Spiritualité, Nouvel-Age - Editions, Livres
LE LIVRE DES MEDIUMS par ALLAN KARDEC (suite)

DEBUT DU LIVRE
«Aucun, si cet Esprit est votre égal ou votre supérieur en moralité - je
dis en moralité, et non en intelligence, - parce que vous n'avez sur lui
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aucune autorité ; s'il est votre inférieur, vous le pouvez si c'est pour son
bien, car alors d'autres Esprits vous seconderont.» (N° 279.)
11. Y a-t-il de l'inconvénient à évoquer des Esprits inférieurs, et peuton
craindre, en les appelant, de se mettre sous leur domination ?
«Ils ne dominent que ceux qui se laissent dominer. Celui qui est assisté
par de bons Esprits n'a rien à craindre ; il s'impose aux Esprits inférieurs,
et ceux-ci ne s'imposent pas à lui. Dans l'isolement les médiums, surtout
ceux qui commencent, doivent s'abstenir de ces sortes d'évocations.»
(N° 278.)
12. Est-il nécessaire d'apporter quelques dispositions particulières
dans les évocations ?
«La plus essentielle de toutes les dispositions, c'est le recueillement
quand on veut avoir affaire à des Esprits sérieux. Avec la foi et le désir
du bien, on est plus puissant pour évoquer les Esprits supérieurs. En
élevant son âme par quelques instants de recueillement au moment de
l'évocation, on s'identifie avec les bons Esprits et on les dispose à venir.»
13. La foi est-elle nécessaire pour les évocations ?
«La foi en Dieu, oui ; la foi viendra pour le reste si vous voulez le bien
et si vous avez le désir de vous instruire.»
14. Les hommes réunis dans une communauté de pensée et
d'intentions ont-ils plus de puissance pour évoquer les Esprits ?
«Quand tous sont réunis par la charité et pour le bien, ils obtiennent de
grandes choses. Rien n'est plus nuisible au résultat des évocations que la
divergence de pensées.»
15. La précaution de faire la chaîne en se donnant la main pendant
quelques minutes au commencement des réunions est-elle utile ?
«La chaîne est un moyen matériel qui ne met pas l'union entre vous si
elle n'existe pas dans la pensée ; ce qui est plus utile que tout cela, c'est
de s'unir dans une pensée commune en appelant chacun de son côté de
bons Esprits. Vous ne savez pas tout ce que pourrait obtenir une réunion
sérieuse d'où serait banni tout sentiment d'orgueil et de personnalité, et
où régnerait un parfait sentiment de mutuelle cordialité.»
16. Les évocations à jours et heures fixes sont-elles préférables ?
«Oui, et si c'est possible dans le même lieu : les Esprits y viennent plus
volontiers ; c'est le désir constant que vous avez qui aide les Esprits à
venir se mettre en communication avec vous. Les Esprits ont leurs
occupations qu'ils ne peuvent quitter à l'improviste pour votre
DES EVOCATIONS 293
satisfaction personnelle. Je dis dans le même lieu, mais ne croyez pas
que ce soit une obligation absolue, car les Esprits viennent partout ; je
veux dire qu'un lieu consacré à cela est préférable, parce que le
recueillement y est plus parfait.»
17. Certains objets, tels que médailles et talismans, ont-ils la propriété
d'attirer ou de repousser les Esprits, ainsi que quelques-uns le
prétendent ?
«Cette question est inutile, car vous savez bien que la matière n'a
aucune action sur les Esprits. Soyez bien certains que jamais un bon
Esprit ne conseille de pareilles absurdités ; la vertu des talismans, de
quelque nature qu'ils soient, n'a jamais existé que dans l'imagination des
gens crédules.»
18. Que penser des Esprits qui assignent des rendez-vous dans des
lieux lugubres et à des heures indues ?
«Ces Esprits s'amusent aux dépens de ceux qui les écoutent. Il est
toujours inutile et souvent dangereux de céder à de telles suggestions :
inutile, parce qu'on n'y gagne absolument rien que d'être mystifié ;
dangereux, non par le mal que peuvent faire les Esprits, mais par
l'influence que cela peut exercer sur des cerveaux faibles.»
19. Y a-t-il des jours et des heures plus propices aux évocations ?
«Pour les Esprits, cela est complètement indifférent, comme tout ce
qui est matériel, et ce serait une superstition de croire à l'influence des
jours et des heures. Les moments les plus propices sont ceux où
l'évocateur peut être le moins distrait par ses occupations habituelles ; où
son corps et son esprit sont le plus calmes.»
20. L'évocation est-elle pour les Esprits une chose agréable ou
pénible ? Viennent-ils volontiers quand on les appelle ?
«Cela dépend de leur caractère et du motif qui les fait appeler. Quand
le but est louable, et quand le milieu leur est sympathique, c'est pour eux
une chose agréable et même attrayante ; les Esprits sont toujours heureux
de l'affection qu'on leur témoigne. Il y en a pour qui c'est un grand
bonheur de se communiquer aux hommes et qui souffrent de l'abandon
où on les laisse. Mais, comme je l'ai dit, cela dépend également de leur
caractère ; parmi les Esprits il y a aussi des misanthropes qui n'aiment
pas à être dérangés, et dont les réponses se ressentent de leur mauvaise
humeur, surtout quand ils sont appelés par des gens indifférents
auxquels ils ne s'intéressent pas. Un Esprit n'a souvent aucun motif pour
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXV 294
venir à l'appel d'un inconnu qui lui est indifférent, et qui est presque
toujours mû par la curiosité ; s'il vient, il ne fait en général que de
courtes apparitions, à moins qu'il n'y ait un but sérieux et instructif dans
l'évocation.»
Remarque. On voit des gens qui n'évoquent leurs parents que pour leur
demander les choses les plus vulgaires de la vie matérielle, par exemple l'un pour
savoir s'il louera ou vendra sa maison, un autre pour connaître le profit qu'il tirera
de sa marchandise, l'endroit où de l'argent a été déposé, si telle affaire sera ou non
avantageuse. Nos parents d'outre-tombe ne s'intéressent à nous qu'en raison de
l'affection que nous avons pour eux. Si toute notre pensée se borne à les croire
sorciers, si nous ne pensons à eux que pour leur demander des renseignements, ils
ne peuvent avoir pour nous une grande sympathie, et l'on ne doit pas s'étonner du
peu de bienveillance qu'ils témoignent.
21. Y a-t-il une différence entre les bons et les mauvais Esprits sous le
rapport de leur empressement à se rendre à notre appel ?
«Il y en a une très grande ; les mauvais Esprits ne viennent volontiers
qu'autant qu'ils espèrent dominer et faire des dupes ; mais ils éprouvent
une vive contrariété quand ils sont forcés de venir pour avouer leurs
fautes, et ils ne demandent qu'à s'en aller, comme un écolier qu'on
appelle pour le corriger. Ils peuvent y être contraints par des Esprits
supérieurs, comme châtiment, et pour l'instruction des incarnés.
L'évocation est pénible pour les bons Esprits quand ils sont appelés
inutilement pour des futilités ; alors ils ne viennent pas, ou bien ils se
retirent.
Vous pouvez dire qu'en principe les Esprits, quels qu'ils soient,
n'aiment, pas plus que vous, à servir de distraction pour les curieux.
Souvent vous n'avez d'autre but en évoquant un Esprit que de voir ce
qu'il vous dira, ou de l'interroger sur des particularités de sa vie qu'il ne
tient pas à vous faire connaître, parce qu'il n'a aucun motif pour vous
faire connaître ses confidences, et vous croyez qu'il va se placer sur la
sellette pour votre bon plaisir ? Détrompez-vous ; ce qu'il n'aurait pas
fait de son vivant, il ne le fera pas davantage comme Esprit.»
Remarque. L'expérience prouve, en effet, que l'évocation est toujours agréable
aux Esprits quand elle est faite dans un but sérieux et utile ; les bons viennent avec
plaisir nous instruire ; ceux qui souffrent trouvent du soulagement dans la
sympathie qu'on leur témoigne ; ceux que nous avons connus sont satisfaits de
notre souvenir. Les Esprits légers aiment à être évoqués par les personnes frivoles,
DES EVOCATIONS 295
parce que cela leur fournit une occasion de s'égayer à leurs dépens ; ils sont mal à
leur aise avec des personnes graves.
22. Les Esprits, pour se manifester, ont-ils toujours besoin d'être
évoqués ?
«Non, ils se présentent très souvent sans être appelés, et cela prouve
qu'ils viennent volontiers.»
23. Lorsqu'un Esprit se présente de lui-même, est-on plus certain de
son identité ?
«En aucune façon, car les Esprits trompeurs emploient souvent ce
moyen pour mieux donner le change.»
24. Lorsqu'on invoque par la pensée l'Esprit d'une personne, cet Esprit
vient-il à nous, alors même qu'il n'y a pas de manifestation par l'écriture
ou autrement ?
«L'écriture est un moyen matériel pour l'Esprit d'attester sa présence,
mais c'est la pensée qui l'attire, et non le fait de l'écriture.»
25. Lorsqu'un Esprit inférieur se manifeste, peut-on l'obliger à se
retirer ?
«Oui, en ne l'écoutant pas. Mais comment voulez-vous qu'il se retire
quand vous vous amusez de ses turpitudes ? Les Esprits inférieurs
s'attachent à ceux qui les écoutent avec complaisance, comme les sots
parmi vous.»
26. L'évocation faite au nom de Dieu est-elle une garantie contre
l'immixtion des mauvais Esprits ?
«Le nom de Dieu n'est pas un frein pour tous les Esprits pervers, mais
il en retient beaucoup ; par ce moyen vous en éloignez toujours
quelques-uns, et vous en éloigneriez bien davantage si elle était faite du
fond du coeur et non comme une formule banale.»
27. Pourrait-on évoquer nominativement plusieurs Esprits à la fois ?
«Il n'y a à cela aucune difficulté, et si vous aviez trois ou quatre mains
pour écrire, trois ou quatre Esprits vous répondraient en même temps ;
c'est ce qui arrive quand on a plusieurs médiums.»
28. Lorsque plusieurs Esprits sont évoqués simultanément, et qu'il n'y
a qu'un seul médium, quel est celui qui répond ?
«L'un d'eux répond pour tous, et il exprime la pensée collective.»
29. Le même Esprit pourrait-il se communiquer à la fois, et séance
tenante, par deux médiums différents ?
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXV 296
«Tout aussi facilement que vous avez des hommes qui dictent
plusieurs lettres à la fois.»
Remarque. Nous avons vu un Esprit répondre en même temps par deux
médiums aux questions qu'on lui adressait, à l'un en anglais et à l'autre en français,
et les réponses étaient identiques pour le sens ; quelques-unes même étaient la
traduction littérale l'une de l'autre.
Deux Esprits évoqués simultanément par deux médiums peuvent établir entre
eux une conversation ; ce mode de communication n'étant pas nécessaire pour eux,
puisqu'ils lisent réciproquement leur pensée, ils s'y prêtent quelquefois pour notre
instruction. Si ce sont des esprits inférieurs, comme ils sont encore imbus des
passions terrestres et des idées corporelles, il peut leur arriver de se disputer et de
s'apostropher par de gros mots, de se reprocher mutuellement leurs torts, et même
de lancer les crayons, corbeilles, planchettes, etc., l'un contre l'autre.
30. L'Esprit évoqué en même temps sur plusieurs points, peut-il
répondre simultanément aux questions qui lui sont adressées ?
«Oui, si c'est un Esprit élevé.»
- Dans ce cas, l'Esprit se divise-t-il, ou bien a-t-il le don d'ubiquité ?
«Le soleil est un, et pourtant il rayonne tout alentour en portant au loin
ses rayons sans se subdiviser ; il en est de même des Esprits. La pensée
de l'Esprit est comme une étincelle qui projette au loin sa clarté et peut
être aperçue de tous les points de l'horizon. Plus l'Esprit est pur, plus sa
pensée rayonne et s'étend comme la lumière. Les Esprits inférieurs sont
trop matériels ; ils ne peuvent répondre qu'à une seule personne à la fois,
et ne peuvent venir s'ils sont appelés ailleurs.
Un esprit supérieur appelé en même temps sur deux points différents
répondra aux deux évocations si elles sont aussi sérieuses et aussi
ferventes l'une que l'autre ; dans le cas contraire, il donne la préférence à
la plus sérieuse.»
Remarque. Il en est ainsi d'un homme qui, sans changer de place, peut
transmettre sa pensée par des signaux vus de différents côtés.
Dans une séance de la Société parisienne des études spirites où la question
d'ubiquité avait été discutée, un Esprit dicta spontanément la communication
suivante :
«Vous demandiez ce soir quelle était la hiérarchie des Esprits pour l'ubiquité.
Comparez-vous à un aérostat qui s'élève peu à peu dans les airs. Quand il rase la
terre, un très petit cercle peut l'apercevoir ; à mesure qu'il s'élève, le cercle s'élargit
pour lui, et quand il est parvenu à une certaine hauteur, il apparaît à un nombre
infini de personnes. Ainsi de nous ; un mauvais Esprit qui est encore attaché à la
terre reste dans un cercle rétréci au milieu des personnes qui le voient. Monte-t-il
DES EVOCATIONS 297
plusieurs personnes et dans plusieurs lieux à la fois.»
en grâce, s'améliore-t-il, il peut causer avec plusieurs personnes ; et quand il est
devenu Esprit supérieur, il peut rayonner comme la lumière du soleil, se montrer à
(CHANNING.)
31. Peut-on évoquer les purs Esprits, ceux qui ont terminé la série de
leurs incarnations ?
«Oui, mais bien rarement ; ils ne se communiquent qu'aux coeurs purs
et sincères, et non aux orgueilleux et aux égoïstes ; aussi faut-il se défier
des Esprits inférieurs qui prennent cette qualité pour se donner plus
d'importance à vos yeux.»
32. Comment se fait-il que l'Esprit des hommes les plus illustres
vienne aussi facilement et aussi familièrement à l'appel des hommes les
plus obscurs ?
«Les hommes jugent les Esprits d'après eux, et c'est une erreur ; après
la mort du corps, les rangs terrestres n'existent plus ; il n'y a de
distinction entre eux que la bonté, et ceux qui sont bons vont partout où
il y a du bien à faire.»
33. Combien de temps après la mort peut-on évoquer un Esprit ?
«On peut le faire à l'instant même de la mort ; mais comme à ce
moment l'Esprit est encore dans le trouble, il ne répond
qu'imparfaitement.»
Remarque. La durée du trouble étant très variable, il ne peut y avoir de délai
fixe pour faire l'évocation ; il est rare cependant qu'au bout de huit jours l'Esprit ne
se reconnaisse pas assez pour pouvoir répondre ; il le peut quelquefois très bien
deux ou trois jours après la mort ; on peut, dans tous les cas, essayer avec
ménagement.
34. L'évocation, à l'instant de la mort, est-elle plus pénible pour
l'Esprit qu'elle ne l'est plus tard ?
«Quelquefois ; c'est comme si l'on vous arrachait au sommeil avant
que vous ne soyez complètement éveillés. Il y en a cependant qui n'en
sont nullement contrariés, et même que cela aide à sortir du trouble.»
35. Comment l'Esprit d'un enfant, mort en bas âge, peut-il répondre
avec connaissance de cause, alors que, de son vivant, il n'avait pas
encore la conscience de lui-même ?
«L'âme de l'enfant est un Esprit encore enveloppé dans les langes de
la matière ; mais, dégagé de la matière, il jouit de ses facultés d'Esprit,
car les Esprits n'ont pas d'âge ; ce qui prouve que l'Esprit de l'enfant a
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXV 298
déjà vécu. Cependant, jusqu'à ce qu'il soit complètement dégagé, il peut
conserver dans son langage quelques traces du caractère de l'enfance.»
Remarque. L'influence corporelle qui se fait sentir plus ou moins longtemps sur
l'Esprit de l'enfant se fait également quelquefois remarquer sur l'Esprit de ceux qui
sont morts en état de folie. L'Esprit, par lui-même, n'est point fou, mais on sait que
certains Esprits croient pendant quelque temps être encore de ce monde ; il n'est
donc pas étonnant que chez le fou l'Esprit se ressente encore des entraves qui,
pendant la vie, s'opposaient à sa libre manifestation jusqu'à ce qu'il soit
complètement dégagé. Cet effet varie selon les causes de la folie, car il y a des
fous qui recouvrent toute la lucidité de leurs idées immédiatement après leur mort.
Evocation des animaux.
283. 36. Peut-on évoquer l'Esprit d'un animal ?
«Après la mort de l'animal, le principe intelligent qui était en lui est
dans un état latent ; il est aussitôt utilisé par certains Esprits chargés de
ce soin pour animer de nouveaux êtres dans lesquels il continue l'oeuvre
de son élaboration. Ainsi, dans le monde des Esprits, il n'y a pas
d'Esprits d'animaux errants, mais seulement des Esprits humains. Ceci
répond à votre question.»
- Comment se fait-il alors que certaines personnes ayant évoqué des
animaux ont obtenu des réponses ?
«Evoquez un rocher, et il vous répondra. Il y a toujours une foule
d'Esprits prêts à prendre la parole pour tout.»
Remarque. C'est par la même raison que si l'on évoque un mythe ou un
personnage allégorique, il répondra ; c'est-à-dire qu'on répondra pour lui, et
l'Esprit qui se présentera en prendra le caractère et les allures. Quelqu'un eut un
jour l'idée d'évoquer Tartufe, et Tartufe vint aussitôt ; bien plus, il parla d'Orgon,
d'Elmire, de Damis et de Valère dont il donna des nouvelles ; quant à lui il
contrefit l'hypocrite avec autant d'art que si Tartufe eût été un personnage réel. Il
dit plus tard être l'Esprit d'un acteur qui avait joué ce rôle. Les Esprits légers
profitent toujours de l'inexpérience des interrogateurs ; mais ils n'ont garde de
s'adresser à ceux qu'ils savent éclairés pour découvrir leurs impostures, et qui
n'ajouteraient pas foi à leurs contes. Il en est de même parmi les hommes.
Un monsieur avait dans son jardin un nid de chardonnerets auxquels il
s'intéressait beaucoup ; un jour le nid disparut ; s'étant assuré que personne de
chez lui n'était coupable du délit, comme il est lui-même médium, il eut l'idée
d'évoquer la mère des petits ; elle vint, et lui dit en très bon français : «N'accuse
personne, et rassure-toi sur le sort de mes petits ; c'est le chat qui en sautant a
renversé le nid ; tu le trouveras sous l'herbe ainsi que les petits qui n'ont pas été
mangés.» Vérification faite, la chose fut trouvée exacte. Faut-il en conclure que
DES EVOCATIONS 299
c'est l'oiseau qui a répondu ? Non, assurément ; mais simplement qu'un Esprit
connaissait l'histoire. Cela prouve combien il faut se défier des apparences, et
combien est juste la réponse ci-dessus : évoquez un rocher, et il vous répondra.
(Voir plus haut le chapitre de la Médianimité chez les animaux : n° 234.)
Evocation des personnes vivantes.
284. 37. L'incarnation de l'Esprit est-elle un obstacle absolu à son
évocation ?
«Non, mais il faut que l'état du corps permette à l'Esprit de se dégager
à ce moment. L'Esprit incarné vient d'autant plus facilement que le
monde où il se trouve est d'un ordre plus élevé, parce que les corps y
sont moins matériels.»
38. Peut-on évoquer l'Esprit d'une personne vivante ?
«Oui, puisqu'on peut évoquer un Esprit incarné. L'Esprit d'un vivant
peut aussi, dans ses moments de liberté, se présenter sans être évoqué ;
cela dépend de sa sympathie pour les personnes auxquelles il se
communique.» (Voir n° 116, l'Histoire de l'homme à la tabatière.)
39. Dans quel état est le corps de la personne dont l'Esprit est évoqué ?
«Il dort ou sommeille ; c'est alors que l'Esprit est libre.»
- Le corps pourrait-il se réveiller pendant que l'Esprit est absent ?
«Non ; l'Esprit est forcé de rentrer chez lui ; si, à ce moment, il
s'entretient avec vous, il vous quitte, et souvent il vous en dit le motif.»
40. Comment l'Esprit absent du corps est-il averti de la nécessité de sa
présence ?
«L'Esprit d'un corps vivant n'en est jamais complètement séparé ; à
quelque distance qu'il se transporte, il y tient par un lien fluidique qui
sert à l'y rappeler quand cela est nécessaire ; ce lien n'est rompu qu'à la
mort.»
Remarque. Ce lien fluidique a souvent été aperçu par des médiums voyants.
C'est une sorte de traînée phosphorescente qui se perd dans l'espace et dans la
direction du corps. Certains Esprits ont dit que c'est à cela qu'ils reconnaissent
ceux qui tiennent encore au monde corporel.
41. Qu'arriverait-il si, pendant le sommeil et en l'absence de l'Esprit, le
corps était frappé mortellement ?
«L'Esprit serait averti, et rentrerait avant que la mort fût consommée.»
- Ainsi il ne pourrait pas arriver que le corps mourût en l'absence de
l'Esprit, et que celui-ci, à son tour, ne pût rentrer ?
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXV 300
«Non ; ce serait contraire à la loi qui régit l'union de l'âme et du
corps.»
- Mais si le coup était frappé subitement et à l'improviste ?
«L'Esprit serait prévenu avant que le coup mortel fût donné.»
Remarque. L'Esprit d'un vivant interrogé sur ce fait répondit : «Si le corps
pouvait mourir en l'absence de l'Esprit, ce serait un moyen trop commode de
commettre des suicides hypocrites.»
42. L'Esprit d'une personne évoquée pendant le sommeil est-il aussi
libre de se communiquer que celui d'une personne morte ?
«Non ; la matière l'influence toujours plus ou moins.»
Remarque. Une personne en cet état, à qui l'on adressait cette question,
répondit : Je suis toujours enchaînée au boulet que je traîne après moi.
- Dans cet état, l'Esprit pourrait-il être empêché de venir, parce qu'il
est ailleurs ?
«Oui, il peut arriver que l'Esprit soit dans un lieu où il se plaît à rester,
et alors, il ne vient pas à l'évocation, surtout quand elle est faite par
quelqu'un qui ne l'intéresse pas.»
43. Est-il absolument impossible d'évoquer l'Esprit d'une personne
éveillée ?
«Quoique difficile, cela n'est pas absolument impossible, car si
l'évocation porte, il se peut que la personne s'endorme ; mais l'Esprit ne
peut se communiquer, comme Esprit, que dans les moments où sa
présence n'est pas nécessaire à l'activité intelligente du corps.»
Remarque. L'expérience prouve que l'évocation faite pendant l'état de veille
peut provoquer le sommeil, ou tout au moins une absorption voisine du sommeil,
mais cet effet ne peut avoir lieu que par une volonté très énergique et s'il existe des
liens de sympathie entre les deux personnes ; autrement l'évocation ne porte pas.
Dans le cas même où l'évocation pourrait provoquer le sommeil, si le moment est
inopportun, la personne ne voulant pas dormir opposera de la résistance, et, si elle
succombe, son Esprit en sera troublé et répondra difficilement. Il en résulte que le
moment le plus favorable pour l'évocation d'une personne vivante est celui de son
sommeil naturel, parce que son Esprit étant libre peut venir vers celui qui l'appelle,
tout aussi bien qu'il pourrait aller ailleurs.
Lorsque l'évocation est faite du consentement de la personne, et que celle-ci
cherche à s'endormir à cet effet, il peut arriver que cette préoccupation retarde le
sommeil et trouble l'Esprit ; c'est pourquoi le sommeil non forcé est encore
préférable.
44. Une personne vivante évoquée en a-t-elle conscience à son réveil ?
DES EVOCATIONS 301
«Non, vous l'êtes vous-mêmes plus souvent que vous ne pensez. Son
Esprit seul le sait et peut quelquefois lui en laisser une vague impression
comme d'un songe.»
- Qui est-ce qui peut nous évoquer si nous sommes des êtres obscurs ?
«Dans d'autres existences, vous pouvez avoir été des personnes
connues dans ce monde ou dans d'autres ; et puis vos parents et vos amis
également dans ce monde ou dans d'autres. Supposons que ton Esprit ait
animé le corps du père d'une autre personne ; eh bien ! quand cette
personne évoquera son père, c'est ton Esprit qui sera évoqué et qui
répondra.»
45. L'Esprit évoqué d'une personne vivante répond-il comme Esprit ou
avec les idées de l'état de veille ?
«Cela dépend de son élévation, mais il juge plus sainement et a moins
de préjugés, absolument comme les somnambules ; c'est un état à peu
près semblable.»
46. Si l'Esprit d'un somnambule en état de sommeil magnétique était
évoqué, serait-il plus lucide que celui de toute autre personne ?
«Il répondrait sans doute plus facilement, parce qu'il est plus dégagé ;
tout dépend du degré d'indépendance de l'Esprit et du corps.»
- L'Esprit d'un somnambule pourrait-il répondre à une personne qui
l'évoquerait à distance en même temps qu'il répondrait verbalement à
une autre personne ?
«La faculté de se communiquer simultanément sur deux points
différents n'appartient qu'aux Esprits complètement dégagés de la
matière.»
47. Pourrait-on modifier les idées d'une personne à l'état de veille en
agissant sur son Esprit pendant le sommeil ?
«Oui, quelquefois ; l'Esprit ne tient plus à la matière par des liens aussi
intimes, c'est pourquoi il est plus accessible aux impressions morales, et
ces impressions peuvent influer sur sa manière de voir dans l'état
ordinaire. Malheureusement il arrive souvent qu'au réveil la nature
corporelle l'emporte et lui fait oublier les bonnes résolutions qu'il a pu
prendre.»
48. L'Esprit d'une personne vivante est-il libre de dire ou de ne pas
dire ce qu'il veut ?
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXV 302
«Il a ses facultés d'Esprit, et par conséquent son libre arbitre, et
comme il a plus de perspicacité, il est même plus circonspect que dans
l'état de veille.»
49. Pourrait-on contraindre une personne, en l'évoquant, à dire ce
qu'elle voudrait taire ?
«J'ai dit que l'Esprit a son libre arbitre ; mais il se peut que, comme
Esprit, elle attache moins d'importance à certaines choses que dans l'état
ordinaire ; sa conscience peut parler plus librement. D'ailleurs, si elle ne
veut pas parler, elle peut toujours échapper aux importunités en s'en
allant, car on ne peut retenir son Esprit comme on retiendrait son corps.»
50. L'Esprit d'une personne vivante ne pourrait-il être contraint, par un
autre Esprit, de venir et de parler, ainsi que cela a lieu pour les Esprits
errants ?
«Parmi les Esprits, qu'ils soient morts ou vivants, il n'y a de
suprématie que par la supériorité morale, et vous devez bien croire qu'un
Esprit supérieur ne prêterait jamais son appui à une lâche indiscrétion.»
Remarque. Cet abus de confiance serait en effet une mauvaise action, mais qui
ne saurait avoir de résultat, puisqu'on ne peut arracher un secret que l'Esprit
voudrait taire, à moins que, dominé par un sentiment de justice, il n'avouât ce qu'il
tairait en d'autres circonstances.
Une personne voulut savoir, par ce moyen, d'un de ses parents si le testament de
ce dernier était en sa faveur. L'Esprit répondit : «Oui, ma chère nièce, et vous en
aurez bientôt la preuve.» La chose était réelle en effet ; mais peu de jours après le
parent détruisit son testament et eut la malice de le faire savoir à la personne, sans
cependant qu'il sût avoir été évoqué. Un sentiment instinctif le porta sans doute à
exécuter la résolution que son Esprit avait prise d'après la question qui lui avait été
faite. Il y a de la lâcheté à demander à l'Esprit d'un mort ou d'un vivant ce qu'on
n'oserait demander à sa personne, et cette lâcheté n'a pas même pour compensation
le résultat qu'on s'en promet.
51. Peut-on évoquer un Esprit dont le corps est encore dans le sein de
la mère ?
