. On entre tout de suite dans la pièce principale et on aperçoit une autre pièce à
droite, mais l'escalier signalé par la voyante n'existe pas ; il n'y a qu'une marche à la porte au lieu de deux ou
trois.
Le docteur, ayant consulté la mère de Mme Raynaud, apprit que Laure avait été
vouée au bleu à la suite d'une neuvaine qui avait coïncidé avec son rétablissement.
La critique dont le Dr Gaston Durville a fait suivre le récit du cas de Mme Laure

Raynaud ne me paraît pas suffisante pour supprimer complètement l'hypothèse d'une
vie antérieure du sujet. En effet, il n'est guère possible de récuser le témoignage de la
mère de Laure Raynaud, lorsqu'elle affirme que sa fille parlait au curé de son existence
passée. Nous avons constaté déjà que certains enfants ont l'intuition d'avoir vécu
antérieurement et nous verrons qu'il en est d'autres qui ont conservé d'indiscutables
souvenirs de leurs vies antérieures. L'objection qu'une enfant ignorante pourrait
formuler une pensée aussi compliquée n'est donc pas très valable.
Il est possible qu'en entendant dire autour d'elle qu'elle avait un type méridional, Laure
Raynaud se soit imaginé qu'elle était née jadis dans un pays du Midi, sous le beau ciel
bleu de l'Italie. Il se pourrait encore, et c'est là l'objection la plus sérieuse, que pendant
son sommeil elle ait par clairvoyance visité le pays de ses rêves et
qu'accidentellement elle se soit arrêtée aux environs de Gênes, devant la maison dont
elle donne avant de l'avoir vue une description si exacte. Ceci serait déjà un curieux
cas de lucidité, mais cette hypothèse est loin de rendre compte de toutes les
circonstances. Elle n'explique pas, en effet, la connaissance qu'une dame du
commencement du XIXème siècle serait morte d'une maladie de poitrine dans cette
maison, ni qu'elle aurait été inhumée dans une église, et non plus la certitude qu'avait
Laure Raynaud dans son enfance, d'avoir vécu antérieurement.
Il semble donc ressortir de l'examen des faits, que l'hypothèse la plus probable, parce
que c'est celle qui explique le mieux tous les incidents de ce cas remarquable, est celle
de la préexistence de Laure Raynaud.
M. le Dr Gaston Durville n'y est pas d'ailleurs systématiquement hostile, puisqu'il dit
en terminant son étude : « Alors, est-ce donc un cas de réincarnation ? » J'avoue que je
n'en sais rien, mais je trouve que l'hypothèse réincarnationniste n'est pas dans ce cas
plus absurde qu'une autre.
L'illusion, l'auto-suggestion, la lucidité, la voyance, n'expliquent pas tout. On leur fait
peut-être expliquer trop de choses. Il y a place pour d'autres hypothèses ; celle de la
réincarnation est du nombre. »
Oui, mon cher docteur, ici c'est indiscutablement la meilleure de toutes.

CHAPITRE XI
Autres faits impliquant le souvenir de vies antérieures.

Grands hommes qui se souviennent d’avoir vécu antérieurement. – Julien l’apostat. – Empédocie. -
Lamartine. - Ponson du Terrail. - Le Père Gratry. – Méry. – Professeur Damiani, etc. – Le cas de
Nellie Foster. – Connaissances innées d’un pays étranger. – Les cas de Rangoon de Maung Kan. –
Cas extraits de l’enquête du Dr Calderone relatifs à des réincarnations dans l’Inde. – Enquête
confirmative du Dr Moutin. – Le professeur Tumolo. – Les cas Tucker. – Du Messager de Liège. –
Blanche Courtain. – Le cas de la Havane. – Esplugas Cabrera. – Résumé.
Je vais reproduire ici les faits que j'ai réunis dans mon mémoire sur les vies
successives présenté au Congrès de Londres de 1898. Je les ferai suivre des
observations recueillies depuis.
Julien l'Apostat se rappelait avoir été Alexandre de Macédoine. Empédocle aussi
racontait que, quant à lui, il se souvenait même d'avoir été garçon et fille. Mais comme
nous ne savons rien sur les circonstances qui purent déterminer ces affirmations, nous
passerons aux écrivains de nos jours qui relatent des faits du même ordre.
Parmi les modernes, le grand poète Lamartine déclare, dans son voyage en Orient,
avoir eu des réminiscences très nettes. Voici son témoignage :
Je n'avais en Judée ni Bible ni voyage à la main, personne pour me donner le nom des lieux et le nom
antique des vallées et des montagnes ; pourtant je reconnus tout de suite la vallée de Térébinthe et le champ
de bataille de Saül. Quand nous fûmes au couvent, les Pères me confirmèrent l'exactitude de mes
prévisions ; mes compagnons ne pouvaient le croire. De même à Sephora, j'avais désigné du doigt et
nommé par son nom une colline surmontée d'un château ruiné comme le lieu probable de la naissance
de la Vierge. Le lendemain, au pied d'une montagne aride, je reconnus le tombeau des Macchabées et
je disais vrai sans le savoir. Excepté les vallées du Liban, etc..., je n'ai presque jamais rencontré en
Judée un lieu ou une chose qui ne fût pour moi comme un souvenir. Avons-nous donc vécu deux fois
ou mille fois ? Notre mémoire n'est-elle qu'une image ternie que le souffle de Dieu ravive ?
Ces réminiscences ne peuvent être dues à des rappels de souvenirs provenant de lectures, car
la Bible ne fait pas la description exacte des paysages où se passent les scènes historiques, elle
relate simplement les événements. Peut-on attribuer ces intuitions si nettes et si précises à une
clairvoyance pendant le sommeil ? Il n'est nullement démontré que M. de Lamartine fût
somnambule, mais si l'on admet cette hypothèse, comment aurait-il fait pour connaître les
noms exacts de chacun de ces endroits ? Si ce sont des esprits qui les lui ont indiqués,
pourquoi se souvient-il seulement de ces paysages et nullement de ses instructeurs invisibles ?
Il ne faut pas faire intervenir les esprits tant que leur présence n'est pas démontrée et il me
paraît que c'est ici le cas. Dans le journal La Presse du 20 septembre 1868, un romancier
populaire, Ponson du Terrail, ennemi cependant du spiritisme, écrivait qu'il se souvenait
d'avoir vécu sous Henri III et Henri IV, et dans ses souvenirs le grand roi n'était en rien
semblable à celui dont lui parlaient ses parents. Je pourrais rappeler aussi que Théophile
Gautier et Alexandre Dumas ont affirmé à différentes reprises leur croyance basée sur des
souvenirs intimes relatifs à des vies passées1, mais je préfère arriver tout de suite aux récits
1 Voir Le Spiritisme à Lyon, n° 40, « Les Pionniers de la lumière ». Le même journal, n° 72,
cite un article de la Gazette de Paris, du 19 avril 1872, contenant une conversation entre
Alexandre Dumas et Méry, où tous deux affirment avoir vécu plusieurs fois.

qui portent en eux-mêmes les preuves de leur authenticité. Je tiens à l'obligeance de M.
Edmond Bernus le renseignement suivant concernant le Père Gratry. Voici ce qu'il écrit dans
Souvenirs de ma jeunesse1.
Je venais de commencer l'étude du latin. Je n'oublierai jamais qu'une nuit, en un instant, le sens du
génie latin me fut donné. En réfléchissant à une phrase latine, je compris tout à coup l'esprit de cette
langue. Et de fait, mes progrès furent singuliers. J'appris le latin du dedans au dehors ; il me semble
que je le tirais du fond de mon esprit où il était inoculé. Pendant plusieurs années j'ai pensé en latin. Il
m'est arrivé de rêver en latin, de tenir en rêve des discours en vers latins dont je me souvenais au
réveil et qui étaient corrects.
J'exprimais en cette langue plus facilement et beaucoup plus nettement qu'en français les moindres de
mes pensées.
M. Bernus fait remarquer que Gratry ne connaissait pas les idées réincarnationnistes, ce qui
donne beaucoup de valeur à ce passage de ses mémoires. Voici encore un autre cas où la
réminiscence se produit par l'usage de la langue latine. Dans un article biographique sur Méry,
paru de son vivant dans le Journal littéraire du 25 septembre 1864, l'auteur affirme que cet
écrivain croyait fermement avoir déjà vécu plusieurs fois ; qu'il se rappelait les moindres
circonstances de ses existences précédentes et qu'il les détaillait avec une force de certitude
qui imposait la conviction. Ainsi, dit le biographe, il affirme avoir fait la guerre
des Gaules et avoir combattu en Germanie avec Germanicus. Il a reconnu maintes
fois des sites où il a campé jadis, dans certaines vallées des champs de bataille où
il a combattu autrefois. Il s'appelait alors Minius. Ici se place un épisode qui semble
bien établir que ces souvenirs ne sont pas simplement des mirages de son imagination.
Je cite textuellement.
Un jour, dans sa vie présente, il était à Rome et il visitait la bibliothèque du Vatican. Il y fut reçu par deux
jeunes hommes, des novices en longues robes brunes qui se mirent à lui parler le latin le plus pur. Méry
était bon latiniste en tout ce qui tient à la théorie et aux choses écrites, mais il n'avait pas encore
essayé de causer familièrement dans la langue de Juvénal. En entendant ces Romains d'aujourd'hui, en
admirant ce magnifique idiome si bien harmonisé avec les monuments, avec les moeurs de l'époque où il
était en usage, il lui sembla qu'un voile tombait de ses yeux ; il lui sembla que lui-même avait
conversé en d'autres temps avec des amis qui se servaient de ce langage divin. Des phrases toutes
faites et irréprochables tombaient de ses lèvres ; il trouva immédiatement l'élégance et la correction ; il
parla latin enfin comme il parle français. Tout cela ne pouvait se faire sans un apprentissage et s'il
n'eût pas été un sujet d'Auguste, s'il n'eût pas traversé ce siècle de toutes les splendeurs, il ne se
serait pas improvisé une science impossible à acquérir en quelques heures.
L'auteur a raison. Il faut soigneusement distinguer ce fait des hyperesthésies de la
mémoire maintes fois observées dans le somnambulisme et la maladie. Dans ces
états spéciaux, le sujet répète parfois des tirades entières entendues autrefois au
théâtre ou lues anciennement et profondément oubliées à l'état normal. Mais une
conversation soutenue dans une langue inusitée, sans hésitations, sans recherches, en
jouissant pleinement de toutes ses facultés, ceci suppose évidemment pour la
prononciation et la traduction des idées la mise en fonction d'un mécanisme
longtemps inactif, mais qui se réveille au moment propice. On n'improvise pas un
langage, alors même que l'on en connaît les mots et les règles grammaticales. Il
reste la partie la plus difficile : celle de l'énonciation des idées, celle-ci dépend des
muscles du larynx et des localisations cérébrales et ne peut s'acquérir que par
l'habitude. Si à cette résurrection mnémonique on joint les souvenirs précis de lieux
jadis habités et reconnus, il y a de très fortes présomptions pour admettre les vies
multiples comme l'explication la plus logique de ces phénomènes. Ils sont d'ailleurs
moins rares que l'on a voulu le prétendre. Je vais encore citer quelques exemples pris
dans la collection de la Revue Spirite.
Un spirite de la première heure, le professeur Damiani, adressa, le 1er novembre
1878, à l'éditeur du Banner of Light de Boston, une lettre en réponse à certaines
1 Grande Edition, Pierre Tréguier, 1917, p.13-14
polémiques au sujet de la réincarnation ; j'en extrais le passage suivant :
Qu'il me soit permis de dire pourquoi je pense n'avoir pas été trompé dans mes visions spirituelles. Avant
d'être réincarnationniste et quand j'étais aussi opposé à ces théories que peut l'être qui que ce soit,
différents médiums qui ne se connaissent pas m'entretinrent de mes réincarnations. J'en ai beaucoup
ri, je qualifiais ces révélations d'histoires ! Mais quand, après avoir oublié ces circonstances, plusieurs
années étant écoulées, je possédai le don de la vision spirituelle, quand je me vis moi-même au milieu des
familles de mes existences passées, vêtu des costumes du temps et des peuples que m'avaient
décrits d'autres voyants, oh ! Pour moi, voir dut être croire.
Cette déclaration me paraît probante, puisqu'elle émane d'un observateur incrédule qui
ne fut convaincu que d'après son contrôle personnel. Quelle cause pourrait produire les
affirmations concordantes de médiums inconnus entre eux et qui s'accordent cependant
pour relater les mêmes faits ?
Si les vies antérieures laissent en nous des traces, s'il est possible à certains sujets de
lire ces inscriptions hiéroglyphiques, ces ruines vénérables écrites en une langue que
seule la faculté psychométrique permet des déchiffrer, les descriptions des voyants
doivent être semblables, puisqu'elles s'appuient sur des documents positifs. De là,
probablement, cette unanimité que le professeur Damiani constate et qu'il vérifie lorsque
ce pouvoir s'est développé en lui.
La Revue Spirite de 1860 (page 206) contient la lettre d'un officier de marine qui se
souvient d'avoir vécu et d'être mort assassiné à l'époque de la Saint-Barthélemy. Les
circonstances de cette existence sont profondément gravées dans son être et il raconte
des faits qui montrent que ces réminiscences ne sont pas dues à un caprice de son
esprit.
Si je vous disais, écrit-il, que j'avais 7 ans lorsque j'eus ce rêve que, fuyant, je fus atteint en plein dos par trois
coups de poignard ! Si je vous disais que ce salut qui se fait sous les armes avant de se battre, je l'ai fait la première
fois que j'ai eu un fleuret à la main ! Si je vous disais que chaque préliminaire plus ou moins gracieux
que l'éducation ou la civilisation ont mis dans l'art de se tuer m'était connu avant toute éducation dans les
armes ! Cette science instinctive antérieure à toute éducation doit avoir été acquise quelque part. Où estce,
si l'on ne vit qu'une fois ?
M. Lagrange raconte dans une lettre adressée à la Revue1 en 1880, qu'il connaît à la
Vera-Cruz un enfant de 7 ans nommé Jules-Alphonse qui guérit par l'imposition de
ses petites mains ou à l'aide de remèdes végétaux dont il donne les recettes. Quand on lui
demande où il les a eues, il répond que lorsqu'il était grand il était médecin. Cette
faculté extraordinaire s'est révélée à l'âge de 4 ans et bien des personnes sceptiques se
sont ensuite déclarées convaincues.
On peut prétendre ici que l'enfant est simplement médium ; en effet, il entend les
Esprits, mais il sait parfaitement distinguer ce qu'on lui révèle et ce qu'il tire de son
propre fonds, cette certitude qu'il était médecin avant. Cette idée ne lui a pas été
inculquée par ses guides, elle est innée.
M. Bouvery cite d'après le Lotus Bleu le cas de M. Isaac G. Foster, dont l'enfant nommée
Maria mourut à 11 ans, comté d'Effigam.
Il eut, quelques années plus tard, une seconde fille qui est née à Dakota, ville qu'il vint
habiter après la mort de Maria. La nouvelle fille fut appelée Nellie, mais elle persista
obstinément à se nommer Maria, disant que c'était le vrai nom par lequel on la
nommait autrefois.
Dans un voyage en compagnie de son père, elle reconnut l'ancienne demeure et bien
des personnes qu'elle n'avait jamais vues, mais que la première fille Maria connaissait
très bien.
A un mille de notre ancienne habitation, dit M. Foster, se trouve la maison d'école que Maria fréquentait ;
Nellie, qui ne l'avait point vue, en fit une exacte description et m'exprima le désir de la revoir. Je l'y conduisis,
1 Revue spirite, année 1880, p. 361.

et une fois là elle se dirigea directement vers le bureau que sa soeur occupait, me disant : « Voilà le mien ».
On dirait un mort revenu du tombeau, ajoute le père, c'est bien l'expression exacte, car si l'on peut
imaginer qu'en somnambulisme l'enfant est venue dans ce pays, nul n'a pu lui indiquer les
personnes que Maria connaissait et cependant Nellie ne s'y trompe pas, elle les désigne exactement.
Si la réincarnation est une vérité, il est assez logique que les souvenirs qui se
réfèrent à une vie antérieure se réveillent, comme je l'ai déjà dit plusieurs fois, plus
volontiers chez les enfants, puisque le périsprit avant la puberté possède encore un
mouvement vibratoire qui, dans des circonstances spéciales, peut acquérir assez
d'intensité pour faire renaître chacun des souvenirs de l'existence antérieure.
Nous allons en voir encore plusieurs exemples ; je dois le premier à l'obligeance de
mon excellent ami, le commandant Mantin.
Ma mère avait conservé, dit-il, avec une amie de couvent, une correspondance suivie, de laquelle je tire ce
que vous allez lire. Cette dame avait auprès d'elle à Bordeaux une petite nièce, fille d'une soeur mariée
en Espagne, à Valladolid. Après plusieurs demandes réitérées de lui amener ou de lui envoyer son enfant,
l'amie de ma mère nous écrivit qu'elle se décidait à confier la fillette, qu'elle avait conduite à
Fontarabie, à d'honnêtes voyageurs espagnols qui se rendaient à Ségovie en passant par Valladolid.
En ce temps-là les chemins de fer se construisaient à peine en Espagne ; de Fontarabie à Irun, Saint-
Sébastien et Valladolid, le trajet se faisait en diligence et durait plusieurs jours. Après avoir embrassé
sa nièce et l'avoir encore recommandée à ses compagnons de voyage, l'aimable tante vit partir la
patache qu'elle ne quitta pas des yeux jusqu'à ce qu'elle eût disparu au tournant d'une route.
La fillette s'installa sur la banquette, devant l'une des vitres, afin de contempler le paysage. Elle
semblait émerveillée, riant, babillant seule. Puis, comme si elle traversait un pays connu et déjà vu,
elle se mit à dire les noms des villages où la voiture allait s'arrêter.
L'attention des voyageurs fut tout à coup éveillée par les citations exactes de l'enfant. Ils la
questionnèrent, et se sentant émerveillés par la mémoire d'une aussi petite fille, ils lui demandèrent s'il
y avait longtemps qu'elle avait fait ce voyage.
Attentive seulement à tout ce qu'elle semblait connaître et revoir, elle répondit en riant : « Mais je ne
suis jamais venue », et les Espagnols, égayés, continuèrent à la laisser babiller, de plus en plus surpris
de sa mémoire.
La mignonne voyageuse annonça partout à l'avance tout ce qui devait défiler de beau et d'intéressant
sous les yeux de ses compagnons de route. Elle démontra qu'évidemment elle était venue déjà à Saint-
Sébastien. Avant d'atteindre Burgos, où l'on passa la nuit, l'enfant annonça qu'on allait voir la plus belle
église de l'Espagne.
Et ce fut ainsi jusqu'à Valladolid, où la diligence arriva le quatrième jour : la mère attendait
impatiemment sa chère fille.
Après l'avoir tendrement caressée, elle remercia les voyageurs avec des marques de la plus vive
reconnaissance des soins qu'ils avaient eus pour son enfant.
C'est alors qu'ils lui vantèrent la mémoire qui les avait tant étonnés chez une si petite fille, et qu'ils
lui racontèrent comment elle s'était si merveilleusement souvenue de tout ce qu'elle avait retenu de son
précédent voyage. Mais ils ne lui cachèrent pas combien ils étaient surpris du motif qui portait la petite
voyageuse à dénaturer la vérité en soutenant qu'elle venait en Espagne pour la première fois.
La mère, très surprise, affirma aux compagnons de sa fillette que celle-ci n'avait pas menti, car c'était
bien effectivement la première fois qu'elle venait de France, où elle l'avait confiée à sa soeur, jusqu'à ce
que son mari et elle fussent installés à Valladolid.
L'enfant comprenant que les Espagnols semblaient douter des assertions de sa mère elle-même, se prit à
sangloter en disant : « Je n'ai pas menti, je ne me rappelle pas avoir fait une première fois le voyage ;
mais ce que je sais, c'est que j'avais déjà vu tout cela. »
Quelques jours après, un des compagnons de la petite fille vint remettre à sa mère le récit
curieux qu'il avait cru devoir rédiger de ces faits, et qu'il avait intitulé : Rêves véridiques d'une
petite fille éveillée.
C'est ce récit recopié par son ami qui l'avait adressé à ma mère qui me permet de vous en
affirmer l'authenticité, et j'ajouterai que cette histoire date de 1848.
Commandant MANTIN.
Ici encore toute autre interprétation que celle de souvenirs d'une vie antérieure

n'explique pas ces connaissances aussi nombreuses et aussi précises de la fillette.
Le phénomène du souvenir, chez les enfants, de leur vie passée, n'est pas
particulier à une époque ou à une contrée ; on en trouve partout des exemples.
Voici deux relations qui prouvent qu'en Asie ou en Amérique, aussi bien qu'en
Europe, la reviviscence de la mémoire se rencontre dans toutes les classes de la
société.
Le Journal, 18/9/1907. LA POPULATION ANGLAISE DE RANGOON EST EN
ÉMOI A CAUSE DES RÉVÉLATIONS D'UN ENFANT.
Londres, 17 septembre (Par fil spécial)
La presse d'outre-mer relate un soi-disant fait de réincarnation qui se serait produit à Rangoon.
Près de cette ville, mourait en 1903 le major Welsh. Ces derniers temps, un enfant de 3 ans
étonnait ses parents en leur annonçant gravement qu'il était le major en question revenu à la vie,
et le bambin leur décrivit avec force détails l'habitation de l'officier défunt ; il alla même jusqu'à
donner un compte rendu de ses occupations et le nombre de ses poneys. Plus fort ; il relata
comment Welsh avait péri au cours d'une excursion sur le lac Mektelea avec deux autres
personnes.
Les parents sont absolument bouleversés, leur fils n'ayant jamais rien su auparavant du major et de
sa famille.
Ces cas bizarres répétés à grand fracas préoccupent les milieux scientifiques anglais et les
commentaires vont leur train.
Extrait du récit de M. le Dr Henrich Hendsold de sa visite au grand lama à Lhassa
1 .
Il y a cinquante ans, deux enfants naquirent dans un village appelé Okshitgon, un garçon et une
fille. Ils vinrent au monde le même jour, dans des maisons voisines, grandirent ensemble, jouèrent
ensemble et s'aimèrent. Ils s'épousèrent donc et fondèrent une famille, cultivant pour vivre les
champs arides qui entourent Okshitgon. Ils étaient connus par leur profond attachement l'un
pour l'autre et moururent comme ils avaient vécu, ensemble. La même mort les enleva le même
jour, on les enterra hors du village, puis on les oublia, car les temps étaient durs. C'était l'année
après la prise de Mandalay et la Birmanie entière était soulevée ; le pays était plein d'hommes
armés, les routes étaient dangereuses et les nuits s'éclairaient des flammes qui dévoraient les
hameaux. Tristes temps pour les hommes pacifiques, et beaucoup d'entre eux, fuyant leur demeure, se
réfugièrent dans les lieux plus habités et plus rapprochés des centres d'administration. Okshitgon
était au milieu d'un des districts les plus éprouvés et bon nombre de ses habitants s'enfuirent, et
parmi eux un homme nommé Maung Kan et sa jeune femme. Ils s'établirent à Kabyn. La
femme de Maung Kan lui avait donné deux fils jumeaux nés à Okshitgon peu avant la fuite du
ménage. L'aîné se nommait Maung-Gyi, c'est-à-dire frère Grand Garçon. Les enfants grandirent à
Kabu et se mirent bientôt à parler. Mais leurs parents remarquèrent avec étonnement qu'ils
s'appelaient pendant leurs jeux non pas Maung-Gyi et Maung-Ngé, mais Maung-San Nyein et Ma-
Giroin ; ce dernier nom est un nom de femme, et Maung Kan et sa moitié se souvinrent que ces
noms étaient ceux du couple mort à Okshitgon, vers l'époque où les enfants étaient nés.
Ils pensèrent donc que les âmes de cet homme et de cette femme étaient entrées dans le corps de leurs
enfants et les emmenèrent à Okshitgon pour les éprouver. Les enfants connaissaient tout à
Okshitgon, routes, maisons et gens, et reconnurent même les vêtements qu'ils avaient portés dans
leur vie antérieure. Il n'y avait aucun doute à avoir. L'un d'eux, le plus jeune, se rappela aussi
qu'il avait emprunté deux roupies à une certaine Ma-Thet sans que son mari le sût, alors qu'il était
Ma-Gyroin, et que cette dette n'avait pas été payée. Ma-Thet vivait encore ; on l'interrogea et
elle se souvint qu'en effet elle avait prêté cet argent. Je n'ai pas entendu dire que le père des
enfants ait rendu les deux roupies.
Je les vis peu après cette occurrence. Ils ont maintenant 6 ans accomplis. L'aîné, dans le corps
de qui l'âme de l'homme entra, est un petit bonhomme gras et dodu, mais le jumeau cadet est moins
fort et il a une curieuse expression rêveuse, plutôt celle d'une fille. Ils me racontèrent beaucoup
1 DE ROCHAS, Les Vies successives, p. 311.

de choses de leur vie passée. Ils dirent qu'après leur mort ils vécurent pendant un temps sans
corps du tout, errant dans l'air et se cachant dans les arbres, et cela à cause de leurs
péchés, puis quelques mois après ils naquirent de nouveau comme jumeaux.
« C'était si net autrefois, me dit l'aîné. Je pouvais me souvenir de tout, mais cela devient de
plus en plus effacé, et maintenant je ne peux pas me rappeler comme avant. »
Le premier des deux cas précédents a un caractère anecdotique qui peut prêter à la
critique. « A beau mentir qui vient de loin», dit un vieux proverbe qui a souvent
raison.
Cependant, si j'ai rapporté ce récit, c'est parce que lorsqu'une vérification a pu être
faite dans d'autres circonstances, le récit des témoins a été reconnu exact. Voici, en
effet, deux cas publiés par le Dr Moutin dans l'Enquête sur la réincarnation, du Dr
Calderone.

EXTRAIT DE L'ENQUÊTE DU Dr CALDERONE.
RAPPORT DU Dr MOUTIN
Vers 1906, le journal Paisa Akhabar de Lahore a raconté le fait d'une fillette de 7 ans environ, née dans
un village du Pendjab et appartenant à une famille musulmane, qui tout à coup devint grave et
sérieuse et parla comme une matrone. Elle déclara qu'elle avait eu une existence antérieure et
qu'elle se souvenait maintenant de tous les détails de l'existence en question. Elle avait été la
femme d'un Hindou, elle employait un langage plutôt violent et insistait pour qu'on l'emmenât aussitôt
près de son ancien mari avec lequel elle avait à liquider une affaire importante. D'abord on ne lui
prêta aucune attention, mais comme elle se montrait très obstinée, ses parents l'emmenèrent à
l'endroit indiqué en cédant en partie aux importunités et menaces de l'enfant et en partie à leur
propre curiosité.
Aussitôt qu'elle arriva sur place, elle se rendit directement à la maison dont elle avait parlé en se
comportant comme si elle l'avait fort bien connue. Quand elle se trouva devant son prétendu mari,
elle dit un grand nombre de choses qui surprirent cet homme, et lui demanda enfin de l'épouser.
Pour prouver qu'elle avait été son ancienne femme, elle se fit apporter une vieille malle qui lui
avait appartenu et qui était restée fermée depuis le jour de sa mort. Elle indiqua exactement son
contenu ; quand on ouvrit celle-ci, on constata qu'elle était dans le vrai. Son ancien époux et les
parents de la fillette n'étaient pas disposés au nouveau mariage, parce qu'elle était musulmane
et que le supposé mari était un Hindou brahmaniste ; par conséquent, l'enfant fut ramenée de force
à la maison paternelle.
Pour m'assurer de la sincérité du récit, poursuit le docteur Moutin, j'écrivis au directeur du Journal
de Lahore en le priant de me faire savoir si cette histoire lui était parvenue d'une source digne de
foi, et je lui demandai en même temps de nouveaux détails. Le directeur me répondit aimablement
qu'il était absolument sûr des événements publiés par son journal et qu'il ne
manquerait point de me transmettre de nouveaux détails aussitôt que cela lui serait possible.
Depuis lors, je lui ai écrit de nouveau. Il me répondit seulement qu'il avait fait des tentatives
réitérées pour éclaircir cet événement, mais que les personnes impliquées dans l'histoire s'étaient
retranchées dans un mutisme absolu, en déclarant que la publication du fait précédent leur avait
causé plusieurs ennuis, avait scandalisé leurs amis et qu'ils étaient sûrs que si l'on avait
continué la publicité il aurait été difficile de trouver un époux à la fillette quand elle aurait atteint
l'âge de se marier.
Un autre fait du même genre, que j'ai connu depuis 1906 dit encore le Dr Moutin, est une
histoire qui a été publiée dans les principaux journaux du Bengale, il y a deux ans environ. J'en
donne une traduction littérale :
Ramshadon Guin, âgé de 45 ans, de la caste Bratyks hatéria, est un habitant de Krolbéria, dans
la juridiction de Thanah Bhangore, district 24e, Parganas. Sa femme Manmohini Dassi est décédée
du choléra, il y a douze ans. Son père était un Dpchand Mandal du village de Baota. Après la
mort de Manmohini, sa tante maternelle, qui demeure à Balgorh, eut une fille. Au mois d'août
dernier, lorsque cette fille alla visiter Bamoumuller avec sa mère, elle passa par hasard à
Krolbéria et en montrant la maison de Ramshadhon, elle déclara que cet édifice avec le jardin et
le bassin qui s'y trouve appartenaient à son mari au cours de sa vie antérieure. La mère et la

fillette pénétrèrent dans cette maison. L'enfant, après avoir salué une femme âgée qui s'y
trouvait, dit : «Voilà celle qui était ma belle-mère dans mon existence précédente. Cette chambre
était la mienne ; ces jeunes gens étaient mes enfants. » La fillette dit ensuite à Ramshadon qu'il
avait été son mari et insista pour qu'il l'épousât, sans quoi elle se donnerait la mort.
Ramshadon demanda alors à la jeune fille de lui fournir quelques preuves de ce qu'elle avançait.
Elle dit alors : « Au moment de ma mort, on a cousu six roupies dans l'étoffe de ma robe ; vous
avez retiré cet argent et vous pouvez vous souvenir qu'à mon lit de mort j'ai demandé un peu
d'argent et quelques ornements à mon fils ainé. J'ai aussi laissé un vase rouge et quelques
rubans pour les cheveux sur la muraille et deux épingles à cheveux dans une malle. Cherchezles
et vous les trouverez. »
Ramshadon découvrit, en effet, ces épingles couvertes de poussière. La fillette lui dit alors de
chercher dans la malle pour voir si sa robe en soie y était bien : il la trouva réellement, mais
déchirée en deux endroits. La fillette demanda des explications, la robe n'ayant qu'une unique
déchirure quand elle la portait. On se renseigna et on apprit que la belle-fille de Ramshadon
avait porté cette robe et l'avait déchirée à un autre endroit. Elle reconnut ensuite ses fils et les
autres parents dont elle dit les noms. Une femme qui était présente lui demanda de lui dire qui
elle était. La jeune fille répondit : « Un jour, comme vous alliez mourir de faim, vous êtes venue
me demander un peu de nourriture ; je vous ai donné un bol de riz ; vous m'avez alors appelée
votre petite mère ; pourriez-vous me reconnaître maintenant. » Ramshadon Guin dit à la jeune fille
qu'il ne lui convenait pas de l'épouser de nouveau, puis qu'il était désormais âgé de 45 ans, alors
qu'elle avait à peine 11 ans. Mais la fillette insista, disant qu'après son départ ses enfants
auraient pris son parti. Elle ne voulait pas rentrer chez ses parents, qu'elle appelait son oncle
et sa tante. Ceux-ci la ramenèrent de force, mais quelque temps après, Ramshadon consentit à
l'épouser.
Krolbéria se trouve à une distance de dix milles seulement de Calcutta, sous la juridiction de
Sealdah pour tout ce qui concerne l'état civil. Babu Taraknath Riswas, qui dirige le bureau de
Séaldah et qui est très connu dans le pays, fut chargé de s'assurer de l'authenticité de cette
histoire. Le 17 du mois de Baisakh dernier, Ramshadon, avec quelques autres habitants de Krolberia,
alla à Séaldah pour y faire enregistrer quelques documents. Babu Taraknath en profita pour lui
demander des renseignements. Ramshadon déclara que tout ce que les journaux avaient publié
était absolument conforme à la vérité et que les autres habitants du village étaient à même de
l'attester comme lui. Il confirma que la fillette avait reconnu tous les habitants du village
avec lesquels elle avait été en rapport au cours de sa vie précédente.
Depuis que Ramshadon avait déclaré ne pas pouvoir l'épouser, elle pleurait souvent.
Ramshadon et les notables du village recevaient journellement des lettres de différents côtés, qui
leur demandaient des éclaircissements sur le cas demandé. Comme ils ne pouvaient pas répondre
individuellement à toutes, ils demandèrent à Babu Taraknath de trouver lui-même un moyen
quelconque pour satisfaire les auteurs de ces lettres. L'Hindou se chargea donc d'informer le
public de l'authenticité du fait, qui pourra servir de sujet d'étude de la part des savants
occidentaux. L'attestation publiée est signée :

AMABILA CHARON GUPTA.
Dans la même enquête, M. le professeur Tumolo écrit :
M. Romolo Panzoni, de Rome, est un de mes amis que d'autres occultistes connaissent aussi
comme une personne absolument digne de foi. C'est un spirite intelligent, bien qu'il n'ait rien publié
sur ces matières. Or, M. Panzoni et sa femme, morte depuis, me racontaient souvent qu'ayant
adopté une fillette, celle-ci, de temps à autre, tout à coup, racontait une vie qu'elle avait passée
au milieu de sauvages. Elle décrivait merveilleusement leurs moeurs en donnant la plus
parfaite illusion d'avoir vécu elle aussi à l'état de sauvage.
Toujours en Italie, la Revue Ultra, en 1908, mentionne ce cas de réincarnation.
Voici ce que reproduit à ce sujet la Revue Théosophique de Rome :
Un inspecteur de police du Pégu nommé Tucker, tandis qu'il poursuivait des bandits, fut tué
d'un coup de feu à bout portant. Vers la même époque, dans une autre partie du district, une
femme d'humble condition donnait le jour à un fils. Jusqu'ici rien de remarquable. Mais le
merveilleux commença le jour où le bambin âgé de 4 ans se mit à dire qu'il était la nouvelle
incarnation de l'inspecteur Tucker, dont jamais personne n'avait parlé devant lui. Bien plus, il
raconta un certain nombre d'épisodes de la vie du même inspecteur avec une telle précision que
les parents du décédé à ce moment dans le pays en furent stupéfiés et en affirmèrent la parfaite
réalité. Ces faits connus ont attiré une foule de curieux qui viennent écouter les discours
extraordinaires de ce bambin.
Le Messager de Liège a publié dans son numéro de 1910 l'intéressant article de M.
Henrion qui renferme les curieux détails que l'on va lire sur la reviviscence de la
mémoire d'une fillette de 7 ans.
Le fait que nous allons relater n'est venu à notre connaissance que le 16 janvier dernier. Il nous a
été conté par M. P. Courtain, machiniste pensionné du chemin de fer de l'Etat.
La famille de M. Courtain ne connaissait absolument pas le spiritisme à l'époque où se sont passés
les faits en question, et ce n'est que par la suite et en conséquence du fait que nous rapportons
qu'elle fut amenée à nos croyances.
Cette famille, des plus estimables, habitait Pont-à-Celles et comptait au nombre de ses enfants une
jeune personne de 7 ans et une petite fille nommée Blanche, âgée, à cette époque, de 5 ans. Cette
dernière, assez délicate, disait de temps à autre à ses parents qu'elle voyait des esprits ; elle fit
entre autres les descriptions de ses grands-pères maternel et paternel, décédés plus de quinze ans avant
la naissance de leur petite-fille. Les parents, attribuant ces visions à un état maladif de Blanche, la
conduisirent un jour chez le docteur Roels à Gouy-lez-Piétons et celui-ci, après questions et examen,
ordonna une potion quelconque. La visite et la potion avaient coûté 7 fr. 50. Le lendemain, ayant
besoin de fourrage vert pour leurs bestiaux, ils se rendirent dans leur pré ; la petite Blanche menant
la brouette, courait en avant de ses parents. Arrivée à une distance assez grande de son père et de sa
mère, l'enfant s'arrêta pour attendre qu'ils l'eussent rejointe. Lorsque ce fut chose faite, elle leur
dit d'un ton résolu : « Je ne prendrai pas la bouteille que le docteur m'a ordonnée. - Et pourquoi cela ?
Lui dit son père, tu veux donc que nous ayons jeté 7 fr. 50 ; il faut prendre cette ordonnance. - Je ne
la prendrai pas, répondit Blanche. Il y a un homme près de moi qui dit qu'il me guérira bien sans
cela. Au reste, je sais bien ce qu'il me faut faire.
J'ai été pharmacien aussi. - Tu as été pharmacien ? » Et les parents se regardaient ébahis, se
demandant si Blanche n'était pas devenue folle. « Oui, j'ai été pharmacien à Bruxelles, dans la rue...
numéro... Si vous ne me croyez pas, allez-y voir. C'est encore un pharmacien qui demeure là et la
porte de son officine est toute blanche. »
Les parents ne savaient plus que dire ni que faire et pendant quelque temps on ne parla plus
de la chose, mais un jour la fille aînée devant se rendre dans la capitale, on proposa à Blanche
d'accompagner sa soeur. « Oui, dit-elle, j'irai et je conduirai ma soeur où je vous ai dit. - Mais tu ne
connais pas Bruxelles. - Ça ne fait rien. Quand j'y serai, c'est moi qui conduirai ma soeur. » Le
voyage se fit comme c'était convenu, mais arrivée à la gare, l'aînée dit à Blanche : «
Maintenant, conduis-moi. - Oui, viens, c'est par ici », et après avoir marché quelque temps –Voilà
la rue, regarde. Voilà la maison, tu vois, c'est un pharmacien. » L'aînée, stupéfaite, constata
que tout était bien comme Blanche l'avait dit, rue, maison, numéro, couleur de la porte ; il n'y
avait aucun détail qui ne fût exact.
Depuis lors, les parents connurent le spiritisme et la médiumnité de Blanche alla se
développant. Elle fut médium à effets physiques, à incarnation, voyante et auditive jusqu'à sa
mort, arrivée à la suite d'un accident et après des souffrances qui durèrent deux ans et demi.
Ajoutons qu'elle avait elle-même prédit la durée des souffrances auxquelles elle succomba.
Voici pour terminer cette énumération le récit publié par la plupart des journaux
de l'Amérique du Sud1 .

SOUVENIR D'UNE VIE PRÉCÉDENTE.
1 Revue scientifique et morale du spiritisme, mars 1907. Cas emprunté aux Annales des
sciences psychiques.

Plusieurs journaux spirites de l'Amérique latine, tels que Fiat Lux de Ponce (Porto-Rico),
Constancia de BuenosAyres, Reformador de Rio-de-Janeiro, etc..., relatent un fait d'autant plus
intéressant qu'on ne voit pas comment on pourrait l'expliquer autrement qu'en admettant l'hypothèse
de la réincarnation. Ceci, bien entendu, si le cas a été bien exactement et fidèlement
rapporté1. Il est vraiment déplorable qu'il ne se trouve pas au monde un Institut quelconque
disposant des moyens nécessaires pour faire étudier un cas comme celui-ci par des personnes
sérieuses, compétentes, jouissant de l'autorité scientifique nécessaire pour faire accepter les
résultats de leur enquête.
Dans la ville de la Havane (Cuba) vivaient les époux Esplugas Cabrera, qui eurent un fils, le
petit Edouard, âgé aujourd'hui de 4 ans, très loquace, d'intelligence fort éveillée. La résidence
de la famille Esplugas Cabrera a toujours été la maison sise au n°44 de la rue San José à
la Havane, où M. Torquato Esplugas s'occupe d'une entreprise typo-lithographique dont il est
co-propriétaire.
C'est là que naquit le petit Edouard.
L'enfant en causant avec sa mère, Mme Cécile Cabrera, lui dit, voici déjà quelque temps : «
Maman, j'avais une maison différente de celle-ci avant, je vivais dans une maison jaune de la rue
Campanario qui portait le n°69. Je m'en souviens parfaitement. » Mme Cabrera, sur le moment,
n'attacha pas grande importance à la chose. Mais comme l'enfant insistait de temps en temps
dans ses déclarations, ses parents finirent par y faire attention et après l'avoir soumis à une
série de questions appropriées, obtinrent du petit garçon les indications suivantes.
« Quand je vivais au Campanario, au n°69, mon père s'appelait Pierre Saco et ma mère Amparo.
Je me rappelle que j'avais deux petits frères avec lesquels je jouais toujours et qui s'appelaient
Mercédès et Jean. La dernière fois que je sortis de la maison jaune, ce fut le dimanche 28
février 1903 et mon autre mère pleurait beaucoup tandis que je m'éloignais ce jour-là de la maison.
Cette autre maman était de carnation très blanche et avait les cheveux noirs ; elle travaillait à
fabriquer des chapeaux. J'avais alors 13 ans et j'achetais les médecines à la pharmacie américaine,
parce qu'elles y coûtaient moins cher. Je laissais ma bicyclette dans la chambre du bas,
quand je revenais de la promenade, et je ne m'appelais pas Edouard comme à présent, mais Pancho. »
Devant un récit aussi naturel et fait avec une fermeté étrange chez un enfant de 4 ans, les parents d'Edouard
restèrent perplexes, d'autant plus que l'enfant n'avait jamais été au n°69 de la rue Campanario.
Mais le premier moment d'impression passé, les époux Esplugas Cabrera pensèrent à entreprendre des
recherches pour savoir ce qu'il pouvait y avoir de vérité dans le récit de l'enfant. Plusieurs jours après,
étant sortis avec Edouard, ils arrivèrent après un long détour devant la maison n°69 de la rue
Campanario, inconnue à l'enfant, ainsi qu'aux parents. Lorsqu'ils furent arrivés, ce fut l'affaire d'un
instant pour Edouard de la reconnaître.
« Voilà la maison où je vivais, s'écria-t-il. »
« Alors, entre, lui dit le père, s'il est vrai que tu la reconnais. » L'enfant courut vers l'intérieur, se
dirigea vers l'escalier, monta au premier étage, entra dans les appartements de la maison comme s'il
l'avait connue, et descendit immédiatement très chagriné de ne plus y avoir trouvé ses parents, mais
d'autres personnes qu'il ne connaissait pas. Il ne retrouva pas davantage les jouets avec lesquels il
disait s'être tant amusé avec ses petits frères d'alors, Mercédès et Jean.
Les époux Esplugas Cabrera, vu le résultat de la première tentative, ont continué les recherches
nécessaires pour atteindre les preuves définitives et ils arrivèrent finalement aux conclusions suivantes
avec le concours de données officielles : « 1° la maison n°69 de la rue Campanario fut occupée jusqu'à
peu de temps après le mois de février 1903 par Antonio Saco, aujourd'hui absent de la Havane ; 2° la
femme de M. Saco s'appelait Amparo, et de son mariage étaient nés trois fils, nommés Mercédès,
Jean et Pancho ; 3° au mois de février, ce dernier mourut, à la suite de quoi la famille de M. Saco quitta
la maison ; 4° tout près de la maison en question existe la pharmacie où le petit Edouard assure qu'il se
rendait alors.
En examinant avec soin les faits rapportés dans ce chapitre, il paraît impossible de
les expliquer logiquement dans leur ensemble par une autre hypothèse que celle de la
réincarnation. Nous avons vu, en effet, que l'hérédité physiologique n'existe pas pour les
phénomènes intellectuels, non seulement parce que les hommes de génie sortent le
1 M. Quintin Lopez, directeur du journal Lumen de Tarrassa, m'affirme que d'après son
enquête le cas est tout à fait authentique.

plus souvent des milieux les moins cultivés, mais aussi parce que leurs descendants
n'héritent pas de leurs facultés.
Il existe bien une loi d'innéité, telle que le Dr Lucas l'a formulée au siècle dernier. C'est
parce que l'esprit qui vient s'incarner apporte en soi à l'état latent le résultat de ses
études antérieures, que lorsque les circonstances le permettent certains enfants
montrent dès l'âge le plus tendre des aptitudes incroyables pour l'acquisition de ces
connaissances qui exigent chez les autres êtres humains de longues années d'études.
Toutefois les formes de l'activité humaine, artistique, littéraire, scientifique, etc., se
sont montrées avec une telle précocité chez les enfants prodiges qu'il est réellement
impossible d'attribuer ces stupéfiantes manifestations à autre chose qu'à des
réminiscences, car le cerveau à peine formé de ces petits êtres serait incapable à lui
seul d'emmagasiner, de retenir et de coordonner les notions si nombreuses et si
variées qui sont indispensables pour pratiquer ces arts ou ces sciences où ils se
révèlent du premier coup infiniment au-dessus de la moyenne intellectuelle des
hommes faits.
Sans aucun doute, les enfants prodiges sont des exceptions, mais j'ai montré par des
exemples que j'aurais pu multiplier encore, que des souvenirs relatifs à une vie
antérieure se montrent fréquemment chez des enfants avec une telle abondance de
détails précis qu'on ne peut les attribuer à un jeu de leur imagination.
Dans la plupart des cas, la clairvoyance, facteur dont il ne faut pas nier l'importance, ne
peut être invoquée comme explication du phénomène, car pour que la lucidité soit mise en
jeu il faut généralement une cause qui établisse un rapport entre le voyant et la scène décrite.
Or, dans les exemples cités, ce rapport n'existe pas.
Même chez les grandes personnes, le phénomène de la reviviscence de la mémoire se
présente parfois avec une accumulation de circonstances indépendantes les unes des autres
qui ne permettent pas d'attribuer ce souvenir à une double vue du sujet. Dans la
plupart des cas rappelés, il ne s'agit plus du sentiment du déjà vu, parce que le sujet sait
d'avance et décrit exactement ce qui se trouve au de la portée de son regard ; il a la notion
très nette d'avoir connu jadis ces scènes qu'il voit pour la première fois.
Et lorsque l'on peut vérifier, comme ce fut le cas pour Laure Raynaud, les enfants cités par
le Dr Moutin et d'autres, on ne peut plus douter que l'on se trouve réellement en présence du
souvenir d'une vie passée.
Sans aucun doute, il faudra encore un nombre plus important de ces témoignages pour
que ce genre particulier de phénomènes entre définitivement dans le domaine de la science.
D'ores et déjà les faits sont assez nombreux pour que l'on ne puisse pas les négliger et on peut
les considérer comme les premières assises d'une démonstration scientifique de la réalité des
vies successives.
Je vais passer maintenant à un autre ordre de faits, de nature à confirmer cette grande loi
d’évolution spirituelle qui sort peu à peu des ténèbres où on l’avait confinée et qui bientôt deviendra
éclatante pour toutes les intelligences libérées des entraves des dogmes matérialistes et
religieux.