«Non ; vous savez bien qu'à ce moment l'Esprit est dans un trouble
complet.»
Remarque. L'incarnation n'a définitivement lieu qu'au moment où l'enfant
respire ; mais dès la conception, l'Esprit désigné pour l'animer est saisi d'un
trouble qui augmente aux approches de la naissance, et lui ôte la conscience de
lui-même, et par conséquent la faculté de répondre. (Voir Livre des Esprits :
Retour à la vie corporelle ; Union de l'âme et du corps, n° 344.)
DES EVOCATIONS 303
52. Un Esprit trompeur pourrait-il prendre la place de celui d'une
personne vivante que l'on évoquerait ?
«Cela n'est pas douteux, et cela arrive très souvent, surtout quand
l'intention de l'évocateur n'est pas pure. Du reste, l'évocation des
personnes vivantes n'a d'intérêt que comme étude psychologique ; il
convient de s'en abstenir toutes les fois qu'elle ne peut avoir un résultat
instructif.»
Remarque. Si l'évocation des Esprits errants ne porte pas toujours, pour nous
servir de leur expression, cela est bien plus fréquent pour ceux qui sont incarnés ;
c'est alors surtout que des Esprits trompeurs prennent leur place.
53. L'évocation d'une personne vivante a-t-elle des inconvénients ?
«Elle n'est pas toujours sans danger ; cela dépend de la position de la
personne, car si elle est malade, on peut augmenter ses souffrances.»
54. Dans quel cas l'évocation d'une personne vivante peut-elle avoir le
plus d'inconvénients ?
«On doit s'abstenir d'évoquer les enfants en très bas âge, et les
personnes gravement malades, les vieillards infirmes ; en un mot elle
peut avoir des inconvénients toutes les fois que le corps est très affaibli.»
Remarque. La brusque suspension des qualités intellectuelles pendant l'état de
veille pourrait aussi offrir du danger si la personne se trouvait en ce moment avoir
besoin de toute sa présence d'Esprit.
55. Pendant l'évocation d'une personne vivante, son corps éprouve-t-il
de la fatigue par suite du travail auquel se livre l'Esprit quoique absent ?
Une personne en cet état, et qui prétendait que son corps se fatiguait,
répondit à cette question :
«Mon Esprit est comme un ballon captif attaché à un poteau ; mon
corps est le poteau qui est ébranlé par les secousses du ballon.»
56. Puisque l'évocation des personnes vivantes peut avoir des
inconvénients lorsqu'on la fait sans précaution, le danger n'existe-t-il pas
quand on évoque un Esprit que l'on ne sait pas être incarné, et qui
pourrait ne pas se trouver dans des conditions favorables ?
«Non, les circonstances ne sont pas les mêmes ; il ne viendra que s'il
est en position de le faire ; et d'ailleurs ne vous ai-je pas dit de demander,
avant de faire une évocation, si elle est possible ?»
57. Lorsque nous éprouvons, dans les moments les plus inopportuns,
une irrésistible envie de dormir, cela proviendrait-il de ce que nous
sommes évoqués quelque part ?
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXV 304
«Cela peut sans doute avoir lieu, mais le plus souvent c'est un effet
purement physique, soit que le corps ait besoin de repos, soit que l'Esprit
ait besoin de sa liberté.»
Remarque. Une dame de notre connaissance, médium, eut un jour l'idée
d'évoquer l'Esprit de son petit-fils qui dormait dans la même chambre. L'identité
fut constatée par le langage, les expressions familières de l'enfant, et par le récit
très exact de plusieurs choses qui lui étaient arrivées à sa pension ; mais une
circonstance vint la confirmer. Tout à coup la main du médium s'arrête au milieu
d'une phrase, sans qu'il soit possible de rien obtenir de plus ; à ce moment, l'enfant
à demi-réveillé fit plusieurs mouvements dans son lit ; quelques instants après
s'étant rendormi, la main marcha de nouveau, continuant l'entretien interrompu.
L'évocation des personnes vivantes, faite dans de bonnes conditions, prouve de la
manière la moins contestable l'action distincte de l'Esprit et du corps, et par
conséquent l'existence d'un principe intelligent indépendant de la matière. (Voir
dans la Revue spirite de 1860, pages 11 et 81, plusieurs exemples remarquables
d'évocation de personnes vivantes.)
Télégraphie humaine.
285. 58. Deux personnes, en s'évoquant réciproquement, pourraientelles
se transmettre leurs pensées et correspondre ?
«Oui, et cette télégraphie humaine sera un jour un moyen universel de
correspondance.»
- Pourquoi ne serait-elle pas pratiquée dès à présent ?
«Elle l'est pour certaines personnes, mais pas pour tout le monde ; il
faut que les hommes s'épurent pour que leur Esprit se dégage de la
matière, et c'est encore une raison pour faire l'évocation au nom de Dieu.
Jusque-là elle est circonscrite aux âmes d'élite et dématérialisées, ce qui
se rencontre rarement dans l'état actuel des habitants de la terre.»
CHAPITRE XXVI.
QUESTIONS QUE L'ON PEUT ADRESSER AUX
ESPRITS.
Observations préliminaires.
286. On ne saurait attacher trop d'importance à la manière de poser les
questions, et plus encore à la nature des questions. Deux choses sont à
considérer dans celles qu'on adresse aux Esprits : la forme et le fond.
Sous le rapport de la forme, elles doivent être rédigées avec clarté et
précision en évitant les questions complexes. Mais il est un autre point
non moins important, c'est l'ordre qui doit présider à leur arrangement.
Lorsqu'un sujet requiert une série de questions, il est essentiel qu'elles
s'enchaînent avec méthode de manière à découler naturellement les unes
des autres ; les Esprits y répondent beaucoup plus facilement et plus
clairement que lorsqu'elles sont posées au hasard, en passant sans
transition d'un objet à un autre. C'est pour cette raison qu'il est toujours
très utile de les préparer d'avance, sauf à intercaler, séance tenante, celles
qui sont amenées par les circonstances. Outre la rédaction qui doit être
meilleure étant faite à tête reposée, ce travail préparatoire est, comme
nous l'avons déjà dit, une sorte d'évocation anticipée à laquelle l'Esprit
peut avoir assisté, et s'être disposé à répondre. On remarquera que très
souvent l'Esprit répond par anticipation à certaines demandes, ce qui
prouve qu'il les connaissait d'avance.
Le fond de la question requiert une attention encore plus sérieuse, car
c'est souvent la nature de la demande qui provoque une réponse juste ou
fausse ; il en est sur lesquelles les Esprits ne peuvent pas ou ne doivent
pas répondre pour des motifs qui nous sont inconnus : il est donc inutile
d'insister ; mais ce que l'on doit éviter par-dessus tout, ce sont les
questions faites dans le but de mettre leur perspicacité à l'épreuve.
Quand une chose existe, dit-on, ils doivent la savoir ; or, c'est
précisément parce que la chose est connue de vous, ou que vous avez les
moyens de la vérifier vous-mêmes, qu'ils ne se donnent pas la peine de
répondre ; cette suspicion les froisse, et l'on n'obtient rien de satisfaisant.
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXVI 306
N'en avons-nous pas tous les jours des exemples parmi nous ? Des
hommes supérieurs, et qui ont conscience de leur valeur, s'amuseraientils
à répondre à toutes les sottes questions qui tendraient à les soumettre
à un examen comme des écoliers ? Le désir de faire un adepte de telle ou
telle personne, n'est point pour les Esprits un motif de satisfaire une
vaine curiosité ; ils savent que la conviction arrivera tôt ou tard, et les
moyens qu'ils emploient pour l'amener ne sont pas toujours ceux que
nous pensons.
Supposez un homme grave occupé de choses utiles et sérieuses,
incessamment harcelé par les puériles demandes d'un enfant, et vous
aurez une idée de ce que doivent penser les Esprits supérieurs de toutes
les niaiseries qu'on leur débite. Il ne s'ensuit point qu'on ne puisse
obtenir de la part des Esprits d'utiles renseignements et surtout de très
bons conseils, mais ils répondent plus ou moins bien, selon les
connaissances qu'ils possèdent eux-mêmes, l'intérêt que nous méritons
de leur part et l'affection qu'ils nous portent, et enfin selon le but qu'on
se propose et l'utilité qu'ils voient à la chose ; mais si toute notre pensée
se borne à les croire plus aptes que d'autres à nous renseigner utilement
sur les choses de ce monde, ils ne peuvent avoir pour nous une profonde
sympathie ; dès lors, ils ne font que des apparitions très courtes et
souvent, suivant le degré de leur imperfection, témoignent leur mauvaise
humeur d'avoir été dérangés inutilement.
287. Certaines personnes pensent qu'il est préférable de s'abstenir de
poser des questions, et qu'il convient d'attendre l'enseignement des
Esprits sans le provoquer ; c'est là une erreur. Les Esprits donnent sans
contredit des instructions spontanées d'une très haute portée, et que l'on
aurait tort de négliger ; mais il est des explications que l'on attendrait
souvent fort longtemps si on ne les sollicitait pas. Sans les questions que
nous avons proposées, le Livre des Esprits et le Livre des médiums
seraient encore à faire, ou tout au moins seraient bien moins complets, et
une foule de problèmes d'une grande importance seraient encore à
résoudre. Les questions, loin d'avoir le moindre inconvénient, sont d'une
très grande utilité au point de vue de l'instruction, quand on sait les
renfermer dans les limites voulues. Elles ont un autre avantage, c'est
d'aider à démasquer les Esprits trompeurs qui, étant plus vains que
savants, subissent rarement à leur avantage l'épreuve de questions d'une
QUESTIONS QUE L'ON PEUT ADRESSER AUX ESPRITS 307
logique serrée par lesquelles on les pousse dans leurs derniers
retranchements. Comme les Esprits véritablement supérieurs n'ont rien à
redouter d'un pareil contrôle, ils sont les premiers à provoquer des
explications sur les points obscurs ; les autres, au contraire, craignant
d'avoir affaire à plus forte partie, ont grand soin de les éviter ; aussi
recommandent-ils en général aux médiums qu'ils veulent dominer, et
auxquels ils veulent faire accepter leurs utopies, de s'abstenir de toute
controverse à l'endroit de leurs enseignements.
Si l'on a bien compris ce que nous avons dit jusqu'à présent dans cet
ouvrage, on peut déjà se faire une idée du cercle dans lequel il convient
de renfermer les questions que l'on peut adresser aux Esprits ; toutefois,
pour plus de certitude, nous donnons ci-après les réponses qui ont été
faites sur les principaux sujets sur lesquels les personnes peu
expérimentées sont généralement disposées à les interroger.
Questions sympathiques ou antipathiques aux Esprits.
288 1. Les Esprits répondent-ils volontiers aux questions qui leur sont
adressées ?
«C'est suivant les questions. Les Esprits sérieux répondent toujours
avec plaisir à celles qui ont pour but le bien et les moyens de vous faire
avancer. Ils n'écoutent pas les questions futiles.»
2. Suffit-il qu'une question soit sérieuse pour obtenir une réponse
sérieuse ?
«Non, cela dépend de l'Esprit qui répond.»
- Mais une question sérieuse n'éloigne-t-elle pas les Esprits légers ?
«Ce n'est pas la question qui éloigne les Esprits légers, c'est le
caractère de celui qui la fait.»
3. Quelles sont les questions particulièrement antipathiques aux bons
Esprits ?
«Toutes celles qui sont inutiles ou qui sont faites dans un but de
curiosité et d'épreuve ; alors ils n'y répondent pas et s'éloignent.»
- Y a-t-il des questions qui soient antipathiques aux Esprits
imparfaits ?
«Il n'y a que celles qui peuvent faire découvrir leur ignorance ou leur
supercherie quand ils cherchent à tromper ; autrement ils répondent à
tout, sans se soucier de la vérité.»
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXVI 308
4. Que penser des personnes qui ne voient dans les communications
spirites qu'une distraction et un passe-temps, ou un moyen d'obtenir des
révélations sur ce qui les intéresse ?
«Ces personnes plaisent beaucoup aux Esprits inférieurs qui, comme
elles, veulent s'amuser, et sont contents quand ils les ont mystifiées.»
5. Lorsque les Esprits ne répondent pas à certaines questions, est-ce
par un effet de leur volonté, ou bien parce qu'une puissance supérieure
s'oppose à certaines révélations ?
«L'un et l'autre ; il est des choses qui ne peuvent être révélées, et
d'autres que l'Esprit lui-même ne connaît pas.»
- En insistant fortement, l'Esprit finirait-il par répondre ?
«Non ; l'Esprit qui ne veut pas répondre a toujours la facilité de s'en
aller. C'est pourquoi il est nécessaire d'attendre quand on vous dit de le
faire, et surtout ne pas vous opiniâtrer à vouloir nous faire répondre.
Insister pour avoir une réponse qu'on ne veut pas vous donner, c'est un
moyen certain d'être trompé.»
6. Tous les Esprits sont-ils aptes à comprendre les questions qu'on leur
pose ?
«Bien loin de là ; les Esprits inférieurs sont incapables de comprendre
certaines questions, ce qui ne les empêche pas de répondre bien ou mal,
comme cela a lieu parmi vous.»
Remarque. Dans certains cas, et lorsque la chose est utile, il arrive fréquemment
qu'un Esprit plus éclairé vient en aide à l'Esprit ignorant, et lui souffle ce qu'il doit
dire. On le reconnaît aisément au contraste de certaines réponses, et en outre, parce
que l'Esprit en convient souvent lui-même. Ceci n'a lieu que pour les Esprits de
bonne foi ignorants, mais jamais pour ceux qui font parade d'un faux savoir.
Questions sur l'avenir.
289. 7. Les Esprits peuvent-ils nous faire connaître l'avenir ?
«Si l'homme connaissait l'avenir, il négligerait le présent.
Et c'est encore là un point sur lequel vous insistez toujours pour avoir
une réponse précise ; c'est un grand tort, car la manifestation des Esprits
n'est pas un moyen de divination. Si vous voulez absolument une
réponse, elle vous sera donnée par un Esprit follet : nous vous le disons
à chaque instant.» (Voir Livre des Esprits, connaissance de l'avenir,
n° 868.)
8. N'y a-t-il pas cependant quelquefois des événements futurs qui sont
annoncés spontanément, et avec vérité, par les Esprits ?
QUESTIONS QUE L'ON PEUT ADRESSER AUX ESPRITS 309
«Il peut arriver que l'Esprit prévoie des choses qu'il juge utile de faire
connaître, ou qu'il a mission de vous faire connaître ; mais il y a encore
plus à se défier des Esprits trompeurs qui s'amusent à faire des
prédictions. Ce n'est que l'ensemble des circonstances qui peut faire
apprécier le degré de confiance qu'elles méritent.»
9. Quel est le genre de prédictions dont on doit le plus se défier ?
«Toutes celles qui n'ont pas un but d'utilité générale. Les prédictions
personnelles peuvent presque toujours être considérées comme
apocryphes.»
10. Quel est le but des Esprits qui annoncent spontanément des
événements qui n'ont pas lieu ?
«Le plus souvent, c'est pour s'amuser de la crédulité, de la frayeur ou
de la joie qu'ils causent, puis ils rient du désappointement. Ces
prédictions mensongères ont cependant quelquefois un but sérieux, c'est
de mettre à l'épreuve celui à qui elles sont faites, afin de voir la manière
dont il prend la chose, et la nature des sentiments bons ou mauvais
qu'elle fait naître en lui.»
Remarque. Telle serait, par exemple, l'annonce de ce qui peut flatter la cupidité
ou l'ambition, comme la mort d'une personne, la perspective d'un héritage, etc..
11. Pourquoi les Esprits sérieux, lorsqu'ils font pressentir un
événement, n'en fixent-ils point ordinairement la date ; est-ce
impuissance ou volonté de leur part ?
«L'un et l'autre ; ils peuvent, dans certains cas, faire pressentir un
événement : c'est alors un avertissement qu'ils vous donnent. Quant à en
préciser l'époque, souvent ils ne doivent pas ; souvent aussi ils ne le
peuvent pas, parce qu'ils ne le savent pas eux-mêmes. L'Esprit peut
prévoir qu'une chose aura lieu, mais le moment précis peut dépendre
d'événements qui ne sont pas encore accomplis, et que Dieu seul connaît.
Les Esprits légers, qui ne se font aucun scrupule de vous tromper, vous
indiquent les jours et les heures sans s'inquiéter de la réussite. C'est
pourquoi toute prédiction circonstanciée doit vous être suspecte.
Encore une fois, notre mission est de vous faire progresser ; nous vous
aidons autant que nous pouvons. Celui qui demande aux Esprits
supérieurs la sagesse ne sera jamais trompé ; mais ne croyez pas que
nous perdions notre temps à écouter toutes vos niaiseries et à vous dire
la bonne aventure ; nous laissons cela aux Esprits légers qui s'en
amusent, comme des enfants espiègles.
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXVI 310
La Providence a posé des bornes aux révélations qui peuvent être
faites à l'homme. Les Esprits sérieux gardent le silence sur tout ce qu'il
leur est interdit de faire connaître. En insistant pour avoir une réponse,
on s'expose aux fourberies des Esprits inférieurs, toujours prêts à saisir
les occasions de tendre des pièges à votre crédulité.»
Remarque. Les Esprits voient, ou pressentent par induction les événements
futurs ; ils les voient s'accomplir dans un temps qu'ils ne mesurent pas comme
nous ; pour en préciser l'époque, il leur faudrait s'identifier avec notre manière de
supputer la durée, ce qu'ils ne jugent pas toujours nécessaire ; de là souvent une
cause d'erreurs apparentes.
12. N'y a-t-il pas des hommes doués d'une faculté spéciale qui leur fait
entrevoir l'avenir ?
«Oui, ceux dont l'âme se dégage de la matière ; alors c'est l'Esprit qui
voit ; et lorsque cela est utile, Dieu leur permet de révéler certaines
choses pour le bien ; mais il y a encore plus d'imposteurs et de
charlatans. Cette faculté sera plus commune dans l'avenir.»
13. Que penser des Esprits qui se plaisent à prédire à quelqu'un sa
mort à jour ou heure fixe ?
«Ce sont des Esprits mauvais plaisants, et très mauvais plaisants, qui
n'ont d'autre but que de jouir de la peur qu'ils causent. Il n'y a jamais à
s'en préoccuper.»
14. Comment se fait-il que certaines personnes soient averties par
pressentiment de l'époque de leur mort ?
«C'est, le plus souvent, leur propre Esprit qui le sait dans ses moments
de liberté et qui en conserve une intuition au réveil. C'est pourquoi ces
personnes y étant préparées ne s'en effraient ni ne s'en émeuvent. Elles
ne voient dans cette séparation du corps et de l'âme qu'un changement de
situation, ou si vous aimez mieux, et pour être plus vulgaire, l'abandon
d'un habit de drap grossier pour un habit de soie. La crainte de la mort
diminuera à mesure que s'étendront les croyances spirites.»
Questions sur les existences passées et futures.
290. 15. Les Esprits peuvent-ils nous faire connaître nos existences
passées ?
«Dieu permet quelquefois qu'elles soient révélées suivant le but ; si
c'est pour votre édification et votre instruction, elles seront vraies, et,
dans ce cas, la révélation est presque toujours faite spontanément et
QUESTIONS QUE L'ON PEUT ADRESSER AUX ESPRITS 311
d'une manière tout à fait imprévue ; mais il ne le permet jamais pour
satisfaire une vaine curiosité.»
- Pourquoi certains Esprits ne se refusent-ils jamais à ces sortes de
révélations ?
«Ce sont des Esprits railleurs qui s'amusent à vos dépens. En général,
vous devez regarder comme fausses, ou tout au moins suspectes, toutes
les révélations de cette nature qui n'ont pas un but éminemment sérieux
et utile. Les Esprits moqueurs se plaisent à flatter l'amour-propre par de
prétendues origines. Il y a des médiums et des croyants qui acceptent
pour argent comptant ce qui leur est dit sur ce point et qui ne voient pas
que l'état actuel de leur Esprit ne justifie en rien le rang qu'ils prétendent
avoir occupé ; petite vanité dont s'amusent les Esprits railleurs aussi bien
que les hommes. Il serait plus logique et plus conforme à la marche
progressive des êtres qu'ils eussent monté que d'avoir descendu, ce qui
serait plus honorable pour eux. Pour que l'on pût ajouter foi à ces sortes
de révélations, il faudrait qu'elles fussent faites spontanément par divers
médiums étrangers les uns aux autres, et à ce qui aurait été révélé
antérieurement ; alors, là, il y aurait raison évidente de croire.»
- Si l'on ne peut connaître son individualité antérieure, en est-il de
même du genre d'existence que l'on a eue, de la position sociale que l'on
a occupée, des qualités et des défauts qui ont prédominé en nous ?
«Non, cela peut être révélé, parce que vous pouvez en tirer profit pour
votre amélioration ; mais, d'ailleurs, en étudiant votre présent, vous
pouvez vous-même déduire votre passé.» (Voir Livre des Esprits : Oubli
du passé, n° 392.)
16. Peut-il nous être révélé quelque chose sur nos existences futures ?
«Non ; tout ce que vous diront certains Esprits à ce sujet n'est qu'une
plaisanterie ; et cela se comprend : votre existence future ne peut être
arrêtée d'avance, puisqu'elle sera ce que vous l'aurez faite vous-même
par votre conduite sur la terre, et par les résolutions que vous aurez
prises quand vous serez Esprit. Moins vous aurez à expier, plus elle sera
heureuse ; mais savoir où et comment sera cette existence, encore une
fois c'est impossible, sauf le cas spécial et rare des Esprits qui ne sont sur
la terre que pour y accomplir une mission importante, parce qu'alors leur
route est en quelque sorte tracée d'avance.»
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXVI 312
Questions sur les intérêts moraux et matériels.
291. 17. Peut-on demander des conseils aux Esprits ?
«Oui, certainement ; les bons Esprits ne refusent jamais d'aider ceux
qui les invoquent avec confiance, principalement en ce qui touche l'âme ;
mais ils repoussent les hypocrites, ceux qui ont l'air de demander la
lumière et se complaisent dans les ténèbres.»
18. Les Esprits peuvent-ils donner des conseils sur les choses d'intérêt
privé ?
«Quelquefois, suivant le motif. Cela dépend aussi de ceux à qui l'on
s'adresse. Les avis concernant la vie privée sont donnés avec plus
d'exactitude par les Esprits familiers, parce qu'ils s'attachent à une
personne et s'intéressent à ce qui la concerne : c'est l'ami, le confident de
vos plus secrètes pensées ; mais souvent vous les fatiguez de questions si
saugrenues, qu'ils vous laissent là. Il serait aussi absurde de demander
des choses intimes à des Esprits qui vous sont étrangers, que de vous
adresser pour cela au premier individu que vous rencontreriez sur votre
chemin. Vous ne devriez jamais oublier que la puérilité des demandes
est incompatible avec la supériorité des Esprits. Il faut aussi tenir compte
des qualités de l'Esprit familier, qui peut être bon ou mauvais, selon ses
sympathies pour la personne à laquelle il s'attache. L'Esprit familier d'un
méchant homme est un méchant Esprit, dont les conseils peuvent être
pernicieux, mais qui s'éloigne et cède la place à un Esprit meilleur, si
l'homme lui-même s'améliore. Aux semblables les semblables.»
19. Les Esprits familiers peuvent-ils favoriser les intérêts matériels par
les révélations ?
«Ils le peuvent, et le font quelquefois selon les circonstances, mais
soyez assurés que jamais les bons Esprits ne se prêtent à servir la
cupidité. Les mauvais font miroiter à vos yeux mille appas pour
l'aiguillonner, et vous mystifier ensuite par la déception. Sachez bien
aussi que si votre épreuve est de subir telle ou telle vicissitude, vos
Esprits protecteurs peuvent vous aider à la supporter avec plus de
résignation, l'adoucir quelquefois ; mais, dans l'intérêt même de votre
avenir, il ne leur est pas permis de vous en affranchir. C'est ainsi qu'un
bon père n'accorde pas à son enfant tout ce qu'il désire.»
Remarque. Nos Esprits protecteurs peuvent, en maintes circonstances, nous
indiquer la meilleure voie, sans cependant nous conduire à la laisse, autrement
nous perdrions toute initiative et n'oserions faire un pas sans avoir recours à eux,
QUESTIONS QUE L'ON PEUT ADRESSER AUX ESPRITS 313
et cela au préjudice de notre perfectionnement. Pour progresser, l'homme a
souvent besoin d'acquérir l'expérience à ses dépens ; c'est pourquoi les Esprits
sages, tout en nous conseillant, nous livrent souvent à nos propres forces, comme
le fait un instituteur habile pour ses élèves. Dans les circonstances ordinaires de la
vie, ils nous conseillent par l'inspiration et nous laissent ainsi tout le mérite du
bien, comme ils nous laissent toute la responsabilité du mauvais choix.
Ce serait abuser de la condescendance des Esprits familiers et se méprendre sur
leur mission, que de les interroger à chaque instant sur les choses les plus
vulgaires, comme le font certains médiums. Il en est qui, pour un oui ou pour un
non, prennent le crayon et demandent avis pour l'action la plus simple. Cette
manie dénote de la petitesse dans les idées ; en même temps il y a de la
présomption à croire qu'on a toujours un Esprit servant à ses ordres, n'ayant autre
chose à faire qu'à s'occuper de nous et de nos petits intérêts. C'est en outre
annihiler son propre jugement et se réduire à un rôle passif sans profit pour la vie
présente, et à coup sûr préjudiciable à l'avancement futur. S'il y a de la puérilité à
interroger les Esprits pour des choses futiles, il n'y en a pas moins de la part des
Esprits qui s'occupent spontanément de ce qu'on peut appeler les détails de
ménage ; ils peuvent être bons, mais assurément ils sont encore bien terrestres.
20. Si une personne laisse en mourant des affaires embarrassées, peuton
demander à son Esprit d'aider à les débrouiller, et peut-on aussi
l'interroger sur l'avoir réel qu'il a laissé, dans le cas où cet avoir ne serait
pas connu, si c'est dans l'intérêt de la justice ?
«Vous oubliez que la mort est une délivrance des soucis de la Terre ;
croyez-vous donc que l'Esprit qui est heureux de sa liberté vienne
volontiers reprendre sa chaîne, et s'occuper de choses qui ne le regardent
plus, pour satisfaire la cupidité de ses héritiers qui peut-être se sont
réjouis de sa mort dans l'espoir qu'elle leur serait profitable ? Vous
parlez de justice ; mais la justice est dans la déception de leur
convoitise ; c'est le commencement des punitions que Dieu réserve à leur
avidité des biens de la Terre. D'ailleurs, les embarras dans lesquels laisse
quelquefois la mort d'une personne font partie des épreuves de la vie, et
il n'est au pouvoir d'aucun Esprit de vous en affranchir, parce qu'elles
sont dans les décrets de Dieu.»
Remarque. La réponse ci-dessus désappointera sans doute ceux qui se figurent
que les Esprits n'ont rien de mieux à faire que de nous servir d'auxiliaires
clairvoyants pour nous guider, non vers le ciel, mais sur la Terre. Une autre
considération vient à l'appui de cette réponse. Si un homme a laissé pendant sa vie
ses affaires en désordre par incurie, il n'est pas vraisemblable qu'après sa mort il en
prenne plus de soucis, car il doit être heureux d'être délivré des tracas qu'elles lui
causaient, et pour peu qu'il soit élevé, il y attachera encore moins d'importance
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXVI 314
comme Esprit que comme homme. Quant aux biens inconnus qu'il a pu laisser, il
n'a aucune raison de s'intéresser à d'avides héritiers qui ne penseraient
probablement plus à lui s'ils n'espéraient en tirer quelque chose, et s'il est encore
imbu des passions humaines, il peut se faire un malin plaisir de leur
désappointement.