CHAPITRE XII
Les cas de réincarnation annoncés à l’avance.
Il existe des cas où la réincarnation a été prédite avec assez d’exactitude pour qu’on puisse en vérifier
la réalité. – La clairvoyance du médium ne suffit pas pour expliquer cette prémonition. – Exemples du
jeune enfant qui dit à sa mère qu’il reviendra. – Une double annonce de réincarnation. – Souvenir
d’une chanson apprise dans la vie précédente. – Un cas très personnel. – Un procès verbal de Lyon du
groupe Nazareth. – Le cas de M. Engel. – Les deux cas rapportés par M. Bouvier. – Celui de M. de
Reyles. – Le cas Jaffeux. – Histoire de la petite Alexandrie, rapportée par le Dr Samona.
Nous avons vu dans les chapitres précédents que la loi des vies successives ne se
présente plus à nous comme une simple théorie philosophique, puisqu'elle peut
s'appuyer sur des faits expérimentaux comme ceux que l'on obtient en produisant chez
des sujets appropriés la régression de la mémoire poussée au delà de la naissance
actuelle. Cette mémoire latente qui repose dans la subconscience peut parfois remonter
jusqu'à la conscience normale et produire ces éclairs de réminiscence qui découvrent
un coin du panorama du passé. Chez les enfants prodiges la résurrection des connaissances
antérieures se manifeste avec tant d'éclat qu'il est impossible de n'y pas voir
le réveil de connaissances prénatales.
J'ai discuté les hypothèses logiques auxquelles on pourrait avoir recours pour expliquer
ces cas sans faire intervenir la réincarnation ; j'ai montré qu'elles étaient insuffisantes.
Je désire maintenant passer en revue un certain nombre de récits dans lesquels les
esprits qui doivent revenir ici-bas ont fait savoir à l'avance et de différentes manières
leur intention de reprendre un corps terrestre.
Parfois ces affirmations ont été accompagnées de détails précis concernant le sexe et les
circonstances dans lesquelles se produirait le retour sur la terre de ces êtres.
J'examinerai si l'on peut attribuer tous ces récits à de simples prémonitions ou si, au
contraire, il faut y voir l'intervention d'êtres indépendants des médiums.
Cette preuve résultera, dans certains cas, de la concordance qui existe entre la
prédiction que fait l'esprit de son prochain retour parmi nous et, une fois que la
renaissance a eu lieu, le souvenir que cet esprit conserve de sa vie antérieure.
Ce sont donc ces différents aspects du phénomène que je vais passer maintenant en revue.
Je commence cette étude en reproduisant un article paru dans la Revue Spirite de 1875,
page 330.
L'évidente sincérité du narrateur m'engage seule à tenir compte de son témoignage, car il
est regrettable que la mère ne se soit pas fait connaître et que nous ignorions si elle
était spirite. Quoi qu'il en soit, voici le fait :

NOUVELLE PREUVE DE LA RÉINCARNATION
27 août 1875
MONSIEUR LEYMARIE,
C'est avec satisfaction que je viens porter à votre connaissance une nouvelle preuve, bien évidente, de la
loi sublime de la réincarnation.
Le lundi 23 courant, j'étais dans l'omnibus qui conduit de la chaussée du Maine à Ménilmontant, avec
Mme Fagard. Son mari, notre ami, n'avait pu trouver place que sur l'impériale.
Une dame jeune et distinguée était placée auprès de nous ; elle tenait sur ses genoux une charmante
petite fille âgée de quinze mois, gaie et tout enjouée, qui me tendait ses beaux petits bras roses.

J'hésitais à la prendre, car je craignais de déplaire à la jeune mère, mais, voyant son sourire
approbateur, je pris la charmante fillette.
Elle était gentille et gracieuse ; à cet âge les enfants sont adorables, et celle-ci, surtout, avait un petit air
si enjoué, si aimable, qu'on se sentait disposé à l'aimer. Je dis à cette dame : « Ce serait une injure de
demander si vous l'adorez ; il ne peut y avoir de doute à cet égard. »
- Oui, Monsieur, je l'aime bien tendrement, elle est douce et aimable ; puis elle a un double titre à mon
amour... Vous seriez bien étonné si je vous disais que c'est la deuxième fois que je suis mère du même
enfant ; mes paroles étranges ne sont que l'expression de la vérité, car je ne suis ni folle, ni hallucinée, je
n'avance rien sans preuves certaines. Je vais m'expliquer et vous jugerez si mon dire est erroné.
J'avais une délicieuse petite fille que la mort m'a ravie à 5 ans et demi ; dans ses derniers moments, ce
petit ange, voyant mes larmes, mon profond désespoir, me dit ces paroles remarquables : « Bonne petite
mère, ne te désole pas ainsi, prends courage, je ne pars pas pour toujours, je reviendrai au mois d'avril, un
dimanche. Eh bien, au mois d'avril et un dimanche, je mis au monde cette petite Ninie que vous avez la
bonté de caresser. Tous ceux qui ont connu la première Ninie la reconnaissent dans la seconde. Elle ne
dit encore que ces mots : Papa, Maman, et cependant, la semaine dernière, jugez de mon bonheur ! De
ma grande surprise ! Je l'embrassais en pensant à l'autre et lui disais : « Oh ! Oui, tu es bien Ninie ? »
Elle me répondit : « c'est moi... » Puis-je douter, Monsieur ?
- Non, Madame, il faudrait être de parti pris pour ne pas comprendre que c'est le même esprit qui est
revenu dans ce petit corps charmant. Dieu a eu la bonté de vous en instruire, voilà tout. Si les hommes
étudiaient, ils comprendraient ces faits bien naturels et leur valeur incontestable.
Je n'ai pu donner à cette dame d'autres explications, car elle descendait au carrefour Buci ; je regrette
vivement de ne pas lui avoir demandé son nom et sa demeure. Espérons que ces quelques lignes lui
parviendront et qu'elle voudra bien venir confirmer mon dire, que, sur mon honneur, j'affirme être la
vérité.
Je suis avec respect votre serviteur.
FEMME FAGARD FLOUX MARY,
à Plailly (Oise). 5, rue Vauvilliers.
Il est remarquable, si ce récit est tout à fait exact, que l'enfant avant de mourir ait eu
la prémonition exacte du jour où elle reviendrait de nouveau avec sa chère maman.
Voyons maintenant d'autres exemples où l'annonce de la réincarnation a été faite à deux
personnes différentes.
Voici un cas qui m'a été signalé par M. Warcollier1 et que j'ai publié dans ma Revue
scientifique et morale du spiritisme.

UNE DOUBLE ANNONCE DE RÉINCARNATION
Récit fait directement par Mme B..., en juillet 1919, à M. Warcollier
Mme B... a perdu pendant la guerre un fils qu'elle aimait particulièrement et son mari quelques mois
après. Il lui reste encore d'autres enfants, dont une fille mariée ; il en sera question dans ce récit.
Encore sous le coup de ces deuils successifs, elle m'a raconté le curieux cas de réincarnation suivant,
avec tous les accents de la plus évidente sincérité. « Mon fils, me dit Mme B..., était d'une rare
intelligence et dépensait toute l'activité de sa jeunesse il avait 18 ans. Dans le monde politique, il
collaborait aux journaux de son parti et en serait devenu une personnalité marquante.
Engagé volontaire au début de la guerre, il gagna rapidement les galons de sous-lieutenant et se
distingua pendant une attaque ; il fut mortellement blessé et mourut dans un village de l'arrière où
on l'avait transporté. Une huitaine de jours après, je reçus d'un de ses camarades une lettre
m'annonçant que son corps avait été mis en bière et enterré dans le cimetière dudit village, où
il me serait facile de le retrouver lorsqu'un permis me serait accordé pour m'y rendre.
J'écrivis une lettre au curé de ce village et j'en reçus une réponse, me confirmant que mon fils
était mort en chrétien, qu'il en avait recueilli le dernier soupir et qu'il viendrait sûrement me voir
quand il aurait l'occasion de venir à Paris.
Quelques jours après, je rêvais (Mme B... est sujette depuis sa jeunesse aux rêves
1 L'auteur du livre La Télépathie.

supranormaux) que je voyais d'une route, un talus de chemin de fer entièrement sablonneux ;
là, je me précipitais à terre, et, creusant le sol de mes mains, je découvrais non un cercueil, mais
les jambes d'un soldat.
Peu à peu, je fouillais le sable et le détachais du corps en remontant jusqu'à la tête, mais
quand j'arrivais au visage, une couche épaisse et agglomérée m'empêchait de le reconnaître ;
pourtant je savais que c'était mon fils. Il n'était pas enterré dans un cimetière, on m'avait
menti.
Je reçus plus tard la visite du prêtre, mais elle me sembla intéressée et je suspectai sa bonne foi,
car il ne put préciser aucun renseignement sur mon fils, que je ne lui donnais pas moi-même ; il me
conta même des choses complètement fausses. Je fis donc des démarches sans nombre dans
les ministères pour avoir le permis d'aller dans la zone des armées. Enfin, au bout d'un an, je
pus me rendre au village où je devais retrouver mon fils. Il n'était pas au cimetière, mais je
reconnus bientôt le talus de chemin de fer entièrement sablonneux de mon rêve. A l'aide de deux
fossoyeurs, je fis creuser à l'endroit de ma vision. Les jambes furent découvertes en premier,
puis le corps fut dégagé du sable, enfin le visage méconnaissable sous son masque de sable.
Je revivais mon horrible cauchemar. L'identité fut facile à établir par les objets personnels que je
trouvai sur le cadavre. Je le fis mettre en bière et enterrer dans le cimetière du village. Quelques
mois après, je rêvais de mon fils.
Il me disait : « Maman, ne pleure pas, je vais revenir, pas chez toi, mais chez ma soeur. » Je ne
compris pas tout d'abord ce que cela voulait dire. Ma fille, mariée depuis plusieurs années,
n'avait jamais pu avoir d'enfant et se désolait à ce sujet. Je ne pensais pas à la réincarnation.
Deux ou trois jours après ce rêve (je n'ai pu faire préciser à Mme B..., mais ce n'était pas
probablement le même jour), ma fille vint un soir et me raconta un rêve extraordinaire elle avait vu
son frère redevenir enfant, jouer avec des joujoux dans sa propre chambre !
Peu après elle était enceinte ! Plusieurs fois, en rêve, mon fils me parla de son retour prochain,
auquel je ne pouvais croire. Enfin, un jour, j'en rêvais une dernière fois. Il me donna la vision d'un
bébé nouveau-né ayant des cheveux noirs, dont les traits étaient tout à fait distincts.
On attendait alors la naissance d'un jour à l'autre : mais ce fut précisément ce jour-là que
l'enfant, le bébé de mon rêve, naquit entre mes mains. Je le reconnus sans doute possible. - Je
n'ajouterai pas de commentaires à ce récit, car je n'ai voulu qu'enregistrer un cas vraiment
curieux, afin qu'il ne soit pas perdu. »
Toutefois les impressions de Mme B... sont à noter. Elle croit que son petit-fils a pour elle des
regards particuliers ; sa vive intelligence, la facilité avec laquelle il épelle les titres des journaux
la poussent à croire que c'est bien son fils réincarné.
J'ai posé de nombreuses questions à cette dame pour savoir si elle était auparavant
réincarnationniste. Elle affirme que non ; elle ajouta qu'elle était catholique, de naissance et «
par son rang ! » mais que, tout en sympathisant avec le clergé et le monde catholique, elle était
absolument sceptique, voire peut-être athée. Elle me conta son cas avec l'espoir que je pourrais lui
fournir des éclaircissements sur la réincarnation, conception troublante pour elle.
R. WARCOLLILR,
Ingénieur-Chimiste,
79, Avenue de la République, Courbevoie.
Ce récit est intéressant à plus d'un titre. D'abord parce qu'il émane d'une personne
qui affirme qu'elle ne croyait pas à la réincarnation, ce qui supprime l'hypothèse
d'une auto-suggestion due à cette cause.
En second lieu, il est plus que probable que le cas si net de clairvoyance qui a
permis à MmeB... de retrouver le corps de son fils dans des circonstances identiques
à celles de son rêve, a été produit par l'action médianimique de ce dernier ; de plus,
la fille de Mme B... a vu son frère revenir sous la forme d'un petit enfant, alors qu'elle
se désolait de n'être pas mère et que rien ne lui faisait présager une maternité prochaine.
Enfin, à plusieurs reprises, la mère eut la vision en rêve d'un bébé brun tel qu'il vint au
monde.
Il me paraît que cet ensemble de circonstances démontre l'action de l'esprit du fils
de Mme B... qui prévint sa mère et sa soeur de sa nouvelle venue ici-bas.
Voici maintenant un rapport émanant d'un officier de l'armée italienne, nullement
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spirite, et qui ne crut au retour de l'âme sur la terre qu'après l'avoir constaté dans sa
propre famille.
Je copie textuellement le récit contenu dans les Annales des Sciences psychiques, p.
60, février 1912.

SOUVENIR D'UNE CHANSON APPRISE DANS UNE VIE PRÉCÉDENTE

La revue théosophique Ultra, de Rome, publie dans son numéro de 1912 la communication suivante,
du capitaine F. Battista, dont la direction dit connaître le caractère sérieux et l'honorabilité.
Ce cas se rapproche de celui du Dr Carmelo Samona.
- En août 1905, ma femme, dont nous parlerons plus loin - qui était enceinte de trois mois - fut témoin,
étant au lit, MAIS BIEN ÉVEILLÉE1, d'une apparition qui l'impressionna profondément. Une
fillette que nous avions perdue depuis trois ans s'était subitement présentée devant elle, sous un aspect
joyeux et enfantin, prononçant d'une voix suave ces paroles textuelles : « Maman, je reviens » ; et avant
que ma femme fût revenue de sa surprise, la vision disparut. Lorsque je rentrai chez moi, et que ma
femme, tout émue encore, me fit le récit de l'étrange événement, j'eus l'impression qu'il s'était agi
d'une hallucination ; mais je ne voulus pas lui ôter la conviction qu'elle s'était formée d'un avis de la
Providence, et j'acquiesçai immédiatement à son désir de donner à notre future fille le nom de sa petite
soeur morte : Blanche. A ce moment-là, non seulement je n'avais aucune connaissance de ce que j'ai appris
plus tard - très tard –de la Théosophie, mais j'aurais traité de fou celui qui m'aurait parlé de
réincarnation, persuadé que j'étais de ce que, mort une bonne fois, on ne renaît plus.
Six mois plus tard, en février 1906, ma femme donne heureusement le jour à une fille ressemblant en
tout et pour tout à sa petite sueur défunte, ayant de cette dernière les grands yeux très noirs et les cheveux
abondants et bouclés. Cette coïncidence n'ébranla en rien ma conviction matérialiste ; mais ma femme
remplie de joie par la grâce reçue, se convainquit d'autant plus que le miracle avait été accompli et qu'elle
avait mis au monde par deux fois le même petit être. Cette enfant a maintenant 6 ans environ, et,
comme sa petite soeur défunte, elle a vu s'accomplir en elle un développement précoce de sa personne et de
son intelligence. Toutes deux, à l'âge de 7 mois seulement, ont prononcé distinctement le mot maman,
tandis que mes autres enfants, intelligents aussi, n'y sont pas parvenus avant douze mois.
Pour faire comprendre plus facilement ce que je dirai tout à l'heure, je dois ajouter que du vivant de la
première petite Blanche, nous avions pour domestique une certaine Marie, suissesse qui ne parlait que
le français. Elle avait importé de ses montagnes natales une cantilène, une sorte de berceuse qui devait,
certes, avoir jailli du propre cerveau de Morphée, tant sa vertu soporifique agissait instantanément sur ma
petite fille lorsque Marie la lui chantait. Après sa mort, Marie retourna dans sa patrie, et la berceuse qui
nous rappelait trop vivement l'enfant perdue subit dans notre maison un ostracisme plein et entier.
Neuf ans se sont passés depuis lors et la fameuse berceuse soporifique avait complètement disparu de
notre mémoire ; un fait réellement extraordinaire est venu nous la rappeler. Il y a une semaine, je me
trouvais dans la salle de travail contiguë à la chambre à coucher, avec ma femme, lorsque nous
entendîmes tous deux, comme un écho lointain, la fameuse berceuse, et la voix partait de la chambre à coucher
où nous avions laissé notre fillette endormie. Au premier abord, émus et stupéfaits, nous n'avions
pas distingué dans ce chant la voix de notre enfant ; mais, nous étant approchés de la chambre d'où
partait la voix, nous trouvâmes l'enfant assise sur le lit, chantant avec un accent français très prononcé la
berceuse qu'aucun de nous ne lui avait apprise. Ma femme - sans montrer en être trop émerveillée -, lui
demanda ce qu'elle chantait. Avec une promptitude stupéfiante, elle répondit qu'elle chantait une
chanson française, quoiqu'elle ne connût de cette langue que quelques mots appris de ses soeurs. « Qui
t'a appris cette jolie chanson ? » lui demandai-je. « Personne, je la sais toute seule », répondit l'enfant,
et elle poursuivit gaiement le chant, de l'air de quelqu'un qui n'a jamais chanté autre chose de
sa vie.
Le lecteur tirera la conclusion qu'il voudra de cette exposition très fidèle des faits que j'ai
personnellement constatés ; pour mon compte, la conclusion à laquelle je m'arrête est celle-ci : Les
morts reviennent.
1 C'est moi qui souligne.

Capitaine FLORINDO BATTISTA,
Rome, Via dello Statuto, no 32.
Le souvenir si précis de la chanson qui endormait la première Blanche s'est réveillé
chez la seconde avec un caractère si précis qu'il est impossible d'expliquer cette
réminiscence par autre chose qu'un véritable souvenir, de la part de la fillette,
d'une circonstance de sa vie antérieure.
Le capitaine spécifie, en effet, que depuis neuf années cette cantilène n'avait plus été
chantée dans la maison, il ne peut donc y avoir aucune suggestion des parents ou des
frères et soeurs, et c'est bien réellement une preuve que la jeune Blanche avait repris
sa place au foyer paternel.

RÉINCARNATIONS ANNONCÉES DANS LES SÉANCES SPIRITES
Un cas presque personnel.
J'ai sous les yeux un vénérable cahier relatant les communications obtenues au milieu
du siècle dernier par M. Page, un excellent ami de mon père, et qui fut aussi le mien.
Ce précieux recueil est un historique de séances tenues dans un groupe spirite qui
s'était organisé à Tours dès 1860.
On remarque un caractère religieux qui donne à ces notes une valeur morale du plus
haut intérêt.
Dès les premières séances, un esprit du nom de François se manifesta ; il était léger et
encore attaché aux choses matérielles.
Peu à peu, sous l'influence des bons conseils donnés par les assistants, il s'amenda, et ses
communications dénotèrent progressivement une évolution morale très accentuée.
François avait une véritable individualité indépendante de celle du médium, Mlle
Marie Olivier, car souvent il s'est manifesté dans d'autres villes avec un caractère
identique à celui qu'il avait à Tours.
M. Page épousa Mlle Marie Olivier en 1865. Je transcris maintenant, textuellement les
notes de son cahier :
L'affection que l'ami François avait pour nous, principalement pour ma femme, qui était son
médium privilégié, fit qu'il manifesta, pour arriver plus promptement au progrès, et pour
expier les fautes commises dans les existences antérieures, le désir et le besoin de se réincarner ; il
choisit donc pour famille celle qu'il avait adoptée à l'état d'esprit, c'est-à-dire deux spirites du
groupe qu'il affectionnait.
Il nous annonça ses projets le 24 avril 1865, en présence de notre bon ami Alexandre Delanne qui
était de passage en notre ville. Il nous dit qu'il avait choisi pour se réincarner Mlle Marie, ma
fiancée à l'époque, et moi, et que, par la même occasion, il choisissait son parrain et sa marraine ; il
nomma donc ensuite notre bon ami Rebondin, de Tours, pour parrain et notre bonne amie Mme
Delanne pour marraine. M. A. Delanne lui répondit que si réellement ses prédictions se
réalisaient, Mme Delanne accepterait volontiers le titre de marraine ; il ne dit point s'il se
réincarnerait garçon ou fille.
La conversation en resta là avec l'ami François.
Notre mariage eut lieu le 5 mai 1865. C'était donc un mois avant que François avait fait le choix
de ses parents, de son parrain et de sa marraine.
Un an après, François vint nous faire ses adieux, en nous disant que le moment était arrivé de
commencer une nouvelle existence ; ensuite on l'évoqua à Tours, à Clisson, à Halut, à Paris, où il
s'était déjà manifesté antérieurement, mais il ne s'est plus jamais communiqué ; aucun doute,
François était réincarné.
Le 29 janvier 1867, nous eûmes l'heureuse joie d'avoir une fille, à laquelle nous donnâmes les
noms d'Angèle-Marie-Françoise, Françoise comme souvenir de notre bon ami ; Angèle comme
souvenir du nom de l'esprit protecteur de notre marraine, qui sera aussi le protecteur invisible de

notre chère fille, et Marie comme souvenir du nom de sa mère.
Le baptême eut lieu le 27 février de la même année et le parrain et la marraine désignés par
François la tinrent sur les fonts baptismaux.
Je reproduis maintenant les exemples que j'ai cités en 1898 dans le mémoire
présenté au Congrès spiritualiste de Londres.
Voici un procès-verbal dressé à Lyon, d'après lequel un médium à incarnation a
prédit la naissance d'un enfant du sexe féminin qui devait, par suite de
circonstances tenant à sa vie passée, présenter une cicatrice au front. Il est
effectivement né une fille avec la marque annoncée.
Nous recevons de Lyon le procès-verbal suivant que nous nous faisons un plaisir
de publier, connaissant personnellement l'auteur :
Groupe Nazareth, 6, rue Terraille, Lyon.
Jeudi 8 octobre 1896, à 8 h. 1/2 du soir, la séance est ouverte.
Sont présents à la séance :
Mme Vernay, mercière, rue de Sèze, à Lyon ; M. et Mme Valette, serrurier, rue Tronchet, 34, à Lyon ;
Mme Guérin, rue Tronchet, 34, à Lyon ; Mme et Mlle Pisenti, rue Grillon, 62, à Lyon ; Mlle Mourlin,
sage-femme, rue de Séze, 95, à Lyon ; Mme Vanel, épicière, rue Sébastien-Gryphe, 17, à Lyon ; M.
et Mme Toupet, magnétiseur, rue Terraille, 6, à Lyon.
La séance ne devait pas avoir lieu, car ma femme était en proie aux douleurs de l'enfantement ;
mais comme la sage-femme nous dit qu'il y en avait encore pour longtemps, nous fîmes la séance
quand même. Nous commençâmes par une séance d'écriture, puis le médium, Mme Vernay est
entrancée par un esprit qui cherche son frère pour le ramener à sa mère.
« O mon Dieu, ils l'ont peut-être tué aussi », dit-il.
Nous lui demandâmes s'il s'agissait d'un crime. « Non, nous dit-il, c'est pendant la bataille de
Reichshoffen que mon frère a disparu. »
Nous lui fîmes reconnaître l'état dans lequel il se trouvait, c'est-à-dire que son âme avait quitté
son corps, puis nous lui fîmes rechercher son frère ; il vit deux cadavres le sien et celui de son frère
Alfred. « Les misérables, s'écria-t-il, ils l'ont frappé d'une balle au milieu du front. »
A ce moment le médium se réveille.
Tout à coup le médium tombe en extase : « Mes amis, dit-il, je suis la mère de ces deux frères morts à
Reichshoffen, dont l'un, Alfred va se réincarner chez vous, et je serai le guide de cet enfant qui va
naître. »
Je remerciai cet esprit, et je lui dis que je ferais tout mon possible pour en faire un homme. « Non, me
dit-elle, pas un homme. »
Puis le médium se réveille brusquement en nous disant : « J'ai le mot fille qui ne veut pas sortir de mon
cerveau. » Le lendemain 9 octobre, à 7 heures du matin, ma femme mettait au monde un enfant du sexe
féminin à laquelle nous donnons le nom d'Emilie. Elle avait au milieu du front une cicatrice en relief
de la grosseur d'un grain de blé.
Voilà le fait tel qu'il est arrivé.
Voici les réminiscences observées sur l'enfant dans sa prime jeunesse
Jusqu'à 3 mois, lorsque j'imitais la trompette de cavalerie, elle se mettait à pleurer sans pouvoir
être consolée ; en s'amusant elle prend toujours la position à cheval en imitant le mouvement du
cavalier en marche.
Elle a maintenant dix-sept mois et son jouet favori est le cheval, qu'elle préfère aux poupées, mais dans la
rue on ne peut pas l'approcher d'un cheval ; elle crie avec épouvante.
Suivent les signatures :
Mme Vve Vesnay ; Mme M. Pisenti ; Mlle Pisenti ; J.-M. Valette ; G. Toupet ; Mlle
Mourtin ; Mme Valette ; Mme Guérin ; Mme Vanel ; Mme Toupet.
Le Progrès Spirite, dans son numéro du 20 mars 1898, page 45, cite le rapport de M.
Engel que je reproduis intégralement.
Lize-Seraing, le 14 mars 1898.