Si, dans l'intérêt de la justice et des personnes qu'il affectionne, un Esprit juge
utile de faire des révélations de ce genre, il le fait spontanément, et l'on n'a pas
pour cela besoin d'être médium, ni d'avoir recours à un médium ; il amène la
connaissance des choses par des circonstances fortuites, mais ce n'est jamais sur la
demande qu'on lui en fait, attendu que cette demande ne peut changer la nature des
épreuves que l'on doit subir ; elle serait plutôt propre à les aggraver, parce qu'elle
est presque toujours un indice de cupidité, et prouve à l'Esprit qu'on s'occupe de
lui par intérêt. (Voir n° 295.)
Questions sur le sort des Esprits.
292. 21. Peut-on demander aux Esprits des renseignements sur leur
situation dans le monde des Esprits ?
«Oui, et ils en donnent volontiers quand la demande est dictée par la
sympathie ou le désir d'être utile, et non par la curiosité.»
22. Les Esprits peuvent-ils décrire la nature de leurs souffrances ou de
leur bonheur ?
«Parfaitement, et ces sortes de révélations sont un grand enseignement
pour vous, car elles vous initient à la véritable nature des peines et des
récompenses futures ; en détruisant les idées fausses que vous vous
faites à ce sujet, elles tendent à ranimer la foi et votre confiance en la
bonté de Dieu. Les bons Esprits sont heureux de vous décrire la félicité
des élus ; les mauvais peuvent être contraints de décrire leurs
souffrances, afin de provoquer le repentir chez eux ; ils y trouvent même
quelquefois une sorte de soulagement : c'est le malheureux qui exhale sa
plainte par l'espoir de la compassion.
N'oubliez pas que le but essentiel, exclusif, du spiritisme, est votre
amélioration, et c'est pour l'atteindre qu'il est permis aux Esprits de vous
initier à la vie future, en vous offrant des exemples dont vous pouvez
profiter. Plus vous vous identifierez avec le monde qui vous attend,
moins vous regretterez celui où vous êtes maintenant. Ceci est en somme
le but actuel de la révélation.»
23. En évoquant une personne dont le sort est inconnu, peut-on savoir
d'elle-même si elle existe encore ?
QUESTIONS QUE L'ON PEUT ADRESSER AUX ESPRITS 315
«Oui, si l'incertitude de sa mort n'est pas une nécessité ou une épreuve
pour ceux qui ont intérêt à le savoir.»
- Si elle est morte, peut-elle faire connaître les circonstances de sa
mort, de manière à pouvoir la vérifier ?
«Si elle y attache quelque importance, elle le fera ; autrement elle s'en
soucie peu.»
Remarque. L'expérience prouve que, dans ce cas, l'Esprit n'est nullement excité
par les motifs d'intérêt que l'on peut avoir de connaître les circonstances de sa
mort ; s'il tient à les révéler, il le fait de lui-même, soit par voie médianimique, soit
par celle des visions ou apparitions, et peut alors donner les indications les plus
précises ; dans le cas contraire, un Esprit trompeur peut parfaitement donner le
change et s'amusera à faire faire des recherches inutiles.
Il arrive fréquemment que la disparition d'une personne dont la mort ne peut
être officiellement constatée, apporte des entraves aux affaires de familles. Ce
n'est que dans des cas très rares et très exceptionnels que nous avons vu les Esprits
mettre sur la voie de la vérité d'après la demande qui leur en est faite ; s'ils
voulaient le faire, ils le pourraient sans doute, mais souvent cela ne leur est pas
permis si ces embarras sont des épreuves pour ceux qui seraient intéressés à s'en
affranchir.
C'est donc se leurrer d'un espoir chimérique que de poursuivre par ce moyen des
recouvrements d'héritages dont le plus positif est l'argent que l'on dépense à cet
effet.
Il ne manque pas d'Esprits disposés à flatter de pareilles espérances, et qui ne se
font aucun scrupule d'induire à des démarches dont on est souvent très heureux
d'être quitte pour un peu de ridicule.
Questions sur la santé.
293. 24. Les Esprits peuvent-ils donner des conseils pour la santé ?
«La santé est une condition nécessaire pour le travail que l'on doit
accomplir sur la terre, c'est pourquoi ils s'en occupent volontiers ; mais
comme il y a des ignorants et des savants parmi eux, il ne convient pas
plus pour cela que pour autre chose de s'adresser au premier venu.»
25. En s'adressant à l'Esprit d'une célébrité médicale, est-on plus
certain d'obtenir un bon conseil ?
«Les célébrités terrestres ne sont pas infaillibles et ont souvent des
idées systématiques qui ne sont pas toujours justes, et dont la mort ne les
délivre pas tout de suite. La science terrestre est bien peu de chose
auprès de la science céleste ; les Esprits supérieurs seuls ont cette
dernière science ; sans avoir des noms connus de vous, ils peuvent en
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXVI 316
savoir beaucoup plus que vos savants sur toutes choses. La science ne
fait pas seule les Esprits supérieurs, et vous seriez très étonnés du rang
que certains savants occupent parmi nous. L'Esprit d'un savant peut donc
n'en savoir pas plus que lorsqu'il était sur la Terre, s'il n'a pas progressé
comme Esprit.»
26. Le savant, devenu Esprit, reconnaît-il ses erreurs scientifiques ?
«S'il est arrivé à un degré assez élevé pour être débarrassé de sa vanité
et comprendre que son développement n'est pas complet, il les reconnaît
et les avoue sans honte ; mais s'il n'est point assez dématérialisé, il peut
conserver quelques-uns des préjugés dont il était imbu sur la terre.»
27. Un médecin pourrait-il, en évoquant ceux de ses malades qui sont
morts, en obtenir des éclaircissements sur la cause de leur mort, les
fautes qu'il a pu commettre dans le traitement, et acquérir ainsi un
surcroît d'expérience ?
«Il le peut, et cela lui serait très utile, surtout s'il se faisait assister par
des Esprits éclairés qui suppléeraient au défaut de connaissances de
certains malades. Mais pour cela, il faudrait qu'il fît cette étude d'une
manière sérieuse, assidue, dans un but humanitaire, et non comme
moyen d'acquérir sans peine savoir et fortune.»
Questions sur les inventions et les découvertes.
294. 28. Les Esprits peuvent-ils guider dans les recherches
scientifiques et les découvertes ?
«La science est l'oeuvre du génie ; elle ne doit s'acquérir que par le
travail, car c'est par le travail seul que l'homme avance dans sa voie.
Quel mérite aurait-il s'il n'avait qu'à interroger les Esprits pour tout
savoir ? Tout imbécile pourrait devenir savant à ce prix. Il en est de
même des inventions et des découvertes de l'industrie. Puis une autre
considération, c'est que chaque chose doit venir en son temps et quand
les idées sont mûres pour la recevoir ; si l'homme avait ce pouvoir, il
bouleverserait l'ordre des choses en faisant pousser les fruits avant la
saison.
Dieu a dit à l'homme : Tu tireras ta nourriture de la terre à la sueur de
ton front ; admirable figure qui peint la condition dans laquelle il est icibas
; il doit progresser en tout par l'effort du travail ; si on lui donnait les
choses toutes faites, à quoi lui servirait son intelligence ? Il serait comme
l'écolier dont un autre ferait le devoir.»
QUESTIONS QUE L'ON PEUT ADRESSER AUX ESPRITS 317
29. Le savant et l'inventeur ne sont-ils jamais assistés par les Esprits
dans leurs recherches ?
«Oh ! ceci est bien différent. Lorsque le temps d'une découverte est
arrivé, les Esprits chargés d'en diriger la marche cherchent l'homme
capable de la mener à bonne fin, et lui inspirent les idées nécessaires, de
manière à lui en laisser tout le mérite, car, ces idées, il faut qu'il les
élabore et les mette en oeuvre. Il en est ainsi de tous les grands travaux
de l'intelligence humaine. Les Esprits laissent chaque homme dans sa
sphère ; de celui qui n'est propre qu'à bêcher la terre ils ne feront pas le
dépositaire des secrets de Dieu ; mais ils sauront tirer de l'obscurité
l'homme capable de seconder ses desseins. Ne vous laissez donc point
entraîner par curiosité ou ambition dans une voie qui n'est pas le but du
spiritisme, et qui aboutirait pour vous aux plus ridicules mystifications.»
Remarque. La connaissance plus éclairée du spiritisme a calmé la fièvre des
découvertes que, dans le principe, on s'était flatté de faire par ce moyen. On avait
été jusqu'à demander aux Esprits des recettes pour teindre et faire repousser les
cheveux, guérir les cors aux pieds, etc.. Nous avons vu bien des gens qui ont cru
leur fortune faite, et n'ont recueilli que des procédés plus ou moins ridicules. Il en
est de même lorsqu'on veut, à l'aide des Esprits, pénétrer les mystères de l'origine
des choses ; certains Esprits ont, sur ces matières, leur système qui ne vaut souvent
pas mieux que celui des hommes et qu'il est prudent de n'accueillir qu'avec la plus
grande réserve.
Questions sur les trésors cachés.
295. 30. Les Esprits peuvent-ils faire découvrir les trésors cachés ?
«Les Esprits supérieurs ne s'occupent pas de ces choses ; mais des
Esprits moqueurs indiquent souvent des trésors qui n'existent pas, ou
peuvent aussi en faire voir un dans un endroit, tandis qu'il est à l'opposé ;
et cela a son utilité pour montrer que la véritable fortune est dans le
travail. Si la Providence destine des richesses cachées à quelqu'un, il les
trouvera naturellement ; autrement non.»
31. Que penser de la croyance aux Esprits gardiens des trésors
cachés ?
«Les Esprits qui ne sont pas dématérialisés s'attachent aux choses. Des
avares qui ont caché leurs trésors peuvent encore les surveiller et les
garder après leur mort, et la perplexité où ils sont de les voir enlever est
un de leurs châtiments, jusqu'à ce qu'ils en comprennent l'inutilité pour
eux. Il y a aussi les Esprits de la Terre chargés d'en diriger les
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXVI 318
transformations intérieures, et dont, par allégorie, on a fait les gardiens
des richesses naturelles.»
Remarque. La question des trésors cachés est dans la même catégorie que celle
des héritages inconnus ; bien fou serait celui qui compterait sur les prétendues
révélations qui peuvent lui être faites par les plaisants du monde invisible. Nous
avons dit que, lorsque les Esprits veulent ou peuvent faire de semblables
révélations, ils le font spontanément, et n'ont pas besoin de médiums pour cela. En
voici un exemple :
Une dame venait de perdre son mari après trente ans de ménage, et se trouvait à
la veille d'être expulsée de son domicile, sans aucune ressource, par ses beaux-fils,
auxquels elle avait tenu lieu de mère. Son désespoir était au comble, lorsqu'un soir
son mari lui apparaît, lui dit de le suivre dans son cabinet ; là il lui montre son
secrétaire qui était encore sous les scellés, et par un effet de seconde vue, il lui en
fait voir l'intérieur ; il lui indique un tiroir à secret qu'elle ne connaissait pas, et
dont il lui explique le mécanisme ; il ajoute : J'ai prévu ce qui arrive et j'ai voulu
assurer votre sort ; dans ce tiroir sont mes dernières dispositions ; je vous cède la
jouissance de cette maison, et une rente de ... ; puis il disparut. Le jour de la levée
des scellés, personne ne put ouvrir le tiroir ; la dame alors raconta ce qui lui était
arrivé. Elle l'ouvrit en suivant les indications de son mari, et l'on y trouva le
testament conforme à ce qui lui avait été annoncé.
Questions sur les autres mondes.
296. 32. Quel degré de confiance peut-on avoir dans les descriptions
que les Esprits font des différents mondes ?
«Cela dépend du degré d'avancement réel des Esprits qui donnent ces
descriptions ; car vous comprenez que des Esprits vulgaires sont aussi
incapables de vous renseigner à cet égard qu'un ignorant l'est chez vous
de décrire tous les pays de la Terre. Vous adressez souvent sur ces
mondes des questions scientifiques que ces Esprits ne peuvent résoudre ;
s'ils sont de bonne foi, ils en parlent selon leurs idées personnelles ; si ce
sont des Esprits légers, ils s'amusent à vous donner des descriptions
bizarres et fantastiques ; d'autant mieux que ces Esprits, qui ne sont pas
plus dépourvus d'imagination dans l'erraticité que sur la Terre, puisent
dans cette faculté le récit de bien des choses qui n'ont rien de réel.
Cependant, ne croyez pas à l'impossibilité absolue d'avoir sur ces
mondes quelques éclaircissements ; les bons Esprits se plaisent même à
vous décrire ceux qu'ils habitent, afin de vous servir d'enseignement
pour vous améliorer, et vous engager à suivre la voie qui peut vous y
QUESTIONS QUE L'ON PEUT ADRESSER AUX ESPRITS 319
conduire ; c'est un moyen de fixer vos idées sur l'avenir, et de ne pas
vous laisser dans le vague.»
- Quel contrôle peut-on avoir de l'exactitude de ces descriptions ?
«Le meilleur contrôle est la concordance qu'il peut y avoir entre elles ;
mais rappelez-vous qu'elles ont pour but votre amélioration morale, et
que, par conséquent, c'est sur l'état moral des habitants que vous pouvez
être le mieux renseigné, et non sur l'état physique ou géologique de ces
globes. Avec vos connaissances actuelles, vous ne pourriez même pas
les comprendre ; cette étude ne servirait point à vos progrès ici-bas, et
vous aurez toute possibilité de la faire quand vous y serez.»
Remarque. Les questions sur la constitution physique et les éléments
astronomiques des mondes, rentrent dans l'ordre des recherches scientifiques dont
les Esprits ne doivent pas nous épargner la peine ; sans cela un astronome
trouverait très commode de leur faire faire ses calculs, ce dont, sans doute, il se
garderait bien de convenir. Si les Esprits pouvaient, par la révélation, épargner le
travail d'une découverte, il est probable qu'ils le feraient en faveur du savant assez
modeste pour en reconnaître ouvertement la source, plutôt qu'au profit des
orgueilleux qui les renient, et auxquels ils ménagent souvent au contraire des
déceptions d'amour-propre.
CHAPITRE XXVII.
DES CONTRADICTIONS ET DES MYSTIFICATIONS.
Des contradictions.
297. Les adversaires du spiritisme ne manquent pas d'objecter que les
adeptes ne sont pas d'accord entre eux ; que tous ne partagent pas les
mêmes croyances ; en un mot, qu'ils se contredisent. Si, disent-ils,
l'enseignement vous est donné par les Esprits, comment se fait-il qu'il ne
soit pas identique ? Une étude sérieuse et approfondie de la science peut
seule réduire cet argument à sa juste valeur.
Hâtons-nous de dire d'abord que ces contradictions, dont certaines
personnes font un grand étalage, sont en général plus apparentes que
réelles ; qu'elles tiennent souvent plus à la superficie qu'au fond de la
chose, et que, par conséquent, elles sont sans importance. Les
contradictions proviennent de deux sources : les hommes et les Esprits.
298. Les contradictions d'origine humaine ont été suffisamment
expliquées dans le chapitre des systèmes, n° 36, auquel nous renvoyons.
Chacun comprendra qu'au début, alors que les observations étaient
encore incomplètes, il ait surgi des opinions divergentes sur les causes et
les conséquences des phénomènes spirites, opinions dont les trois quarts
sont déjà tombées devant une étude plus sérieuse et plus approfondie. A
bien peu d'exceptions près, et à part quelques personnes qui ne se
départissent pas facilement des idées qu'elles ont caressées ou enfantées,
on peut dire qu'aujourd'hui il y a unité chez l'immense majorité des
spirites, au moins quant aux principes généraux, si ce n'est peut-être dans
quelques détails insignifiants.
299. Pour comprendre la cause et la valeur des contradictions d'origine
spirite, il faut s'être identifié avec la nature du monde invisible, et l'avoir
étudié sous toutes ses faces. Au premier abord, il peut sembler étonnant
que les Esprits ne pensent pas tous de même, mais cela ne peut
surprendre quiconque s'est rendu compte du nombre infini de degrés
qu'ils doivent parcourir avant d'atteindre le haut de l'échelle. Leur
supposer une égale appréciation des choses, serait les supposer tous au
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXVII 322
même niveau ; penser qu'ils doivent tous voir juste, serait admettre qu'ils
sont tous arrivés à la perfection, ce qui n'est pas, et ce qui ne peut pas
être, si l'on considère qu'ils ne sont autre chose que l'humanité dépouillée
de l'enveloppe corporelle. Les Esprits de tous les rangs pouvant se
manifester, il en résulte que leurs communications portent le cachet de
leur ignorance ou de leur savoir, de leur infériorité ou de leur supériorité
morale. C'est à distinguer le vrai du faux, le bon du mauvais, que doivent
conduire les instructions que nous avons données.
Il ne faut pas oublier que parmi les Esprits il y a, comme parmi les
hommes, des faux et des demis-savants, des orgueilleux, des
présomptueux et des systématiques. Comme il n'est donné qu'aux Esprits
parfaits de tout connaître, il y a pour les autres, comme pour nous, des
mystères qu'ils expliquent à leur manière, selon leurs idées, et sur
lesquels ils peuvent se faire des opinions plus ou moins justes, qu'ils
mettent de l'amour-propre à faire prévaloir, et qu'ils aiment à reproduire
dans leurs communications. Le tort est à quelques-uns de leurs
interprètes d'avoir épousé trop légèrement des opinions contraires au bon
sens, et de s'en être fait les éditeurs responsables. Ainsi, les
contradictions d'origine spirite n'ont pas d'autre cause que la diversité
dans l'intelligence, les connaissances, le jugement et la moralité de
certains Esprits qui ne sont pas encore aptes à tout connaître et à tout
comprendre (Voir Livre des Esprits, Introduction, § XIII ; Conclusion, §
IX.)
300. A quoi sert l'enseignement des Esprits, diront quelques
personnes, s'il ne nous offre pas plus de certitude que l'enseignement
humain ? A cela, la réponse est facile. Nous n'acceptons pas avec une
égale confiance l'enseignement de tous les hommes, et entre deux
doctrines nous donnons la préférence à celle dont l'auteur nous paraît le
plus éclairé, le plus capable, le plus judicieux, le moins accessible aux
passions ; il faut agir de même avec les Esprits. Si dans le nombre il y en
a qui ne sont pas au-dessus de l'humanité, il y en a beaucoup qui l'ont
dépassée, et ceux-là peuvent nous donner des instructions que nous
chercherions en vain chez les hommes les plus instruits. C'est à les
distinguer de la tourbe des Esprits inférieurs qu'il faut s'attacher, si l'on
veut s'éclairer, et c'est à cette distinction que conduit la connaissance
approfondie du spiritisme. Mais ces instructions mêmes ont une limite, et
DES CONTRADICTIONS ET DES MYSTIFICATIONS 323
s'il n'est pas donné aux Esprits de tout savoir, à plus forte raison doit-il
en être de même des hommes. Il est donc des choses sur lesquelles on les
interrogerait en vain, soit parce qu'il leur est défendu de les révéler, soit
parce qu'ils les ignorent eux-mêmes, et sur lesquelles ils ne peuvent que
nous donner leur opinion personnelle ; or, ce sont ces opinions
personnelles que les Esprits orgueilleux donnent comme des vérités
absolues. C'est surtout sur ce qui doit rester caché, comme l'avenir et le
principe des choses, qu'ils insistent le plus, afin de se donner l'air d'être
en possession des secrets de Dieu ; aussi est-ce sur ces points qu'il y a le
plus de contradictions. (Voir le chapitre précédent.)
301. Voici les réponses données par les Esprits aux questions
suivantes relatives aux contradictions :
1. Le même Esprit se communiquant à deux centres différents, peut-il
leur transmettre sur le même sujet des réponses contradictoires ?
«Si les deux centres diffèrent entre eux d'opinions et de pensées, la
réponse pourra leur arriver travestie, parce qu'ils sont sous l'influence de
différentes colonnes d'Esprits : ce n'est pas la réponse qui est
contradictoire, c'est la manière dont elle est rendue.»
2. On conçoit qu'une réponse puisse être altérée ; mais lorsque les
qualités du médium excluent toute idée de mauvaise influence, comment
se fait-il que des Esprits supérieurs tiennent un langage différent et
contradictoire sur le même sujet à des personnes parfaitement sérieuses ?
«Les Esprits réellement supérieurs ne se contredisent jamais, et leur
langage est toujours le même avec les mêmes personnes. Il peut être
différent selon les personnes et les lieux ; mais il faut y faire attention, la
contradiction n'est souvent qu'apparente ; elle est plus dans les mots que
dans la pensée ; car en réfléchissant on trouve que l'idée fondamentale
est la même. Et puis le même Esprit peut répondre différemment sur la
même question, suivant le degré de perfection de ceux qui l'évoquent,
car il n'est pas toujours bon que tous aient la même réponse, puisqu'ils ne
sont pas aussi avancés. C'est exactement comme si un enfant et un
savant te faisaient la même question ; certes, tu répondrais à l'un et à
l'autre de manière à être compris et à les satisfaire ; la réponse, quoique
différente, aurait d'ailleurs le même fond.»
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXVII 324
3. Dans quel but les Esprits sérieux semblent-ils accréditer auprès de
certaines personnes des idées et même des préjugés qu'ils combattent
auprès d'autres ?
«Il faut que nous nous rendions compréhensibles. Si quelqu'un a une
conviction bien arrêtée sur une doctrine, même fausse, il faut que nous le
détournions de cette conviction, mais peu à peu ; c'est pourquoi nous
nous servons souvent de ses termes, et nous avons l'air d'abonder dans
ses idées, afin qu'il ne s'offusque pas tout à coup, et qu'il ne cesse pas de
s'instruire près de nous.
D'ailleurs, il n'est pas bon de heurter trop brusquement les préjugés ;
ce serait le moyen de n'être pas écouté ; voilà pourquoi les Esprits
parlent souvent dans le sens de l'opinion de ceux qui les écoutent, afin de
les amener peu à peu à la vérité. Ils approprient leur langage aux
personnes, comme tu le fais toi-même si tu es un orateur un peu habile ;
c'est pourquoi ils ne parleront pas à un Chinois ou à un mahométan
comme ils parleront à un Français ou à un chrétien, car ils seraient bien
sûrs d'être repoussés.
Il ne faut pas prendre pour une contradiction ce qui n'est souvent
qu'une partie de l'élaboration de la vérité. Tous les Esprits ont leur tâche
marquée par Dieu ; ils l'accomplissent dans les conditions qu'ils jugent
convenables pour le bien de ceux qui reçoivent leurs communications.»
4. Les contradictions, même apparentes, peuvent jeter des doutes dans
l'Esprit de certaines personnes ; quel contrôle peut-on avoir pour
connaître la vérité ?
«Pour discerner l'erreur de la vérité, il faut approfondir ces réponses et
les méditer longtemps sérieusement ; c'est toute une étude à faire. Il faut
le temps pour cela comme pour étudier toutes choses.
Etudiez, comparez, approfondissez ; nous vous le disons sans cesse, la
connaissance de la vérité est à ce prix. Et comment voulez-vous arriver à
la vérité, quand vous interprétez tout d'après vos idées étroites, que vous
prenez pour de grandes idées ? Mais le jour n'est pas loin où
l'enseignement des Esprits sera partout uniforme dans les détails comme
dans les choses principales. Leur mission est de détruire l'erreur, mais
cela ne peut venir que successivement.»
5. Il y a des personnes qui n'ont ni le temps, ni l'aptitude nécessaires
pour une étude sérieuse et approfondie, et qui acceptent ce qu'on leur
DES CONTRADICTIONS ET DES MYSTIFICATIONS 325
enseigne sans examen. N'y a-t-il pas pour elles de l'inconvénient à
accréditer des erreurs ?
«Qu'elles pratiquent le bien et ne fassent point de mal, c'est l'essentiel ;
pour cela il n'y a pas deux doctrines. Le bien est toujours le bien, que
vous le fassiez au nom d'Allah ou de Jéhovah, car il n'y a qu'un même
Dieu pour l'Univers.»
6. Comment des Esprits, qui paraissent développés en intelligence,
peuvent-ils avoir des idées évidemment fausses sur certaines choses ?
«Ils ont leur doctrine. Ceux qui ne sont pas assez avancés, et qui
croient l'être, prennent leurs idées pour la vérité. C'est comme parmi
vous.»
7. Que penser des doctrines d'après lesquelles un seul Esprit pourrait
se communiquer, et que cet Esprit serait Dieu ou Jésus ?
«L'Esprit qui enseigne cela est un Esprit qui veut dominer, c'est
pourquoi il veut faire croire qu'il est seul ; mais le malheureux qui ose
prendre le nom de Dieu expiera chèrement son orgueil. Quant à ces
doctrines, elles se réfutent d'elles-mêmes, parce qu'elles sont en
contradiction avec les faits les plus avérés ; elles ne méritent pas
d'examen sérieux, car elles n'ont pas de racines.
La raison vous dit que le bien procède d'une bonne source et le mal
d'une mauvaise ; pourquoi voudriez-vous qu'un bon arbre donnât de
mauvais fruits ? Avez-vous jamais cueilli du raisin sur un pommier ? La
diversité des communications est la preuve la plus patente de la diversité
de leur origine. D'ailleurs, les Esprits qui prétendent seuls se
communiquer, oublient de dire pourquoi les autres ne pourraient pas le
faire. Leur prétention est la négation de ce que le spiritisme a de plus
beau et de plus consolant : les rapports du monde visible et du monde
invisible, des hommes avec les êtres qui leur sont chers et qui seraient
ainsi perdus pour eux sans retour. Ce sont ces rapports qui identifient
l'homme avec son avenir, qui le détachent du monde matériel ; supprimer
ces rapports, c'est le replonger dans le doute qui fait son tourment ; c'est
donner un aliment à son égoïsme. En examinant avec soin la doctrine de
ces Esprits, on y reconnaît à chaque pas des contradictions injustifiables,
les traces de leur ignorance sur les choses les plus évidentes, et par
conséquent les signes certains de leur infériorité.»
L'ESPRIT DE VERITE.
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXVII 326
8. De toutes les contradictions que l'on remarque dans les
communications des Esprits, une des plus frappantes est celle qui est
relative à la réincarnation. Si la réincarnation est une nécessité de la vie
spirite, comment se fait-il que tous les Esprits ne l'enseignent pas ?
«Ne savez-vous pas qu'il y a des Esprits dont les idées sont bornées au
présent, comme chez beaucoup d'hommes de la Terre ? Ils croient que ce
qui est pour eux doit durer toujours ; ils ne voient pas au-delà du cercle
de leurs perceptions, et ne s'inquiètent ni d'où ils viennent ni où ils vont,
et pourtant ils doivent subir la loi de la nécessité. La réincarnation est
pour eux une nécessité à laquelle ils ne songent que lorsqu'elle arrive ;
ils savent que l'Esprit progresse, mais de quelle manière ? c'est pour eux
un problème. Alors, si vous le leur demandez, ils vous parleront des sept
ciels superposés comme des étages ; il y en a même qui vous parleront
de la sphère du feu, de la sphère des étoiles, puis de la cité des fleurs, de
celle des élus.»
9. Nous concevons que les Esprits peu avancés puissent ne pas
comprendre cette question ; mais alors comment se fait-il que des Esprits
d'une infériorité morale et intellectuelle notoire parlent spontanément de
leurs différentes existences, et de leur désir de se réincarner pour
racheter leur passé ?
«Il se passe dans le monde des Esprits des choses qu'il vous est bien
difficile de comprendre. N'avez-vous pas, parmi vous, des gens très
ignorants sur certaines choses, et qui sont éclairés sur d'autres ; des gens
qui ont plus de jugement que d'instruction, et d'autres qui ont plus
d'esprit que de jugement ? Ne savez-vous pas aussi que certains Esprits
se plaisent à maintenir les hommes dans l'ignorance tout en ayant l'air de
les instruire, et qui profitent de la facilité avec laquelle on ajoute foi à
leurs paroles ? Ils peuvent séduire ceux qui ne vont pas au fond des
choses, mais quand on les pousse à bout par le raisonnement, ils ne
soutiennent pas longtemps leur rôle.
Il faut en outre tenir compte de la prudence que mettent en général les
Esprits dans la promulgation de la vérité : une lumière trop vive et trop
subite éblouit et n'éclaire pas. Ils peuvent donc, dans certains cas, juger
utile de ne la répandre que graduellement, selon les temps, les lieux et
les personnes. Moïse n'a pas enseigné tout ce qu'a enseigné le Christ, et
le Christ lui-même a dit beaucoup de choses dont l'intelligence était
réservée aux générations futures. Vous parlez de la réincarnation, et
DES CONTRADICTIONS ET DES MYSTIFICATIONS 327
vous vous étonnez que ce principe n'ait pas été enseigné dans certaines
contrées ; mais songez donc que dans un pays où le préjugé de la couleur
règne en souverain, où l'esclavage est enraciné dans les moeurs, on eût
repoussé le spiritisme par cela seul qu'il eût proclamé la réincarnation,
car l'idée que celui qui est maître puisse devenir esclave, et
réciproquement, eût paru monstrueuse. Ne valait-il pas mieux faire
accepter d'abord le principe général, sauf à en tirer plus tard les
conséquences ? O hommes ! que votre vue est courte pour juger les
desseins de Dieu ! Sachez donc que rien ne se fait sans sa permission et
sans un but que souvent vous ne pouvez pénétrer. Je vous ai dit que
l'unité se ferait dans la croyance spirite ; tenez pour certain qu'elle se
fera, et que les dissidences, déjà moins profondes, s'effaceront peu à peu
à mesure que les hommes s'éclaireront, et qu'elles disparaîtront
complètement, car telle est la volonté de Dieu, contre laquelle l'erreur ne
peut prévaloir.»
L'ESPRIT DE VERITE.
10. Les doctrines erronées, qui peuvent être enseignées par certains
Esprits, n'ont-elles pas pour effet de retarder le progrès de la science
véritable ?
«Vous voudriez tout avoir sans peine ; sachez donc qu'il n'est pas de
champ où il ne croisse de mauvaise herbe que le laboureur doit extirper.
Ces doctrines erronées sont une conséquence de l'infériorité de votre
monde ; si les hommes étaient parfaits, ils n'accepteraient que le vrai ;
les erreurs sont comme les pierres fausses, qu'un oeil exercé peut seul
distinguer ; il vous faut donc un apprentissage pour distinguer le vrai du
faux ; eh bien ! les fausses doctrines ont pour utilité de vous exercer à
distinguer la vérité de l'erreur.»
- Ceux qui adoptent l'erreur ne sont-ils pas retardés dans leur
avancement ?
«S'ils adoptent l'erreur, c'est qu'ils ne sont pas assez avancés pour
comprendre la vérité.»
302. En attendant que l'unité se fasse, chacun croit avoir la vérité pour
soi, et soutient être seul dans le vrai ; illusion que ne manquent pas
d'entretenir les Esprits trompeurs ; sur quoi l'homme impartial et
désintéressé peut-il se baser pour porter un jugement ?
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXVII 328
«La lumière la plus pure n'est obscurcie par aucun nuage ; le diamant
sans tache est celui qui a le plus de valeur ; jugez donc les Esprits à la
pureté de leur enseignement. L'unité se fera du côté où le bien n'aura
jamais été mélangé de mal ; c'est de ce côté que les hommes se rallieront
par la force des choses, car ils jugeront que là est la vérité. Remarquez
d'ailleurs que les principes fondamentaux sont partout les mêmes, et
doivent vous unir dans une pensée commune : l'amour de Dieu et la
pratique du bien. Quel que soit le mode de progression que l'on suppose
pour les âmes, le but final est le même, et le moyen de l'atteindre est
aussi le même : faire le bien ; or, il n'y a pas deux manières de le faire.
S'il s'élève des dissidences capitales, quant au principe même de la
doctrine, vous avez une règle certaine pour les apprécier ; cette règle est
celle-ci : La meilleure doctrine est celle qui satisfait le mieux le coeur et
la raison, et qui a le plus d'éléments pour conduire les hommes au bien ;
c'est, je vous certifie, celle qui prévaudra.»
L'ESPRIT DE VERITE.
Remarque. Les contradictions qui se présentent dans les communications
spirites peuvent tenir aux causes suivantes : à l'ignorance de certains Esprits ; à la
supercherie des Esprits inférieurs qui, par malice ou méchanceté, disent le
contraire de ce qu'a dit ailleurs l'Esprit dont ils usurpent le nom ; à la volonté de
l'Esprit même qui parle selon les temps, lieux et les personnes, et peut juger utile
de ne pas tout dire à tout le monde ; à l'insuffisance du langage humain pour
exprimer les choses du monde incorporel ; à l'insuffisance des moyens de
communication qui ne permettent pas toujours à l'Esprit de rendre toute sa pensée ;
enfin à l'interprétation que chacun peut donner d'un mot ou d'une explication,
selon ses idées, ses préjugés ou le point de vue sous lequel il envisage la chose.
L'étude, l'observation, l'expérience et l'abnégation de tout sentiment d'amourpropre,
peuvent seules apprendre à distinguer ces diverses nuances.
Des mystifications.
303. S'il est désagréable d'être trompé, il l'est encore plus d'être
mystifié ; c'est du reste un des inconvénients dont il est le plus facile de
se préserver. Les moyens de déjouer les ruses des Esprits trompeurs
ressortent de toutes les instructions précédentes ; c'est pourquoi nous
n'en dirons que peu de chose. Voici les réponses des Esprits à ce sujet :
1. Les mystifications sont un des écueils les plus désagréables du
spiritisme pratique ; y a-t-il un moyen de s'en préserver ?
«Il me semble que vous pouvez trouver la réponse dans tout ce qui
vous a été enseigné. Oui, certes, il y a pour cela un moyen simple, c'est
DES CONTRADICTIONS ET DES MYSTIFICATIONS 329
de ne demander au spiritisme que ce qu'il peut et doit vous donner ; son
but est l'amélioration morale de l'humanité ; tant que vous ne vous en
écarterez pas, vous ne serez jamais trompés, parce qu'il n'y a pas deux
manières de comprendre la vraie morale, celle que peut admettre tout
homme de bon sens.
Les Esprits viennent vous instruire et vous guider dans la route du
bien, et non dans celle des honneurs et de la fortune, ou pour servir vos
mesquines passions. Si on ne leur demandait jamais rien de futile ou qui
soit en dehors de leurs attributions, on ne donnerait aucune prise aux
Esprits trompeurs ; d'où vous devez conclure que celui qui est mystifié
n'a que ce qu'il mérite.
Le rôle des Esprits n'est pas de vous renseigner sur les choses de ce
monde, mais de vous guider sûrement dans ce qui peut vous être utile
pour l'autre. Quand ils vous parlent des choses d'ici-bas, c'est qu'ils le
jugent nécessaire, mais ce n'est pas sur votre demande. Si vous voyez
dans les Esprits les suppléants des devins et des sorciers, c'est alors que
vous serez trompés.
Si les hommes n'avaient qu'à s'adresser aux Esprits pour tout savoir, ils
n'auraient plus leur libre arbitre, et sortiraient de la voie tracée par Dieu
pour l'humanité. L'homme doit agir par lui-même ; Dieu n'envoie pas les
Esprits pour leur aplanir la route matérielle de la vie, mais pour préparer
celle de l'avenir.»
- Mais il y a des personnes qui ne demandent rien, et qui sont
indignement trompées par des Esprits qui viennent spontanément sans
qu'on les appelle ?
«Si elles ne demandent rien, elles se laissent dire, ce qui revient au
même. Si elles accueillaient avec réserve et défiance tout ce qui s'écarte
de l'objet essentiel du spiritisme, les Esprits légers ne les prendraient pas
aussi facilement pour dupes.»
2. Pourquoi Dieu permet-il que des personnes sincères, et qui
acceptent le spiritisme de bonne foi, soient mystifiées ; cela ne pourraitil
pas avoir pour inconvénient d'ébranler leur croyance ?
«Si cela ébranlait leur croyance, c'est que leur foi ne serait pas très
solide ; celles qui renonceraient au spiritisme pour un simple
désappointement, prouveraient qu'elles ne le comprennent pas, et
qu'elles ne s'attachent pas à la partie sérieuse. Dieu permet les
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXVII 330
mystifications pour éprouver la persévérance des vrais adeptes, et punir
ceux qui en font un objet d'amusement.»
L'ESPRIT DE VERITE.
Remarque. La rouerie des Esprits mystificateurs dépasse quelquefois tout ce
qu'on peut imaginer ; l'art avec lequel ils dressent leurs batteries et combinent les
moyens de persuader, serait une chose curieuse s'il ne s'agissait toujours que
d'innocentes plaisanteries, mais ces mystifications peuvent avoir des conséquences
désagréables pour ceux qui ne se tiennent pas sur leurs gardes ; nous sommes
assez heureux pour avoir pu ouvrir à temps les yeux à plusieurs personnes qui ont
bien voulu nous demander notre avis, et leur avoir épargné des actions ridicules et
compromettantes. Parmi les moyens qu'emploient ces Esprits, il faut placer en
première ligne, comme étant les plus fréquents, ceux qui ont pour but de tenter la
cupidité, comme la révélation de prétendus trésors cachés, l'annonce d'héritages ou
autres sources de fortune. On doit en outre regarder comme suspectes au premier
chef les prédictions à époques fixes, ainsi que toutes les indications précises
touchant les intérêts matériels ; se garder de toute démarche prescrite ou conseillée
par les Esprits, lorsque le but n'en est pas éminemment rationnel ; ne jamais se
laisser éblouir par les noms que prennent les Esprits pour donner une apparence de
vérité à leurs paroles ; se défier des théories et systèmes scientifiques hasardés ;
enfin de tout ce qui s'écarte du but moral des manifestations. Nous remplirions un
volume des plus curieux avec l'histoire de toutes les mystifications qui sont venues
à notre connaissance.
CHAPITRE XXVIII.
CHARLATANISME ET JONGLERIE.
Médiums intéressés.
304. Comme tout peut devenir un sujet d'exploitation, il n'y aurait rien
d'étonnant à ce qu'on voulût aussi exploiter les Esprits ; reste à savoir
comment ils prendraient la chose, si jamais une telle spéculation tentait
de s'introduire. Nous dirons d'abord que rien ne prêterait plus au
charlatanisme et à la jonglerie qu'un pareil métier. Si l'on voit de faux
somnambules, on verrait bien plus encore de faux médiums, et cette
raison seule serait un sujet fondé de défiance. Le désintéressement, au
contraire, est la réponse la plus péremptoire que l'on puisse opposer à
ceux qui ne voient dans les faits qu'une habile manoeuvre. Il n'y a pas de
charlatanisme désintéressé ; quel serait donc le but de personnes qui
useraient de supercherie sans profit, à plus forte raison quand leur
honorabilité notoire les met au-dessus du soupçon ?
Si le gain qu'un médium retirerait de sa faculté peut être un sujet de
suspicion, ce ne serait point une preuve que cette suspicion soit fondée ;
il pourrait donc avoir une aptitude réelle et agir de très bonne foi, tout en
se faisant rétribuer ; voyons si, dans ce cas, on peut raisonnablement en
attendre un résultat satisfaisant.
305. Si l'on a bien compris ce que nous avons dit des conditions
nécessaires pour servir d'interprètes aux bons Esprits, des causes
nombreuses qui peuvent les éloigner, des circonstances indépendantes de
leur volonté qui sont souvent un obstacle à leur venue, enfin de toutes
les conditions morales qui peuvent exercer une influence sur la nature
des communications, comment pourrait-on supposer qu'un Esprit tant
soit peu élevé fût, à chaque heure du jour, aux ordres d'un entrepreneur
de séances et soumis à ses exigences pour satisfaire la curiosité du
premier venu ? On sait l'aversion des Esprits pour tout ce qui sent la
cupidité et l'égoïsme, le peu de cas qu'ils font des choses matérielles, et
l'on voudrait qu'ils aidassent à trafiquer de leur présence ! Cela répugne
à la pensée, et il faudrait bien peu connaître la nature du monde spirite
pour croire qu'il en pût être ainsi. Mais comme les Esprits légers sont
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXVIII 332
moins scrupuleux, et ne cherchent que les occasions de s'amuser à nos
dépens, il en résulte que si l'on n'est pas mystifié par un faux médium, on
a toute chance de l'être par quelques-uns d'entre eux. Ces seules
réflexions donnent la mesure du degré de confiance que l'on devrait
accorder à des communications de ce genre. Du reste, à quoi serviraient
aujourd'hui des médiums payés, puisque, si l'on n'a pas soi-même cette
faculté, on peut la trouver dans sa famille, parmi ses amis ou ses
connaissances ?
306. Les médiums intéressés ne sont pas uniquement ceux qui
pourraient exiger une rétribution fixe ; l'intérêt ne se traduit pas toujours
par l'espoir d'un gain matériel, mais aussi par les vues ambitieuses de
toute nature sur lesquelles on peut fonder des espérances personnelles ;
c'est encore là un travers que savent très bien saisir les Esprits moqueurs
et dont ils profitent avec une adresse, une rouerie vraiment remarquable,
en berçant de trompeuses illusions ceux qui se mettent ainsi sous leur
dépendance. En résumé, la médiumnité est une faculté donnée pour le
bien, et les bons Esprits s'éloignent de quiconque prétendrait s'en faire
un marchepied pour arriver à quoi que ce soit qui ne répondrait pas aux
vues de la Providence. L'égoïsme est la plaie de la société ; les bons
Esprits le combattent, on ne peut supposer qu'ils viennent le servir. Cela
est si rationnel qu'il serait inutile d'insister davantage sur ce point.
307. Les médiums à effets physiques ne sont pas dans la même
catégorie ; ces effets sont généralement produits par des Esprits
inférieurs moins scrupuleux. Nous ne disons pas que ces Esprits soient
nécessairement mauvais pour cela : on peut être portefaix et très honnête
homme ; un médium de cette catégorie, qui voudrait exploiter sa faculté,
pourrait donc en avoir qui l'assisteraient sans trop de répugnance ; mais
là encore se présente un autre inconvénient. Le médium à effets
physiques, pas plus que celui à communications intelligentes, n'a reçu sa
faculté pour son plaisir : elle lui a été donnée à la condition d'en faire un
bon usage, et, s'il en abuse, elle peut lui être retirée, ou bien tourner à
son détriment, parce qu'en définitive les Esprits inférieurs sont aux
ordres des Esprits supérieurs.
Les Esprits inférieurs aiment bien à mystifier, mais ils n'aiment pas à
être mystifiés ; s'ils se prêtent volontiers à la plaisanterie, aux choses de
curiosité, parce qu'ils aiment à s'amuser, ils n'aiment pas plus que les
CHARLATANISME ET JONGLERIE 333
autres à être exploités, ni à servir de comparses pour faire aller la recette,
et ils prouvent à chaque instant qu'ils ont leur volonté, qu'ils agissent
quand et comme bon leur semble, ce qui fait que le médium à effets
physiques est encore moins sûr de la régularité des manifestations que le
médium écrivain. Prétendre les produire à jours et heures fixes, serait
faire preuve de la plus profonde ignorance. Que faire alors pour gagner
son argent ? Simuler les phénomènes ; c'est ce qui peut arriver non
seulement à ceux qui en feraient un métier avoué, mais même à des gens
simples en apparence qui trouvent ce moyen plus facile et plus commode
que de travailler. Si l'Esprit ne donne pas, on y supplée : l'imagination
est si féconde quand il s'agit de gagner de l'argent ! L'intérêt étant un
légitime motif de suspicion, il donne un droit d'examen rigoureux dont
on ne saurait s'offenser sans justifier les soupçons. Mais autant la
suspicion est légitime dans ce cas, autant elle est offensante vis-à-vis de
personnes honorables et désintéressées.
308. La faculté médianimique, même restreinte dans la limite des
manifestations physiques, n'a point été donnée pour en faire parade sur
les tréteaux, et quiconque prétendrait avoir à ses ordres des Esprits pour
les exhiber en public, peut à bon droit être suspecté de charlatanisme ou
de prestidigitation plus ou moins habile. Qu'on se le tienne pour dit
toutes les fois qu'on verra des annonces de prétendues séances de
spiritisme ou de spiritualisme à tant la place, et qu'on se souvienne du
droit qu'on achète en entrant.
De tout ce qui précède, nous concluons que le désintéressement le plus
absolu est la meilleure garantie contre le charlatanisme ; s'il n'assure pas
toujours la bonté des communications intelligentes, il enlève aux
mauvais Esprits un puissant moyen d'action, et ferme la bouche à
certains détracteurs.
309. Resterait ce qu'on pourrait appeler la jonglerie d'amateur, c'est-àdire
les fraudes innocentes de quelques mauvais plaisants. On pourrait
sans doute la pratiquer par manière de passe-temps dans des réunions
légères et frivoles, mais non dans des assemblées sérieuses où l'on
n'admet que des personnes sérieuses. On peut bien d'ailleurs se donner le
plaisir d'une mystification momentanée ; mais il faudrait être doué d'une
singulière patience pour jouer ce rôle pendant des mois et des années, et
chaque fois pendant plusieurs heures consécutives. Un intérêt
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXVIII 334
quelconque peut seul donner cette persévérance, et l'intérêt, nous le
répétons, peut tout faire suspecter.
310. On dira peut-être qu'un médium qui donne son temps au public
dans l'intérêt de la chose ne peut le donner pour rien, parce qu'il faut
vivre. Mais est-ce dans l'intérêt de la chose ou dans le sien qu'il le donne,
et n'est-ce pas plutôt parce qu'il y entrevoit un métier lucratif ? On
trouvera toujours des gens dévoués à ce prix-là. N'a-t-il donc que cette
industrie à sa disposition ? N'oublions pas que les Esprits, quelle que soit
leur supériorité ou leur infériorité, sont les âmes des morts, et quand la
morale et la religion font un devoir de respecter leurs restes, l'obligation
de respecter leur Esprit est encore plus grande.
Que dirait-on de celui qui tirerait un corps du tombeau et l'exhiberait
pour de l'argent, parce que ce corps serait de nature à piquer la
curiosité ? Est-il moins irrespectueux d'exhiber l'Esprit que le corps sous
le prétexte qu'il est curieux de voir agir un Esprit ? Et remarquez bien
que le prix des places sera en raison des tours qu'il pourra faire et de
l'attrait du spectacle. Certes, de son vivant, eût-il été comédien, il ne se
doutait guère qu'après sa mort il trouverait un directeur qui lui ferait
jouer la comédie gratis à son profit.
Il ne faut pas oublier que les manifestations physiques, aussi bien que
les manifestations intelligentes, ne sont permises par Dieu que pour
notre instruction.
311. Ces considérations morales à part, nous ne contestons nullement
qu'il puisse y avoir des médiums intéressés honorables et consciencieux,
parce qu'il y a d'honnêtes gens dans tous les métiers ; nous ne parlons
que de l'abus ; mais on conviendra, par les motifs que nous avons
exposés, que l'abus a plus de raison d'être chez les médiums rétribués
que chez ceux qui, regardant leur faculté comme une faveur, ne
l'emploient que pour rendre service.
Le degré de confiance ou de défiance que l'on peut accorder à un
médium rétribué, dépend avant toute chose de l'estime que commandent
son caractère et sa moralité, et en outre des circonstances. Le médium
qui, dans un but éminemment sérieux et profitable, serait empêché
d'utiliser son temps d'une autre manière, et pour cette raison exonéré, ne
peut être confondu avec le médium spéculateur, celui qui, de dessein
prémédité, se ferait une industrie de la médiumnité. Selon le motif et le
CHARLATANISME ET JONGLERIE 335
but, les Esprits peuvent donc condamner, absoudre ou même favoriser ;
ils jugent l'intention plutôt que le fait matériel.
312. Les somnambules qui utilisent leur faculté d'une manière
lucrative, ne sont pas dans le même cas. Quoique cette exploitation soit
sujette à des abus, et que le désintéressement soit une plus grande
garantie de sincérité, la position est différente, attendu que c'est leur
propre Esprit qui agit ; il est par conséquent toujours à leur disposition,
et en réalité ils n'exploitent qu'eux-mêmes, parce qu'ils sont libres de
disposer de leur personne comme ils l'entendent, tandis que les médiums
spéculateurs exploitent les âmes des trépassés. (Voir n° 172, Médiums
somnambules.)
313. Nous n'ignorons pas que notre sévérité à l'égard des médiums
intéressés ameute contre nous tous ceux qui exploitent ou seraient tentés
d'exploiter cette nouvelle industrie, et nous en fait des ennemis acharnés,
ainsi que de leurs amis qui prennent naturellement fait et cause pour
eux ; nous nous en consolons en pensant que les marchands chassés du
temple par Jésus ne devaient pas non plus le voir d'un bon oeil. Nous
avons aussi contre nous les gens qui n'envisagent pas la chose avec la
même gravité ; cependant, nous nous croyons le droit d'avoir une
opinion et de l'émettre ; nous ne forçons personne de l'adopter. Si une
immense majorité s'y est ralliée, c'est qu'apparemment on la trouve
juste ; car nous ne voyons pas, en effet, comment on pourrait prouver
qu'il n'y a pas plus de chance de trouver la fraude et les abus dans la
spéculation que dans le désintéressement. Quant à nous, si nos écrits ont
contribué à jeter en France et dans d'autres contrées du discrédit sur la
médiumnité intéressée, nous croyons que ce ne sera pas un des moindres
services qu'ils auront rendus au spiritisme sérieux.
Fraudes spirites.
314. Ceux qui n'admettent pas la réalité des manifestations physiques
attribuent généralement à la fraude les effets produits. Ils se fondent sur
ce que les prestidigitateurs habiles font des choses qui paraissent des
prodiges quand on ne connaît pas leurs secrets ; d'où ils concluent que
les médiums ne sont autres que des escamoteurs. Nous avons déjà réfuté
cet argument, ou plutôt cette opinion, notamment dans nos articles sur
M. Home et dans les numéros de la Revue de janvier et février 1858 ;
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXVIII 336
nous n'en dirons donc que quelques mots avant de parler d'une chose
plus sérieuse.
Il est, du reste, une considération qui n'échappera pas à quiconque
réfléchit un peu. Il y a sans doute des prestidigitateurs d'une habileté
prodigieuse, mais ils sont rares. Si tous les médiums pratiquaient
l'escamotage, il faudrait convenir que cet art aurait fait en peu de temps
des progrès inouïs, et serait devenu subitement bien commun, puisqu'il
se trouverait à l'état inné chez des gens qui ne s'en doutaient guère,
même chez des enfants.
De ce qu'il y a des charlatans qui débitent des drogues sur les places
publiques, de ce qu'il y a même des médecins qui, sans aller sur la place
publique, trompent la confiance, s'ensuit-il que tous les médecins sont
des charlatans, et le corps médical en est-il atteint dans sa
considération ? De ce qu'il y a des gens qui vendent de la teinture pour
du vin, s'ensuit-il que tous les marchands de vin sont des frelateurs et
qu'il n'y a point de vin pur ? On abuse de tout, même des choses les plus
respectables, et l'on peut dire que la fraude a aussi son génie. Mais la
fraude a toujours un but, un intérêt matériel quelconque ; là où il n'y a
rien à gagner, il n'y a nul intérêt à tromper. Aussi avons-nous dit, à
propos des médiums mercenaires, que la meilleure de toutes les garanties
est un désintéressement absolu.
315. De tous les phénomènes spirites, ceux qui prêtent le plus à la
fraude sont les phénomènes physiques, par des motifs qu'il est utile de
prendre en considération. D'abord, parce que s'adressant aux yeux plus
qu'à l'intelligence, ce sont ceux que la prestidigitation peut le plus
facilement imiter. Secondement que, piquant plus que les autres la
curiosité, ils sont plus propres à attirer la foule et par conséquent plus
productifs. A ce double point de vue, les charlatans ont donc tout intérêt
à simuler ces sortes de manifestations ; les spectateurs, pour la plupart
étrangers à la science, y vont généralement chercher une distraction bien
plus qu'une instruction sérieuse, et l'on sait qu'on paye toujours mieux ce
qui amuse que ce qui instruit. Mais, à part cela, il y a un autre motif non
moins péremptoire. Si la prestidigitation peut imiter des effets matériels,
pour lesquels il ne lui faut que de l'adresse, nous ne lui connaissons pas,
jusqu'à présent, le don d'improvisation qui requiert une dose
d'intelligence peu commune, ni celui de produire ces belles et sublimes
CHARLATANISME ET JONGLERIE 337
dictées, souvent si pleines d'à-propos, que donnent les Esprits dans leurs
communications. Ceci nous rappelle le fait suivant.
Un homme de lettres assez connu vint un jour nous voir et nous dit
qu'il était très bon médium écrivain intuitif, et qu'il se mettait à la
disposition de la société spirite. Comme nous avons pour habitude de
n'admettre à la société que des médiums dont les facultés nous sont
connues, nous le priâmes de vouloir bien venir auparavant faire ses
preuves dans une réunion particulière. Il s'y rendit en effet ; plusieurs
médiums expérimentés y donnèrent soit des dissertations, soit des
réponses d'une remarquable précision sur des questions proposées et des
sujets inconnus pour eux. Quand vint le tour de ce monsieur, il écrivit
quelques mots insignifiants, dit qu'il était mal disposé ce jour-là, et
depuis nous ne l'avons plus revu ; il a trouvé sans doute que le rôle de
médium à effets intelligents était plus difficile à jouer qu'il ne l'avait cru.
316. En toutes choses, les gens les plus faciles à tromper sont ceux qui
ne sont pas du métier ; il en est de même du spiritisme ; ceux qui ne le
connaissent pas sont aisément abusés par les apparences ; tandis qu'une
étude préalable attentive les initie, non seulement à la cause des
phénomènes, mais aux conditions normales dans lesquelles ils peuvent
se produire, et leur fournit ainsi les moyens de reconnaître la fraude, si
elle existe.
317. Les médiums trompeurs sont stigmatisés, comme ils le méritent,
dans la lettre suivante que nous avons reproduite dans la Revue du mois
d'août 1861.
Paris, 21 juillet 1861.
«MONSIEUR,
On peut être en désaccord sur certains points, et être en parfait accord
sur d'autres. Je viens de lire, à la page 213 du dernier numéro de votre
journal, des réflexions sur la fraude en matière d'expériences
spiritualistes (ou spirites) auxquelles je suis heureux de m'associer de
toutes mes forces. Là, toute dissidence en matière de théories et de
doctrines disparaît comme par enchantement.
Je ne suis peut-être pas aussi sévère que vous à l'égard des médiums
qui, sous une forme digne et convenable, acceptent une rémunération
comme indemnité du temps qu'ils consacrent à des expériences souvent
longues et fatigantes ; mais je le suis tout autant, - et on ne saurait trop
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXVIII 338
l'être, - à l'égard de ceux qui, en pareil cas, suppléent, dans l'occasion,
par la tricherie et par la fraude à l'absence ou à l'insuffisance des
résultats promis et attendus. (Voir n° 311.)
Mêler le faux au vrai, quand il s'agit de phénomènes obtenus par
l'intervention des Esprits, c'est tout bonnement une infamie, et il y aurait
oblitération du sens moral chez le médium qui croirait pouvoir le faire
sans scrupule. Ainsi que vous le faites parfaitement observer, c'est jeter
le discrédit sur la chose dans l'esprit des indécis, dès que la fraude est
reconnue. J'ajouterai que c'est compromettre de la manière la plus
déplorable les hommes honorables qui prêtent aux médiums l'appui
désintéressé de leurs connaissances et de leurs lumières, qui se portent
garants de leur bonne foi, et les patronnent en quelque sorte ; c'est
commettre envers eux une véritable forfaiture.