BIEN CHER MONSIEUR ET FRÈRE,
J'ai l'honneur de vous transmettre quelques détails sur une réincarnation, annoncée par l'esprit même,
avec circonstances précédant l'incarnation et la réincarnation. En un laps de quatre années, tout cela

s'est accompli, avec les moindres détails prédits, d'abord par mon fils aîné, décédé en 1874, et ensuite
par ma fille, défunte en 1878, après quatre années de souffrances se graduant et se terminant par un
véritable martyre. Les motifs qui ont motivé cette réincarnation, les voici : de son vivant, elle eut une
haine implacable contre un frère qui l'avait offensée par son langage, et elle décéda avec cette rancune
noire au coeur ; malgré ses efforts, elle ne parvint à la chasser. Voyant l'erreur profonde de ses
ressentiments et voulant progresser à tout prix, elle sollicita une réincarnation dans le corps d'un enfant
qui devait naître chez ce frère, père de famille. Dieu le lui permit, pour laisser atteindre à l'esprit
repentant son progrès, et l'enfant eut pour père le frère haï, en 1879, vers la fin de cette année.
Etant un jour réunis, mon épouse et moi, nous causions de l'annonce à nous faite par mon fils décédé
quatre années auparavant, que sa soeur Marie devait renaître sous peu et que nous connaîtrions cette
réincarnation par ce fait qu'un tel jour, à telle heure (5 heures du soir), la nouvelle mère de
Marie viendrait, sans saluer, chez nous, et que ses premières paroles seraient : « Marraine, voilà votre
filleul (un garçon) et que l'enfant jetterait un haut cri, lorsqu'il se trouverait sur le giron de sa
première mère. »
Ce qui fut dit arriva : il était prédit de même, par mon fils défunt, que son âme soeur, Marie, ne
vivrait que quatre années (un peu plus) et qu'à ses derniers moments elle éprouverait de terribles souffrances
; que mon épouse seule pourrait la calmer en la magnétisant et priant. Chose extraordinaire : mon
épouse fut souvent chez l'enfant pour calmer ses souffrances, et dès que ma femme paraissait sur le seuil de
la porte, tous cris cessaient et un sourire filial accompagnait les bras étendus de l'enfant qui désirait
être tenu par elle. Pendant plusieurs heures consécutives, l'enfant ne pleurait plus et, sitôt ma femme
sortie de la maison ses cris recommençaient.
Le père, un bon et puissant magnétiseur spirite, et qui a fait merveille en maintes circonstances parvenait pas
à calmer ses souffrances. Moi, je produisis les mêmes effets que ma femme sur ce chérubin. Nous fûmes à
nouveau, prévenus de sa désincarnation par mon fils, et elle, sa soeur, deux à trois jours plus tard, vint ellemême
dire Pierre Verly, celle qui fut votre fille Marie, est à nouveau libre, mais libérée d'une haine
terrible contre son dernier père. La suite de sa communication nous engageait à ne nourrir aucune haine,
car, disait-elle, la haine est le plus grand malheur d'une âme ; avec elle, point de pardon, etc., etc.
Mon fils Pierre et ma fille Marie étaient deux adeptes profonds et sincères du spiritisme.
D'autres faits non moins concluants, sur l'existence des vies antérieures à cette dernière incarnation, me
sont connus.
Mon fils et ma fille défunts étaient tellement liés d'amitié que l'un ne pouvait se passer de l'autre. Quand
mon fils étudiait, il fallait que sa soeur fût à ses côtés. Aucun fruit ni autres douceurs ne furent
consommés, sans que la part de l'absent fût mise de côté. Nous sûmes par de puissants médiums, après leur
décès, qu'un nombre incalculable d'années les avait unis comme âmes soeurs, et qu'étant initiés à la doctrine
nous devions comprendre la raison majeure de cette étroite amitié, etc... Enfin, comme conclusion,
je puis affirmer bien des prédictions réalisées de point en point, ce qui est aussi une preuve que les esprits
veillent sur nous et que Dieu ne désunit pas ce que l'amour a uni (les coeurs aimants) et que le père
universel n'abandonne jamais ceux qui se confient en lui.
Veuillez agréer, etc...
Pierre ENGEL,
Président de l'Union spirite de Liège.
Ce récit démontre que les Esprits reviennent sur la terre pour s'améliorer. Ce ne sont
plus ici des somnambules qui sont en jeu, mais des médiums typtologues ou écrivains, de
sorte que la clairvoyance n'a pas à intervenir dans l'explication, à moins qu'on ne
l'attribue aux Esprits désincarnés. Mais alors se présente une autre difficulté il faut
supposer que ces êtres invisibles nous trompent volontairement, qu'ils mentent
sciemment pour soutenir une erreur ? Cette conjecture me paraît peu raisonnable
lorsqu'elle s'adresse à des Esprits qui ont fait preuve, dans maintes circonstances, de
hautes qualités morales, et je préfère admettre ce qu'ils annoncent et ce qui se
vérifie, plutôt que de croire à un subterfuge universel et invraisemblable.
Je tiens les deux faits suivants de M. Bouvier, excellent magnétiseur, directeur du Journal La Paix
Universelle, qui se publie à Lyon1. Un sujet qu'il avait coutume d'endormir et qui jouit dans cet état de
1 Voir mon rapport sur la réincarnation au Congrès spiritualiste de Londres, 1898.

la faculté de voir les Esprits, lui dit un jour, spontanément, que l'âme d'une religieuse désirait lui
parler. M. Bouvier lui demanda qui elle était et ce qu'elle désirait. Elle se nomma, indiqua le couvent
situé à Rouen, dans lequel elle habitait, et dit qu'elle reviendrait après sa mort qui serait prochaine.
Le sujet, aussi bien que M. Bouvier, ignoraient absolument l'existence de cet établissement religieux et
n'en avaient même jamais entendu parler. Quelque temps après, la même religieuse se représenta et dit
qu'elle avait quitté son corps terrestre, ce qui fut reconnu exact ultérieurement, mais qu'elle reviendrait
s'incarner chez la soeur du sujet, qu'elle aurait encore le sexe féminin, et qu'elle ne vivrait que trois mois.
Tous ces événements se sont réalisés ponctuellement.
Un second cas d'incarnation a été prédit à M. Bouvier, annonçant que l'esprit irait s'incorporer sous la
forme féminine, dans une famille bien connue du directeur de La Paix universelle et qui se doutait
fort peu de la venue d'un autre enfant, qu'on ne désirait nullement. L'esprit dit qu'il serait malheureux,
parce qu'on ne l'aimerait pas. Tout ceci a eu malheureusement lieu dans les conditions annoncées.
La clairvoyance magnétique du sujet de M. Bouvier ne peut rendre compte de l'apparition de cette
religieuse qu'il n'a jamais connue sur la terre, car l'exercice de cette faculté a toujours cette raison d'être
dans un certain rapport entre les parties intéressées. Si donc on peut admettre que la soeur du sujet soit la
cause indirecte de la prévision, l'intervention de la religieuse est inexplicable, sinon par son intention de
reprendre un organisme terrestre. Dans le second exemple, il n'existe absolument aucun lien entre le
somnambule et les parents de l'enfant ; l'esprit qui s'est réincarné est bien l'auteur du phénomène, car le
sujet n'était pas spirite et ne pouvait s'autosuggestionner sur ce point, pas plus qu'il ne pouvait recevoir de
suggestion de M. Bouvier qui était fort loin de s'attendre à ces manifestations.
Parmi les nombreuses réponses que j'ai reçues au sujet de ma demande de me
communiquer les cas concernant la réincarnation, voici celle d'un de mes anciens
collaborateurs au journal Le Spiritisme. Elle est intéressante à plus d'un titre.
MON CHER DELANNE,
Vous demandez que vous soient communiqués des faits tendant à prouver la réincarnation : ces faits ne
doivent pas être fréquents, c'est pourquoi je vous en communique un qui, bien que n'offrant rien de
transcendant, est cependant assez caractéristique en son genre.
En août 1886, nous fîmes une séance d'évocation au cours de laquelle se présenta d'abord par la
typtologie, puis, sur notre désir, par l'écriture médianimique, une enfant perdue en bas âge par mes
parents (ou tout au moins une entité se donnant pour telle). Elle assure attendre pour se réincarner la
naissance de mon premier enfant, précisant ce que serait un garçon et qu'il viendrait dans environ dix-huit
mois.
Veuillez retenir ce chiffre qui écartait clairement l'idée de double vue ou de suggestion, puisque, à
cette époque, il ne pouvait encore être question de l'enfant à venir.
Etaient présents à cette séance, ma mère, mes deux soeurs, dont l'une était médium, ma jeune femme et
moi-même.
Cette communication fut diversement appréciée par les assistants, procès-verbal en fut conservé et l'oubli
se fit sur cette manifestation.
Or, en février 1888, naissait notre fils aîné qui reçut entre autres prénoms celui d'Allan, en hommage au
pionnier du spiritisme, à la date prévue, avec le sexe prédit, fournissant une preuve, ou tout au moins une
présomption, en faveur de la réincarnation.
Vous savez que, depuis, notre premier-né est tombé glorieusement face à l'invasion. Je suis certain qu'il
s'est d'un coup d'aile élevé aux plus hautes régions de la vie spirituelle, du fait de son sacrifice
librement consenti ; mais je n'en sais rien de précis, car nous n'avons eu de lui que de très vagues
messages, dont, nous ne saurions affirmer l'authenticité.
Je suis heureux de prendre ce fugitif contact avec le vieux compagnon de luttes que vous avez été aux
belles heures de notre exubérante jeunesse.
Et vous adresse mon fraternel et affectueux souvenir.
E. B. HE REYLE,
2, allée du Levrier,
Le Vésinet (Seine-et-Oise).
Voici maintenant un autre exemple que j'emprunte encore au beau livre de Léon
Denis : Le Problème de l'Etre et de la Destinée. Les circonstances dans lesquelles
doit se faire la réincarnation sont assez précises pour mériter toute notre attention.

M. Th. Jaffeux, avocat à la Cour d'appel de Paris, nous communiquait le fait suivant (5 mars
1911) :
« Depuis le commencement de 1908, j'avais comme esprit-guide une femme que j'avais connue
dans mon enfance, et dont toutes les communications présentaient un caractère de précision rare :
noms, adresses, soins médicaux, prédictions d'ordre familial, etc. Au mois de juin 1909, je
transmis à cette entité, dé la part du Père Henri, directeur spirituel du groupe, le conseil de ne
pas prolonger indéfiniment un séjour stationnaire dans l’espace. L'Entité me répondit à cette
époque : « J'ai l'intention de me réincarner : j'aurai successivement trois « incarnations très
brèves ». Vers le mois d'octobre 1909, elle m'a annoncé spontanément qu'elle allait se réincarner
dans ma famille et elle m'a désigné le lieu de cette réincarnation : un village du département
d'Eure-et-Loir. J'y avais, en effet, une cousine enceinte à ce moment. Je posai alors la question
suivante : « A quel signe pourra-t-on vous reconnaître ? R. : J'aurai une cicatrice de 2 centimètres
sur le côté droit de la tête. » Le 15 novembre, la même entité m'annonça qu'elle cesserait de
venir au mois de janvier suivant et serait remplacée par un autre Esprit. Je songeais dès ce
moment à donner à cette preuve toute sa portée et rien ne m'eût été plus facile, après avoir fait
constater officiellement la prédiction, de faire dresser un certificat médical à la naissance de
l'enfant. Malheureusement je me trouvais en présence d'une famille qui manifestait une
hostilité farouche contre le spiritisme ; j'étais désarmé. Au mois de janvier 1910, l'enfant naquit
avec une cicatrice de 2 centimètres sur le côté droit de la tête. Il a, à l'heure actuelle, 14 mois. »

LES FILLETTES JUMELLES DU Dr SAMONA
J'arrive maintenant à un fait entièrement remarquable, non seulement par le nombre
des témoignages qui le confirment, mais aussi par les circonstances qui ont précédé
la réincarnation de la jeune Alexandrine et par celles qui ont suivi sa deuxième
naissance terrestre.
M. le Dr Samona est connu dans les milieux scientifiques de l'Italie, et le rapport qu'il a
envoyé à son ami M. Calderone parut dans l'enquête publiée par ce dernier. C'est un
modèle de précision et une consciencieuse analyse de toutes les circonstances qui
concernent cette véridique histoire.
Je me servirai de tous les documents publiés sur ce sujet dans le livre du colonel de Rochas ;
Les Vies successives, pages 337 et suivantes, dans ma Revue scientifique et morale du
Spiritisme d'octobre 1913 et 1917 et dans le livre récent de M. Lancelin La vie
posthume, page 307 et suivantes, où celui-ci, avec son érudition coutumière, a
soigneusement réuni tout ce qui a trait à ce sensationnel événement.
Voici d'abord l'historique que nous présente M. le Dr Samona dans une lettre adressée
au directeur de la Filoso fia della Scienza, le Dr Innocenzo Calderone.
MON CHER CALDERONE,
Malgré le caractère tout intime des faits qui ont précédé la naissance de mes deux fillettes, je n'hésite pas
dans l'intérêt de la science à les livrer à la publicité par l'intermédiaire de ton estimable revue si
répandue, sans taire le nom des diverses personnes qui en ont eu connaissance, au fur et à mesure qu'ils se
sont déroulés.
Si je m'abstiens, moi, de les discuter, je trouve qu'il convient cependant de les divulguer pour que
d'autres puissent le faire.
Aucune science ne progresse si elle reste dans l'ignorance des faits. Si, dans le domaine métapsychique, par
crainte du ridicule, ou pour d'autres raisons de même ordre, chacun garde pour soi ces sortes de cas plus ou
moins rares qui peuvent arriver, adieu l'espoir du progrès : - Je t'envoie un récit synthétique absolument
fidèle des faits tels qu'ils se sont produits, sans la moindre discussion de ma part relative aux intéressants
problèmes auxquels ils donnent lieu, c'est-à-dire rêves prémonitoires, personnalités médianimiques, etc...
Le cas actuel se présente favorablement, je crois, au point de vue scientifique, car les personnes
qui, dès le début, furent mises au courant des diverses particularités successives, et qui les observèrent
avec un grand intérêt, jouissent de la considération générale pour leur moralité et leur intelligence. Outre
la narration des faits, je t'envoie les déclarations de certaines de ces personnes qui confirment mes dires et
je suis prêt à fournir d'autres témoignages de même nature et tous les éclaircissements qui seraient

jugés utiles pour l'investigation scientifique. Crois à toute l'estime de ton affectueux ami,
Carmelo SAMONA.
Exposé synthétique des faits
Le 15 mars de l'année 1910, après une très grave maladie (méningite) mourait, âgée d'environ 5
ans, ma fillette adorée, du nom d'Alexandrine. Ma douleur et celle de ma femme, qui faillit en
devenir folle, furent profondes.
Trois jours après la mort de ma fillette, ma femme rêva à elle ; il lui semblait la voir telle qu'elle
était quand elle était vivante, et elle l'entendait dire : « Maman, ne pleure plus. Je ne t'ai pas
quittée : je n'ai fait que m'éloigner de toi. Vois plutôt : je reviendrai1 (1), petite comme cela. » Et
elle lui montrait en même temps comme un petit embryon complet ; puis elle ajouta : « Tu vas
donc devoir commencer à souffrir de nouveau pour moi ».
Trois jours après, le même rêve se reproduisit. Ayant appris la chose, une amie de ma femme,
soit par conviction, soit dans le but de la consoler, lui dit qu'un tel rêve pouvait être un
avertissement de sa fillette qui, peut-être, s'apprêtait à renaître en elle, et pour mieux la
persuader de la possibilité d'un pareil fait, elle lui apporta un livre de Léon Denis où il était
question de la réincarnation. Mais ni les rêves, ni cette explication, ni la lecture de l'ouvrage de
Denis ne parvinrent à adoucir sa douleur. Elle resta également incrédule sur la possibilité d'une
nouvelle maternité, d'autant plus qu'ayant eu une fausse couche qui nécessita une opération (21
novembre 1909) et fut suivie d'hémorragies fréquentes, elle était presque certaine de ne
pouvoir plus devenir enceinte.
Un matin de bonne heure, quelques jours après la mort de sa fillette, pleurant comme d'habitude et
toujours incrédule, elle me disait : « Je ne vois que l'atroce réalité de la perte de mon cher petit
ange ; cette perte est trop forte, trop cruelle pour que je puisse accrocher un fil d'espérance à de
simples rêves comme ceux que j'ai faits et croire un événement aussi invraisemblable que la
renaissance à la vie de ma fillette adorée, par mon intermédiaire, surtout quand je me représente
mon état physique actuel ». Tout à coup, pendant qu'elle se lamentait d'une façon si amère et si
désespérée et que je m'efforçais de mon mieux à la consoler, trois coups secs forts, comme frappés
avec les noeuds des doigts par des gens qui veulent s'annoncer avant d'entrer, furent entendus à la
porte de là pièce où nous nous trouvions et qui donne dans une petite salle. Ces coups furent
en même temps perçus par nos trois petits garçons qui étaient avec nous dans cette pièce. Eux,
croyant que c'était une de mes soeurs qui avait l'habitude de venir à pareille heure, ouvrirent
aussitôt la porte en criant « Tante Catherine, entrez ! » Mais grande fut leur surprise et la nôtre
quand nous ne vîmes personne et que, regardant dans la pièce contiguë plongée dans l'obscurité, nous
pûmes constater qu'il n'y était entré personne.
Cet incident nous impressionna vivement, d'autant plus que les coups furent frappés à l'instant
même du suprême découragement de ma femme. Auraient-ils eu, par hasard, une cause
métapsychique et quelque relation avec son profond abattement ?
Le soir même de ce jour, nous résolûmes de commencer des séances médianimiques typtologiques
que, méthodiquement, nous continuâmes pendant au moins 3 mois et auxquelles prenaient part
ma femme, ma belle mère, moi et quelquefois les deux plus grands de mes trois garons.
Dès la première séance se présentèrent deux Entités l'une se donnait pour ma fillette, et l'autre
pour une soeur à moi, morte depuis longtemps à l'âge d'environ quinze ans, et qui, selon son dire,
apparaissait à titre de guide de la petite Alexandrine.
Celle-ci s'exprimait avec le même langage enfantin dont elle se servait quand elle était encore
en vie ; l'autre avait un langage élevé et correct et prenait généralement la parole, ou pour
expliquer quelques phrases de la petite entité qui parfois ne se faisait pas bien comprendre, ou
pour engager ma femme à croire aux affirmations de la fillette.
Dans la première séance, Alexandrine, après avoir dit que c'était elle-même en personne qui
avait apparu en songe à sa mère, et que les coups entendus l'autre matin avaient été frappés
pour indiquer sa présence et chercher à consoler celle-ci par des moyens plus impressionnants,
ajouta : « Ma petite maman, ne pleure plus, parce que je renaîtrai par ton intermédiaire et
qu'avant Noël je serai avec vous ». Elle continua : « Cher papa, je reviendrai ; petits frères, je
1 Certaines traductions de la première heure portent, par une faute du traducteur, « je suis
devenue », ce qui a suscité, comme on le verra plus loin, des critiques mal fondées.

reviendrai ; grand'mère, je reviendrai. Dites aux autres parents et à tante Catherine qu'avant Noël je
serai revenue... » Et ainsi de suite pour tous les autres parents et connaissances avec lesquels
la petite Alexandrine avait les meilleurs rapports pendant sa brève existence.
Il serait oiseux de transcrire toutes les communications obtenues pendant environ trois mois,
parce que, à part la variante de quelques phrases tendres d'Alexandrine à l'adresse de personnes
qui lui étaient plus chères, elles sont presque toujours une répétition constante et monotone de
l'annonce de son retour avant Noël, spécifié, comme lors de la première séance, à chacun de ses
parents et connaissances.
Maintes fois nous essayâmes d'arrêter une répétition aussi prolixe, assurant la petite Entité de
notre soin à communiquer à tous son retour, ou mieux sa renaissance avant Noël sans oublier
personne, mais c'était inutile ; elle s'obstinait à ne pas s'interrompre jusqu'à ce qu'elle eût
épuisé les noms de toutes ses connaissances. Ce fait était assez étrange ; on aurait dit que
l'annonce de ce retour constituait une sorte de monoïdéisme chez la petite Entité. Les
communications se terminaient presque toujours par ces paroles : « Maintenant, je vous laisse,
tante Jeanne veut que je dorme. » Et, dès le commencement, elle annonça qu'elle ne pourrait
communiquer avec nous que pendant environ 3 mois, parce qu'ensuite elle serait de plus en plus
attachée à la matière et s'y endormirait complètement.
Le 10 avril, ma femme eut les premiers soupçons d'une grossesse.
Le 4 mai, nouvel avis de sa venue de la part de la petite Entité (nous nous trouvions alors à
Venetico, dans la province de Messine) : « Maman, dit-elle, en toi s'en trouve encore une autre. »
Comme nous ne comprenions pas cette phrase et que nous supposions qu'elle s'était trompée,
l'autre Entité (tante Jeanne) intervint en disant : « La fillette ne se trompe pas, mais elle ne s'est
pas très bien exprimée ; elle veut dire qu'un autre être voltige autour de toi, ma chère Adèle ; il
veut retourner sur cette terre ».
Dès ce jour, Alexandrine, à chacune de ses communications, constamment et obstinément affirmait
qu'elle reviendrait accompagnée d'une petite soeur et, étant donnée la façon dont elle le disait, elle
semblait s'en réjouir. Cela, au lieu d'encourager et de consoler ma femme, ne faisait qu'augmenter
ses doutes et ses incertitudes ; après ce nouveau et curieux message il lui apparut que tout devait
se terminer par une grande déception.
Trop de faits, en vérité, devaient se réaliser après ces annonces pour que ces communications
pussent être véridiques ; il fallait, en effet, : 1° que ma femme devint réellement enceinte ; 2°
qu'étant données ses récentes souffrances elle n'eût pas de fausse couche, comme cela lui était
arrivé précédemment ; 3° qu'elle mît au monde deux êtres, ce qui paraissait encore plus difficile,
ce cas n'ayant eu de précédent ni chez elle, ni chez ses ascendants, ni chez les miens ; 4° qu'elle
accouchât de deux êtres qui ne seraient ni deux mâles, ni un mâle et une femelle, mais bien
deux femelles. Vraiment il était encore plus difficile d'ajouter foi à la prédiction d'un ensemble
de faits aussi complexes, contre lesquels se dressait une série de probabilités contraires.
Ma femme, malgré toutes ces belles prédictions, jusqu'au cinquième mois, vécut toujours
larmoyante, incrédule et l'âme torturée, bien que dans ses dernières communications la petite
Entité l'eût suppliée de se montrer plus contente, lui disant : « Tu verras, maman, que si tu continues
à te livrer à des idées tristes, tu finiras par nous donner une constitution qui sera
médiocrement bonne ».
Dans une des dernières séances, ma femme ayant exprimé la difficulté qu'elle aurait à croire au
retour d'Alexandrine, parce qu'il serait difficile que le corps de l'enfant qui viendrait ressemblât
à celui de l'enfant perdu, l'Entité Jeanne, s'empressa de répondre : « Sur ce point, Adèle, tu seras
satisfaite ; elle renaîtra parfaitement semblable à la première, sinon beaucoup, du moins un peu plus belle.
»
Le cinquième mois, qui coïncidait avec le mois d'août, nous nous trouvions à Spadafora ; ma femme
fut examinée par un savant accoucheur, le Dr Vincent Cordaro, qui après visite dit spontanément : « Je
me garderais bien d'affirmer d'une façon absolue, car à cette période de grossesse il n'est pas encore
possible de le constater avec certitude, mais l'ensemble de faits me conduit à diagnostiquer une
grossesse de jumeaux ».
Ces paroles firent sur ma femme l'effet d'un baume : une lueur d'espoir commença à poindre dans son âme
endolorie et affligée, que ne devait pas tarder à tourmenter de nouveau un événement qui allait se
produire.
A peine entrée dans le septième mois, une nouvelle inattendue et tragique la secoua et l'impressionna
d'une façon si vive qu'elle fut subitement prise de douleurs de reins ; d'autres symptômes qui se
produisirent pendant près de cinq jours nous rendirent anxieux et nous firent redouter, d'un moment

à l'autre, un accouchement avant terme au cours duquel la créature ou les créatures qui naîtraient à la
lumière ne pourraient être viables, les sept mois n'étant pas accomplis. Je vous laisse à penser les
souffrances physiques de ma femme, et quelle angoisse lui meurtrissait le coeur à cette seule pensée, après
l'espoir qu'elle avait commencé à concevoir. Et cet état d'âme aggravait encore la condition des
choses. En cette occasion, elle fut assistée du Dr Cordaro : heureusement et contrairement à toute
attente, tout péril fut conjuré.
Ma femme étant complètement remise et ayant aussi l'assurance que les sept mois étaient révolus, nous
retournâmes à Palerme, où elle fut examinée par le célèbre médecin accoucheur Giglio, qui constata
une grossesse de jumeaux : ainsi une partie, déjà très intéressante, des communications se trouvait
confirmée. Il restait encore bien d'autres faits aussi importants à être vérifiés spécialement, le sexe, la
naissance de deux filles, et cette particularité qu'il devait y avoir une ressemblance physique et morale
de l'une d'elles avec la morte, Alexandrine.
Le sexe se trouva confirmé dans la matinée du 22 novembre, jour où ma femme donna le jour aux
fillettes.
Quant à la constatation de ressemblances physique et morale possibles, elle exige assurément du temps,
celle-ci ne pourra se vérifier qu'à la longue, au fur et à mesure que les fillettes grandiront.
Il semble néanmoins étrange que, déjà au point de vue physique, se manifestent certains caractères qui
confirmeraient la prédiction, encourageraient à poursuivre l'observation et autorisent à penser que, sous
ce rapport même, les communications doivent se vérifier littéralement. - Les deux fillettes1, à cette
heure, ne se ressemblent point ; c'est ainsi qu'elles diffèrent très sensiblement l'une de l'autre par la
taille, le teint et la forme ; la plus petite semble une copie fidèle de la morte, c'est-à-dire Alexandrine,
au moment où elle naquit ; chose extraordinaire, elle a de commun avec elle les trois particularités
suivantes : hypérémie à l'oeil gauche, légère séborrhée à l'oreille droite et une légère asymétrie de la face
tout à fait identique à celle que présentait Alexandrine au moment de sa naissance.