Tout médium qui serait convaincu de manoeuvres frauduleuses ; qui
serait pris, pour me servir d'une expression un peu triviale, la main dans
le sac, mériterait d'être mis au ban de tous les spiritualistes ou spirites du
monde, pour qui ce serait un devoir rigoureux de les démasquer ou de les
flétrir.
S'il vous convient, monsieur, d'insérer ces quelques lignes dans votre
journal, elles sont à votre service.
MATHIEU.» Agréez, etc.
318. Tous les phénomènes spirites ne sont pas également faciles à
imiter, et il y en a qui défient évidemment toute l'habileté de la
prestidigitation : tels sont notamment le mouvement des objets sans
contact, la suspension des corps graves dans l'espace, les coups frappés
de différents côtés, les apparitions, etc., sauf l'emploi des trucs et du
compérage ; c'est pourquoi nous disons que ce qu'il faut faire en pareil
cas, c'est observer attentivement les circonstances, et surtout tenir
compte du caractère et de la position des personnes, du but et de l'intérêt
qu'elles pourraient avoir à tromper : c'est là le meilleur de tous les
contrôles, car il est telles circonstances qui enlèvent tout motif à la
suspicion. Nous pensons donc en principe qu'il faut se défier de
quiconque ferait de ces phénomènes un spectacle ou un objet de
curiosité ou d'amusement, et prétendrait les produire à volonté et à point
nommé, ainsi que nous l'avons déjà expliqué. Nous ne saurions trop le
répéter, les intelligences occultes qui se manifestent ont leurs
CHARLATANISME ET JONGLERIE 339
susceptibilités, et veulent nous prouver qu'elles ont aussi leur libre
arbitre, et ne se soumettent pas à nos caprices. (N° 38.)
Il nous suffira de signaler quelques subterfuges employés, ou qu'il est
possible d'employer dans certains cas, pour prémunir contre la fraude les
observateurs de bonne foi. Quant aux gens qui s'obstinent à juger sans
approfondir, ce serait peine perdue que de chercher à les désabuser.
319. Un des phénomènes les plus ordinaires est celui des coups
intimes frappés dans la substance même du bois, avec ou sans
mouvement de la table ou autre objet dont on se sert. Cet effet est un des
plus faciles à imiter, soit par le contact des pieds, soit en provoquant de
petits craquements dans le meuble ; mais il est une petite ruse spéciale
qu'il est utile de dévoiler. Il suffit de poser ses deux mains à plat sur la
table et assez rapprochées pour que les ongles des pouces appuient
fortement l'un contre l'autre ; alors, par un mouvement musculaire tout à
fait imperceptible, on leur fait éprouver un frottement qui donne un petit
bruit sec, ayant une grande analogie avec ceux de la typtologie intime.
Ce bruit se répercute dans le bois, et produit une illusion complète. Rien
n'est plus facile que de faire entendre autant de coups qu'on en demande,
une batterie de tambour, etc., de répondre à certaines questions par oui
ou par non, par des nombres, ou même par l'indication des lettres de
l'alphabet.
Une fois prévenu, le moyen de reconnaître la fraude est bien simple.
Elle n'est pas possible, si les mains sont écartées l'une de l'autre, et si l'on
est assuré qu'aucun autre contact ne peut produire le bruit. Les coups
réels offrent d'ailleurs cela de caractéristique, qu'ils changent de place et
de timbre à volonté, ce qui ne peut avoir lieu quand il est dû à la cause
que nous signalons ou à toute autre analogue ; qu'il sort de la table pour
se porter sur un meuble quelconque que personne ne touche, sur les
murs, le plafond, etc., qu'il répond enfin à des questions non prévues.
(Voir N° 41.)
320. L'écriture directe est encore plus facile à imiter ; sans parler des
agents chimiques bien connus pour faire apparaître de l'écriture dans un
temps donné sur du papier blanc, ce que l'on peut déjouer avec les
précautions les plus vulgaires, il pourrait arriver que, par un escamotage
habile, on substituât un papier à un autre. Il se pourrait aussi que celui
qui voudrait frauder eût l'art de détourner l'attention pendant qu'il écrirait
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXVIII 340
adroitement quelques mots. On nous a dit encore avoir vu écrire ainsi
avec un morceau de mine de plomb dissimulé sous l'ongle.
321. Le phénomène des apports ne se prête pas moins à la jonglerie, et
l'on peut aisément être dupe d'un escamoteur plus ou moins adroit, sans
qu'il soit besoin d'avoir affaire à un prestidigitateur de profession. Dans
l'article spécial que nous avons publié ci-dessus (n° 96), les Esprits ont
eux-mêmes déterminé les conditions exceptionnelles dans lesquelles il
peut se produire, d'où l'on peut conclure que l'obtention facile et
facultative peut tout au moins être tenue pour suspecte. L'écriture directe
est dans le même cas.
322. Dans le chapitre des Médiums spéciaux, nous avons mentionné,
d'après les Esprits, les aptitudes médianimiques communes, et celles qui
sont rares. Il convient donc de se défier des médiums qui prétendent
avoir ces dernières trop facilement, ou qui ambitionnent la multiplicité
des facultés, prétention qui n'est que bien rarement justifiée.
323. Les manifestations intelligentes sont, selon les circonstances,
celles qui offrent le plus de garantie, et cependant elles ne sont pas à
l'abri de l'imitation, du moins en ce qui concerne les communications
banales et vulgaires. On croit avoir plus de sécurité avec les médiums
mécaniques, non seulement pour l'indépendance des idées, mais aussi
contre les supercheries ; c'est pour cette raison que certaines personnes
préfèrent les intermédiaires matériels. Eh bien ! c'est une erreur. La
fraude se glisse partout, et nous savons qu'avec de l'habileté on peut
diriger à volonté même une corbeille ou une planchette qui écrit, et lui
donner toutes les apparences des mouvements spontanés. Ce qui lève
tous les doutes, ce sont les pensées exprimées, qu'elles viennent d'un
médium mécanique, intuitif, auditif, parlant ou voyant. Il y a des
communications qui sont tellement en dehors des idées, des
connaissances et même de la portée intellectuelle du médium, qu'il
faudrait s'abuser étrangement pour lui en faire honneur. Nous
reconnaissons au charlatanisme une grande habileté et de fécondes
ressources, mais nous ne lui connaissons pas encore le don de donner du
savoir à un ignorant, ou de l'esprit à celui qui n'en a pas.
En résumé, nous le répétons, la meilleure garantie est dans la moralité
notoire des médiums et dans l'absence de toutes causes d'intérêt matériel
ou d'amour-propre qui pourraient stimuler en lui l'exercice des facultés
CHARLATANISME ET JONGLERIE
médianimiques qu'il possède ; car ces mêmes causes peuvent l'engager à
simuler celles qu'il n'a pas.
341
CHAPITRE XXIX.
REUNIONS ET SOCIETES SPIRITES.
Des réunions en général.
324. Les réunions spirites peuvent avoir de très grands avantages, en
ce qu'elles permettent de s'éclairer par l'échange réciproque des pensées,
par les questions et les remarques que chacun peut faire, et dont tout le
monde profite ; mais pour en retirer tous les fruits désirables, elles
requièrent des conditions spéciales que nous allons examiner, car on
aurait tort de les assimiler aux sociétés ordinaires. Du reste, les réunions
étant des touts collectifs, ce qui les concerne est la conséquence naturelle
des instructions précédentes ; elles ont à prendre les mêmes précautions,
et à se préserver des mêmes écueils que les individus ; c'est pourquoi
nous avons placé ce chapitre en dernier.
Les réunions spirites ont des caractères très différents suivant le but
qu'on s'y propose, et leur condition d'être doit, par cela même, différer
aussi. Selon leur nature, elles peuvent être frivoles, expérimentales ou
instructives.
325. Les réunions frivoles se composent de personnes qui ne voient
que le côté plaisant des manifestations, qui s'amusent des facéties des
Esprits légers, très amateurs de ces sortes d'assemblées où ils ont toute
liberté de se produire, et ils ne s'en font pas faute. C'est là qu'on demande
toutes sortes de banalités, qu'on se fait dire la bonne aventure par les
Esprits, qu'on met leur perspicacité à l'épreuve pour deviner l'âge, ce
qu'on a dans la poche, dévoiler de petits secrets, et mille autres choses de
cette importance.
Ces réunions sont sans conséquence ; mais comme les Esprits légers
sont parfois très intelligents, et qu'ils sont en général d'humeur facile et
joviale, il s'y produit souvent des choses fort curieuses dont l'observateur
peut faire son profit ; celui qui n'aurait vu que cela, et jugerait le monde
des Esprits d'après cet échantillon, s'en ferait une idée aussi fausse que
celui qui jugerait toute la société d'une grande ville par celle de certains
quartiers. Le simple bon sens dit que les Esprits élevés ne peuvent venir
dans de telles réunions, où les spectateurs ne sont pas plus sérieux que
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXIX 344
les acteurs. Si l'on veut s'occuper de choses futiles, il faut franchement
appeler des Esprits légers, comme on appellerait des baladins pour
amuser une société, mais il y aurait profanation à y convier des noms
vénérés, à mêler le sacré et le profane.
326. Les réunions expérimentales ont plus spécialement pour objet la
production des manifestations physiques. Pour beaucoup de personnes,
c'est un spectacle plus curieux qu'instructif ; les incrédules en sortent
plus étonnés que convaincus quand ils n'ont pas vu autre chose, et toute
leur pensée est tournée vers la recherche des ficelles, car ne se rendant
compte de rien ils supposent volontiers des subterfuges. Il en est tout
autrement de ceux qui ont étudié ; ils comprennent d'avance la
possibilité, et des faits positifs déterminent ensuite ou achèvent leur
conviction ; s'il y avait subterfuge, ils seraient à même de le découvrir.
Nonobstant cela, ces sortes d'expérimentations ont une utilité que
personne ne saurait méconnaître, car ce sont elles qui ont fait découvrir
les lois qui régissent le monde invisible, et, pour beaucoup de gens, elles
sont, sans contredit, un puissant motif de conviction ; mais nous
maintenons que seules elles ne peuvent pas plus initier à la science
spirite, que la vue d'un ingénieux mécanisme ne peut faire connaître la
mécanique si l'on n'en connaît pas les lois ; toutefois, si elles étaient
dirigées avec méthode et prudence, on en obtiendrait de bien meilleurs
résultats. Nous reviendrons tout à l'heure sur ce sujet.
327. Les réunions instructives ont un tout autre caractère, et comme ce
sont celles où l'on peut puiser le véritable enseignement, nous insisterons
davantage sur les conditions qu'elles doivent remplir.
La première de toutes, c'est de rester sérieuses dans toute l'acception
du mot. Il faut bien se persuader que les Esprits auxquels on veut
s'adresser sont d'une nature toute spéciale ; que le sublime ne pouvant
s'allier au trivial, ni le bien au mal, si l'on veut obtenir de bonnes choses,
il faut s'adresser à de bons Esprits ; mais il ne suffit pas de demander de
bons Esprits ; il faut, de condition expresse, être dans des conditions
propices pour qu'ils veuillent bien venir ; or, des Esprits supérieurs ne
viendront pas plus dans les assemblées d'hommes légers et superficiels,
qu'ils n'y seraient venus de leur vivant.
Une société n'est vraiment sérieuse qu'à la condition de s'occuper de
choses utiles à l'exclusion de toutes autres ; si elle aspire à obtenir des
REUNIONS ET SOCIETES SPIRITES 345
phénomènes extraordinaires par curiosité ou par passe-temps, les Esprits
qui les produisent pourront venir, mais les autres s'en iront. En un mot,
quel que soit le caractère d'une réunion, elle trouvera toujours des
Esprits disposés à seconder ses tendances. Une réunion sérieuse s'écarte
donc de son but si elle quitte l'enseignement pour l'amusement. Les
manifestations physiques, comme nous l'avons dit, ont leur utilité ; que
ceux qui veulent voir aillent dans les réunions expérimentales ; que ceux
qui veulent comprendre aillent dans les réunions d'étude ; c'est ainsi que
les uns et les autres pourront compléter leur instruction spirite, comme
dans l'étude de la médecine, les uns vont aux cours et les autres à la
clinique.
328. L'instruction spirite ne comprend pas seulement l'enseignement
moral donné par les Esprits, mais bien encore l'étude des faits ; c'est à
elle qu'incombe la théorie de tous les phénomènes, la recherche des
causes, et comme conséquence, la constatation de ce qui est possible et
de ce qui ne l'est pas ; en un mot, l'observation de tout ce qui peut faire
avancer la science. Or, ce serait se méprendre de croire que les faits
soient limités aux phénomènes extraordinaires ; que ceux qui frappent le
plus les sens soient seuls dignes d'attention ; on en rencontre à chaque
pas dans les communications intelligentes et que des hommes réunis
pour l'étude ne sauraient négliger ; ces faits, qu'il serait impossible
d'énumérer, surgissent d'une foule de circonstances fortuites ; quoique
moins saillants, ils n'en sont pas moins du plus haut intérêt pour
l'observateur qui y trouve ou la confirmation d'un principe connu, ou la
révélation d'un principe nouveau qui le fait pénétrer plus avant dans les
mystères du monde invisible ; c'est aussi là de la philosophie.
329. Les réunions d'étude sont en outre d'une immense utilité pour les
médiums à manifestations intelligentes, pour ceux surtout qui ont un
désir sérieux de se perfectionner, et qui n'y viennent pas avec une sotte
présomption d'infaillibilité. Un des grands écueils de la médiumnité,
c'est comme nous l'avons dit, l'obsession et la fascination ; ils peuvent
donc se faire illusion de très bonne foi sur le mérite de ce qu'ils
obtiennent, et l'on conçoit que les Esprits trompeurs ont leurs coudées
franches quand ils n'ont affaire qu'à un aveugle ; c'est pour cela qu'ils
éloignent leur médium de tout contrôle ; qu'au besoin même ils lui font
prendre en aversion quiconque pourrait l'éclairer ; à la faveur de
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXIX 346
l'isolement et de la fascination, ils peuvent aisément lui faire accepter
tout ce qu'ils veulent.
Nous ne saurions trop le répéter, là est non seulement l'écueil, mais le
danger ; oui, nous le disons, un véritable danger. Le seul moyen d'y
échapper, c'est le contrôle de personnes désintéressées et bienveillantes
qui, jugeant les communications avec sang-froid et impartialité, peuvent
lui ouvrir les yeux et lui faire apercevoir ce qu'il ne peut voir lui-même.
Or, tout médium qui redoute ce jugement est déjà sur la voie de
l'obsession ; celui qui croit que la lumière n'est faite que pour lui est
complètement sous le joug ; s'il prend en mauvaise part les observations,
s'il les repousse, s'il s'en irrite, il ne peut y avoir de doute sur la mauvaise
nature de l'Esprit qui l'assiste.
Nous l'avons dit, un médium peut manquer des connaissances
nécessaires pour comprendre les erreurs ; il peut se laisser abuser par de
grands mots et un langage prétentieux, être séduit par des sophismes, et
cela de la meilleure foi du monde ; c'est pourquoi, à défaut de ses
propres lumières, il doit modestement avoir recours à celles des autres,
selon ces deux adages que quatre yeux voient mieux que deux, et qu'on
n'est jamais bon juge dans sa propre cause. C'est à ce point de vue que
les réunions sont pour le médium d'une très grande utilité, s'il est assez
sensé pour écouter les avis, parce que là se trouveront des personnes plus
clairvoyantes que lui, qui saisiront les nuances souvent si délicates par
où l'Esprit trahit son infériorité.
Tout médium qui désire sincèrement n'être pas le jouet du mensonge,
doit donc chercher à se produire dans les réunions sérieuses, et y
apporter ce qu'il obtient en particulier ; accepter avec reconnaissance,
solliciter même l'examen critique des communications qu'il reçoit ; s'il
est en butte à des Esprits trompeurs, c'est le plus sûr moyen de s'en
débarrasser en leur prouvant qu'ils ne peuvent l'abuser. Le médium,
d'ailleurs, qui s'irrite de la critique est d'autant plus mal fondé que son
amour-propre n'est nullement engagé, puisque ce qu'il dit n'est pas de lui,
et qu'il n'en est pas plus responsable que s'il lisait les vers d'un mauvais
poète.
Nous avons insisté sur ce point, parce que, si c'est là un écueil pour les
médiums, c'en est un aussi pour les réunions auxquelles il importe de ne
pas accorder légèrement confiance à tous les interprètes des Esprits. Le
concours de tout médium obsédé ou fasciné leur serait plus nuisible
REUNIONS ET SOCIETES SPIRITES 347
qu'utile ; elles doivent donc ne pas l'accepter. Nous pensons être entré
dans des développements suffisants pour qu'il leur soit impossible de se
méprendre sur les caractères de l'obsession, si le médium ne peut la
reconnaître lui-même ; un des plus saillants est sans contredit la
prétention d'avoir seul raison contre tout le monde. Les médiums
obsédés qui ne veulent pas en convenir ressemblent à ces malades qui se
font illusion sur leur santé, et se perdent faute de se soumettre à un
régime salutaire.
330. Ce qu'une réunion sérieuse doit se proposer, c'est d'écarter les
Esprits menteurs ; elle serait dans l'erreur si elle se croyait à l'abri par
son but et par la qualité de ses médiums ; elle n'y parviendra qu'autant
qu'elle sera elle-même dans des conditions favorables.
Pour bien comprendre ce qui se passe en cette circonstance, nous
prions de vouloir bien se reporter à ce que nous avons dit plus haut,
n° 231, sur l'Influence du milieu. Il faut se représenter chaque individu
comme entouré d'un certain nombre d'acolytes invisibles qui s'identifient
avec son caractère, ses goûts et ses penchants ; donc toute personne qui
entre dans une réunion amène avec elle des Esprits qui lui sont
sympathiques. Selon leur nombre et leur nature, ces acolytes peuvent
exercer sur l'assemblée et sur les communications une influence bonne
ou mauvaise. Une réunion parfaite serait celle dont tous les membres,
animés d'un égal amour du bien, n'amèneraient avec eux que de bons
Esprits ; à défaut de la perfection, la meilleure sera celle où le bien
l'emportera sur le mal. Ceci est trop logique pour qu'il soit nécessaire
d'insister.
331. Une réunion est un être collectif dont les qualités et les propriétés
sont la résultante de toutes celles de ses membres, et forment comme un
faisceau ; or, ce faisceau aura d'autant plus de force qu'il sera plus
homogène. Si l'on a bien compris ce qui a été dit (n° 282, question 5) sur
la manière dont les Esprits sont avertis de notre appel, on comprendra
facilement la puissance de l'association de la pensée des assistants. Si
l'Esprit est en quelque sorte frappé par la pensée comme nous le sommes
par la voix, vingt personnes s'unissant dans une même intention auront
nécessairement plus de force qu'une seule ; mais pour que toutes ces
pensées concourent vers le même but, il faut qu'elles vibrent à l'unisson ;
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXIX 348
qu'elles se confondent, pour ainsi dire, en une seule, ce qui ne peut avoir
lieu sans le recueillement.
D'un autre côté, l'Esprit arrivant dans un milieu complètement
sympathique, y est plus à son aise ; n'y trouvant que des amis, il y vient
plus volontiers, et il est plus disposé à répondre. Quiconque a suivi avec
quelque attention les manifestations spirites intelligentes a pu se
convaincre de cette vérité. Si les pensées sont divergentes, il en résulte
un choc d'idées désagréables pour l'Esprit, et par conséquent nuisible à la
manifestation. Il en est de même d'un homme qui doit parler dans une
assemblée ; s'il sent toutes les pensées lui être sympathiques et
bienveillantes, l'impression qu'il en reçoit réagit sur ses propres idées et
leur donne plus de verve ; l'unanimité de ce concours exerce sur lui une
sorte d'action magnétique qui décuple ses moyens, tandis que
l'indifférence ou l'hostilité le trouble et le paralyse ; c'est ainsi que les
acteurs sont électrisés par les applaudissements ; or, les Esprits, bien
plus impressionnables que les humains, doivent subir bien mieux encore
l'influence du milieu.
Toute réunion spirite doit donc tendre à l'homogénéité la plus grande
possible ; il est bien entendu que nous parlons de celles qui veulent
arriver à des résultats sérieux et vraiment utiles ; si l'on veut simplement
obtenir des communications quand même, sans s'inquiéter de la qualité
de ceux qui les donnent, il est évident que toutes ces précautions ne sont
pas nécessaires, mais alors il ne faut pas se plaindre de la qualité du
produit.
332. Le recueillement et la communion de pensées étant les conditions
essentielles de toute réunion sérieuse, on comprend que le trop grand
nombre des assistants doit être une des causes les plus contraires à
l'homogénéité. Il n'y a certes aucune limite absolue à ce nombre, et l'on
conçoit que cent personnes, suffisamment recueillies et attentives, seront
dans de meilleures conditions que dix qui seraient distraites et
bruyantes ; mais il est évident aussi que plus le nombre est grand, plus
ces conditions sont difficiles à remplir. C'est d'ailleurs un fait prouvé par
l'expérience que les petits cercles intimes sont toujours plus favorables
aux belles communications, et cela par les motifs que nous avons
développés.
REUNIONS ET SOCIETES SPIRITES 349
333. Il est encore un autre point qui n'est pas moins nécessaire, c'est la
régularité des réunions. Dans toutes il y a toujours des Esprits qu'on
pourrait appeler des habitués, et nous n'entendons pas par là ces Esprits
qui se trouvent partout et se mêlent de tout ; ce sont, soit des Esprits
protecteurs, soit ceux que l'on interroge le plus souvent. Il ne faut pas
croire que ces Esprits n'aient autre chose à faire que de nous écouter ; ils
ont leurs occupations et peuvent d'ailleurs se trouver dans des conditions
défavorables pour être évoqués. Quand les réunions ont lieu à jours et
heures fixes, ils se disposent en conséquence, et il est rare qu'ils y
manquent. Il en est même qui poussent la ponctualité à l'excès ; ils se
formalisent d'un quart d'heure de retard, et s'ils assignent eux-mêmes le
moment d'un entretien, on les appellerait en vain quelques minutes plus
tôt. Ajoutons, toutefois, que bien que les Esprits préfèrent la régularité,
ceux qui sont vraiment supérieurs ne sont pas méticuleux à ce point.
L'exigence d'une ponctualité rigoureuse est un signe d'infériorité, comme
tout ce qui est puéril. En dehors des heures consacrées, ils peuvent sans
doute venir, et ils viennent même volontiers si le but est utile ; mais rien
n'est plus nuisible aux bonnes communications que de les appeler à tort
et à travers, quand la fantaisie nous en prend, et surtout sans motif
sérieux ; comme ils ne sont pas tenus de se soumettre à nos caprices, ils
pourraient bien ne pas se déranger, et c'est alors surtout que d'autres
peuvent prendre leur place et leur nom.
Des sociétés proprement dites.
334. Tout ce que nous avons dit sur les réunions en général s'applique
naturellement aux sociétés régulièrement constituées ; celles-ci
cependant ont à lutter contre quelques difficultés spéciales qui naissent
du lien même qui unit les membres. Des avis nous ayant été plusieurs
fois demandés sur leur organisation, nous les résumerons ici en quelques
mots.
Le spiritisme qui naît à peine est encore trop diversement apprécié,
trop peu compris dans son essence par un grand nombre d'adeptes, pour
offrir un lien puissant entre les membres de ce qu'on pourrait appeler une
association. Ce lien ne peut exister qu'entre ceux qui en voient le but
moral, le comprennent et se l'appliquent à eux-mêmes. Entre ceux qui n'y
voient que des faits plus ou moins curieux, il ne saurait y avoir un lien
sérieux ; mettant les faits au-dessus des principes, une simple divergence
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXIX 350
dans la manière de les envisager peut les diviser. Il n'en est pas de même
des premiers, car sur la question morale il ne peut exister deux manières
de voir ; aussi est-il à remarquer que partout où ils se rencontrent, une
confiance réciproque les attire les uns vers les autres ; la bienveillance
mutuelle qui règne entre eux bannit la gêne et la contrainte qui naissent
de la susceptibilité, de l'orgueil qui se froisse de la moindre
contradiction, de l'égoïsme qui rapporte tout à soi. Une société où de tels
sentiments régneraient sans partage, où l'on se réunirait dans le but de
venir s'instruire aux enseignements des Esprits, et non dans l'espérance
de voir des choses plus ou moins intéressantes, ou pour faire prévaloir
son opinion, une telle société, disons-nous, serait non seulement viable,
mais indissoluble. La difficulté de réunir encore de nombreux éléments
homogènes à ce point de vue nous porte à dire que, dans l'intérêt des
études et pour le bien de la chose même, les réunions spirites doivent
viser à se multiplier par petits groupes plutôt qu'à chercher à se
constituer en grandes agglomérations. Ces groupes, correspondant entre
eux, se visitant, se transmettant leurs observations, peuvent dès à présent
former le noyau de la grande famille spirite qui ralliera un jour toutes les
opinions, et unira les hommes dans un même sentiment de fraternité,
scellé par la charité chrétienne.
335. Nous avons vu de quelle importance est l'uniformité de
sentiments pour l'obtention de bons résultats ; cette uniformité est
nécessairement d'autant plus difficile à obtenir que le nombre est plus
grand. Dans les petits comités, on se connaît mieux, on est plus sûr des
éléments que l'on y introduit ; le silence et le recueillement y sont plus
faciles et tout s'y passe comme en famille. Les grandes assemblées
excluent l'intimité par la variété des éléments dont elles se composent ;
elles exigent des locaux spéciaux, des ressources pécuniaires et un
appareil administratif inutiles dans les petits groupes ; la divergence des
caractères, des idées, des opinions, s'y dessine mieux, et offre aux
Esprits brouillons plus de facilité pour y semer la discorde. Plus la
réunion est nombreuse, plus il est difficile de contenter tout le monde ;
chacun voudrait que les travaux fussent dirigés à son gré, qu'on
s'occupât de préférence des sujets qui l'intéressent le plus ; quelques-uns
croient que le titre de sociétaire leur donne le droit d'imposer leur
manière de voir ; de là des tiraillements, une cause de malaise qui amène
REUNIONS ET SOCIETES SPIRITES 351
tôt ou tard la désunion, puis la dissolution, sort de toutes les sociétés,
quel qu'en soit l'objet. Les petits comités ne sont pas sujets aux mêmes
fluctuations ; la chute d'une grande société serait un échec apparent pour
la cause du spiritisme, et ses ennemis ne manqueraient pas de s'en
prévaloir ; la dissolution d'un petit groupe passe inaperçue, et d'ailleurs,
si l'un se disperse, vingt autres se forment à côté ; or, vingt groupes de
quinze à vingt personnes obtiendront plus, et feront plus pour la
propagation, qu'une assemblée de trois à quatre cents personnes.
On dira sans doute que les membres d'une société qui agiraient comme
nous venons de le dire ne seraient pas de vrais spirites, puisque le
premier devoir qu'impose la doctrine, c'est la charité et la bienveillance.
Cela est parfaitement juste ; aussi ceux qui pensent ainsi sont-ils spirites
de nom plutôt que de fait ; ils n'appartiennent assurément pas à la
troisième catégorie (voir n° 28) ; mais qui dit que ce sont même des
spirites quelconques ? Ici se présente une considération qui n'est pas
sans gravité.