Dr CARMELO SAMONA.
Ajoutons que la soeur jumelle d'Alexandrine est venue au monde la première, ce qui, d'après les
idées généralement admises, indiquerait qu'elle a été conçue la seconde ; enfin les neuf mois
normaux, qui auraient fini à Noël, n'étaient point écoulés, parce que les couches doubles sont
toujours un peu avancées.
Documents relatifs à ce récit, publiés par la Filosofia della Scienza du 15 janvier 1911.
A. - Déclaration de Mme Catherine Samona Gardini, soeur du Dr Carmelo Samona.
« Par amour de la vérité, je puis attester que le récit de mon frère au sujet des deux rêves faits, à trois
jours d'intervalle l'un de l'autre, par ma belle-soeur, est parfaitement conforme à la réalité à la fois
comme date et comme assertion. Ces rêves me furent personnellement racontés par ma belle-soeur
quelques instants après leur production, et dès son réveil, puisque j'avais l'habitude d'aller la voir
chaque matin de bonne heure.
A l'une de ces visites matinales, toujours dans le mois de mars, les petits enfants venus à ma
rencontre me racontèrent que quelques instants plus tôt ils avaient entendu trois forts coups
frappés à la porte et, croyant qu'ils provenaient de moi, avaient ouvert, mais sans trouver personne
derrière la porte. Ceci me fut confirmé par mon frère et ma belle-soeur, qui étaient encore sous
l'impression d'un phénomène aussi étrange.
Je n'avais jamais pris part aux séances médiumniques que mon frère et ma belle-soeur organisaient
en famille ; mais - et cela bien avant qu'ils quittassent Palerme, pour aller à Venetico, ce qui eut
lieu dans les premiers jours d'avril, - ma belle-soeur me raconta que, dans ces séances, s'étaient
présentées deux Entités qui se donnaient pour la petite Alexandrine et pour ma soeur Jeannette ;
ces entités avaient dit que, dans les rêves, c'était réellement la fillette qui avait paru ; que
c'était elle qui avait frappé les coups à la porte, et qu'enfin elles avaient annoncé qu'avant Noël
la fillette aurait repris sa place dans la famille avec l'aide de sa mère.
Quand, en mai, mon frère revint de Venetico à Palerme, il ne me dit rien à ce sujet et ce sont ses
enfants qui, venant me voir à Palerme, où ils passaient un examen en juin, me racontèrent le
fait ; ils me dirent que, depuis longtemps, leur petite soeur Alexandrine avait annoncé, au moyen
1 Les jumelles.

de la table, qu'elle ne reviendrait pas seule, mais accompagnée d'une petite soeur.
Je puis assurer que les deux fillettes, nées depuis, n'ont aucune similitude entre elles.
L'une, de petite taille, est d'une parfaite ressemblance avec la petite Alexandrine (celle qui est
morte), lorsqu'elle vint au monde. Je puis l'attester ayant assisté à sa naissance et l'ayant
toujours eue sous les yeux depuis son premier jour jusqu'à son décès.
Je confirme également que la fillette qui vient de naître présente les mêmes particularités
physiques que la petite morte, à l'oeil, à l'oreille et à un côté de la figure, particularités mentionnées
par mon frère. »
Palerme, Villa Amata, premier de l'an 1911.
Catherine SAMONA, Veuve GARDINI.
Déclaration de Mlle Adèle Mercantini, fille de l'éminent professeur Mercantini.
« Vers la fin de mars de l'an dernier 1910, Mme Adèle Samona me raconta le rêve qu'elle avait
fait, puis refait une seconde fois aussitôt après la mort de sa chère fillette, et c'est seulement en
juin que j'appris que, dans plusieurs séances médiumniques, on lui avait annoncé la naissance de
deux jumelles conformément à ce que rapporte à ce sujet le Dr Carmelo Samona.
Palerme, 2 janvier 1911.
Adèle

MERCANTINI.
Lettre du professeur Raphaël Wigley, pasteur évangélique, au Dr Carmelo Samona.
BIEN CHER AMI,
Le 5 mai de cette année qui finit, vous reveniez à Palerme de Venetico, oû vos affaires vous avaient
retenu quelques jours; il n'y avait pas de voiture à la station, attendu qu'elles étaient toutes
prises, à cause d'un spectacle d'aéroplanes. Vous fîtes donc à pied tout le chemin de la gare à la villa
Amata pour aller retrouver vos parents. - Nous nous rencontrâmes place Verdi et fîmes route
ensemble jusqu'à la Villa, soit environ deux kilomètres.
Chemin faisant, vous m'avez raconté les deux rêves survenus à votre femme, l'un trois jours après
le décès de la chère Alexandrine et l'autre trois jours plus tard. Vous m'avez parlé des trois
coups frappés très distinctement à la porte de votre chambre pendant que votre femme se
désespérait de la perte de son enfant, ne pouvant croire au rêve qui lui promettait son retour,
d'autant plus que, à son avis, certaines raisons en excluaient jusqu'à la possibilité matérielle.
Vous m'avez enfin parlé des séances médiumniques au cours desquelles la fillette avait annoncé
deux fois son retour, et vous avez ajouté que, d'après la dernière séance, elle ne reviendrait pas
seule, mais avec une petite soeur.
Le témoignage que je vous donne içi peut confirmer la sincérité du cas.
Veuillez agréer ma profonde estime et affection.
Votre bien dévoué,
Raphaël WIGLEY.
Palerme, le 31 décembre 1910.
Lettre du Marquis Joseph Natoli, personnalité bien connue dans les milieux
littéraires et artistiques, adressée au Dr Carmelo Samona.
Palerme, 1er janvier 1911.
BIEN CHER AMI,
Moi aussi je déclare combien, à mon avis, est merveilleux, au point de vue métapsychique, le fait qui
s'est affirmé chez toi. Dans le courant du mois d'août dernier, la princesse de Formosa, ta belle-mère, me
révéla que ta femme après la perte de son adorée fillette, l'avait vue, en rêve, lui prédire son retour en ce
monde, et que ce rêve avait été confirmé par plusieurs séances médiumniques au cours desquelles la
fillette défunte annonça son retour en compagnie d'une petite soeur.
Je t'embrasse et te salue.
Ton affectionné,
G. NATOLI.
Lettre de la princesse de Niscemi, mère de l'honorable duc de l'Arenella, député au Parlement
- 156 -
italien, au Dr Carmolo Samona.
Villa Niscemi, 28 décembre 1910.
TRÈS AIMABLE AMI,
J'ai participé à la consolation d'Adèle et à la vôtre par la naissance des fillettes et j'atteste qu'avant leur
venue au monde, on m'avait raconté le rêve de la mère et les prophéties qui lui avaient été faites : ce sont
là des choses véritablement merveilleuses.
Rappelez-moi affectueusement, je vous prie, à notre chère Adèle et croyez à mes sentiments d'estime.
N. di NISCEMI.
Déclaration du comte Ferdinand Monroy de Ranchibile, éminente personnalité du
monde politique et littéraire de notre ville à notre directeur le Dr Calderone.
Palerme, 4 janvier 1911.
TRÈS CHER AMI,
Pour te parler des faits qui te sont connus et que le Dr Carmelo Samona t'a fait connaître par écrit, je puis
t'assurer que l'an dernier, à la fin de mai, sa femme, Adèle Monroy, fille de mon regretté frère Albert,
prince de Formosa, pensait être enceinte et devoir donner le jour à deux enfants jumeaux du sexe féminin.
La façon de me prédire la prochaine naissance des deux enfants fit naître sur mes lèvres un sourire
d'incrédulité ; d'autre part, elle ne tarda pas à me déclarer qu'elle avait rêvé de sa fille bien-aimée
Alexandrine, qu'un mal cruel lui avait ravie quelques jours avant, dans le courant de mars ; la
fillette lui avait annoncé qu'elle reviendrait sur terre ; Adèle ajouta savoir, d'autre part, j'ignore
comment, que la fillette reviendrait avec une petite soeur.
De telles assurances, maintes fois répétées par la chère femme, étaient accueillies par moi avec une
incrédulité manifeste.
Grande fut donc ma surprise de voir l'heureux présage se vérifier, et, qui plus est, de remarquer
qu'une des deux jumelles est la parfaite image de la fillette décédée.
Je n'entends pas discuter le phénomène, me méfiant de mes connaissances à ce propos ; mais j'affirme
cependant que le fait est tout simplement merveilleux.
Tu peux faire de cette lettre l'usage que tu voudras, si tu le crois utile dans l'intérêt de tes études.
Fraternelle accolade de ton
Ferdinand MONROY DE RANCHIBILE.
Les attestations qui précèdent affirment l'authenticité des faits et permettent d'observer
qu'il ne saurait s'agir ici d'une série de coïncidences plus ou moins fortuites, car,
depuis l'origine, les phénomènes se suivent et s'enchaînent avec une suite logique qui
interdit toute explication par le hasard pur et simple.
Ceci établi, peut-on supposer que, par un phénomène d'auto-suggestion, Mme Samona aurait
été l'auteur du rêve dans lequel elle vit la petite Alexandrine lui dire qu'elle reviendrait ?
Je n'hésite pas à déclarer que cette supposition est invraisemblable, non seulement
parce que la femme du docteur ne connaissait pas à cette époque la théorie de la
réincarnation, mais aussi parce qu'elle était absolument persuadée que l'état de sa santé
lui interdisait l'espoir d'être mère de nouveau. C'est faire jouer à la subconscience un
rôle que rien ne justifie, tandis que l'intervention d'Alexandrine comme productrice du
phénomène est l'explication la plus vraisemblable, car elle se justifie par son action
physique au moyen de coups frappés à l'improviste en plein jour pour affirmer sa présence
d'une manière indubitable. Dès ce moment, dans chaque séance, elle continue
de prédire son retour et, mieux encore, elle annonce qu'elle reviendra, accompagnée
d'un autre esprit qui aura le sexe féminin. Ceci paraît si invraisemblable à la pauvre
mère qu'elle est replongée dans toutes ses perplexités, lesquelles ne prirent fin que
lorsqu'il fut certain que la grossesse était gémellaire.
Ici encore l'intervention de la subconscience est tout à fait invraisemblable, et s'il y a eu
clairvoyance les phénomènes n'en restent pas moins extraordinaires, car les faits
ultérieurs se sont déroulés avec une exactitude mathématique, et la connaissance
anticipée de ces faits ne démontre nullement que la petite Alexandrine n'en soit pas
l'auteur.
Nous avons vu qu'après sa réincarnation, la nouvelle Alexandrine a présenté le même
aspect physique que pendant sa vie antérieure : asymétrie de la face, hyperémie de l'oeil

gauche, légère séborrhée de l'oreille droite : c'est bien, comme le dit le père, une copie
fidèle de la première Alexandrine.
Bah ! Diront les sceptiques, c'est la subconscience de la mère qui a modelé cette seconde
figure à l'image de la première ; c'est là un caprice de l'hérédité. Bien que nous ne
possédions pas beaucoup d'exemples d'un second enfant qui serait la copie fidèle d'un
premier décédé et profondément regretté, admettons pour un instant cette hypothèse
idéoplastique ; nous allons voir qu'elle ne suffit pas pour rendre compte des
similitudes intellectuelles qui existent entre les deux Alexandrines. Voici, en effet, une
autre lettre du Dr Samona, publiée en juin 1913 dans la Filosofia della Scienza, dont
j'emprunte la traduction au livre de M. Lancelin1.
Le cas de mes deux jumelles, antérieurement publié dans la Philosophie de la Science, n°1, 15 janvier
1911, reproduit par des revues diverses et dans plusieurs ouvrages, tant italiens qu'étrangers, a éveillé
l'intérêt d'une grande partie du monde intellectuel, ainsi qu'il résulte de plusieurs lettres reçues, tant par la
direction que par moi personnellement.
De ce fait, j'assume une certaine responsabilité en continuant à en répandre la connaissance, car je n'ai pas
la présomption de posséder tout l'esprit d'observation qui serait nécessaire pour approfondir l'étude d'un
cas important au point de sembler d'intérêt général.
Je crains cependant de n'avoir pas noté certains détails dignes peut-être d'attention particulière et d'en
avoir, au contraire, enregistré d'autres qui n'en méritaient aucune. Mais ma qualité de père me mettant à
même d'avoir sans cesse mes fillettes sous les yeux et de connaître les particularités relatives à la petite
morte, a fait de moi l'unique observateur et le seul témoin possible.
Toutefois, je m'empresse d'insister sur ce fait que ma qualité de père n'a troublé d'aucune façon,
comme certains le pourraient supposer, la sérénité de mes observations ; aussi, et par cela même,
ai-je toujours cherché à me maintenir dans l'objectivité, sans me laisser entraîner par des
théories conçues a priori ou simplement sentimentales.
Ainsi que je l'ai dit dans le numéro précité de la Filosofia de la Scienza, il était nécessaire en un
cas de ce genre de laisser écouler quelque temps pour pouvoir recueillir utilement certaines
observations, si jamais l'occasion s'en présentait, et en fait, aujourd'hui que deux ans et sept
mois se sont écoulés depuis la naissance des deux jumelles, j'ai eu la possibilité d'en recueillir
quelques-unes qui méritent une certaine attention.
Que l'on ne s'attende pas toutefois à des faits sensationnels : il ne s'en est produit, au moins
jusqu'à ce jour, aucun de ce genre ; et cependant ceux que j'ai recueillis méritent quelques
réflexions.
Au point de vue physique, la dissemblance entre les deux jumelles s'est constamment
maintenue, et, maintenant, cette dissemblance n'est plus seulement physique, comme on pouvait
l'observer dès le principe : elle existe également au point de vue moral.
J'ai voulu souligner cette différence ; en effet, bien qu'à première vue elle semble n'avoir aucune
importance en la question, elle a cependant sa valeur propre, qui est celle-ci : elle fait, d'une part,
ressortir encore davantage la ressemblance de l'Alexandrine actuelle avec l'Alexandrine
précédente, et tend d'un autre côté à éliminer l'idée de la possibilité d'une influence suggestive de
la part de la mère dans le développement matériel et moral de l'Alexandrine actuelle.
De toute façon, ainsi que j'en avais pris la décision lorsque j'ai publié ce cas, je
m'abstiendrai de toute opinion ou interprétation personnelle, me limitant au simple exposé des
observations faites, et laissant chacun en tirer les conclusions qu'il voudra.
L'Alexandrine actuelle continue à montrer une ressemblance parfaite avec l'autre qui est morte.
Cela ne peut encore se voir parfaitement dans les photographies que je publie, soit parce qu'elles
ne reproduisent pas des poses identiques, ce qu'il est difficile d'obtenir, soit peut-être et plus
encore parce que les photographies de la petite morte la représentent à un âge plus avancé que celui
de l'Alexandrine actuelle. En tout cas, je puis affirmer d'une façon absolue que, à part les
cheveux et les yeux qui sont actuellement un peu plus clairs que ceux de la première
Alexandrine au même âge, la ressemblance continue d'être parfaite.
Mais, plus encore qu'au point de vue physique, l'ensemble des manifestations psychologiques
graduellement développées chez l'enfant, donne au cas en question un nouvel intérêt plus grand
encore. Dès que la vie des deux petites jumelles commença à entrer en relations avec le monde
1 Voir la Vie posthume, p. 324 et suivantes.

extérieur, elle s'achemina bientôt dans deux directions différentes, au point que déjà nous
pouvons constater en elles l'existence de deux natures absolument distinctes.
J'omets de parler de façon spéciale des caractéristiques de Maria-Pace, parce que la
connaissance de sa psychologie et ses différences avec celle d'Alexandrine n'a d'intérêt que pour
moi et n'en présente aucun pour le lecteur. J'aborde au plus vite ce qui fait l'intérêt de la
question : l'étude de la psychologie d'Alexandrine.
J'indiquerai d'abord divers détails de sa nature qui donneront la note de son caractère
affectueux et de son intellectualité.
Elle est généralement calme, contrairement à sa soeur, et cette tranquillité s'étend même aux
manifestations de son affection qui n'en est ni moins tendre ni moins caressante.
Une de ses caractéristiques principales est sa façon de passer ses journées ; s'il lui arrive
d'avoir à sa portée du linge ou des vêtements, elle resterait des heures entières à les plier et à
les lisser avec ses menottes et à les mettre bien en ordre - à son idée - sur une chaise ou un coffre.
Si elle ne peut se livrer à ce plaisir, son passe-temps préféré est de demeurer appuyée à une chaise
sur laquelle elle pose un objet de son choix qui lui tient lieu de jouet ; entre temps elle parle
toute seule à mi-voix et peut de même rester longtemps à cette occupation sans s'en fatiguer.
On comprend facilement que, se suffisant de la sorte à elle-même, elle cause peu de soucis ; c'est le
contraire de sa soeur Maria-Pace qui, très vive et toujours en mouvement, ne peut demeurer quelques
instants avec la même occupation et a besoin de la compagnie de quelqu'un pour s'amuser.
Or ce calme et ces deux occupations spéciales, qui étaient surtout caractéristiques chez la défunte
Alexandrine, ont alors attiré notre attention.
Sans nul doute, la jumelle Maria-Pace aime tendrement sa mère et s'approche souvent d'elle pour la
caresser et la couvrir de baisers ; mais ces manifestations de tendresse, faites tumultueusement, sont de
peu de durée et elle éprouve le besoin de retourner à ses jeux. Au contraire, Alexandrine, qui recherche
également sa mère, est, comme je l'ai dit, plus calme dans ses manifestations affectueuses, bien plus
calme, mais non, pour cela, plus froide. Ses caresses sont délicates, ses manières sont douces, et, quand elle
est sur les genoux de sa mère, elle ne voudrait plus la quitter : ce cas seul fait exception à la tendance
qu'elle éprouve à se suffire à elle-même ; et quand sa mère veut se détacher d'elle pour vaquer à ses
occupations, il ne lui est pas facile de le faire sans susciter cris et pleurs.
Puis c'est un gracieux spectacle que de voir combien diversement se comportent les deux fillettes
devant le monde, lorsqu'on les admet au salon. Maria-Pace s'avance prestement, sans hésitation, donne sa
menotte à tout le monde, tandis qu'Alexandrine va tout d'abord cacher son visage et ses larmes dans le
sein de sa mère. Mais en peu d'instants la scène change ; Maria-Pace fatiguée de la société, veut quitter
le salon, alors qu'Alexandrine, familiarisée avec les figures nouvelles, ne veut plus s'en aller et reste sur
les genoux de sa mère, attentive comme si elle prenait intérêt à la conversation.
Encore en tout ceci (je parle de sa façon de témoigner sa tendresse et de sa contenance durant les
conversations), Alexandrine est la reproduction fidèle de celle qui l'a précédée.
Je vais maintenant citer quelques détails plus spéciaux du caractère de l'enfant, qui contribueront à
montrer une parfaite similitude avec les habitudes et les impressions de la première Alexandrine.
Un grand silence règne autour de la villa que nous habitons, laquelle est loin de la ville, en sorte que le
bruit du passage d'une voiture dans le voisinage s'y fait fortement entendre. Or, ce tapage trouble
fortement l'esprit d'Alexandrine qui, chaque fois que le fait se produit sans qu'elle soit distraite, se cache
dans le sein de sa mère disant : « Alexandrine si spaventa (Alexandrine a peur) ». Tout cela, jusqu'aux
paroles précisément les mêmes et l'emploi de la troisième personne, rappelle la façon d'agir et de parler
qui étaient celles de la première Alexandrine en pareil cas.
Comme elle aussi, elle a une grande terreur du barbier chaque fois qu'elle le voit venir à la maison.
Inutile de dire que Maria Pace ne souffre pas de pareilles peurs.
Elle n'aime guère les poupées et leur préfère les enfants de son âge, préférence que l'on remarquait également
chez l'autre Alexandrine. Comme elle encore, elle veut toujours que ses petites mains soient propres, et
elle réclame avec insistance qu'on les lui lave, dès qu'elle les voit un peu sales. Comme l'autre enfin, elle
éprouve de la répugnance pour le fromage et refuse sa soupe lorsqu'elle en contient si peu que ce soit,
même mis en cachette.
La première Alexandrine est morte sans avoir pu se débarrasser complètement du défaut d'être gauchère,
malgré tous nos efforts constants pour essayer de la corriger ; aujourd'hui l'Alexandrine actuelle s'est
déjà montrée obstinément gauchère, et naturellement nous avons recommencé avec elle les mêmes efforts
pour la corriger. Aucun autre de mes enfants, y compris Maria-Pace, n'a jamais montré telle tendance.
Dans la chambre de ses frères, il y a une petite armoire où l'on renferme les chaussures. Quand elle peut
entrer dans cette chambre et ouvrir l'armoire, c'est pour elle un grand divertissement que d'en tirer les

chaussures et de jouer avec elles. Ceci était une passion de l'autre Alexandrine, mais ce qui nous a le plus
impressionnés, c'est que celle-ci, comme l'autre, veut toujours chausser un de ses petits pieds d'une de ces
chaussures, naturellement trop grandes pour elle, et se promène ainsi à travers la chambre.
Enfin, une autre particularité est digne d'être notée, parce qu'elle fut bien caractéristique chez l'autre
Alexandrine et que ma soeur, à qui elle se rapporte spécialement, la gardait comme un criterium
probant et en attendait la réalisation chez l'enfant dans le secret de son coeur ; sans en parler à
personne, de peur que l'enfant ne fût amenée par suggestion à la répéter. La première Alexandrine, à
l'âge d'environ 2 ans, commença, par caprice, à changer les noms ; par exemple, d'Angelina elle faisait
Caterana ou Caterona, et en vint, toujours par caprice, à l'appeler constamment « tante Caterana ».
Personne de nous n'avait alors remarqué ce détail, et ce fut ma soeur elle-même qui vérifia le fait en
question, au même âge de la nouvelle Alexandrine ; elle nous remit en mémoire cette particularité
qui nous émerveilla tous.
Il est inutile de dire qu'aucune de ces caractéristiques ne s'est manifestée chez Maria-Pace.
Une autre chose a, de plus, attiré mon attention, mais je ne veux encore en parler, n'en ayant pas jusqu'ici la
pleine confirmation.
Certainement, pour des étrangers qui n'ont pas connu les deux fillettes et n'ont pas vécu dans leur
intimité, le simple exposé de ces faits ne peut montrer à quel point se correspondent parfaitement les
deux petites vies. (Les deux Alexandrines). Pour nous, la ressemblance est tellement parfaite, que, pour
exprimer l'impression de toute la famille, je ne puis mieux faire que d'établir cette comparaison : -
Le développement de la vie de l'Alexandrine actuelle, en tant qu'aspect, habitudes et tendances, est
pour nous comme si nous revoyions se développer le même film cinématographique déjà développé
du vivant de l'autre.
En tout cas, si des étrangers ne peuvent sentir et juger exactement comme nous, dans la famille, ou
comme nos intimes, la corrélation de ces faits, la façon d'être générale particulière dans un âge où le
champ de la conscience est encore limité, ils pourront cependant songer combien il est difficile de
chercher l'explication des faits dans les coïncidences fortuites ou dans l'hérédité, surtout s'ils se
rappellent particulièrement les autres circonstances qui ont précédé la naissance des deux fillettes.
Docteur CARMELO SAMONA.
Dans le Journal du Magnétisme, septembre 1913, M. le Dr Fugairon fit paraître un
article dans lequel il critique les rapports du Dr Samona en prétendant que ce cas
n'est nullement démonstratif au point de vue de la réincarnation. Premièrement, parce
qu'Alexandrine aurait dit à sa mère : « Vois, je suis devenue petite comme cela en
lui montrant un embryon. » Deuxièmement, parce que la conception des deux
jumelles serait antérieure à la mort d'Alexandrine, pour cette raison que les jumelles
seraient nées avant terme ; et qu'enfin si celle-ci s'était réincarnée il lui était
impossible de se manifester typtologiquement à ses parents.
M. le Dr Samona répondit à ces critiques dans la Filosofia della Scienza, n° 4, du 15
décembre 1913.
Il fait remarquer premièrement que c'est par suite d'une mauvaise traduction française
de son article que l'on a fait dire à Alexandrine: « Vois, je suis devenue petite
comme cela » alors que le texte porte : « je deviendrai petite comme cela ».
En second lieu, en ce qui concerne la conception des deux jumelles, M. le Dr
Sarnona, au double titre de père et de médecin, est mieux qualifié que le Dr Fugairon pour
nous renseigner exactement sur ce point.
Les naissances gémellaires se produisent très fréquemment avant que les neuf mois de
la gestation soient accomplis. Or ses filles sont nées à huit mois.
Enfin l'objection que la petite Alexandrine n'aurait pu se manifester si la réincarnation
eût été commencée, est tout à fait inexacte, car nous savons que l'esprit incarné
peut parfaitement donner des communications, et à plus forte raison lorsqu'il n'est
pas encore complètement attaché au corps qu'il est en train de se constituer.
On ne peut non plus attribuer les habitudes d'Alexandrine n° 2 à l'influence du milieu et
de l'éducation, car sa soeur jumelle Maria-Pace, qui est soumise aux mêmes
conditions d'existence, diffère complètement d'Alexandrine ; c'est bien cette dernière
qui est revenue, car physiquement et moralement elle est la résurrection de la
première Alexandrine.
Ces inductions légitimes se fortifient encore et deviennent des certitudes lorsque l'on
constate qu'un souvenir de la première Alexandrine s'est réveillé dans la seconde avec un

caractère si net que le doute n'est plus possible.
Voici ce dernier document, que j'emprunte encore à M. Lancelin, qui établit
péremptoirement le retour en ce monde de la regrettée fille du Dr Samona.
M. Lancelin s'étant constamment tenu en rapport avec le Dr Samona, a obtenu de
lui des renseignements du plus haut intérêt concernant Alexandrine n° 2.
Voici quelques passages de la lettre publiée à la page 362 et suivantes de son livre : La Vie
posthume. Elle fut écrite le 20 mars 1921.
... Mes jumelles, qui ont déjà dépassé de quelques années l'âge de la première Alexandrine, se sont bien
développées physiquement et moralement. Elles continuent toujours à être très différentes
l'une de l'autre et, quant au physique, elles semblent même d'âge différent, puisque Maria-Pace est d'une
taille beaucoup plus élevée et robuste qu'Alexandrine. Celle-ci continue à ressembler à l'autre Alexandrine
d'une manière surprenante ; elle a encore les mêmes répugnances qu'avait celle-ci. Elle est toujours
gauchère, au grand désespoir de sa gouvernante, qui lutte toujours pour la corriger de ce défaut.
Les deux fillettes, qui sont d'ailleurs très intelligentes, ont des inclinations tout à fait différentes.
Maria-Pace est plus portée aux occupations domestiques, tandis qu'Alexandrine est passionnée
pour les choses spirituelles. Maria-Pace s'occupe toujours de ses poupées, tandis que l'autre court à ses
livres. Cette petite, tout en étant espiègle comme la généralité des enfants, aime à se concentrer
en une espèce de méditation qui souvent donne lieu à des réflexions au-dessus de son âge. Je dis ceci afin
que vous puissiez vous faire une idée de son développement psychique.
Je vous décrirai maintenant deux faits, les seuls que j'ai remarqués chez la petite, pouvant prouver quelque
réminiscence de sa vie précédente :
1° Vous savez que la première Alexandrine est morte de méningite ; cette maladie avait commencé
par de grands maux de tête. Or, l'actuelle Alexandrine a une terreur extraordinaire du plus léger mal de
tête. Ce fait n'a certainement qu'une importance relative. Celui qui suit me parait surprenant, et seul, je
crois, prouve chez l'enfant la persistance d'un souvenir de sa vie précédente.
2° Il y a deux ans, nous parlâmes à nos jumelles de les emmener en excursion à Monréale. Comme vous
savez, nous avons à Monréale la plus splendide église normande du monde. Aussi ma femme dit aux
petites : « Vous viendrez à Monréale, où vous verrez des choses que vous n'avez jamais vues. »
Alexandrine répondit : « Mais, maman, je connais Monréale, je l'ai déjà vu. » Ma femme fit alors
remarquer à la petite qu'elle n'avait jamais été conduite à Monréale. Mais l'enfant répliqua : « Mais
si ... J'y suis allée... Ne te rappelles-tu pas qu'il y avait une grande église avec un homme (statue)
très grand sur le toit avec les bras ouverts ? » Et elle faisait le geste avec ses bras. « Et, continua-t-elle,
te rappelles-tu que nous y allâmes avec une dame qui avait des cornes, et que nous y avons rencontré
des petits prêtres rouges ? »
Nous n'avons aucunement conscience d'avoir jamais décrit Monréale ; en effet, Maria-Pace n'en avait
aucune connaissance ; nous pouvons toutefois admettre que quelque autre personne de la famille lui ait
parlé de la grande église et du Sauveur sur le portail principal du monument ; mais nous ne
savions que penser de la dame aux cornes ou des prêtres rouges. Tout à coup ma femme se
rappela qu'elle était allée la dernière fois à Monréale avec la petite Alexandrine, quelques mois avant
sa mort, et que nous y avions conduit une dame de notre connaissance venue de province pour consulter des
médecins de Palerme au sujet de grosses excroissances au front ; que, de plus, à l'entrée de l'église,
nous avions rencontré un groupe de jeunes prêtres grecs qui portaient des vêtements bleus garnis de
rouge. Nous nous sommes alors souvenus que tous ces détails avaient grandement impressionné la petite
Alexandrine.
Or, si l'on peut admettre que quelqu'un ait pu parler à l'actuelle Alexandrine de l'église de
Monréale, il n'est pas à supposer que qui que ce soit ait un instant pensé à la dame aux cornes et aux
petits prêtres rouges, puisque, pour nous, c'étaient des circonstances très insignifiantes.
Voilà le fait dans toute sa simplicité enfantine ; mais comme la petite s'obstinait dans ces trois
souvenirs pour nous prouver qu'elle était déjà allée à Monréale, nous n'avons pas voulu insister
davantage, parce qu'à cet âge, il est très facile de suggestionner les enfants en leur posant des
questions. Aussi, nous nous contentons d'écouter les simples récits qu'elle nous fait et nous
évitons de faire aucune allusion à ses rapports supposés avec l'autre Alexandrine.

QUELQUES REMARQUES

Les phénomènes concernant l'annonce d'une future réincarnation sont d'ores et déjà
assez nombreux pour s'imposer à nous comme des réalités. J'aurais pu les multiplier
davantage si j'avais tenu compte de tous ceux qui me furent envoyés ; j'ai dû en
éliminer quelques-uns, non seulement par défaut d'espace, mais aussi parce que tout
en présentant des caractères évidents d'authenticité, ils pouvaient s'interpréter soit par
des auto-suggestions des parents, soit par des transmissions de pensée du cercle au
médium.
On a pu constater que je me suis efforcé de ne citer que des exemples où ces
interprétations paraissent dénuées de fondement ; on remarquera en effet que, dans le
premier cas, c'est la petite fille qui annonce son prochain retour à sa mère ; une
autre fois l'esprit qui doit revenir se manifeste à sa première mère et à la seconde
indépendamment l'une de l'autre, le sexe et l'aspect physique du nouveau-né
correspondant parfaitement à l'image vue en rêve. Dans le cas du capitaine Batista,
la réminiscence de la cantilène soporifique est une démonstration évidente du
réveil d'un souvenir qui dormait dans la subconscience de l'enfant. Ce récit est à
rapprocher de celui de la deuxième Alexandrine Samona, il prouve la pérennité de la
mémoire malgré le changement d'enveloppe corporelle de l'esprit.
Ces cas spontanés ont une grande valeur, puisque ceux qui les rapportent n'avaient
aucune connaissance des lois de la réincarnation. Dans les séances spirites nous
devons évidemment nous tenir en garde contre la cause d'erreur qui résulterait de
l'auto-suggestion des médiums.
J'ai examiné dans chaque cas la valeur de cette hypothèse et je crois avoir démontré
qu'elle était insuffisante pour expliquer le phénomène, particulièrement en ce qui
concerne les récits de M. M. Bouvier, Toupet, Engel, de Reyle et Jaffeux.
Nous arrivons enfin au cas si bien documenté du Dr Samona ; ici nul doute raisonnable
n'est possible ; l'identité des deux Alexandrine, physiquement et intellectuellement,
s'affirme avec une telle évidence que je crois inutile d'insister davantage. C'est bien le même
être qui par deux fois est venu prendre place au même foyer familial ; si tous les autres cas
avaient été étudiés avec un soin aussi minutieux et avec une documentation aussi précise
que celui-là, nous pourrions affirmer hautement que la démonstration scientifique des vies
successives est désormais un fait accompli.
Si nous n'en sommes pas encore là, il n'en reste pas moins certain pour tous ceux qui
étudieront impartialement les exemples rapportés ici, qu'il y a là une telle probabilité en
faveur de la palingénésie qu'elle constitue une preuve morale de premier ordre.
Il n'est pas douteux que l'avenir nous apportera des confirmations nouvelles et décisives et
que cette grande loi de la réincarnation prendra une place définitive dans le domaine de la
science.

CHAPITRE XIII
Vue d’ensemble des arguments qui militent en
faveur de la Réincarnation.
L’âme est un être transcendantal. – Le Périsprit et ses propriétés. – Où a-t-il pu les acquérir. – En
passant à travers la filière animale. – Analogie entre le principe intellectuel des animaux et celui de
l’homme. – Les preuves que nous possédons. –
La réincarnation humaine de la mémoire intégrale. – L’oubli des existences n’est pas synonyme
d’anéantissement de la mémoire. – L’hérédité et les enfants prodiges. – Les réminiscences et les
véritables souvenirs des vies antérieures. – Annonce de futures réincarnations. – La palingénésie est
une loi universelle.
Parvenus au terme de ce travail, si nous jetons un regard sur le chemin parcouru, nous
constaterons que la grande théorie des vies successives, qui a pris naissance à l'aurore de
l'humanité, a traversé les siècles et les civilisations avec des fortunes diverses et que dans
les temps modernes elle a repris une vie nouvelle grâce aux penseurs qui l'ont étudiée
au siècle dernier, aux observations et aux expériences des spirites.
Il semble bien qu'elle doit sortir maintenant du domaine philosophique pour entrer dans
celui de la science. Si les observations et les expériences sont encore relativement peu
nombreuses, quelques-unes de celles-ci sont assez bien établies pour qu'il soit impossible
de n'en pas tenir compte.
Ce sont, en quelque sorte, les premières assises de ce monument, que la science de
demain construira certainement.
Pour apprécier justement la valeur des arguments de différente nature que j'ai
rassemblés en suivant la méthode inductive dans ce volume, il est indispensable en
premier lieu de bien connaître les démonstrations scientifiques sur lesquelles repose la
certitude de l'existence de l'âme comme principe indépendant du corps et de celle du
substratum immatériel qui l'individualise et dont elle est inséparable.
L’AME EST UN ÊTRE TRANSCENDANTAL
Il résulte indiscutablement des recherches faites depuis un demi-siècle par les savants
les plus notoires du monde entier qu'il existe dans l'homme un principe transcendantal
qui déborde entièrement les cadres de la physiologie officielle, car il se révèle à nous avec
des facultés qui le rendent assez souvent indépendant des conditions d'espace et de
temps qui régissent le monde matériel.
C'est ce qui ressort des travaux de la Société anglaise des Recherches psychiques
qui, depuis 1882, a publié plus de 30 volumes relatant les observations et les expériences
que ses membres ont contrôlées après de minutieuses enquêtes. Les noms de Crookes,
de Sidgwick, de Myers, de Gurney, de Barrett, d'Oliver Lodge et de bien d'autres, sont
de sûrs garants de l'authenticité des faits qui y sont relatés. Des enquêtes similaires
ont été poursuivies aux États-Unis par la branche américaine des Recherches
psychiques sous la direction du professeur Hyslop et de Hodgson ; en France, par
nombre de psychistes et, en particulier, par Camille Flammarion dans ses trois volumes :
La mort et son mystère.
Tout dernièrement encore, M. Warcollier, ingénieur chimiste, a publié un volume sur la
Télépathie ; et le Dr Osty, deux livres : Lucidité et Intuition, et La Connaissance

supra-normale, qui se réfèrent aux facultés inconnues de l'être humain.
En Italie, la Revue Luce e Ombra a rassemblé une quantité de témoignages indiscutables,
et M. Bozzano a publié une série de monographies sur ce sujet qui sont du plus haut
intérêt.
Il est donc maintenant absolument certain que la pensée d'un individu peut
s'extérioriser et agir sur un autre être vivant indépendamment de toute action
sensorielle, malgré la distance qui les sépare. C'est à ce phénomène que l'on a donné le
nom de télépathie. Il est non moins sûr que la vision à distance, malgré les obstacles
interposés, s'exerce pendant la veille ou le sommeil sans avoir recours au sens oculaire,
ce qui nécessite un pouvoir différent de celui qui est purement physiologique.
Là encore nous voici en présence d'une faculté entièrement distincte de celles que les
physiologistes reconnaissent à la substance nerveuse. Enfin, il est établi par des
exemples nombreux et indiscutables qu'un phénomène aussi extraordinaire que la
connaissance de l'avenir ou prémonition a été maintes fois constaté. Ce qui prouve qu'il
existe dans l'homme un être indépendant de l'organisme physique, lequel est
rigoureusement conditionné par les lois régissant le monde matériel.
Ceci est maintenant si incontestable qu'un philosophe de l'envergure de M. Bergson n'a
pas craint dans une conférence sur l'âme et le corps faite le 28 avril 1912, de dire :
« Si, comme nous avons essayé de le démontrer, la vie mentale déborde la vie cérébrale, si le cerveau se
borne à traduire en mouvements une petite partie de ce qui se passe dans la conscience, alors la
survivance devient si vraisemblable que l'obligation de la preuve incombera à celui qui nie bien
plutôt qu'à celui qui affirme, car l'unique raison de croire à une extinction de la conscience après la mort est
qu'on voit le corps se désorganiser, et cette raison n'a plus de valeur si l'indépendance de la presque totalité de
la conscience à l'égard du corps est, elle aussi, un fait que l'on constate. »

LE PÉRISPRIT ET SES PROPRIÉTÉS
L'indépendance de ce principe intérieur a été établie par des preuves nombreuses et
variées. L'âme est individualisée par le périsprit.
Mais il y a mieux encore ; ce principe spirituel n'est pas une vague entité
métaphysique, un mot abstrait, ni une fonction de la substance nerveuse, mais un être
concret ayant une individualité, car même pendant la vie, c'est cet être auquel on a
donné le nom d'âme ou d'esprit qui peut se séparer du corps et manifester sa réalité
objective dans les phénomènes de dédoublement.
Le dédoublement de l'être humain est maintenant démontré par des observations mille
fois réitérées. On a constaté, d'une part, la présence du corps matériel à un endroit
déterminé et simultanément l'existence du double en un autre lieu.
Ce fantôme de vivant emportait avec lui la sensibilité, l'intelligence et la volonté ; on a
pu reproduire ce phénomène expérimentalement, ce qui est une seconde démonstration
de l'indépendance de l'être interne que l'on désigne habituellement sous le nom d'esprit1.
Après la mort, c'est lui qui survit et qui se manifeste objectivement par des apparitions
matérialisées, lesquelles sont en tous points semblables à celles des vivants. Nous
voici donc en présence d'une démonstration directe et immédiate : 1° que l'esprit n'était
pas un produit du corps, puisqu'il survit à sa désagrégation, et 2° qu'il possède toujours
ce même organisme fluidique qui l'accompagnait pendant la vie et qui
l'individualise encore, après sa séparation d'avec le corps matériel.
Pendant la vie, la connaissance du périsprit nous fait comprendre : 1° la conservation du
type individuel malgré le renouvellement incessant de toutes les molécules charnelles ; 2°
la réparation des parties lésées ; 3° la continuité des fonctions vitales dans un milieu
sans cesse en voie de rénovation.
Les spirites connaissent depuis longtemps déjà ces phénomènes si intéressants et si curieux,
et ils constatent avec satisfaction que peu à peu la science officielle, par la voix de
quelques-uns de ses représentants, et des plus autorisés, sanctionne petit à petit tous les
1 G. DELANNE, Les Apparitions matérialisées, Les Fantômes des vivants, t. I.

ordres de faits qui composent cette science nouvelle. Il est donc bien légitime que
nous nous servions de ces précieuses connaissances pour essayer de résoudre le problème
de l'origine de l'âme et de ses destinées.
Il est parfaitement démontré1 que dans les séances de matérialisations il se forme un être
étranger à tous les assistants, qui est objectif parce que tout le monde le décrit de la
même manière ; parce qu'il est possible de le photographier ; parce qu'il laisse des
empreintes ou des moulages de ses organes ; parce qu'il agit physiquement en déplaçant des
objets ; parce qu'il peut parler ou écrire.
Cet être possède donc toutes les propriétés physiologiques d'un être humain ordinaire et
des facultés psychologiques.
Ce n'est pas un dédoublement du médium, non seulement parce qu'il en diffère à tous
les points de vue, mais aussi parce que souvent plusieurs esprits matérialisés
apparaissent simultanément. De plus, il a été parfois constaté que le médium réveillé
causait avec l'apparition. Dans d'autres occasions, l'esprit s'est matérialisé d'une manière
identique avec des médiums différents, et enfin assez fréquemment son identité a été
contrôlée par ceux qui l'avaient connu sur la terre.
Puisque le périsprit possède la faculté, après la mort, de se matérialiser en
reconstituant intégralement l'organisme physique qu'il possédait ici-bas, cela nous
permet de supposer qu'au moment de la naissance, c'est lui qui forme son enveloppe
corporelle, qui n'est autre qu'une matérialisation stable et permanente ; tandis que dans
les séances expérimentales la matérialisation n'est que temporaire, parce qu'elle a été
produite en dehors des voies normales de la génération.
Cette opinion que j'émettais il y a 25 ans dans l'Evolution animique est acceptée
maintenant par un esprit aussi éminent que celui d'Oliver Lodge, au cours d'une
conférence faite en Angleterre devant un public d'élite en 19222. Il ne craint pas de
s'exprimer ainsi :
« Souvent pour ce genre de démonstrations, les forces employées ne sont pas d'une haute essence : l'ectoplasme,
par exemple, est une de ces manifestations matérielles qui peuvent se soumettre à l'examen de nos sens. Ces seuls
faits paraissent déjà extraordinaires : cependant, ce sont des faits et il faut les étudier, comme il faut
étudier ces voix que l'on entend, ces écritures directes que l'on constate, et il convient d'y croire comme on a
cru aux sentences lues sur le mur par les convives du festin de Balthazar. Il y a d'immenses vérités dans
les « légendes » de la Bible. Les matérialisations, les fantômes ne sont pas des hallucinations. Nous-mêmes,
ne sommes-nous point des matérialisations qui peuvent durer soixante-dix ans comme les autres durent
soixante-dix secondes ? »
Le corps spirituel auquel l'âme est associée indissolublement renferme donc le statut des
lois biologiques qui régissent la matière organisée.
Il contient également dans son intimité toutes les archives de la vie mentale, car la
conscience ne nous fait connaître qu'une très faible partie de cet immense océan
mental à la surface duquel elle émerge, et qui constitue le fond même de notre individualité.
On peut donc dire que la connaissance du périsprit est la clef de voûte de toute
l'explication des vies successives. A chaque naissance, c'est un être déjà ancien qui
reparaît.