336. N'oublions pas que le spiritisme a des ennemis intéressés à le
contrecarrer, et qui voient ses succès avec dépit ; les plus dangereux ne
sont pas ceux qui l'attaquent ouvertement, mais ceux qui agissent dans
l'ombre ; ceux-ci le caressent d'une main et le déchirent de l'autre. Ces
êtres malfaisants se glissent partout où ils espèrent faire du mal ; comme
ils savent que l'union est une puissance, ils tâchent de la détruire en
jetant des brandons de discorde. Qui dit donc que ceux qui, dans les
réunions, sèment le trouble et la zizanie ne sont pas des agents
provocateurs intéressés au désordre ? A coup sûr, ce ne sont ni de vrais
ni de bons spirites ; ils ne peuvent jamais faire de bien et ils peuvent
faire beaucoup de mal. On comprend qu'ils ont infiniment plus de facilité
à s'insinuer dans les réunions nombreuses que dans les petits comités où
tout le monde se connaît ; à la faveur de sourdes menées qui passent
inaperçues, ils sèment le doute, la défiance et la désaffection ; sous
l'apparence d'un hypocrite intérêt pour la chose, ils critiquent tout,
forment des conciliabules et des coteries qui bientôt rompent l'harmonie
de l'ensemble : c'est ce qu'ils veulent. Vis-à-vis de ces gens-là, faire
appel aux sentiments de charité et de fraternité, c'est parler à des sourds
volontaires, car leur but est précisément de détruire ces sentiments qui
sont le plus grand obstacle à leurs menées. Cet état de choses, fâcheux
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXIX 352
dans toutes les sociétés, l'est plus encore dans les sociétés spirites, parce
que, s'il n'amène pas une rupture, il cause une préoccupation
incompatible avec le recueillement et l'attention.
337. Si la réunion est dans une mauvaise voie, dira-t-on, des hommes
sensés et bien intentionnés n'ont-il pas le droit de critique, et doivent-ils
passer le mal sans rien dire, l'approuver par leur silence ? Sans aucun
doute, c'est leur droit : c'est de plus un devoir ; mais si leur intention est
réellement bonne, ils émettent leur avis avec convenance et
bienveillance, ouvertement et non en cachette ; s'il n'est pas suivi, ils se
retirent ; car on ne concevrait pas que celui qui n'aurait aucune arrièrepensée
s'obstinât à rester dans une société où l'on ferait des choses qui ne
lui conviendraient pas.
On peut donc établir en principe que quiconque, dans une réunion
spirite, provoque au désordre ou à la désunion, ostensiblement ou pardessous
mains, par des moyens quelconques, est, ou un agent
provocateur, ou tout au moins un très mauvais spirite dont on ne saurait
se débarrasser trop tôt ; mais les engagements mêmes qui lient tous les
membres y mettent souvent obstacle ; c'est pourquoi il convient d'éviter
les engagements indissolubles ; les hommes de bien sont toujours assez
engagés ; les mal intentionnés le sont toujours trop.
338. Outre les gens notoirement malveillants qui se glissent dans les
réunions, il y a ceux qui, par caractère, portent le trouble avec eux
partout où ils se trouvent : on ne saurait donc être trop circonspect sur
les éléments nouveaux que l'on y introduit. Les plus fâcheux, dans ce
cas, ne sont pas les ignorants sur la matière, ni même ceux qui ne croient
pas : la conviction ne s'acquiert que par l'expérience, et il y a des gens
qui veulent s'éclairer de bonne foi. Ceux surtout dont il faut se préserver
sont les gens à système préconçu, les incrédules quand même qui
doutent de tout, même de l'évidence ; les orgueilleux, qui prétendent
avoir seuls la lumière infuse, veulent partout imposer leur opinion, et
regardent avec dédain quiconque ne pense pas comme eux. Ne vous
laissez pas prendre à leur prétendu désir de s'éclairer ; il en est plus d'un
qui serait bien fâché d'être forcé de convenir qu'il s'est trompé ; gardezvous
surtout de ces péroreurs insipides qui veulent toujours avoir le
dernier mot, et de ceux qui ne se plaisent que dans la contradiction ; les
REUNIONS ET SOCIETES SPIRITES 353
uns et les autres font perdre le temps sans profit pour eux-mêmes ; les
Esprits n'aiment pas les paroles inutiles.
339. Vu la nécessité d'éviter toute cause de trouble et de distraction,
une société spirite qui s'organise doit apporter toute son attention sur les
mesures propres à ôter aux fauteurs de désordres les moyens de nuire, et
à donner les plus grandes facilités pour les écarter. Les petites réunions
n'ont besoin que d'un règlement disciplinaire fort simple pour l'ordre des
séances ; les sociétés régulièrement constituées exigent une organisation
plus complète ; la meilleure sera celle dont les rouages seront le moins
compliqués ; les unes et les autres pourront puiser ce qui leur sera
applicable, ou ce qu'elles croiront utile, dans le règlement de la Société
parisienne des études spirites que nous donnons ci-après.
340. Les sociétés petites ou grandes et toutes les réunions, quelle qu'en
soit l'importance, ont à lutter contre un autre écueil. Les fauteurs de
troubles ne sont pas seulement dans leur sein, ils sont également dans le
monde invisible. De même qu'il y a des Esprits protecteurs pour les
sociétés, les villes et les peuples, des Esprits malfaisants s'attachent aux
groupes comme aux individus ; ils s'attaquent d'abord aux plus faibles,
aux plus accessibles, dont ils cherchent à se faire des instruments, et de
proche en proche tâchent de circonvenir les masses ; car leur joie
méchante est en raison du nombre de ceux qu'ils tiennent sous leur joug.
Toutes les fois donc que dans un groupe une personne tombe dans le
piège, il faut se dire qu'il y a un ennemi dans le camp, un loup dans la
bergerie, et qu'on doit se tenir sur ses gardes, car il est plus que probable
qu'il multipliera ses tentatives ; si on ne le décourage par une résistance
énergique, l'obsession devient alors comme un mal contagieux, qui se
manifeste chez les médiums par la perturbation de la médiumnité, et
chez d'autres par l'hostilité des sentiments, la perversion du sens moral et
le trouble de l'harmonie. Comme le plus puissant antidote de ce poison
est la charité, c'est la charité qu'ils cherchent à étouffer. Il ne faut donc
pas attendre que le mal soit devenu incurable pour y porter remède ; il ne
faut pas même attendre les premiers symptômes, il faut surtout s'attacher
à le prévenir ; pour cela, il est deux moyens efficaces s'ils sont bien
employés : la prière de coeur, et l'étude attentive des moindres signes qui
révèlent la présence d'Esprits trompeurs ; le premier attire les bons
Esprits qui n'assistent avec zèle que ceux qui les secondent par leur
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXIX 354
confiance en Dieu ; l'autre prouve aux mauvais qu'ils ont affaire à des
gens assez clairvoyants et assez sensés pour ne pas se laisser abuser. Si
l'un des membres subit l'influence de l'obsession, tous les efforts doivent
tendre, dès les premiers indices, à lui dessiller les yeux, de peur que le
mal ne s'aggrave, afin d'amener chez lui la conviction qu'il s'est trompé
et le désir de seconder ceux qui veulent le débarrasser.
341. L'influence du milieu est la conséquence de la nature des Esprits
et de leur mode d'action sur les êtres vivants ; de cette influence chacun
peut déduire soi-même les conditions les plus favorables pour une
société qui aspire à se concilier la sympathie des bons Esprits, et à
n'obtenir que de bonnes communications en écartant les mauvais. Ces
conditions sont toutes dans les dispositions morales des assistants ; elles
se résument dans les points suivants :
Parfaite communauté de vues et de sentiments ;
Bienveillance réciproque entre tous les membres ;
Abnégation de tout sentiment contraire à la véritable charité
chrétienne ;
Désir unique de s'instruire et de s'améliorer par l'enseignement des
bons Esprits, et mise à profit de leurs conseils. Quiconque est persuadé
que les Esprits supérieurs se manifestent en vue de nous faire progresser
et non pour notre agrément, comprendra qu'ils doivent se retirer de ceux
qui se bornent à admirer leur style sans en retirer aucun fruit, et ne
prisent l'attrait des séances que par le plus ou moins d'intérêt qu'elles leur
offrent selon leurs goûts particuliers ;
Exclusion de tout ce qui, dans les communications demandées aux
Esprits, n'aurait qu'un but de curiosité ;
Recueillement et silence respectueux pendant les entretiens avec les
Esprits ;
Association de tous les assistants, par la pensée, à l'appel fait aux
Esprits que l'on évoque ;
Concours des médiums de l'assemblée avec abnégation de tout
sentiment d'orgueil, d'amour-propre et de suprématie, et par l'unique
désir de se rendre utiles.
Ces conditions sont-elles si difficiles à remplir qu'on ne puisse les
rencontrer ? Nous ne le pensons pas ; nous espérons au contraire que les
réunions vraiment sérieuses, comme il en existe déjà dans différentes
REUNIONS ET SOCIETES SPIRITES 355
localités, se multiplieront, et nous n'hésitons pas à dire que c'est à elles
que le spiritisme devra sa plus puissante propagation ; en ralliant les
hommes honnêtes et consciencieux, elles imposeront silence à la
critique, et plus leurs intentions seront pures, plus elles seront respectées
même de leurs adversaires ; lorsque la raillerie s'attaque au bien, elle
cesse de faire rire : elle se rend méprisable. C'est entre les réunions de
ce genre qu'un véritable lien sympathique, une solidarité mutuelle
s'établiront par la force des choses et contribueront au progrès général.
342. Ce serait une erreur de croire que les réunions où l'on s'occupe
plus spécialement des manifestations physiques soient en dehors de ce
concert fraternel, et qu'elles excluent toute pensée sérieuse ; si elles ne
requièrent pas des conditions aussi rigoureuses, ce n'est pas impunément
qu'on y assiste avec légèreté, et l'on se tromperait si on croyait que le
concours des assistants y soit absolument nul ; on a la preuve du
contraire dans ce fait que souvent les manifestations de ce genre, même
provoquées par de puissants médiums, ne peuvent se produire dans
certains milieux. Il y a donc aussi pour cela des influences contraires, et
ces influences ne peuvent être que dans la divergence ou l'hostilité des
sentiments qui paralysent les efforts des Esprits.
Les manifestations physiques, comme nous l'avons dit, ont une grande
utilité ; elles ouvrent un vaste champ à l'observateur, car c'est tout un
ordre de phénomènes insolites qui se déroule à ses yeux, et dont les
conséquences sont incalculables. Une assemblée peut donc s'en occuper
dans des vues très sérieuses, mais elle ne saurait atteindre son but, soit
comme étude, soit comme moyen de conviction, si elle ne se place dans
des conditions favorables ; la première de toutes est, non pas la foi des
assistants, mais leur désir de s'éclairer, sans arrière-pensée, sans parti
pris de rejeter même l'évidence ; la seconde est la restriction de leur
nombre pour éviter le mélange des éléments hétérogènes. Si les
manifestations physiques sont produites en général par les Esprits les
moins avancés, elles n'en ont pas moins un but providentiel, et les bons
Esprits les favorisent toutes les fois qu'elles peuvent avoir un résultat
utile.
Sujets d'études.
343. Lorsqu'on a évoqué ses parents et ses amis, quelques personnages
célèbres pour comparer leurs opinions d'outre-tombe avec celles qu'ils
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXIX 356
ont eues de leur vivant, on est souvent embarrassé pour alimenter les
entretiens, à moins de tomber dans les banalités et les futilités. Beaucoup
de personnes pensent, en outre, que le Livre des Esprits a épuisé la série
des questions de morale et de philosophie ; c'est une erreur ; c'est
pourquoi il peut être utile d'indiquer la source où l'on peut puiser des
sujets d'étude pour ainsi dire illimités.
344. Si l'évocation des hommes illustres, des Esprits supérieurs, est
éminemment utile par l'enseignement qu'ils nous donnent, celle des
Esprits vulgaires ne l'est pas moins, bien qu'ils soient incapables de
résoudre les questions d'une haute portée ; par leur infériorité ils se
peignent eux-mêmes, et moins la distance qui les sépare de nous est
grande, plus nous y trouvons de rapports avec notre propre situation,
sans compter qu'ils nous offrent souvent des traits caractéristiques du
plus haut intérêt, ainsi que nous l'avons expliqué ci-dessus, n° 281, en
parlant de l'utilité des évocations particulières. C'est donc une mine
inépuisable d'observations, en ne prenant même que les hommes dont la
vie présente quelque particularité sous le rapport du genre de mort, de
l'âge, des bonnes ou mauvaises qualités, de leur position heureuse ou
malheureuse sur la terre, des habitudes, de l'état mental, etc..
Avec les Esprits élevés, le cadre des études s'élargit ; outre les
questions psychologiques qui ont une limite, on peut leur proposer une
foule de problèmes moraux qui s'étendent à l'infini sur toutes les
positions de la vie, sur la meilleure conduite à tenir dans telle ou telle
circonstance donnée, sur nos devoirs réciproques, etc.. La valeur de
l'instruction que l'on reçoit sur un sujet quelconque, moral, historique,
philosophique ou scientifique, dépend entièrement de l'état de l'Esprit
que l'on interroge ; c'est à nous de juger.
345. Outre les évocations proprement dites, les dictées spontanées
offrent des sujets d'étude à l'infini. Elles consistent à attendre le sujet
qu'il plaît aux Esprits de traiter. Plusieurs médiums peuvent, dans ce cas,
travailler simultanément. Quelquefois on peut faire appel à un Esprit
déterminé ; le plus ordinairement, on attend ceux qui veulent bien se
présenter, et il en vient souvent de la manière la plus imprévue. Ces
dictées peuvent ensuite donner lieu à une foule de questions dont le
thème se trouve ainsi tout préparé. Elles doivent être commentées avec
soin pour étudier toutes les pensées qu'elles renferment, et juger si elles
REUNIONS ET SOCIETES SPIRITES 357
portent avec elles un cachet de vérité. Cet examen, fait avec sévérité, est,
comme nous l'avons dit, la meilleure garantie contre l'intrusion des
Esprits trompeurs. Par ce motif, autant que pour l'instruction de tous, il
pourra être donné connaissance des communications obtenues en dehors
de la réunion. Il y a là, comme on le voit, une source intarissable
d'éléments éminemment sérieux et instructifs.
346. Les occupations de chaque séance peuvent être réglées ainsi qu'il
suit :
1° Lecture des communications spirites obtenues dans la dernière
séance, mises au net.
2° Rapports divers. - Correspondance. - Lecture des communications
obtenues en dehors des séances. - Relation de faits intéressant le
spiritisme.
3° Travaux d'étude. - Dictées spontanées. Questions diverses et
problèmes moraux proposés aux Esprits. - Evocations.
4° Conférence. - Examen critique et analytique des diverses
communications. - Discussion sur les différents points de la science
spirite.
347. Les groupes naissants sont quelquefois arrêtés dans leurs travaux
par le manque de médiums. Les médiums sont assurément un des
éléments essentiels des réunions spirites, mais ils n'en sont pas l'élément
indispensable, et l'on aurait tort de croire qu'à leur défaut il n'y a rien à
faire. Sans doute ceux qui ne se réunissent que dans un but
d'expérimentation ne peuvent pas plus sans médiums que des musiciens
dans un concert sans instruments ; mais ceux qui ont en vue l'étude
sérieuse ont mille sujets d'occupations tout aussi utiles et profitables que
s'ils pouvaient opérer par eux-mêmes. D'ailleurs, les réunions qui ont des
médiums peuvent accidentellement se trouver au dépourvu, et il serait
fâcheux qu'elles crussent, dans ce cas, n'avoir qu'à se retirer. Les Esprits
eux-mêmes peuvent, de temps en temps, les mettre dans cette position,
afin de leur apprendre à se passer d'eux. Nous dirons plus, c'est qu'il est
nécessaire, pour profiter de leur enseignement, de consacrer un certain
temps à le méditer. Les sociétés scientifiques n'ont pas toujours les
instruments d'observation sous les yeux, et pourtant elles ne sont pas
embarrassées de trouver des sujets de discussion ; en l'absence de poètes
et d'orateurs, les sociétés littéraires lisent et commentent les ouvrages des
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXIX 358
auteurs anciens et modernes ; les sociétés religieuses méditent sur les
Ecritures ; les sociétés spirites doivent faire de même, et elles tireront un
grand profit pour leur avancement en établissant des conférences dans
lesquelles on lirait et commenterait tout ce qui peut avoir trait au
spiritisme, pour ou contre. De cette discussion où chacun apporte le
tribut de ses réflexions, jaillissent des traits de lumière qui passent
inaperçus dans une lecture individuelle. A côté des ouvrages spéciaux,
les journaux fourmillent de faits, de récits, d'événements, de traits de
vertus ou de vices qui soulèvent de graves problèmes moraux que le
spiritisme seul peut résoudre, et c'est encore là un moyen de prouver
qu'il se rattache à toutes les branches de l'ordre social. Nous mettons en
fait qu'une société spirite qui organiserait son travail dans ce sens, en se
procurant les matériaux nécessaires, ne trouverait pas assez de temps à
donner aux communications directes des Esprits ; c'est pourquoi nous
appelons sur ce point l'attention des réunions vraiment sérieuses, de
celles qui ont plus à coeur de s'instruire que de chercher un passe-temps.
(Voir n° 207 au chapitre de la Formation des médiums.)
Rivalité entre les sociétés.
348. Les réunions qui s'occupent exclusivement des communications
intelligentes et celles qui se livrent à l'étude des manifestations
physiques, ont chacune leur mission ; ni les unes ni les autres ne seraient
dans le véritable esprit du spiritisme si elles se voyaient d'un mauvais
oeil, et celle qui jetterait la pierre à l'autre prouverait par cela seul la
mauvaise influence qui la domine, toutes doivent concourir, quoique par
des voies différentes, au but commun qui est la recherche et la
propagation de la vérité ; leur antagonisme, qui ne serait qu'un effet de
l'orgueil surexcité, en fournissant des armes aux détracteurs, ne pourrait
que nuire à la cause qu'elles prétendent défendre.
349. Ces dernières réflexions s'appliquent également à tous les
groupes qui pourraient différer sur quelques points de la doctrine.
Comme nous l'avons dit au chapitre des Contradictions, ces divergences
ne portent, la plupart du temps, que sur des accessoires, souvent même
sur de simples mots ; il y aurait donc de la puérilité à faire bande à part,
parce qu'on ne penserait pas exactement de même. Il y aurait pire que
cela, si les différents groupes ou sociétés d'une même ville se regardaient
avec jalousie. On comprend la jalousie entre gens qui se font
REUNIONS ET SOCIETES SPIRITES 359
concurrence, et peuvent se porter un préjudice matériel ; mais, quand il
n'y a pas spéculation, la jalousie ne peut être qu'une mesquine rivalité
d'amour-propre. Comme, en définitive, il n'est pas de société qui puisse
réunir dans son sein tous les adeptes, celles qui sont animées d'un
véritable désir de propager la vérité, dont le but est uniquement moral,
doivent voir avec plaisir se multiplier les réunions, et, s'il y a
concurrence entre elles, ce doit être à qui fera le plus de bien. Celles qui
prétendraient être dans le vrai à l'exclusion des autres, devraient le
prouver en prenant pour devise : Amour et charité ; car telle est celle de
tout vrai spirite. Veulent-elles se prévaloir de la supériorité des Esprits
qui les assistent ? qu'elles le prouvent par la supériorité des
enseignements qu'elles reçoivent, et par l'application qu'elles s'en font à
elles-mêmes : c'est là un critérium infaillible pour distinguer celles qui
sont dans la meilleure voie.
Certains Esprits, plus présomptueux que logiques, tentent parfois
d'imposer des systèmes étranges et impraticables, à la faveur des noms
vénérés dont ils se parent. Le bon sens fait bientôt justice de ces utopies,
mais en attendant elles peuvent semer le doute et l'incertitude parmi les
adeptes ; de là souvent une cause de dissentiments momentanés. Outre
les moyens que nous avons donnés de les apprécier, il est un autre
critérium qui donne la mesure de leur valeur : c'est le nombre de
partisans qu'ils recrutent. La raison dit que le système qui trouve le plus
d'écho dans les masses, doit être plus près de la vérité que celui qui est
repoussé par la majorité, et voit ses rangs s'éclaircir ; aussi tenez pour
certain que les Esprits qui refusent la discussion de leur enseignement,
c'est qu'ils en comprennent la faiblesse.
350. Si le spiritisme doit, ainsi que cela est annoncé, amener la
transformation de l'humanité, ce ne peut être que par l'amélioration des
masses, laquelle n'arrivera graduellement et de proche en proche que par
l'amélioration des individus. Qu'importe de croire à l'existence des
Esprits, si cette croyance ne rend pas meilleur, plus bienveillant et plus
indulgent pour ses semblables, plus humble, plus patient dans
l'adversité ? Que sert à l'avare d'être spirite, s'il est toujours avare ; à
l'orgueilleux, s'il est toujours plein de lui-même ; à l'envieux, s'il est
toujours jaloux ? Tous les hommes pourraient donc croire aux
manifestations, et l'humanité rester stationnaire ; mais tels ne sont pas les
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXIX 360
desseins de Dieu. C'est vers le but providentiel que doivent tendre toutes
les sociétés spirites sérieuses, en groupant autour d'elles tous ceux qui
sont dans les mêmes sentiments ; alors il y aura entre elles union,
sympathie, fraternité, et non un vain et puéril antagonisme d'amourpropre,
de mots plutôt que de choses ; alors, elles seront fortes et
puissantes, parce qu'elles s'appuieront sur une base inébranlable : le bien
pour tous ; alors elles seront respectées et imposeront silence à la sotte
raillerie, parce qu'elles parleront au nom de la morale évangélique
respectée de tous.
Telle est la voie dans laquelle nous nous sommes efforcé de faire
entrer le spiritisme. Le drapeau que nous arborons hautement est celui du
spiritisme chrétien et humanitaire, autour duquel nous sommes heureux
de voir déjà tant d'hommes se rallier sur tous les points du globe, parce
qu'ils comprennent que là est l'ancre de salut, la sauvegarde de l'ordre
public, le signal d'une ère nouvelle pour l'humanité. Nous convions
toutes les sociétés spirites à concourir à cette grande oeuvre ; que d'un
bout du monde à l'autre elles se tendent une main fraternelle, et elles
enlaceront le mal dans des filets inextricables.
CHAPITRE XXX.
REGLEMENT
DE LA SOCIETE PARISIENNE DES ETUDES SPIRITES,
Fondée le 1 avril 1858,
Et autorisée par arrêté de M. le Préfet de police, en date du 13 avril 1858,
d'après l'avis de S. E. M. le Ministre de l'intérieur et de la sûreté générale.
Nota. - Quoique ce règlement soit le fruit de l'expérience, nous ne le donnons
point comme une loi absolue, mais uniquement pour la facilité des sociétés qui
voudraient se former, et qui pourront y puiser les dispositions qu'elles croiront
utiles et applicables aux circonstances qui leur sont propres. Quelque simplifiée
qu'en soit l'organisation, elle peut l'être encore beaucoup plus quand il s'agit, non
de sociétés régulièrement constituées, mais de simples réunions intimes qui n'ont
besoin d'établir que des mesures d'ordre, de précaution et de régularité dans les
travaux.
Nous le donnons également pour la gouverne des personnes qui voudraient se
mettre en rapport avec la Société parisienne, soit comme correspondants, soit à
titre de membres de la Société.
CHAPITRE PREMIER. - But et formation de la Société.
ARTICLE 1. - La Société a pour objet l'étude de tous les phénomènes
relatifs aux manifestations spirites, et leur application aux sciences
morales, physiques, historiques et psychologiques. Les questions
politiques, de controverse religieuse et d'économie sociale y sont
interdites.
Elle prend pour titre : Société parisienne des Etudes spirites.
ART. 2. - La Société se compose de membres titulaires, d'associés
libres et de membres correspondants.
Elle peut conférer le titre de membre honoraire aux personnes résidant
en France ou à l'étranger qui, par leur position ou leurs travaux, peuvent
lui rendre des services signalés.
Les membres honoraires sont tous les ans soumis à une réélection.
ART. 3. - La Société n'admet que les personnes qui sympathisent avec
ses principes et le but de ses travaux ; celles qui sont déjà initiées aux
principes fondamentaux de la science spirite, ou qui sont sérieusement
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXIX 362
animées du désir de s'en instruire. En conséquence, elle exclut
quiconque pourrait apporter des éléments de trouble au sein des
réunions, soit par un esprit d'hostilité ou d'opposition systématique, soit
par toute autre cause, et faire ainsi perdre le temps en discussions
inutiles.
Tous les membres se doivent réciproquement bienveillance et bons
procédés ; ils doivent, en toutes circonstances, mettre le bien général audessus
des questions personnelles et d'amour-propre.
ART. 4. - Pour être admis comme associé libre, il faut adresser au
Président une demande écrite, apostillée par deux membres titulaires qui
se rendent garants des intentions du postulant.
La lettre de demande doit relater sommairement : 1° si le postulant
possède déjà des connaissances en matière de spiritisme ; 2° l'état de ses
convictions sur les points fondamentaux de la science ; 3° l'engagement
de se conformer en tout au règlement.
La demande est soumise au comité qui l'examine et propose, s'il y a
lieu, l'admission, l'ajournement ou le rejet.
L'ajournement est de rigueur pour tout candidat qui ne posséderait
aucun des éléments de la science spirite, et ne sympathiserait pas avec
les principes de la Société.
Les associés libres ont droit d'assister à toutes les séances, de
participer aux travaux et aux discussions qui ont pour objet l'étude ;
mais, dans aucun cas, ils n'ont voix délibérative pour ce qui concerne les
affaires de la Société.
Les associés libres ne sont engagés que pour l'année de leur
admission, et leur maintien dans la Société doit être ratifié à la fin de
cette première année.
ART. 5. - Pour être membre titulaire, il faut avoir été au moins
pendant un an associé libre, avoir assisté à plus de la moitié des séances,
et avoir donné, pendant ce temps, des preuves notoires de ses
connaissances et de ses convictions en fait de spiritisme, de son adhésion
aux principes de la Société, et de sa volonté d'agir en toutes
circonstances, à l'égard de ses collègues, selon les principes de la charité
et de la morale spirite.
REUNIONS ET SOCIETES SPIRITES 363
Les associés libres qui auront assisté régulièrement pendant six mois
aux séances de la Société pourront être admis comme membres titulaires
si, du reste, ils remplissent les autres conditions.
L'admission est proposée d'office par le comité, avec l'assentiment de
l'associé, si elle est en outre appuyée par trois autres membres titulaires.
Elle est ensuite prononcée, s'il y a lieu, par la Société, au scrutin secret,
après un rapport verbal du comité.
Les membres titulaires ont seuls voix délibérative, et jouissent seuls de
la faculté accordée par l'article 25.
ART. 6. - La Société limitera, si elle le juge à propos, le nombre des
associés libres et des membres titulaires.
ART. 7. - Les membres correspondants sont ceux qui, ne résidant
point à Paris, sont en rapport avec la Société, et lui fournissent des
documents utiles pour ses études. Ils peuvent être nommés sur la
présentation d'un seul membre titulaire.
CHAPITRE II. - Administration.
ART. 8. - La Société est administrée par un Président-directeur, assisté
des membres du bureau et d'un comité.
ART. 9. - Le bureau se compose de :
1 Président. - 1 Vice-président. - 1 Secrétaire principal. 2 Secrétaires
adjoints. - 1 Trésorier.
Il pourra en outre être nommé un ou plusieurs Présidents honoraires.
A défaut du Président et du Vice-président, les séances pourront être
présidées par l'un des membres du comité.
ART. 10. - Le Président-directeur doit tous ses soins aux intérêts de la
Société et de la science spirite. Il a la direction générale et la haute
surveillance de l'administration, ainsi que la conservation des archives.
Le Président est nommé pour trois ans, et les autres membres du
bureau pour un an, et indéfiniment rééligibles.
ART. 11. - Le comité est composé des membres du bureau et de cinq
autres membres titulaires choisis de préférence parmi ceux qui auront
apporté un concours actif dans les travaux de la Société, rendu des
services à la cause du spiritisme, ou donné des gages de leur esprit
bienveillant et conciliant. Ces cinq membres sont, comme les membres
du bureau, nommés pour un an et rééligibles.
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXIX 364
Le comité est présidé de droit par le Président-directeur, ou à son
défaut, par le Vice-président ou celui de ses membres qui sera désigné à
cet effet.