OU ET COMMENT LE PÉRISPRIT A-T-IL PU ACQUÉRIR SES PROPRIÉTÉS ?
C'est une des plus belles conquêtes de la science du XIXème siècle d'avoir démontré
l'unité fondamentale de la composition de tous les êtres vivants tous naissent d'un
oeuf, tous sont formés de cellules dont le protoplasme est sensiblement le même,
1 Voir G. DELANNE, Les Apparitions matérialisées, t. II.
2 Voir Revue spirite, février 1923, p. 76.

malgré leur diversité prodigieuse. Tous les êtres naissent, évoluent et meurent. Toutes les
fonctions organiques sont essentiellement semblables ; la nutrition, la digestion, la respiration,
la reproduction s'opèrent d'une manière à peu près identique. C'est là une démonstration par le
fait de l'unité de plan de la nature et, puisque l'intelligence, quoique différente de la matière, lui
est cependant associée, il est légitime de penser que ce principe spirituel est lui aussi
fondamentalement le même malgré les différences quantitatives qui existent à tous les
degrés de son développement.
Nous avons constaté que les facultés transcendantales, telles que la télépathie et la
clairvoyance, et même l'idéoplastie, existent également chez les animaux, ce qui est
une, raison de plus pour admettre l'identité du plan de la création.
S'il en est bien ainsi, si réellement l'âme a gravi les échelons de la série zoologique, il
n'est plus surprenant qu'à chaque naissance elle reproduise en abrégé toute l'histoire de son
passé, comme cela a lieu pendant la vie embryonnaire pour tous les êtres.
Toutes ces inductions sont légitimes, elles s'enchaînent mutuellement et l'on peut les
considérer comme des preuves de la palingénésie universelle.
On ne comprend pas encore clairement comment le principe intelligent, qui anime
d'innombrables milliards d'organismes rudimentaires et primitifs, arrive à se synthétiser en
une unité d'un ordre supérieur, pas plus d'ailleurs que l'on ne peut s'expliquer clairement
comment ce passage s'opère d'une espèce à l'autre. Il n'en est pas moins réel qu'il existe
une liaison permanente et continue à tous les degrés de l'échelle vitale, et que si la
vie est une dans l'univers, il en est certainement de même pour le principe spirituel.
Dès lors, nous sommes obligés de nous demander où le périsprit a pu acquérir ses
propriétés fonctionnelles, et il paraît logique de supposer qu'il les a fixées en lui au cours de
ses évolutions terrestres en passant successivement par toute la filière de la série animale, en
intégrant dans sa substance indestructible les lois de plus en plus compliquées qui lui
permettent d'animer et de réparer automatiquement des organismes de plus en plus complexes,
depuis les formes les plus simples jusqu'à l'homme. C'est une gradation successive et une
évolution continue. Si cette hypothèse est exacte, on doit retrouver dans la série animale
des phénomènes analogues à ceux observés dans l'humanité ; c'est indiscutablement ce qui a
lieu, puisque nous avons constaté que l'âme animale survit à la mort.
Dans un ouvrage précédent1, j'ai essayé d'indiquer comment on pouvait concevoir le développement
progressif du principe spirituel et j'ai montré qu'en plaçant la cause de l'évolution dans les
efforts que fait le principe intelligent pour s'affranchir progressivement des liens de la matière,
on s'explique mieux les faits que par la théorie matérialiste des seuls facteurs de
l'hérédité et des milieux.
Le progrès physique et intellectuel provient d'efforts incessants réitérés, d'améliorations presque
imperceptibles à chaque passage, mais dont la sommation finit par aboutir à
l'humanité, qui résume et synthétise cette grande ascension. L'être parvenu à un degré
quelconque de l'échelle vitale ne peut plus rétrograder, tout simplement parce qu'il ne
trouverait plus, en raison de son état évolutif, les conditions nécessaires pour s'incarner dans les
formes inférieures qu'il a dépassées. Les croisements sont, en général, inféconds entre
espèces différentes car les hybrides ne se reproduisent pas, et à plus forte raison entre les
familles et les embranchements.
Remarquons encore que les fonctions vitales, nutrition, respiration, reproduction, et même
la sensibilité et la motricité, ne créent pas de différences essentielles entre les animaux et
les végétaux, ce qui établit la grande unité fondamentale qui existe sous le voile des
apparences.
La science nous démontre que le transformisme n'est qu'un cas particulier d'une loi
générale.
Tout évolue, les nations comme les individus, les mondes comme les nébuleuses. Tout part
du simple pour aboutir au composé ; de l'homogénéité primitive, on arrive à la prodigieuse
complexité de la nature actuelle réalisée par des lois qui ne demandent que la durée
pour produire tous leurs effets.
Nous avons vu que chez les vertébrés supérieurs, et plus particulièrement chez les
animaux domestiques, l'intelligence a pris assez de développement pour comprendre le
1 G. DELANNE, L'Evolution animique.

langage humain, pour formuler des raisonnements et résoudre certains problèmes.
Il est évident que c'est encore un degré très inférieur de notre mentalité, mais telle qu'on
l'observe, elle est de la même nature que la nôtre.
J'ai signalé également que les pouvoirs dits supra-normaux, tels que la télépathie, la
clairvoyance et le pressentiment, s'observent assez souvent dans la race canine.
Ce qui permet encore d'assimiler le principe spirituel de l'animal à celui de l'homme, c'est,
je le répète à dessein, qu'il existe des fantômes d'animaux tout à fait analogues dans
leurs manifestations aux apparitions matérialisées des morts 1.
En résumé, chez tous les êtres vivants, mêmes constitutions organiques, mêmes fonctions
vitales, même principe pensant et même enveloppe périspritale qui l'individualise.
C'est une magnifique démonstration de la grande loi de continuité qui, ainsi que je le disais
plus haut, régit l'univers entier.

LA RÉINCARNATION HUMAINE ET LA MÉMOIRE INTÉGRALE
Pour aborder la vérification expérimentale de la réalité des vies successives et pour s'expliquer
pourquoi le souvenir des existences antérieures n'est pas conservé, il a été nécessaire
d'étudier sommairement les différentes modalités de la mémoire.
Si vraiment l'âme est individualisée dans une substance qui l'accompagne pendant toute la
durée de son évolution ; si ce corps spirituel est le gardien indéfectible de toutes les
acquisitions antérieures, on est en droit de se demander pourquoi à chaque retour ici-bas nous
n'avons pas connaissance de notre passé.
Pour comprendre l'oubli des vies antérieures, il était indispensable de montrer que, même dans
notre existence actuelle, il se produit des lacunes profondes relativement à une multitude
d'incidents qui nous sont arrivés, et même parfois que des périodes sortent entièrement
de notre souvenir. Dès lors, il ne sera pas extraordinaire qu'il en soit de même pour tout
ce qui précède la vie actuelle, puisque le périsprit a subi de très profondes modifications
intimes en reparaissant ici-bas. C'est à chaque fois un nouvel équilibre qui s'établit et qui
modifie nécessairement l'état de la mémoire.
Il est donc indispensable de montrer que si la mémoire est indestructible, elle ne
redevient consciente que dans des conditions particulières qu'il est nécessaire de bien
connaître.
Ici encore ce n'est pas une théorie imaginée de toutes pièces, mais seulement une
extension des faits qui sont actuellement connus.
Les expériences de MM. Pitres, Bourru et Burot, Pierre Janet, etc., ont prouvé que tout ce qui
a pénétré en nous y a laissé une trace indélébile. Sans aucun doute, toutes ces acquisitions
intellectuelles ne se présentent pas simultanément à la conscience. La règle, c'est que le
plus grand nombre de celles-ci sont oubliées. Mais oubli ne veut pas dire destruction. La
subconscience a enregistré pour toujours les états mentaux et, chose encore plus remarquable,
elle les a associés indissolublement aux états physiologiques contemporains, de sorte qu'en
ressuscitant les premiers, on fait renaître en même temps les seconds, et réciproquement. Comme je
l'ai indiqué plus haut, cette régression de la mémoire peut se présenter spontanément, ou bien il est
possible de la provoquer par différents procédés et principalement en hypnotisant certains sujets
qui possèdent ce pouvoir de résurrection mnémonique.
Les spirites, en pratiquant les expériences magnétiques, avaient découvert ce pouvoir de
rénovation des souvenirs terrestres pendant la vie, et ils ont poursuivi cette régression
jusqu'aux états antérieurs à la naissance actuelle.
J'ai dit pourquoi cette méthode n'a pas donné jusqu'alors, malgré quelques succès, tous
les résultats qu'on aurait pu en attendre, mais je suis persuadé qu'elle sera féconde dans
l'avenir, lorsqu'on aura éliminé les causes d'erreur dues à la suggestion de l'opérateur, à
l'auto-suggestion des sujets, lorsque l'on agira sur l'esprit extériorisé en collaboration
avec les guides du médium qui sauront employer les moyens les plus efficaces pour
1 Voir Revue métapsychique, numéro de janvier-février 1923.

redonner à la mémoire périspritale toute son intensité. D'ailleurs la méthode n'a pas toujours
été inféconde, puisque le professeur Flournoy, malgré son scepticisme bien connu, a été
obligé d'avouer qu'il ne pouvait s'expliquer comment Hélène Smith aurait puisé les
connaissances et le langage sanscrit de la princesse Simandini.
Si j'ai fait des réserves à propos des récits des séances spirites dans lesquelles des
reconnaissances réciproques ont eu lieu, c'est parce qu'il n'était fourni aucun moyen de
contrôle pour vérifier la réalité des événements relatés par les sujets, ce qui ne veut pas dire
que leurs récits fussent inexacts.
Il n'en va plus de même dans quelques cas où il est possible, dans une certaine mesure, de
constater l'exactitude de ces remémorations.
En effet, lorsque spontanément la dame anglaise, tout à fait ignorante à l'état normal de la
politique française, fait preuve, pendant le dégagement, de connaissances approfondies sur
ce même sujet et qu'elle affirme avoir vécu jadis dans notre pays, nous devons tenir le
plus grand compte de cette observation provenant d'un milieu où la réincarnation n'est
généralement pas admise dans les centres spirites.
Il en est de même de l'histoire du prince de Wittgenstein, où l'esprit de sa cousine affirme
avoir vécu à Dreux dans les circonstances dramatiques que nous avons relatées.
L'écriture des communications au crayon étant de tout point semblable à celle de la
chanoinesse vivante, l'identité de cette dernière semble bien établie et la réalité des souvenirs
est confirmée en partie par les recherches qu'un ami de l'auteur a exécutées pour
retrouver les restes du couvent où elle aurait été religieuse.
Enfin la reconnaissance de la médaille est aussi un argument que l'on ne peut négliger.
Mais avec le cas rapporté par le prince Wiszniewski, cette fois la preuve est complète. Une
femme tout à fait ignorante, n'utilisant qu'un dialecte de bas allemand, s'exprime en
excellent français, raconte des événements de sa vie passée, que l'on vérifie et qui sont
parfaitement exacts. Nous voilà en présence d'un véritable cas de réincarnation
qu'aucune autre hypothèse ne pourrait logiquement expliquer.
L'exemple du fou Sussiac est non moins démonstratif, puisque après sa mort il se souvient
d'avoir habité un château et qu'il indique avec exactitude l'endroit ignoré de tous dans
lequel sont renfermés les documents qu'il a été possible de retrouver en suivant ses indications.
Ces faits vérifiables sont encore malheureusement trop rares, mais nous n'avons pas le droit
de les négliger, car ils servent à établir expérimentalement la réalité de ces vies
antérieures que nous allons voir confirmer par d'autres phénomènes non moins
intéressants et encore plus démonstratifs.
Remarquons que les personnalités si différentes et si distinctes entre elles qui s'observent à
chaque réincarnation ne sont pas incompréhensibles pour nous et ne portent pas atteinte au
principe d'identité, puisque déjà nous avons constaté qu'un même individu, au cours de
sa vie, peut présenter des oppositions prodigieuses dans son caractère.
Louis V... par exemple, est tantôt doux, honnête, soumis, puis, sous le choc d'une émotion
ou d'un désordre organique, son état nerveux change et il devient taquin, voleur, insoumis;
chaque phase est séparée par la perte de connaissance de certains des états intellectuels
antérieurs.
On remarque le même contraste dans les cas de Félida et surtout dans celui de Miss
Beauchamps. Il semblerait que ces diverses personnalités sont en quelque sorte des états
allotropiques de l'individualité totale.
Toute réincarnation amenant fatalement un tonus vibratoire tout à fait distinct de celui de
la vie de l'espace et des existences antérieures, il est naturel dans ces conditions qu'à
chaque retour ici-bas l'être qui se réincarne diffère plus ou moins de ce qu'il était
antérieurement, tout en conservant une individualité inaltérable.
L'HÉRÉDITÉ ET LES ENFANTS PRODIGES
La science matérialiste attribuant les facultés intellectuelles au fonctionnement du cerveau,
la suite des études que j'ai poursuivies m'obligeait nécessairement à rechercher dans quelle
mesure les phénomènes de l'hérédité pouvaient fournir une explication du cas des enfants
prodiges.

Nous avons vu que par le mot « hérédité » on désigne la transmission des caractères anatomiques
et physiologiques entre les parents et leurs descendants ; c'est un fait indiscutable.
Mais la science actuelle n'en fournit aucune explication valable. Toutes les théories imaginées
par Herbert Spencer, Darwin, Neegeli, Weissmann, etc., sont absolument incapables de rendre
compte de ce phénomène, car les gemmules, les micelles, l'idioplasma, les ides déterminantes, les
biophores, les pangènes, etc., ne sont que des mots qui ne correspondent à aucune réalité
objective. Il nous sera donc permis, à nous spirites, d'utiliser les connaissances que nous avons
acquises expérimentalement ; elles nous autorisent à formuler une explication, qui, elle, au
moins, a le mérite de s'appuyer sur l'observation et l'expérience.
Puisque le périsprit possède le pouvoir d'organiser la matière, c'est à lui que nous attribuons
cette fonction pour expliquer la formation de l'embryon et du foetus.
Si vraiment le principe spirituel a gravi lentement les échelons de la série zoologique, s'il
a conservé dans sa substance les traces indélébiles (organes atrophiés) de cette évolution, il
est naturel qu'il la reproduise en abrégé pendant les premiers mois de la gestation.
Les caractères secondaires qui appartiennent aux parents peuvent être attribués à une action
magnétique du père et de la mère qui modifie plus ou moins profondément le type périsprital de
l'être qui s'incarne pour lui donner une ressemblance avec ses progéniteurs.
Cette hérédité physique n'est ni générale, ni absolue ; cependant elle existe parfois, et ceci
n'est pas contradictoire avec l'explication que j'en donne.
Il en est tout autrement lorsqu'il s'agit de l'hérédité psychologique. Celle-ci n'existe pour ainsi
dire jamais, et si parfois on peut découvrir des aptitudes intellectuelles semblables entre les
parents et leurs descendants, ces similitudes ne sont jamais des transmissions directes.
Un mathématicien, par exemple, ne communiquera pas à son fils la connaissance de l'algèbre,
pas plus qu'un linguiste ne lui donnera celle des langues qu'il connaît parfaitement.
J'ai cité de nombreux exemples qui démontrent non seulement qu'une quantité d'hommes de
génie sont sortis des milieux les plus obscurs, dans lesquels il serait impossible de
découvrir la cause de leurs facultés éminentes, mais aussi que les plus grands hommes
n'ont eu souvent que des enfants dégénérés.
L'hérédité psychologique est si peu fréquente qu'un certain nombre de physiologistes ont été
contraints d'imaginer une loi d'innéité. En réalité, c'est bien ce qui a lieu. Chaque être, en
revenant sur la terre, apporte en soi tout le bagage de son passé et manifeste parfois
dès la plus tendre enfance des connaissances si prodigieuses qu'il est matériellement
impossible de les attribuer à l'hérédité ou au fonctionnement de la matière cérébrale qui n'a pu
encore acquérir toutes ses propriétés fonctionnelles.
Toutes les formes de l'intelligence se sont manifestées avec un éclat incomparable chez des musiciens
comme Mozart ou Beethoven, avant même qu'ils aient pu connaître les notions
fondamentales de leur art.
Il en fut de même pour des peintres tels que Giotto et des sculpteurs comme Michel-Ange,
qui à l'âge de 8 ans n'avait plus rien à apprendre de la technique de son métier.
Que dire pour expliquer le cas invraisemblable, mais cependant bien réel, d'un Hennecke qui, à 2
ans, savait trois langues, et à 2 ans 1/2, tétant encore sa nourrice, put subir un examen sur
l'histoire et la géographie. D'un Hamilton connaissant à 3 ans l'hébreu et à 7 ans se
trouvant plus avancé que la plupart des candidats à l'agrégation.
Il est bien certain que le cerveau de ces enfants ne devait servir que mécaniquement pour
l'énonciation des idées, car il eût été incapable d'enregistrer, en raison de son
développement incomplet, la multitude des connaissances des associations d'idées et des
raisonnements que ces sciences nécessitent.
Comme je l'ai dit, c'était probablement par un phénomène d'extériorisation que l'esprit
incarné manifestait ses prodigieuses aptitudes qu'il n'avait pu acquérir évidemment que dans
ses existences passées.
Ces phénomènes sont si embarrassants pour la science matérialiste qu'elle les passe soigneusement
sous silence.

LES RÉMINISCENCES
J'ai indiqué déjà les raisons pour lesquelles le souvenir du passé qui se manifeste d'une

manière si éclatante chez les enfants prodiges n'est pas généralement conservé. Cependant,
comme il n'existe pas de règles sans exception, il se peut que parfois l'esprit incarné, sous
l'empire de différentes circonstances, recouvre momentanément une partie de ses souvenirs
antérieurs en se retrouvant dans les lieux qu'il a autrefois habités.
Ces réminiscences peuvent être vagues, mais quelquefois elles acquièrent assez d'intensité
pour imposer à celui qui les ressent la certitude qu'il a déjà vu le pays où il se trouve et
même qu'il y a habité.
Ni le sentiment du déjà vu, ni la clairvoyance ne suffisent dans certains cas pour
expliquer complètement ce phénomène. Il ne reste plus alors que la théorie des vies antérieures
pour en rendre compte.
C'est ainsi que nous avons vu, comme il fallait s'y attendre, que la réminiscence, bien
que généralement imprécise, est assez fréquente dans le jeune âge. Mais dans
l'impossibilité de vérifier la réalité de ces impressions, je ne les ai indiquées que pour
ne rien négliger, en réservant pour la suite les exemples authentiques où la réminiscence a
été contrôlée.
Avec les cas du major Wellesley, du clergyman et Mme de Krapkoff, nous faisons un pas en
avant.

VÉRITABLES SOUVENIRS DE VIES ANTÉRIEURES
Ce n'est plus le simple sentiment du déjà vu ; chaque percipient a la sensation nette d'avoir vécu
là autrefois et de ne pas assister simplement à une vision qui ressusciterait le passé.
Mais combien plus démonstratif est le cas de la dame russe : dès son enfance elle dessine
sans modèles des personnages vêtus comme au XVIIIème siècle ; et elle reconnaît le château
de Versailles et les ruines de Marly sans les avoir jamais vus ; elle a la sensation très
nette d'y avoir vécu autrefois.
Il en est de même pour Mme Katherine Bates, dont l'écriture antérieure est reconnue
comme étant celle qu'elle possédait autrefois ; puis la vision, la connaissance si approfondie du
village de Broadway, sont vraiment démonstratives puisque, dans son existence actuelle, elle
n'avait jamais connu ce pays, qu'elle ignorait que son ancêtre y avait vécu, ce qui exclut
l'hypothèse que la clairvoyance ait pu être la source de ces notions si précises.
L'enquête du Dr Gaston Durville, à propos de la vie antérieure de Mme Raynaud, est
tout à fait intéressante en raison de la documentation exacte qui a été réunie pour en
vérifier toutes les circonstances. C'est vraiment un exemple de souvenir d'une vie
précédente, car aucune autre hypothèse ne peut en expliquer tous les incidents.
On a vu dans mon rapport au congrès de 1898 que beaucoup d'hommes célèbres affirment se
souvenir avoir vécu autrefois. Il est impossible de ne pas tenir compte chez les modernes des
attestations d'hommes tels que Lamartine et Méry, si démonstratives à différents égards.
Il en est de même pour le Père Gratry ; il déclare que le génie de la langue latine lui fut
révélé tout d'un coup (du dedans au dehors), c'est vraiment un réveil d'une science jadis
apprise.
Il en est indiscutablement de même pour Nelly Foster, qui reconnaît un pays qu'elle n'a
jamais vu depuis sa naissance et désigne les personnes avec lesquelles elle avait été en
rapport dans son incarnation précédente, quand elle se nommait Maria.
Il ne peut s'agir ici de connaissance cryptesthésique, personne n'ayant parlé à l'enfant du
pays que sa famille avait précédemment habité.
Il en est de même pour le cas rapporté par le commandant Mantin, où une fillette désigne
exactement les noms des localités espagnoles où elle n'avait jamais passé pendant le cours
de sa vie actuelle.
Il est du plus haut intérêt de faire remarquer que les cas de souvenirs des vies antérieures
peuvent s'observer dans tous les pays, chez toutes les races et à toutes les époques, et
même dans les milieux où les idées de réincarnation sont complètement inconnues ; il
semble donc que ces faits spontanés sont bien réellement des manifestations de la continuité de
la mémoire subconsciente.
Leur rareté relative n'est pas une raison suffisante pour nier ceux que nous avons
recueillis.

En effet, nous avons vu que dans l'Inde les exemples de souvenirs de vies antérieures sont
assez communs ; les cas signalés par le Dr Moutin sont bien contrôlés et ne peuvent se
comprendre que si l'on admet la réincarnation. Ceux de reconstitution de l'individualité
tout à fait inconnue des enfants qui prétendent avoir été des personnages ayant
réellement existé sont également du plus haut intérêt.
Les exemples Tucker en Italie et du Major Welch, dans l'Inde, s'ils étaient mieux documentés,
seraient entièrement et complètement démonstratifs.
Je les ai notés pour mémoire, mais les récits de M. Courtain et le cas de la Havane ont
été sérieusement observés et prouvent la survivance de la mémoire de la dernière
incarnation de certains enfants.
Je n'ignore aucune des critiques que l'on peut élever relativement à la méthode historique,
et en ce qui concerne la valeur de témoignages puisés à des sources si différentes, il eût
été nécessaire que des enquêtes semblables à celles faites par MM. les Dire Moutin et
Durville eussent été effectuées pour leur vérification.
Mais il n'est pas permis de négliger systématiquement les exemples que j'ai recueillis. Il me
parait impossible en effet, que tant de témoignages fournis par des personnes
honorables, inconnues les unes des autres, appartenant à toutes les classes de la société,
n'ayant aucun intérêt pour tromper, soient complètement dénués de valeur.
Ils émanent de sources si diverses et ont cependant tant de caractères communs qu'il est
impossible de les attribuer à la fantaisie des narrateurs ou à l'imagination des enfants,
d'autant mieux que parfois ils se sont produits spontanément dans des milieux où toute idée
de vie antérieure était absolument étrangère, aussi bien aux parents qu'aux enfants.
Il faudrait fermer volontairement les yeux pour ne pas comprendre l'importance de semblables
constatations ; ce sont des faits et nul n'a scientifiquement le droit de les négliger.
Jusqu'à preuve du contraire, ils m'apparaissent comme des démonstrations positives de
l'indiscutable réalité des vies antérieures.