Le comité est chargé de l'examen préalable de toutes les questions et
propositions administratives et autres à soumettre à la Société ; il
contrôle les recettes et les dépenses de la Société et les comptes du
Trésorier ; il autorise les dépenses courantes, et arrête toutes les mesures
d'ordre qui seront jugées nécessaires.
Il examine en outre les travaux et sujets d'étude proposés par les
différents membres, en prépare lui-même de son côté, et fixe l'ordre des
séances, de concert avec le Président.
Le Président peut toujours s'opposer à ce que certains sujets soient
traités et mis à l'ordre du jour, sauf à lui à en référer à la Société, qui
décidera.
Le comité se réunit régulièrement avant l'ouverture des séances pour
l'examen des choses courantes, et en outre à tout autre moment qu'il
jugera convenable.
Les membres du bureau et du comité qui auront été absents pendant
trois mois consécutifs sans en avoir donné avis, sont censés avoir résigné
leurs fonctions, et il sera pourvu à leur remplacement.
ART. 12. - Les décisions, soit de la Société, soit du comité, sont prises
à la majorité absolue des membres présents ; en cas de partage, la voix
du Président est prépondérante.
Le comité peut délibérer lorsque quatre de ses membres sont présents.
Le scrutin secret est de droit s'il est réclamé par cinq membres.
ART. 13. - Tous les trois mois, six membres, choisis parmi les
titulaires ou les associés libres, sont désignés pour remplir les fonctions
de commissaires.
Les commissaires sont chargés de veiller à l'ordre et à la bonne tenue
des séances, et de vérifier le droit d'entrée de toute personne étrangère
qui se présente pour y assister.
A cet effet, les membres désignés s'entendront pour que l'un d'eux soit
présent à l'ouverture des séances.
ART. 14. - L'année sociale commence le 1 avril.
REUNIONS ET SOCIETES SPIRITES 365
Les nominations du bureau et du comité se feront dans la première
séance du mois de mai. Les membres en exercice continueront leurs
fonctions jusqu'à cette époque.
ART. 15. - Pour subvenir aux dépenses de la Société, il est payé une
cotisation annuelle de 24 francs pour les titulaires, et de 20 francs pour
les associés libres.
Les membres titulaires, lors de leur réception, acquittent en outre un
droit d'entrée de 10 francs une fois payé.
La cotisation se paye intégralement pour l'année courante.
Les membres admis dans le courant de l'année n'auront à payer, pour
cette première année, que les trimestres à échoir, y compris celui de leur
admission.
Lorsque le mari et la femme sont reçus associés libres, ou titulaires, il
n'est exigé qu'une cotisation et demie pour les deux.
Tous les six mois, le 1 avril et le 1 octobre, le Trésorier rend compte
au comité de l'emploi et de la situation des fonds.
Les dépenses courantes en loyers et autres frais obligatoires étant
acquittées, s'il y a un excédent, la Société en déterminera l'emploi.
ART. 16. - Il est remis à tous les membres reçus, associés libres ou
titulaires, une carte d'admission constatant leur titre. Cette carte est
déposée chez le Trésorier, où le nouveau membre peut la retirer en
acquittant sa cotisation et le droit d'entrée. Le nouveau membre ne peut
assister aux séances qu'après avoir retiré sa carte. A défaut par lui de
l'avoir retirée un mois après sa nomination, il est censé démissionnaire.
Sera également réputé démissionnaire tout membre qui n'aurait pas
acquitté sa cotisation annuelle dans le premier mois du renouvellement
de l'année sociale, après un avis du Trésorier demeuré sans effet.
CHAPITRE III. - Des séances.
ART. 17 - Les séances de la Société ont lieu tous les vendredis à huit
heures du soir, sauf modification, s'il y a lieu.
Les séances sont particulières ou générales ; elles ne sont jamais
publiques.
Toute personne faisant partie de la Société à un titre quelconque doit,
à chaque séance, apposer son nom sur une liste de présence.
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXIX 366
ART. 18. - Le silence et le recueillement sont rigoureusement exigés
pendant les séances, et principalement pendant les études. Nul ne peut
prendre la parole sans l'avoir obtenue du Président.
Toutes les questions adressées aux Esprits doivent l'être par
l'intermédiaire du Président, qui peut refuser de les poser, selon les
circonstances.
Sont notamment interdites toutes les questions futiles, d'intérêt
personnel, de pure curiosité, ou faites en vue de soumettre les Esprits à
des épreuves, ainsi que toutes celles qui n'ont pas un but d'utilité
générale au point de vue des études.
Sont également interdites toutes les discussions qui détourneraient de
l'objet spécial dont on s'occupe.
ART. 19. - Tout membre a le droit de demander le rappel à l'ordre
contre quiconque s'écarterait des convenances dans la discussion, ou
troublerait les séances d'une manière quelconque. Le rappel est
immédiatement mis aux voix ; s'il est adopté, il est inscrit au procèsverbal.
Trois rappels à l'ordre dans l'espace d'une année entraînent de droit la
radiation du membre qui les aura encourus, quel que soit son titre.
ART. 20. - Aucune communication spirite obtenue en dehors de la
Société ne peut être lue avant d'avoir été soumise, soit au Président, soit
au comité, qui peuvent en admettre ou en refuser la lecture.
Une copie de toute communication étrangère dont la lecture aura été
autorisée doit rester déposée aux archives.
Toutes les communications obtenues pendant les séances
appartiennent à la Société ; les médiums qui les ont écrites peuvent en
prendre copie.
ART. 21. - Les séances particulières sont réservées aux membres de la
société ; elles ont lieu le 1°, le 3° et, s'il y a lieu, le 5° vendredi de
chaque mois.
La société réserve pour les séances particulières toutes les questions
concernant ses affaires administratives, ainsi que les sujets d'étude qui
réclament le plus de tranquillité et de concentration, ou qu'elle juge à
propos d'approfondir avant de les produire devant des personnes
étrangères.
REUNIONS ET SOCIETES SPIRITES 367
Ont droit d'assister aux séances particulières, outre les membres
titulaires et les associés libres, les membres correspondants
temporairement à Paris, et les médiums qui prêtent leur concours à la
Société.
Aucune personne étrangère à la Société n'est admise aux séances
particulières, sauf les cas exceptionnels et avec l'assentiment préalable
du Président.
ART. 22. - Les séances générales ont lieu le 2° et le 4° vendredi de
chaque mois.
Dans les séances générales, la Société autorise l'admission d'auditeurs
étrangers qui peuvent y assister temporairement sans en faire partie. Elle
peut retirer cette autorisation quand elle le jugera à propos.
Nul ne peut assister aux séances comme auditeur sans être présenté au
Président par un membre de la Société, qui se rend garant de son
attention à ne causer ni trouble ni interruption.
La Société n'admet, comme auditeurs, que les personnes aspirant à
devenir membres, ou qui sont sympathiques à ses travaux, et déjà
suffisamment initiées à la science spirite pour les comprendre.
L'admission doit être refusée d'une manière absolue à quiconque n'y
serait attiré que par un motif de curiosité, ou dont les opinions seraient
hostiles.
La parole est interdite aux auditeurs, sauf les cas exceptionnels
appréciés par le Président. Celui qui troublerait l'ordre d'une manière
quelconque, ou manifesterait de la malveillance pour les travaux de la
Société, pourrait être invité à se retirer, et, dans tous les cas, mention en
sera faite sur la liste d'admission, et l'entrée lui serait interdite à l'avenir.
Le nombre des auditeurs devant être limité sur celui des places
disponibles, ceux qui pourront assister aux séances devront être inscrits
d'avance sur un registre destiné à cet effet, avec mention de leur adresse
et de la personne qui les recommande. En conséquence, toute demande
d'entrée devra être adressée plusieurs jours avant la séance au Président,
qui seul délivre les lettres d'introduction jusqu'à la clôture de la liste.
Les lettres d'introduction ne peuvent servir que pour le jour indiqué et
pour les personnes désignées.
L'entrée ne peut être accordée au même auditeur pour plus de deux
séances, sauf l'autorisation du Président, et pour des cas exceptionnels.
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXIX 368
Le même membre ne peut présenter plus de deux personnes à la fois. Les
entrées données par le Président ne sont pas limitées.
Les auditeurs ne sont plus admis après l'ouverture de la séance.
CHAPITRE IV. - Dispositions diverses.
ART. 23. - Tous les membres de la Société lui doivent leur concours.
En conséquence, ils sont invités à recueillir, dans leur cercle respectif
d'observations, les faits anciens ou récents qui peuvent avoir trait au
spiritisme, et à les signaler. Ils voudront bien en même temps s'enquérir,
autant qu'il sera en leur pouvoir, de la notoriété des dits faits.
Ils sont également invités à lui signaler toutes les publications qui
peuvent avoir un rapport plus ou moins direct avec l'objet de ses travaux.
ART. 24. - La Société fait un examen critique des divers ouvrages
publiés sur le spiritisme, lorsqu'elle le juge à propos. A cet effet, elle
charge un de ses membres, associé libre ou titulaire, de lui faire un
compte rendu qui sera imprimé, s'il y a lieu, dans la Revue spirite.
ART. 25. - La Société créera une bibliothèque spéciale composée des
ouvrages qui lui seront offerts, et de ceux dont elle fera l'acquisition.
Les membres titulaires pourront venir au siège de la Société consulter
soit la bibliothèque, soit les archives, aux jours et heures qui seront fixés
à cet effet.
ART. 26. - La Société considérant que sa responsabilité peut se
trouver moralement engagée par les publications particulières de ses
membres, nul ne peut prendre, dans un écrit quelconque, le titre de
membre de la Société sans y être autorisé par elle, et sans qu'au préalable
elle ait pris connaissance du manuscrit. Le comité sera chargé de lui faire
un rapport à ce sujet. Si la Société juge l'écrit incompatible avec ses
principes, l'auteur, après avoir été entendu, sera invité, soit à le modifier,
soit à renoncer à sa publication, soit enfin à ne point se faire connaître
comme membre de la Société. Faute par lui de se soumettre à la décision
qui sera prise, sa radiation pourra être prononcée.
Tout écrit publié par un membre de la Société sous le voile de
l'anonyme, et sans aucune mention qui puisse le faire connaître comme
tel, rentre dans la catégorie des publications ordinaires dont la Société se
réserve l'appréciation. Toutefois, sans vouloir entraver la libre émission
des opinions personnelles, la Société invite ceux de ses membres qui
REUNIONS ET SOCIETES SPIRITES 369
seraient dans l'intention de faire des publications de ce genre à réclamer
au préalable son avis officieux, dans l'intérêt de la science.
ART. 27. - La Société, voulant maintenir dans son sein l'unité de
principes et l'esprit d'une bienveillance réciproque, pourra prononcer la
radiation de tout membre qui serait une cause de trouble, ou se mettrait
en hostilité ouverte avec elle par des écrits compromettants pour la
doctrine, par des opinions subversives, ou par une manière d'agir qu'elle
ne saurait approuver. La radiation ne sera toutefois prononcée qu'après
avis officieux préalable demeuré sans effet, et après avoir entendu le
membre inculpé, s'il juge à propos de s'expliquer. La décision sera prise
au scrutin secret et à la majorité des trois quarts des membres présents.
ART. 28. - Tout membre qui se retire volontairement dans le courant
de l'année ne peut réclamer la différence des cotisations versées par lui ;
cette différence sera remboursée en cas de radiation prononcée par la
Société.
ART. 29. - Le présent règlement pourra être modifié, s'il y a lieu. Les
propositions de modifications ne pourront être faites à la Société que par
l'organe de son Président, auquel elles devront être transmises, et dans le
cas où elles auraient été admises par le comité.
La Société peut, sans modifier son règlement dans les points
essentiels, adopter toutes les mesures complémentaires qu'elle jugera
utiles.
CHAPITRE XXXI.
DISSERTATIONS SPIRITES.
Nous avons réuni dans ce chapitre quelques dictées spontanées
pouvant compléter et confirmer les principes contenus dans cet ouvrage.
Nous aurions pu en citer un beaucoup plus grand nombre, mais nous
nous bornons à celles qui ont plus particulièrement rapport à l'avenir du
spiritisme, aux médiums et aux réunions. Nous les donnons à la fois
comme instruction, et comme types du genre des communications
vraiment sérieuses. Nous terminons par quelques communications
apocryphes suivies des remarques propres à les faire reconnaître.
SAINT AUGUSTIN.
Sur le spiritisme.
I
Ayez confiance dans la bonté de Dieu, et soyez assez clairvoyants
pour comprendre les préparatifs de la nouvelle vie qu'il vous destine. Il
ne vous sera pas donné, il est vrai, d'en jouir dans cette existence ; mais
ne serez-vous pas heureux, si vous ne revivez pas sur ce globe, de
considérer d'en haut l'oeuvre que vous aurez commencée et qui se
développera sous vos yeux. Soyez cuirassés par une foi ferme et sans
hésitation contre les obstacles qui semblent devoir s'élever contre
l'édifice dont vous posez les fondements. Les bases sur lesquelles il
s'appuie sont solides : le Christ en a posé la première pierre. Courage,
donc, architectes du divin maître ! Travaillez, bâtissez, Dieu couronnera
votre oeuvre. Mais songez bien que le Christ renie pour ses disciples
quiconque n'a la charité que sur les lèvres ; il ne suffit pas de croire, il
faut surtout donner l'exemple de la bonté, de la bienveillance et du
désintéressement, sans cela votre foi sera stérile pour vous.
II
Le Christ lui-même préside les travaux de toute nature qui sont en voie
d'accomplissement pour vous ouvrir l'ère de rénovation et de
perfectionnement que vous prédisent vos guides spirituels. Si, en effet,
vous jetez les yeux, en dehors des manifestations spirites, sur les
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXXI 372
événements contemporains, vous reconnaîtrez, sans aucune hésitation,
les signes avant-coureurs qui vous prouveront d'une manière irréfragable
que les temps prédits sont arrivés. Les communications s'établissent
entre tous les peuples ; les barrières matérielles renversées, les obstacles
moraux qui s'opposent à leur union, les préjugés politiques et religieux,
s'effaceront rapidement, et le règne de la fraternité s'établira enfin d'une
manière solide et durable. Observez dès aujourd'hui les souverains euxmêmes,
poussés par une main invisible, prendre, chose inouïe pour vous,
l'initiative des réformes ; et les réformes qui partent d'en haut et
spontanément sont bien plus rapides et plus durables que celles qui
partent d'en bas, et sont arrachées par force. J'avais, malgré des préjugés
d'enfance et d'éducation, malgré le culte du souvenir, pressenti l'époque
actuelle ; j'en suis heureux, et suis plus heureux encore de venir vous
dire : Frères, courage ! travaillez pour vous et pour l'avenir des vôtres ;
travaillez surtout à votre amélioration personnelle, et vous jouirez dans
votre première existence d'un bonheur dont il vous est aussi difficile de
vous faire une idée, qu'à moi de vous le faire comprendre.
CHATEAUBRIAND.
III
Je pense que le spiritisme est une étude toute philosophique des causes
secrètes, des mouvements intérieurs de l'âme peu ou point définis
jusqu'ici. Il explique, plus encore qu'il ne découvre des horizons
nouveaux. La réincarnation et les épreuves subies avant d'arriver au but
suprême ne sont pas des révélations, mais une confirmation importante.
Je suis frappé des vérités que ce moyen met en lumière. Je dis moyen
avec intention, car, à mon sens, le spiritisme est un levier qui écarte les
barrières de l'aveuglement. La préoccupation des questions morales est
tout entière à créer ; on discute la politique qui remue les intérêts
généraux, on discute les intérêts privés, on se passionne pour l'attaque ou
la défense des personnalités ; les systèmes ont leurs partisans et leurs
détracteurs ; mais les vérités morales, celle qui sont le pain de l'âme, le
pain de vie, sont laissées dans la poussière accumulée par les siècles.
Tous les perfectionnements sont utiles aux yeux de la foule, sauf celui de
l'âme ; son éducation, son élévation sont des chimères bonnes tout au
plus pour occuper les loisirs des prêtres, des poètes, des femmes, soit à
l'état de mode, soit à l'état d'enseignement.
DISSERTATIONS SPIRITES 373
Si le spiritisme ressuscite le spiritualisme, il rendra à la société l'élan
qui donne aux uns la dignité intérieure, aux autres la résignation, à tous
le besoin de s'élever vers l'Etre suprême oublié et méconnu par ses
ingrates créatures.
J.-J. ROUSSEAU.
IV
Si Dieu envoie des Esprits pour instruire les hommes, c'est afin de les
éclairer sur leurs devoirs, de leur montrer la route qui peut abréger leurs
épreuves, et par là de hâter leur avancement ; or, de même que le fruit
arrive à maturité, l'homme aussi arrivera à la perfection. Mais à côté des
bons Esprits qui veulent votre bien, il y a aussi les Esprits imparfaits qui
veulent votre mal ; tandis que les uns vous poussent en avant, d'autres
vous tirent en arrière ; c'est à les distinguer que vous devez apporter
toute votre attention ; le moyen est facile : tâchez seulement de
comprendre que rien de ce qui vient d'un bon Esprit ne peut nuire à qui
que ce soit, et que tout ce qui est mal ne peut venir que d'un mauvais
Esprit. Si vous n'écoutez pas les sages avis des Esprits qui vous veulent
du bien, si vous vous blessez des vérités qu'ils peuvent vous dire, il est
évident que ce sont de mauvais Esprits qui vous conseillent ; l'orgueil
seul peut vous empêcher de vous voir tels que vous êtes ; mais si vous ne
le voyez pas vous-mêmes, d'autres le voient pour vous ; de sorte que
vous êtes blâmés, et par les hommes qui rient de vous en arrière, et par
les Esprits.
UN ESPRIT FAMILIER.
V
Votre doctrine est belle et sainte ; le premier jalon est planté et
solidement planté. Maintenant vous n'avez plus qu'à marcher ; la voie
qui vous est ouverte est grande et majestueuse. Bienheureux est celui qui
arrivera au port, plus il aura fait de prosélytes et plus il lui sera compté.
Mais pour cela il ne faut pas embrasser la doctrine froidement ; il faut y
mettre de l'ardeur, et cette ardeur sera doublée, car Dieu est toujours
avec vous quand vous faites le bien. Tous ceux que vous amènerez
seront autant de brebis rentrées au bercail ; pauvres brebis à moitié
égarées ! Croyez bien que le plus sceptique, le plus athée, le plus
incrédule enfin a toujours un tout petit coin dans le coeur qu'il voudrait
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXXI 374
pouvoir se cacher à lui-même. Eh bien ! c'est ce petit coin qu'il faut
chercher, qu'il faut trouver ; c'est ce côté vulnérable qu'il faut attaquer ;
c'est une petite brèche laissée ouverte exprès par Dieu pour faciliter à sa
créature le moyen de rentrer dans son sein.
SAINT BENOIT.
VI
Ne vous effrayez pas de certains obstacles, de certaines controverses.
Ne tourmentez personne par aucune insistance ; la persuasion ne
viendra aux incrédules que par votre désintéressement, que par votre
tolérance et votre charité pour tous sans exception.
Gardez-vous surtout de violenter l'opinion, même par vos paroles ou
par des démonstrations publiques. Plus vous serez modestes, plus vous
arriverez à vous faire apprécier. Qu'aucun mobile personnel ne vous
fasse agir, et vous trouverez dans vos consciences une force attractive
que le bien seul procure.
Les Esprits, par ordre de Dieu, travaillent pour le progrès de tous sans
exception ; vous, spirites, faites de même.
SAINT LOUIS.
VII
Quelle est l'institution humaine, même divine, qui n'a eu des obstacles
à surmonter, des schismes contre lesquels il lui a fallu lutter ? Si vous
n'aviez qu'une existence triste et mourante, on ne s'attaquerait point à
vous, sachant bien que vous devez succomber d'un moment à l'autre ;
mais comme votre vitalité est forte et active, comme l'arbre spirite a de
fortes racines, on suppose qu'il peut vivre longtemps, et on essaie de la
cognée contre lui. Que feront ces envieux ? Ils abattront tout au plus
quelques branches qui repousseront avec une nouvelle sève et seront
plus fortes que jamais.
CHANNING.
VIII
Je vais vous parler sur la fermeté que vous devez avoir dans vos
travaux spirites. Une citation sur ce sujet vous a été faite ; je vous
conseille de l'étudier de coeur, et de vous en appliquer l'esprit ; car de
même que saint Paul vous serez persécutés, non pas en chair et en os,
mais en esprit ; les incrédules, les pharisiens de l'époque, vous
DISSERTATIONS SPIRITES 375
blâmeront, vous bafoueront ; mais ne craignez rien, ce sera une épreuve
qui vous fortifiera si vous savez la rapporter à Dieu, et plus tard vous
verrez vos efforts couronnés de succès ; ce sera un grand triomphe pour
vous au jour de l'éternité, sans oublier que, dans ce monde, c'est déjà une
consolation pour les personnes qui ont perdu des parents et des amis ;
savoir qu'ils sont heureux, qu'on peut communiquer avec eux, est un
bonheur. Marchez donc en avant ; accomplissez la mission que Dieu
vous donne, et elle vous sera comptée au jour où vous paraîtrez devant le
Tout-Puissant.
CHANNING.
IX
Je viens, moi, ton Sauveur et ton juge ; je viens, comme autrefois,
parmi les fils égarés d'Israël ; je viens apporter la vérité et dissiper les
ténèbres. Ecoutez-moi. Le spiritisme, comme autrefois ma parole, doit
rappeler aux matérialistes qu'au-dessus d'eux règne l'immuable vérité :
Dieu bon, le Dieu grand qui fait germer la plante et qui soulève les flots.
J'ai révélé la doctrine divine ; j'ai comme un moissonneur, lié en gerbes
le bien épars dans l'humanité, et j'ai dit : Venez à moi, vous tous qui
souffrez !
Mais les hommes ingrats se sont détournés de la voie droite et large
qui conduit au royaume de mon Père, et ils se sont égarés dans les âpres
sentiers de l'impiété. Mon Père ne veut pas anéantir la race humaine ; il
veut, non plus par des prophètes, non plus par des apôtres, il veut que
vous aidant les uns les autres, morts et vivants, c'est-à-dire morts selon la
chair, car la mort n'existe pas, vous vous secouriez, et que la voix de
ceux qui ne sont plus se fasse entendre pour vous crier : Priez et croyez !
car la mort est la résurrection, et la vie, l'épreuve choisie pendant
laquelle vos vertus cultivées doivent grandir et se développer comme le
cèdre.
Croyez aux voix qui vous répondent : ce sont les âmes elles-mêmes de
ceux que vous évoquez. Je ne me communique que rarement ; mes amis,
ceux qui ont assisté à ma vie et à ma mort sont les interprètes divins des
volontés de mon Père.
Hommes faibles qui croyez à l'erreur de vos obscures intelligences,
n'éteignez pas le flambeau que la clémence divine place entre vos mains
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXXI 376
pour éclairer votre route et vous ramener, enfants perdus, dans le giron
de votre Père.
Je vous le dis, en vérité, croyez à la diversité, à la multiplicité des
Esprits qui vous entourent. Je suis trop touché de compassion pour vos
misères, pour votre immense faiblesse, pour ne pas tendre une main
secourable aux malheureux égarés qui, voyant le ciel, tombent dans
l'abîme de l'erreur. Croyez, aimez, comprenez les vérités qui vous sont
révélées ; ne mêlez pas l'ivraie au bon grain, les systèmes aux vérités.
Spirites ! aimez-vous, voilà le premier enseignement ; instruisez-vous,
voilà le second. Toutes vérités se trouvent dans le christianisme ; les
erreurs qui y ont pris racine sont d'origine humaine ; et voilà qu'au-delà
du tombeau que vous croyiez le néant, des voix vous crient : Frères !
rien ne périt ; Jésus-Christ est le vainqueur du mal, soyez les vainqueurs
de l'impiété.
Remarque. Cette communication, obtenue par un des meilleurs médiums de la
Société spirite de Paris, est signée d'un nom que le respect ne nous permet de
reproduire que sous toutes réserves, tant serait grande l'insigne faveur de son
authenticité, et parce qu'il en a été trop souvent abusé dans des communications
évidemment apocryphes ; ce nom est celui de Jésus de Nazareth. Nous ne doutons
nullement qu'il ne puisse se manifester ; mais si les Esprits vraiment supérieurs ne
le font que dans des circonstances exceptionnelles, la raison nous défend de croire
que l'Esprit pur par excellence réponde à l'appel du premier venu ; il y aurait, dans
tous les cas, profanation à lui attribuer un langage indigne de lui.
C'est par ces considérations que nous nous sommes toujours abstenus de rien
publier qui portât ce nom ; et nous croyons qu'on ne saurait être trop circonspect
dans les publications de ce genre, qui n'ont d'authenticité que pour l'amour-propre,
et dont le moindre inconvénient est de fournir des armes aux adversaires du
spiritisme.
Comme nous l'avons dit, plus les Esprits sont élevés dans la hiérarchie, plus leur
nom doit être accueilli avec défiance ; il faudrait être doué d'une bien grande dose
d'orgueil pour se flatter d'avoir le privilège de leurs communications, et se croire
digne de converser avec eux comme avec ses égaux. Dans la communication cidessus,
nous ne constatons qu'une chose, c'est la supériorité incontestable du
langage et des pensées, laissant à chacun le soin de juger si celui dont elle porte le
nom ne la désavouerait pas.
DISSERTATIONS SPIRITES 377
CHANNING.
Sur les médiums.
X
Tous les hommes sont médiums ; tous ont un Esprit qui les dirige vers
le bien, quand ils savent l'écouter. Maintenant, que quelques-uns
communiquent directement avec lui par une médiumnité particulière, que
d'autres ne l'entendent que par la voix du coeur et de l'intelligence, peu
importe, ce n'est pas moins leur Esprit familier qui les conseille.
Appelez-le esprit, raison, intelligence, c'est toujours une voix qui répond
à votre âme et vous dicte de bonnes paroles ; seulement vous ne les
comprenez pas toujours. Tous ne savent pas agir d'après les conseils de
la raison, non de cette raison qui se traîne et rampe plutôt qu'elle ne
marche, cette raison qui se perd au milieu des intérêts matériels et
grossiers, mais cette raison qui élève l'homme au-dessus de lui-même,
qui le transporte vers des régions inconnues ; flamme sacrée qui inspire
l'artiste et le poète, pensée divine qui élève le philosophe, élan qui
entraîne les individus et les peuples, raison que le vulgaire ne peut
comprendre, mais qui élève l'homme et le rapproche de Dieu, plus
qu'aucune autre créature, entendement qui sait le conduire du connu à
l'inconnu, et lui fait exécuter les choses les plus sublimes. Ecoutez donc
cette voix intérieure, ce bon génie qui vous parle sans cesse, et vous
arriverez progressivement à entendre votre ange gardien qui vous tend la
main du haut du ciel ; je le répète, la voix intime qui parle au coeur est
celle des bons Esprits, et c'est à ce point de vue que tous les hommes
sont médiums.
XI
Le don de médiumnité est aussi ancien que le monde ; les prophètes
étaient des médiums ; les mystères d'Eleusis étaient fondés sur la
médiumnité ; les Chaldéens, les Assyriens avaient des médiums ; Socrate
était dirigé par un Esprit qui lui inspirait les admirables principes de sa
philosophie ; il entendait sa voix. Tous les peuples ont eu leurs médiums,
et les inspirations de Jeanne d'Arc n'étaient autres que les voix d'Esprits
bienfaisants qui la dirigeaient. Ce don qui se répand maintenant était
devenu plus rare dans les siècles moyens, mais il n'a jamais cessé.