ANNONCE DE FUTURES RÉINCARNATIONS
S'il est utile de noter soigneusement les cas de reviviscence de la mémoire, il est non moins
nécessaire d'enregistrer les récits dans lesquels l'annonce a été faite d'une future
réincarnation.
Tantôt c'est spontanément que cette prédiction a lieu ; d'autres fois elle s'est produite
pendant le sommeil, et enfin au cours de séances spirites.
Nous avons vu ces révélations se manifester sous les formes les plus variées. C'est d'abord la
petite fille qui, avant sa mort, a l'intuition si nette d'être appelée à revenir qu'elle fixe le
jour de sa nouvelle naissance.
Puis c'est le cas où l'esprit désincarné informe en rêve sa mère et celle qui fut sa sueur
qu'il renaîtra chez cette dernière, et le nouveau-né a tous les caractères physiques identiques
à ceux que sa première maman lui a vus en rêve.
Ce sont là des complications qu'aucun hasard ne pourrait combiner.
C'est encore par une vision que la femme du capitaine Batista apprend que sa chère petite
Blanche lui reviendra, et celle-ci est si bien une réincarnation de la première Blanche
qu'elle se souvient de la cantilène en langue française qui l'avait si souvent endormie dans
sa vie précédente.
La reviviscence du souvenir est plus complète dans le cas de Nelly Foster où tous les
détails de sa vie antérieure sont ressuscités avec une entière fidélité.
Ce sont là des faits éminemment convaincants, qui à eux seuls suffiraient, pour appuyer
solidement la théorie des vies successives, car vraiment aucune autre explication logique
ne pourrait intervenir.
J'ai montré que dans les séances spirites il a été très fréquemment annoncé par les esprits
qu'ils renaîtraient dans certaine famille désignée à l'avance, avec des signes caractéristiques,
et que ces prédictions se sont réalisées minutieusement.
Il est utile de signaler le caractère moral qui se dégage de certaines de ces observations;
d'une manière générale, les âmes qui viennent reprendre un corps le font dans le but de
s'améliorer et elles l'annoncent explicitement comme une nécessité qui leur est imposée par

la justice immanente.
C'est là un trait commun de l'enseignement des guides spirituels, puisque nous l'avons vu
signaler en Angleterre à Mme Bates et dans les groupes lyonnais.
Tels furent les cas cités par MM. Bouvier, Toupet, Jaffeux.
Ils sont en quelque sorte résumés et complétés par le récit du Dr Samona, où l'annonce de
la future réapparition de la petite Alexandrine se complique de celle d'une soeur jumelle
avec une telle abondance de preuves que le doute est impossible.
Non seulement le caractère, les habitudes d'Alexandrine n°1 se retrouvent chez la nouvelle
venue, mais encore des souvenirs très précis qui ne permettent pas de douter que la
petite disparue ne soit revenue de nouveau.
Ce serait faire injure à nos lecteurs que d'insister davantage pour signaler toute l'importance
de ces cas. Est-il possible qu'un tel ensemble de phénomènes de toute nature soit le fait de
simples coïncidences ?
Comment pourrait-on expliquer les propriétés du corps spirituel qui ressuscite sa forme
ancienne dans les séances de matérialisation ? Si l'on n'admet pas qu'ils ont été acquis icibas,
qui donc pourra nous donner une explication logique des souvenirs et des réminiscences
dont nous avons trouvé un si grand nombre d'exemples ?
Comment se refuser à croire aux prédictions faites dans les séances spirites quand elles se
réalisent avec une si parfaite exactitude ?
Tous ces phénomènes en apparence si différents les uns des autres ont une explication
commune.
C'est celle de la réincarnation qui nous montre l'esprit gravissant lentement la route ardue
qui doit le conduire au bonheur, prix de ses efforts incessants.

CHAPITRE XIV

Conclusion.
L’explication logique des inégalités intellectuelles et morales. – L’oubli du passé. – Le problème de
l’existence du mal. – Le progrès. – Conséquences morales de la doctrine.
Pendant tout le cours de cet ouvrage, je me suis efforcé de présenter aux lecteurs les
faits de nature diverse qui paraissent prouver scientifiquement la démonstration des vies
successives.
J'ai négligé volontairement les enseignements qui nous ont été donnés par les esprits au sujet
de la grande loi de l'évolution spirituelle, je dois maintenant les résumer sommairement, afin
qu'on puisse en apprécier l'importance et la grandeur.
Ils éclairent d'un jour inattendu le problème de la destinée humaine en nous offrant des
solutions nouvelles sur la nature divine et sur la véritable destinée qui est réservée à
tous les êtres humains.
En effet, les philosophes spiritualistes de nos jours se sont assez peu occupés de l'origine de
l'âme ; si son avenir les a intéressés, il ne paraît pas qu'il en soit de même de son passé.
Il semble pourtant que les deux problèmes se tiennent et qu'ils sont égaux en mystère.
Les théologiens ont mis plus de zèle à élaborer cette question ; elle tenait de près à la base
même sur laquelle repose le christianisme la transmission du péché originel. Leurs opinions
s'accordent assez peu et peuvent se réduire à deux hypothèses. Les uns ont admis que toutes
les âmes étaient contenues dans celle d'Adam, qu'elles se transmettaient par génération :
telle était en particulier l'opinion de Tertullien, saint Jérôme et Luther ; Leibniz et
Malebranche se sont ralliés à cette doctrine. Celle-ci n'a pas été admise universellement
et l'opinion commune est qu'il faut un acte de la volonté divine pour créer une âme à
chaque naissance. Mais ici nous nous heurtons à des difficultés logiquement insurmontables, car
cette hypothèse est inconciliable avec la bonté et la justice de Dieu.
Aux preuves classiques concernant la démonstration de l'existence de la cause première, le
spiritisme est venu en ajouter une nouvelle, en quelque sorte expérimentale, qui résulte de
nos rapports avec les Esprits désincarnés. L'étude des communications spirites nous a
prouvé, d'une manière irréfutable, que la situation de l'âme, après la mort, est régie par une
loi de justice infaillible d'après laquelle chaque être se trouve dans des conditions
d'existence qui sont rigoureusement déterminées par son degré évolutif et par les efforts qu'il
a faits pour s'améliorer.
Nos rapports avec l'Au-delà nous ont encore appris qu'il n'existe ni enfer, ni paradis, mais
que la loi morale impose des sanctions inéluctables à ceux qui l'ont violée, alors qu'elle
réserve des félicités profondes à ceux qui se sont efforcés de pratiquer le bien sous toutes ses
formes1. Cette bonté et cette justice de l'Etre tout-puissant semblent se trouver en défaut
lorsque nous examinons les formidables inégalités physiques, morales et intellectuelles qui
existent entre tous les êtres dès leur naissante.
Pourquoi, dirons-nous avec Allan Kardec, si le but que nous devons atteindre est le même
pour tous, la puissance souveraine favoriserait-elle certaines de ses créatures en refusant
aux autres les mêmes facultés pour arriver au bonheur futur ? Il n'est que trop évident
qu'il existe entre les races qui peuplent la terre des différences profondes de mentalité et
même dans chaque nation, dès la naissance, une formidable inégalité entre tous les individus. Il
1 Voir Le Ciel et l'Enfer, d'Allan KARDEC ; dans cet ouvrage on trouvera la justification de
ces affirmations. Consulter également le Livre des Esprits dans lequel est synthétisé
l'enseignement spirite.

est absolument certain que l'âme de l'enfant montre, dès son jeune âge, des aptitudes diverses et
indépendantes de l'éducation. Pourquoi certains décèlent-ils, dès leur tendre enfance, des
aptitudes pour les arts et les sciences, tandis que d'autres restent médiocres ou
inférieurs toute leur vie ?
D'où viennent chez les uns les idées innées ou intuitives qui n'existent pas chez d'autres ?
Comment admettre qu'une âme neuve, venant pour la première fois ici-bas, soit déjà
pétrie de vices et témoigne d'irrésistibles propensions pour le crime, tandis que d'autres,
même dans des milieux inférieurs, possèdent des sentiments très nets de dignité et de
douceur?
Quel sera le sort des enfants morts en bas âge et pourquoi la puissance infinie crée-t-elle
des âmes qui doivent habiter des corps d'idiots et de crétins, sans utilité sociale ?
Il est de toute évidence que l'éducation est impuissante pour donner aux hommes les
facultés qui leur font défaut, et qu'elle développe simplement celles qu'ils apportent à la
naissance.
Si vraiment notre éternité future dépend d'un seul passage ici-bas (qui n'est à peine qu'une
seconde dans l'immensité des temps), Dieu étant l'être éternel, infini, omniscient, pour lequel il
n'existe ni passé ni futur, sait d'avance quel sort est réservé à chaque créature à laquelle il
donne l'existence ; l'on est donc en droit de se demander pourquoi il crée ces monstres, dont la
vie n'est qu'une série de crimes devant être châtiés par des supplices sans fin. De même,
sachant ce qui doit advenir pour chacun de nous, pourquoi favorisera-t-il les uns aux dépens des
autres, ce qui est contraire à la fois à la bonté et à la justice de celui que Jésus a appelé
«le Père céleste », dont l'amour doit s'étendre à tous ceux qui sortent de lui ? Lorsqu' une
doctrine philosophique ou un dogme religieux conduit à de telles inconséquences, logiquement
on peut être assuré que ce dogme ou cette doctrine sont des erreurs manifestes, et l'on est en
droit de rechercher une explication meilleure de ces apparentes anomalies. Dès lors,
l'explication par les vies successives acquiert une valeur incontestable, puisqu'elle offre une
solution raisonnable de tous les problèmes qui, sans elle, sont insolubles. En effet, si l'on
admet que la naissance actuelle est précédée par une série d'existences antérieures, tout
s'éclaire d'un jour nouveau et s'explique aisément. Les hommes apportent en naissant
l'intuition de ce qu'ils ont acquis, ils sont plus ou moins avancés selon le nombre d'existences
qu'ils ont parcourues. La création étant continue, dans une société, il existe en même temps
des êtres dont l'âge spirituel diffère considérablement. De là proviennent les inégalités
morales et intellectuelles qui les différencient. Nous pouvons donc dire avec Allan Kardec :
« Dieu, dans sa justice, n'a pu créer des âmes plus ou moins parfaites ; mais, avec la pluralité des existences,
l'inégalité que nous voyons n'a plus rien de contraire à l'équité la plus rigoureuse ; c'est que nous en voyons le
présent et non le passé. Ce raisonnement repose-t-il sur un système, une supposition gratuite ? Non,
nous partons d'un fait patent, incontestable, l'inégalité des aptitudes et du développement intellectuel et
moral, et nous trouvons ce fait inexplicable par toutes les théories qui ont cours ; tandis que
l'explication en est simple, naturelle, logique par une autre théorie. Est-il rationnel de préférer celle qui
n'explique pas à celle qui explique ? »
Si toutes les âmes doivent passer par toutes les situations sociales et par toutes les
conditions physiques pour se développer moralement et intellectuellement, les inégalités
de toute nature qui se constatent entre les êtres, dans une société, se compensent dans
la série des vies successives. Chacun à tour de rôle occupe tous les degrés de
l'échelle sociale, ce qui crée une parfaite égalité dans les conditions du développement
des êtres ; en vertu de la loi de justice, tous se trouvent, à chaque instant, dans la
condition sociale qui convient le mieux à leur progrès individuel, car toute
renaissance est conditionnée par les conséquences des vies antérieures.
Toute faute entraîne des effets inéluctables ; j'ai montré comment s'opère, d'une
manière en quelque sorte automatique, cette justice distributive qui est infaillible.
L'OUBLI DU PASSÉ
L'objection la plus communément faite à la Palingénésie, c'est l'oubli presque général

des existences antérieures. Dès lors, il semblerait illogique, au point de vue de la
justice, de nous faire expier dans une existence des fautes commises dans des vies
passées dont nous aurions perdu le souvenir. Il est bon de faire observer, tout d'abord,
que l'oubli d'une faute ou d'un crime n'en atténue pas les conséquences, et que la
connaissance de ces fautes serait, pour beaucoup d'entre nous, un fardeau
insupportable et une cause de découragement qui nous enlèverait la force de lutter
pour notre relèvement. D'ailleurs, si la rénovation du passé était générale, elle
perpétuerait les dissentiments, les haines qui ont été les causes des fautes antérieures et
s'opposerait à tout progrès. C'est donc un bien que nous revenions chaque fois sur la
terre avec une âme allégée du poids du passé. Mais il est bon de faire observer
également que tous les incidents malheureux de notre vie ne sont pas nécessairement
les expiations des fautes antérieures. En effet, ces épreuves sont des conditions
indispensables pour nous obliger à vaincre notre égoïsme et à développer les facultés ou
les vertus qui nous font défaut. D'ailleurs cet oubli du passé n'est pas permanent, ni
absolu. Nous l'avons constaté, puisque déjà sur la terre nous avons signalé des cas où
la mémoire des existences passées a été conservée. A un certain degré d'élévation, nous
retrouvons, dans l'au-delà, entre deux incarnations, le souvenir de nos vies antérieures,
et ceci nous permet de mieux connaître ce qui nous manque encore pour nous élever
dans la hiérarchie des esprits, en développant toutes les virtualités intellectuelles ou
morales, qui sont en germe dans notre conscience et dont l'épanouissement doit nous
conduire au plus haut sommet de la spiritualité. Cette vue, en quelque sorte panoramique,
de notre évolution spirituelle nous procure le sentiment de notre identité, et la
perpétuité de notre être spirituel.
L'oubli des incidents de nos vies antérieures est nécessaire pour que nous puissions
abandonner plus facilement les erreurs et les préjugés contractés au cours de ces
existences. Cependant la justice exige que nous rachetions nos fautes lorsque nous les
avons commises sciemment. C'est pourquoi, ainsi que le dit le Dr Geley :
« Chacun de nos actes, de nos travaux, de nos efforts, de nos peines, de nos joies et de nos souffrances, de
nos erreurs et de nos fautes, a une répercussion fatale, des réactions mentales dans l'une ou l'autre de nos
existences. »

LE PROBLÈME DE L'EXISTENCE DU MAL.
Si le spiritisme a conquis des millions d'adeptes, dans le monde entier, ce n'est pas
seulement parce qu'il apporte à l'humanité la démonstration scientifique de l'existence
de l'âme et de son immortalité, c'est aussi parce qu'il propose des solutions logiques
pour toutes les énigmes que les religions ou les philosophies n'ont pu résoudre
jusqu'alors. Il ne se contente pas de consoler ceux que le chagrin de perdre les êtres
qu'ils aimaient avait réduits au désespoir, il répond à nos interrogations sur notre
origine et nos destinées par des théories qui s'accordent aussi bien avec la justice et la
bonté de Dieu, qu'avec les exigences de la science.
Quelle plus angoissante question que celle de l'existence du mal ? Comment un être toutpuissant
le laisse-t-il subsister, s'il ne dépend que de sa volonté que ce mal disparaisse ?
Pourquoi les biens naturels, santé, force, intelligence, semblent-ils distribués au hasard,
aussi bien que la fortune et les honneurs, alors que le plus souvent ils sont l'apanage
de ceux qui en sont le moins dignes ? Pourquoi ces calamités qui ravagent des pays tout
à coup en plongeant dans la douleur des milliers d'êtres innocents ? Interrogez les
religions et elles ne vous répondront qu'en invoquant la libre décision de la Divinité
qui peut, à son gré, faire des vases d'élection ou d'impureté. L'arbitraire d'une telle
doctrine saute aux yeux. Un père juste et bon ne peut pas, sous peine d'une
monstrueuse partialité, prédestiner les uns à l'abjection, alors que d'autres n'auront
qu'à se laisser vivre pour arriver à la félicité suprême.
La doctrine des vies multiples nous fait entrevoir une partie de la solution du
problème. Si l'on revient un grand nombre de fois sur la terre, le jeu des
réincarnations nous placera successivement dans toutes les positions possibles, et
l'inégalité réelle qui existe pour une seule vie se compense quand on embrasse la
multiplicité des conditions physiques, morales, intellectuelles et sociales, que l'on a tour à
tour occupées ici-bas. Ce qu'il y aurait d'arbitraire disparaît si tous les êtres intelligents
subissent des épreuves semblables et le sentiment de justice que chacun porte gravé
en soi en est satisfait.

LE PROGRÈS
Le mal n'est plus alors une fatalité inéluctable et méchante, de laquelle on ne pourrait
pas s'affranchir ; il apparaît comme un aiguillon, comme une nécessité destinée à pousser
l'homme dans la voie du progrès. Malgré tous les sophismes des rhéteurs, il est certain que le
progrès n'est pas une utopie. L'existence de l'homme, à l'époque quaternaire, errant à travers
les forêts ou gîtant dans les cavernes, n'est pas comparable à celle du plus misérable
paysan de nos contrées modernes. A mesure que nous pénétrons davantage le mécanisme de
la nature, nous pouvons utiliser les sciences pour améliorer notre situation physique ; c'est ce
qui a eu lieu au cours des âges par la transformation graduelle des plantes qui sont utiles à
notre alimentation, par l'assainissement des contrées insalubres, par le redressement et la
régularisation des cours d'eau qui suppriment les inondations, etc. ; de même les fléaux
naturels, tels que le choléra, la peste, la diphtérie, la rage diminuent chaque jour d'intensité
à la suite des immortelles découvertes de Pasteur et de ses élèves. Nous avons le droit
d'espérer que, grâce aux progrès de l'hygiène, la tuberculose et les autres maladies
épidémiques qui déciment encore l'humanité ne seront plus, d'ici quelques années, qu'un
mauvais rêve que la lumière de la science aura fait disparaître.
La civilisation assure à l'homme une sécurité que ses précurseurs ne connaissaient pas, de
même que l'agriculture et l'industrie lui ont procuré un bien-être que ses ancêtres n'auraient
jamais osé rêver. Les communications rapides entre toutes les parties du monde ont fait
disparaître ces famines périodiques qui ont été le fléau de l'antiquité et du moyen âge,
comme les progrès de l'hygiène ont diminué les épidémies.
Au point de vue moral, les progrès ont été plus lents ; la lutte pour l'existence est encore
cruelle, surtout dans les villes, mais qui aurait le front de comparer le prolétariat actuel à
l'esclavage antique ? Si les guerres ne semblent pas sur le point de disparaître, elles ont
perdu une partie de leur horreur primitive. On n'arrache plus des populations entières de
leurs foyers pour être vendues à l'encan et les souverains ne passent plus leur temps,
comme en Assyrie ou en Egypte, à crever les yeux des prisonniers ou à élever des pyramides
avec leurs membres mutilés. Après l'horreur du carnage, les blessés sont recueillis et
soignés, la fureur homicide s'éteint quand la bête humaine est repue. On soigne les blessés
au lieu de les achever. Le sentiment de la solidarité s'affirme par la multiplication des hôpitaux,
par les pensions aux vieillards, par l'aide apportée aux infirmes aussi bien que par les
associations qui garantissent leurs membres contre les risques de la maladie et du
chômage. On sent qu'un nouvel état de choses est en train de s'élaborer ; s'il est encore
rudimentaire et trop défectueux sur beaucoup de points, il n'est pas interdit de penser
qu'il prendra de jour en jour un plus grand essor. L'évolution vers le mieux apparaît
comme la conséquence de l'élévation intellectuelle de la masse sociale, que l'instruction,
libéralement distribuée, commence à faire sortir de la torpeur dans laquelle elle croupissait
pendant tant de siècles pour le profit exclusif de ses exploiteurs. On n'attend plus le
bonheur d'une intervention surnaturelle. On comprend qu'il sera le résultat de l'effort
collectif de tous. Il faut laisser aux amateurs de paradoxes faciles la négation du progrès,
car celui-ci apparaît comme la loi spirituelle qui régit l'univers entier.
Il en résulte donc que nous sommes créateurs d'un déterminisme ultérieur qui sera la
conséquence de nos actions passées, tout en possédant la possibilité de modifier nos existences
futures dans le sens le plus favorable, suivant le degré de liberté morale et intellectuelle en
rapport avec le point de l'évolution où nous sommes parvenus.

CONSÉQUENCES MORALES
Les vies successives ont pour objet le développement de l'intelligence, du caractère, des facultés,
des bons instincts et la suppression des mauvais.
L'évolution étant continue et la création perpétuelle, chacun de nous, au cours de ses
existences, est à tout instant ce qu'il s'est fait lui-même. En effet, chacun de nos actes emporte
avec soi une sanction inévitable qui peut ne pas s'exercer immédiatement, mais qui, tôt ou
tard, aura une répercussion certaine dans des vies futures.
Les inégalités morales et intellectuelles ne sont donc plus le résultat de décisions
arbitraires de la divinité et la justice ne s'en trouve pas offensée.
Partant tous du même point pour aboutir au même but, qui est le perfectionnement de notre
être passant par toutes les situations terrestres, il existe, en réalité, une parfaite égalité
entre tous les individus, les différences se compensant au cours des vies multiples.
Cette communauté d'origine nous montre clairement que la fraternité n'est pas un vain mot. A
tous les degrés de développement, nous nous sentons reliés les uns aux autres, de sorte qu'il
n'existe aucune différence radicale entre tous les peuples, en dépit de la couleur de leur peau ou
de leur degré d'avancement. L'évolution n'est pas seulement individuelle, elle est collective.
Chaque nation se réincarnant par groupe, il existe une responsabilité collective comme il en
existe une individuelle ; il en découle que, quelle que soit notre position dans la société, nous
avons intérêt à l'améliorer, puisque en réalité, c'est notre sort futur que nous préparons
ainsi.
L'égoïsme est donc à la fois un vice et un mauvais calcul, car l'amélioration générale ne peut
résulter que du progrès individuel de chacun des membres qui constituent la société ; lorsque ces
grandes vérités seront bien comprises, on trouvera moins de dureté parmi ceux qui
possèdent et moins de haine et d'envie dans les classes inférieures.
Si ceux qui détiennent la richesse étaient persuadés que leur prochaine incarnation pourrait
s'accomplir dans les classes indigentes, ils auraient un intérêt évident à améliorer les
conditions sociales des travailleurs ; réciproquement, ceux-ci accepteraient avec résignation
leur situation momentanée, sachant que plus tard ils pourront être à leur tour parmi les
privilégiés.
La Palingénésie est donc une doctrine essentiellement rénovatrice ; elle est un facteur
d'énergie, puisqu'elle stimule en nous la volonté sans laquelle aucun progrès individuel ou
général ne saurait se réaliser.
La solidarité s'impose donc à nous comme une condition essentielle du progrès social ;
c'est une loi de nature que l'on peut distinguer déjà dans les sociétés animales qui se sont
constituées pour résister à la loi brutale de la lutte pour la vie.
Le mal n'est donc pas une nécessité fatale qui serait imposée à l'humanité ; celle-ci peut
et doit s'en affranchir, elle résulte purement et simplement de notre ignorance des lois
physiques et morales qui régissent le monde.
En résumé, la théorie des vies successives satisfait toutes les aspirations de nos âmes
qui exigent une explication logique du problème de la destinée. Elle se concilie
parfaitement avec l'idée d'une providence, à la fois juste et bonne, qui ne punit jamais
nos fautes par des supplices éternels, mais qui nous laisse à chaque instant le pouvoir
de réparer nos erreurs en nous élevant lentement, par nos propres efforts, en gravissant
les degrés de cette échelle de Jacob dont les premiers échelons plongent dans
l'animalité et dont les plus hauts s'élèvent jusqu'à la spiritualité la plus parfaite.
Nous pouvons dire avec Maeterlinck :
« Reconnaissons en passant qu'il est fort regrettable que les arguments des théosophes et des
néo-spirites ne soient pas péremptoires ; car il n'y eut jamais croyance plus belle, plus juste, plus pure,
plus morale, plus féconde, plus consolante et jusqu'à un certain point plus vraisemblable que la leur.
Seule, avec sa doctrine des expiations et des purifications successives, elle rend compte de
toutes les inégalités sociales, de toutes les injustices abominables du destin. Mais la qualité d'une
croyance n'en atteste pas la vérité. Bien qu'elle soit la religion de six cent millions d'hommes, la plus
proche des mystérieuses origines, la seule qui ne soit pas odieuse, et la moins absurde de toutes, il lui
faudra faire ce que ne firent pas les autres, nous apporter d'irrécusables témoignages et, ce qu'elle
nous a donné jusqu'ici n'est que la première ombre d'un commencement de preuve. »

Ces preuves que demande M. Maeterlinck, je crois les avoir apportées.
C'est maintenant une démonstration positive que que nous possédons et elle nous permet
de comprendre non seulement la survie du principe pensant, mais aussi son immortalité,
puisque pendant des millions d'années nous avons évolué sur cette terre que nous
quitterons le jour où nous n'aurons plus rien à y apprendre.




L’immortalité et la réincarnation ; livre en version complete par GABRIEL DELANNE (suite 1) (Spiritualité, Nouvel-Age - Réincarnation)    -    Auteur : Melanie - Canada


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