Swedenborg et ses adeptes ont eu une nombreuse école. La France des
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXXI 378
siècles derniers, moqueuse, et occupée d'une philosophie qui, en voulant
détruire les abus de l'intolérance religieuse, éteignait sous le ridicule tout
ce qui était idéal, la France devait éloigner le spiritisme qui ne cessait de
progresser dans le Nord. Dieu avait permis cette lutte des idées positives
contre les idées spiritualistes, parce que le fanatisme s'était fait une arme
de ces dernières ; maintenant que les progrès de l'industrie et des
sciences ont développé l'art de bien vivre à un tel point que les tendances
matérielles sont devenues dominantes, Dieu veut que les Esprits soient
ramenés aux intérêts de l'âme ; il veut que le perfectionnement de
l'homme moral devienne ce qu'il doit être, c'est-à-dire la fin et le but de
la vie. L'Esprit humain suit une marche nécessaire, image de la gradation
subie par tout ce qui peuple l'univers visible et invisible ; tout progrès
arrive à son heure : celle de l'élévation morale est venue pour
l'humanité ; elle n'aura pas encore son accomplissement de vos jours ;
mais remerciez le Seigneur d'assister à l'aurore bénie.
PIERRE JOUTY (père du médium).
XII
Dieu m'a chargé d'une mission à remplir envers les croyants qu'il
favorise du médiumat. Plus ils reçoivent de grâces du Très-Haut, plus ils
courent de dangers, et ces dangers sont d'autant plus grands qu'ils
prennent naissance dans les faveurs mêmes que Dieu leur accorde. Les
facultés dont jouissent les médiums leur attirent les éloges des hommes ;
les félicitations, les adulations : voilà leur écueil. Ces mêmes médiums
qui devraient toujours avoir présente à la mémoire leur incapacité
primitive l'oublient ; ils font plus : ce qu'ils ne doivent qu'à Dieu, ils
l'attribuent à leur propre mérite. Qu'arrive-t-il alors ? Les bons Esprits les
abandonnent ; ils deviennent le jouet des mauvais, et n'ont plus de
boussole pour se guider ; plus ils deviennent capables, plus ils sont
poussés à s'attribuer un mérite qui ne leur appartient pas, jusqu'à ce
qu'enfin Dieu les punisse en leur retirant une faculté qui ne peut plus que
leur être fatale.
Je ne saurais trop vous rappeler de vous recommander à votre ange
gardien, pour qu'il vous aide à être toujours en garde contre votre plus
cruel ennemi qui est l'orgueil. Rappelez-vous bien, vous qui avez le
bonheur d'être les interprètes entre les Esprits et les hommes, que, sans
DISSERTATIONS SPIRITES 379
l'appui de notre divin maître, vous serez punis plus sévèrement, parce
que vous aurez été plus favorisés.
J'espère que cette communication portera ses fruits, et je désire qu'elle
puisse aider les médiums à se tenir en garde contre l'écueil où ils
viendraient se briser ; cet écueil, je vous l'ai dit, c'est l'orgueil.
JEANNE D'ARC.
XIII
Lorsque vous voudrez recevoir des communications de bons Esprits, il
importe de vous préparer à cette faveur par le recueillement, par de
saines intentions et par le désir de faire le bien en vue du progrès
général ; car souvenez-vous que l'égoïsme est une cause du retard à tout
avancement. Souvenez-vous que si Dieu permet à quelques-uns d'entre
vous de recevoir le souffle de certains de ses enfants qui, par leur
conduite, ont su mériter le bonheur de comprendre sa bonté infinie, c'est
qu'il veut bien, à notre sollicitation, et en vue de vos bonnes intentions,
vous donner les moyens d'avancer dans sa voie ; ainsi donc, médiums !
mettez à profit cette faculté que Dieu veut bien vous accorder. Ayez la
foi dans la mansuétude de notre maître ; ayez la charité toujours en
pratique ; ne vous lassez jamais d'exercer cette sublime vertu ainsi que la
tolérance. Que toujours vos actions soient en harmonie avec votre
conscience, c'est un moyen certain de centupler votre bonheur dans cette
vie passagère, et de vous préparer une existence mille fois plus douce
encore.
Que le médium d'entre vous qui ne se sentirait pas la force de
persévérer dans l'enseignement spirite s'abstienne ; car ne mettant pas à
profit la lumière qui l'éclaire, il sera moins excusable qu'un autre, et il
devra expier son aveuglement.
PASCAL.
XIV
Je vous parlerai aujourd'hui du désintéressement qui doit être une des
qualités essentielles chez les médiums, aussi bien que la modestie et le
dévouement. Dieu leur a donné cette faculté afin qu'ils aident à propager
la vérité, mais non pour en faire un trafic ; et par là je n'entends pas
seulement ceux qui voudraient l'exploiter comme ils le feraient d'un
talent ordinaire, qui se mettraient médiums comme on se met danseur ou
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXXI 380
chanteur, mais tous ceux qui prétendraient s'en servir dans des vues
intéressées quelconques. Est-il rationnel de croire que de bons Esprits, et
encore moins des Esprits supérieurs qui condamnent la cupidité,
consentent à se donner en spectacle, et, comme des comparses, se
mettent à la disposition d'un entrepreneur de manifestations spirites ? Il
ne l'est pas davantage de supposer que de bons Esprits peuvent favoriser
des vues d'orgueil et d'ambition. Dieu leur permet de se communiquer
aux hommes pour les tirer du bourbier terrestre, et non pour servir
d'instruments aux passions mondaines. Il ne peut donc voir avec plaisir
ceux qui détournent de son véritable but le don qu'il leur a fait, et je vous
assure qu'ils en seront punis, même ici-bas, par les plus amères
déceptions.
DELPHINE DE GIRARDIN.
XV
Tous les médiums sont incontestablement appelés à servir la cause du
spiritisme dans la mesure de leur faculté, mais il y en a bien peu qui ne
se laissent prendre au trébuchet de l'amour-propre ; c'est une pierre de
touche qui manque rarement son effet ; aussi, sur cent médiums, à peine
en trouverez-vous un, si infime soit-il, qui ne se soit cru, dans les
premiers temps de sa médiumnité, appelé à obtenir des résultats
supérieurs et prédestiné à de grandes missions. Ceux qui succombent à
cette vaniteuse espérance, et le nombre en est grand, deviennent la proie
inévitable d'Esprits obsesseurs, qui ne tardent pas à les subjuguer en
flattant leur orgueil et en les prenant par leur faible ; plus ils ont voulu
s'élever, plus leur chute est ridicule, quand elle n'est pas désastreuse pour
eux. Les grandes missions ne sont confiées qu'aux hommes d'élite, et
Dieu les place lui-même, et sans qu'ils le cherchent, dans le milieu et
dans la position où leurs concours pourra être efficace. Je ne puis trop
recommander aux médiums inexpérimentés de se méfier de ce que
certains Esprits pourront leur dire, touchant le prétendu rôle qu'ils sont
appelés à jouer ; car, s'ils le prennent au sérieux, ils n'en recueilleront
que du désappointement en ce monde, et un sévère châtiment dans
l'autre. Qu'ils se persuadent bien que, dans la sphère modeste et obscure
où ils sont placés, ils peuvent rendre de grands services, en aidant à la
conversion des incrédules, ou en donnant des consolations aux affligés ;
s'ils doivent en sortir, ils seront conduits par une main invisible qui
DISSERTATIONS SPIRITES 381
préparera les voies, et mis en évidence pour ainsi dire malgré eux. Qu'ils
se souviennent de cette parole : «Quiconque s'élève sera abaissé, et
quiconque s'abaisse sera élevé.»
L'ESPRIT DE VERITE.
Sur les réunions spirites.
Nota. Dans le nombre des communications suivantes quelques-unes
ont été données dans la Société parisienne des études spirites ou à son
intention ; d'autres, qui nous ont été transmises par divers médiums,
contiennent des conseils généraux sur les réunions, leurs formations et
les écueils qu'elles peuvent rencontrer.
XVI
Pourquoi ne commencez-vous pas vos séances par une invocation
générale, une sorte de prière qui disposerait au recueillement ? car,
sachez-le bien, sans le recueillement vous n'aurez que des
communications légères ; les bons Esprits ne vont que là où on les
appelle avec ferveur et sincérité. Voilà ce qu'on ne comprend pas assez ;
c'est donc à vous à donner l'exemple ; à vous qui, si vous le voulez,
pouvez devenir une des colonnes de l'édifice nouveau. Nous voyons vos
travaux avec plaisir, et nous vous aidons, mais c'est à la condition que
vous nous seconderez de votre côté, et que vous vous montrerez à la
hauteur de la mission que vous êtes appelés à remplir. Formez donc un
faisceau, et vous serez forts, et les mauvais Esprits ne prévaudront pas
contre vous. Dieu aime les simples d'esprit, ce qui ne veut pas dire les
niais, mais ceux qui font abnégation d'eux-mêmes et qui viennent à lui
sans orgueil. Vous pouvez devenir un foyer de lumière pour l'humanité ;
sachez donc distinguer le bon grain de l'ivraie ; ne semez que le bon
grain, et gardez-vous de répandre de l'ivraie, car l'ivraie empêchera le
bon grain de pousser, et vous seriez responsables de tout le mal qu'elle
aura fait ; de même vous seriez responsables des mauvaises doctrines
que vous pourriez propager. Souvenez-vous qu'un jour le monde peut
avoir l'oeil sur vous ; faites donc que rien ne ternisse l'éclat des bonnes
choses qui sortiront de votre sein ; c'est pourquoi nous vous
recommandons de prier Dieu de vous assister.
SAINT AUGUSTIN.
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXXI 382
Saint Augustin, prié de vouloir bien dicter une formule d'invocation
générale, répondit :
Vous savez qu'il n'y a pas de formule absolue : Dieu est trop grand
pour attacher plus d'importance aux mots qu'à la pensée. Or, ne croyez
pas qu'il suffise de prononcer quelques paroles pour écarter les mauvais
Esprits ; gardez-vous surtout d'en faire une de ces formules banales que
l'on récite pour l'acquit de sa conscience ; son efficacité est dans la
sincérité du sentiment qui la dicte ; elle est surtout dans l'unanimité de
l'intention, car aucun de ceux qui ne s'y associeraient pas de coeur ne
saurait en bénéficier, ni en faire bénéficier les autres. Rédigez-la donc
vous-même, et soumettez-la-moi si vous voulez ; je vous aiderai.
Nota. La formule suivante d'invocation générale a été rédigée avec le
concours de l'Esprit qui l'a complétée en plusieurs points.
«Nous prions Dieu Tout-Puissant de nous envoyer de bons Esprits
pour nous assister, et d'éloigner ceux qui pourraient nous induire en
erreur ; donnez-nous la lumière nécessaire pour distinguer la vérité de
l'imposture.
Ecartez aussi les Esprits malveillants qui pourraient jeter la désunion
parmi nous en suscitant l'envie, l'orgueil et la jalousie. Si quelques-uns
tentaient de s'introduire ici, au nom de Dieu, nous les adjurons de se
retirer.
Bons Esprits qui présidez à nos travaux, daignez venir nous instruire,
et rendez-nous dociles à vos conseils. Faites que tout sentiment
personnel s'efface en nous devant la pensée du bien général.
Nous prions notamment ..., notre protecteur spécial, de vouloir bien
nous donner son concours aujourd'hui.»
XVII
Mes amis, laissez-moi vous donner un conseil, car vous marchez sur
un terrain nouveau, et si vous suivez la route que nous vous indiquons,
vous ne vous égarerez pas. On vous a dit une chose bien vraie et que
nous voulons rappeler, c'est que le spiritisme n'est qu'une morale, et qu'il
ne doit pas sortir des limites de la philosophie, pas ou peu, s'il ne veut
tomber dans le domaine de la curiosité. Laissez de côté les questions de
sciences : la mission des Esprits n'est pas de les résoudre en vous
épargnant la peine des recherches, mais de tâcher de vous rendre
meilleurs, car c'est ainsi que vous avancerez réellement.
DISSERTATIONS SPIRITES 383
SAINT LOUIS.
XVIII
On s'est moqué des tables tournantes, on ne se moquera jamais de la
philosophie, de la sagesse et de la charité qui brillent dans les
communications sérieuses. Ce fut le vestibule de la science ; c'est là
qu'en entrant on doit laisser ses préjugés comme on y laisse son manteau.
Je ne puis trop vous engager à faire de vos réunions un centre sérieux.
Qu'ailleurs on fasse des démonstrations physiques, qu'ailleurs on voie,
qu'ailleurs on entende, que chez vous on comprenne et qu'on aime. Que
pensez-vous être aux yeux des Esprits supérieurs quand vous avez fait
tourner ou lever une table ? Des écoliers ; le savant passe-t-il son temps
à repasser l'a, b, c de la science ? Tandis qu'en vous voyant rechercher
les communications sérieuses, on vous considère comme des hommes
sérieux, en quête de la vérité.
SAINT LOUIS.
Ayant demandé à saint Louis s'il entendait par là blâmer les
manifestations physiques, il répondit :
«Je ne saurais blâmer les manifestations physiques, puisque, si elles
ont lieu, c'est avec la permission de Dieu et dans un but utile ; en disant
qu'elles furent le vestibule de la science, je leur assigne leur véritable
rang, et j'en constate l'utilité. Je ne blâme que ceux qui en font un objet
d'amusement et de curiosité, sans en tirer l'enseignement qui en est la
conséquence ; elles sont à la philosophie du spiritisme ce que la
grammaire est à la littérature, et celui qui est arrivé à un certain degré
dans une science ne perd plus son temps à en repasser les éléments.»
XIX
Mes amis et fidèles croyants, je suis toujours heureux de pouvoir vous
diriger dans la voie du bien ; c'est une douce mission que Dieu me donne
et dont je suis fier, parce qu'être utile est toujours une récompense. Que
l'Esprit de charité vous réunisse, tant la charité qui donne que celle qui
aime. Montrez-vous patients contre les injures de vos détracteurs ; soyez
fermes dans le bien, et surtout humbles devant Dieu ; ce n'est que
l'humilité qui élève : c'est la seule grandeur que Dieu reconnaisse. Alors
seulement les bons Esprits viendront à vous, sinon celui du mal
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXXI 384
s'emparerait de votre âme. Soyez bénis au nom du Créateur et vous
grandirez aux yeux des hommes, en même temps qu'à ceux de Dieu.
SAINT LOUIS.
XX
L'union fait la force ; soyez unis pour être forts. Le spiritisme a germé,
jeté des racines profondes ; il va étendre sur la terre ses rameaux
bienfaisants. Il faut vous rendre invulnérables contre les trais
empoisonnés de la calomnie et de la noire phalange des Esprits
ignorants, égoïstes et hypocrites. Pour y arriver, qu'une indulgence et
une bienveillance réciproques président à vos rapports ; que vos défauts
passent inaperçus, que vos qualités seules soient remarquées ; que le
flambeau de la sainte amitié réunisse, éclaire et réchauffe vos coeurs, et
vous résisterez aux attaques impuissantes du mal, comme le rocher
inébranlable à la vague furieuse.
SAINT VINCENT DE PAUL.
XXI
Mes amis, vous voulez former une réunion spirite, et je vous
approuve, parce que les Esprits ne peuvent voir avec plaisir les médiums
qui restent dans l'isolement. Dieu ne leur a pas donné cette sublime
faculté pour eux seuls, mais pour le bien général. En se communiquant à
d'autres, ils ont mille occasions de s'éclairer sur le mérite des
communications qu'ils reçoivent, tandis que seuls ils sont bien mieux
sous l'empire des Esprits menteurs, enchantés de n'avoir point de
contrôle. Voilà pour vous, et si vous n'êtes pas dominés par l'orgueil,
vous le comprendrez et vous en profiterez. Voici maintenant pour les
autres.
Vous rendez-vous bien compte de ce que doit être une réunion
spirite ? Non ; car dans votre zèle vous croyez que ce qu'il y a de mieux
à faire, c'est de réunir le plus grand nombre de personnes, afin de les
convaincre. Détrompez-vous ; moins vous serez, plus vous obtiendrez.
C'est surtout par l'ascendant moral que vous exercerez que vous
amènerez à vous les incrédules, bien plus que par les phénomènes que
vous obtiendrez ; si vous n'attirez que par les phénomènes, on viendra
vous voir par curiosité, et vous trouverez des curieux qui ne vous
croiront pas et qui riront de vous ; si l'on ne trouve parmi vous que des
DISSERTATIONS SPIRITES 385
gens dignes d'estime, on ne vous croira peut-être pas tout de suite, mais
on vous respectera, et le respect inspire toujours la confiance. Vous êtes
convaincus que le spiritisme doit amener une réforme morale ; que votre
réunion soit donc la première à donner l'exemple des vertus chrétiennes,
car dans ce temps d'égoïsme, c'est dans les sociétés spirites que la
véritable charité doit trouver un refuge1. Telle doit être, mes amis, une
réunion de vrais spirites. Une autre fois, je vous donnerai d'autres
conseils.
FENELON.
XXII
Vous m'avez demandé si la multiplicité des groupes dans une même
localité ne pourrait pas engendrer des rivalités fâcheuses pour la
doctrine. A cela je vous répondrai que ceux qui sont imbus des vrais
principes de cette doctrine voient des frères dans tous les spirites et non
des rivaux ; ceux qui verraient d'autres réunions d'un oeil jaloux
prouveraient qu'il y a chez eux une arrière-pensée d'intérêt ou d'amourpropre,
et qu'ils ne sont pas guidés par l'amour de la vérité. Je vous
assure que si ces gens-là étaient parmi vous, ils y sèmeraient bientôt le
trouble et la désunion. Le vrai spiritisme a pour devise bienveillance et
charité ; il exclut toute autre rivalité que celle du bien que l'on peut
faire ; tous les groupes qui l'inscriront sur leur drapeau pourront se
tendre la main comme de bons voisins, qui n'en sont pas moins amis
quoique n'habitant pas la même maison. Ceux qui prétendront avoir les
meilleurs Esprits pour guides devront le prouver en montrant les
meilleurs sentiments ; qu'il y ait donc entre eux lutte, mais lutte de
grandeur d'âme, d'abnégation, de bonté et d'humilité ; celui qui jetterait
la pierre à l'autre prouverait par cela seul qu'il y est sollicité par de
mauvais Esprits. La nature des sentiments que deux hommes manifestent
à l'égard l'un de l'autre est la pierre de touche qui fait connaître la nature
des Esprits qui les assistent.
FENELON.
1 Nous connaissons un monsieur qui a été accepté pour un emploi de confiance dans une
importante maison, parce qu'il était spirite sincère, et qu'on a cru trouver une garantie de
moralité dans ses croyances.
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXXI 386
XXIII
Le silence et le recueillement sont des conditions essentielles pour
toutes les communications sérieuses. Vous n'obtiendrez jamais cela de
ceux qui ne seraient attirés dans vos réunions que par la curiosité ;
engagez donc les curieux à aller s'amuser ailleurs, car leur distraction
serait une cause de trouble.
Vous ne devez tolérer aucune conversation lorsque des Esprits sont
questionnés. Vous avez parfois des communications qui demandent des
répliques sérieuses de votre part, et des réponses non moins sérieuses de
la part des Esprits évoqués qui éprouvent, croyez-le bien, du
mécontentement des chuchotements continuels de certains assistants ; de
là rien de complet ni de vraiment sérieux ; le médium qui écrit éprouve,
lui aussi, des distractions très nuisibles à son ministère.
SAINT LOUIS.
XXIV
Je vous parlerai de la nécessité, dans vos séances, d'observer la plus
grande régularité, c'est-à-dire d'éviter toute confusion, toute divergence
dans les idées. La divergence favorise la substitution des mauvais Esprits
aux bons, et presque toujours ce sont les premiers qui s'emparent des
questions proposées. D'autre part, dans une réunion composée
d'éléments divers et inconnus les uns aux autres, comment éviter les
idées contradictoires, la distraction ou pis encore : une vague et railleuse
indifférence ? Ce moyen, je voudrais le trouver efficace et certain. Peutêtre
est-il dans la concentration des fluides épars autour des médiums.
Eux seuls, mais surtout ceux qui sont aimés, retiennent les bons Esprits
dans l'assemblée ; mais leur influence suffit à peine à dissiper la tourbe
des Esprits follets. Le travail de l'examen des communications est
excellent ; on ne saurait trop approfondir les questions et surtout les
réponses ; l'erreur est facile, même pour les Esprits animés des
meilleures intentions ; la lenteur de l'écriture, pendant laquelle l'Esprit se
détourne du sujet qu'il épuise aussitôt qu'il l'a conçu, la mobilité et
l'indifférence pour certaines formes convenues, toutes ces raisons, et
bien d'autres, vous font un devoir de n'apporter qu'une confiance limitée,
et toujours subordonnée à l'examen, même quand il s'agit des
communications les plus authentiques.
GEORGES (Esprit familier).
DISSERTATIONS SPIRITES 387
XXV
Dans quel but, la plupart du temps, demandez-vous des
communications aux Esprits ? Pour avoir de beaux morceaux que vous
montrez à vos connaissances comme des échantillons de notre talent ;
vous les conservez précieusement dans vos albums, mais dans votre
coeur il n'y a pas de place. Croyez-vous que nous soyons bien flattés de
venir poser dans vos assemblées comme à un concours, faire assaut
d'éloquence pour que vous puissiez dire que la séance a été bien
intéressante ? Que vous reste-t-il quand vous avez trouvé une
communication admirable ? Croyez-vous que nous venions chercher vos
applaudissements ? Détrompez-vous ; nous n'aimons pas plus à vous
amuser d'une façon que d'une autre ; de votre part, c'est encore là de la
curiosité que vous dissimulez en vain ; notre but est de vous rendre
meilleurs. Or, quand nous voyons que nos paroles ne portent pas de
fruits, et que tout se réduit de votre côté à une stérile approbation, nous
allons chercher des âmes plus dociles ; nous laissons alors venir à notre
place les Esprits qui ne demandent pas mieux que de parler, et il n'en
manque pas. Vous vous étonnez que nous les laissions prendre notre
nom ; que vous importe ? puisqu'il n'en est ni plus ni moins pour vous.
Mais sachez bien que nous ne le permettrions pas vis-à-vis de ceux
auxquels nous nous intéressons réellement, c'est-à-dire de ceux avec qui
nous ne perdons pas notre temps ; ceux-là sont nos préférés, et nous les
préservons du mensonge. Ne vous en prenez donc qu'à vous si vous êtes
si souvent trompés ; pour nous, l'homme sérieux n'est pas celui qui
s'abstient de rire, mais celui dont le coeur est touché de nos paroles, qui
les médite et en profite. (Voir n° 268, questions 19 et 20.)
MASSILLON.
XXVI
Le spiritisme devrait être une égide contre l'Esprit de discorde et de
dissension ; mais cet Esprit a de tout temps secoué sa torche sur les
humains, parce qu'il est jaloux du bonheur que procurent la paix et
l'union. Spirites ! il pourra donc pénétrer dans vos assemblées, et n'en
doutez pas, il cherchera à y semer la désaffection, mais il sera impuissant
contre ceux qu'anime la véritable charité. Tenez-vous donc sur vos
gardes, et veillez sans cesse à la porte de votre coeur, comme à celle de
vos réunions, pour n'y pas laisser pénétrer l'ennemi. Si vos efforts sont
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXXI 388
impuissants contre celui du dehors, il dépendra toujours de vous de lui
interdire l'accès de votre âme. Si des dissensions s'élevaient parmi vous,
elles ne pourraient être suscitées que par de mauvais Esprits ; que ceux
donc qui auront au plus haut degré le sentiment des devoirs que leur
impose l'urbanité aussi bien que le spiritisme vrai, se montrent les plus
patients, les plus dignes et les plus convenables ; les bons Esprits
peuvent quelquefois permettre ces luttes pour fournir aux bons comme
aux mauvais sentiments l'occasion de se révéler, afin de séparer le bon
grain de l'ivraie, et ils seront toujours du côté où il y aura le plus
d'humilité et de véritable charité.
SAINT VINCENT DE PAUL.
XXVII
Repoussez impitoyablement tous ces Esprits qui se donnent comme
conseils exclusifs, en prêchant la division et l'isolement. Ce sont presque
toujours des Esprits vaniteux et médiocres, qui tendent à s'imposer aux
hommes faibles et crédules, en leur prodiguant des louanges exagérées,
afin de les fasciner et de les tenir sous leur domination. Ce sont
généralement des Esprits affamés de pouvoir, qui, despotes publics, ou
privés de leur vivant, veulent avoir encore des victimes à tyranniser
après leur mort. En général, défiez-vous des communications qui portent
un caractère de mysticisme et d'étrangeté, ou qui prescrivent des
cérémonies et des actes bizarres ; il y a toujours alors un motif légitime
de suspicion.
D'un autre côté, croyez bien que lorsqu'une vérité doit être révélée à
l'humanité, elle est pour ainsi dire instantanément communiquée dans
tous les groupes sérieux, qui possèdent de sérieux médiums, et non pas à
tels ou tels à l'exclusion de tous autres. Nul n'est parfait médium s'il est
obsédé, et il y a obsession manifeste lorsqu'un médium n'est apte qu'à
recevoir les communications d'un Esprit spécial, si haut que celui-ci
cherche à se placer lui-même. En conséquence, tout médium, tout groupe
qui se croient privilégiés par des communications que seuls ils peuvent
recevoir, et qui, d'autre part, sont assujettis à des pratiques qui frisent la
superstition, sont indubitablement sous le coup d'une obsession des
mieux caractérisées, surtout quand l'Esprit dominateur se targue d'un
nom que tous, Esprits et incarnés, nous devons honorer et respecter, et
ne pas laisser commettre à tout propos.
DISSERTATIONS SPIRITES 389
Il est incontestable qu'en soumettant au creuset de la raison et de la
logique toutes les données et toutes les communications des Esprits, il
sera facile de repousser l'absurdité et l'erreur. Un médium peut être
fasciné, un groupe abusé ; mais le contrôle sévère des autres groupes,
mais la science acquise, et la haute autorité morale des chefs de groupes,
mais les communications des principaux médiums qui reçoivent un
cachet de logique et d'authenticité de nos meilleurs Esprits, feront
rapidement justice de ces dictées mensongères et astucieuses émanées
d'une tourbe d'Esprits trompeurs ou méchants.
ERASTE (disciple de saint Paul).
Remarque. Un des caractères distinctifs de ces Esprits qui veulent s'imposer et
faire accepter des idées bizarres et systématiques, c'est de prétendre, fussent-ils
seuls de leur avis, avoir raison contre tout le monde. Leur tactique est d'éviter la
discussion, et quand ils se voient combattus victorieusement par les armes
irrésistibles de la logique, ils refusent dédaigneusement de répondre, et prescrivent
à leurs médiums de s'éloigner des centres où leurs idées ne sont pas accueillies.
Cet isolement est ce qu'il y a de plus fatal pour les médiums, parce qu'ils subissent,
sans contrepoids, le joug de ces Esprits obsesseurs qui les conduisent, comme des
aveugles, et les mènent souvent dans des voies pernicieuses.
XXVIII
Les faux prophètes ne sont pas seulement parmi les incarnés ; ils sont
aussi, et en bien plus grand nombre, parmi les Esprits orgueilleux qui,
sous de faux-semblants d'amour et de charité, sèment la désunion et
retardent l'oeuvre émancipatrice de l'humanité, en jetant à la traverse
leurs systèmes absurdes qu'ils font accepter par leurs médiums ; et pour
mieux fasciner ceux qu'ils veulent abuser, pour donner plus de poids à
leurs théories, ils se parent sans scrupule de noms que les hommes ne
prononcent qu'avec respect, ceux de saints justement vénérés, de Jésus,
de Marie, de Dieu même.
Ce sont eux qui sèment des ferments d'antagonisme entre les groupes,
qui les poussent à s'isoler les uns des autres, et à se voir d'un mauvais
oeil. Cela seul suffirait pour les démasquer, car, en agissant ainsi, ils
donnent eux-mêmes le plus formel démenti à ce qu'ils prétendent être.
Aveugles donc sont les hommes qui se laissent prendre à un piège aussi
grossier.
Mais il y a bien d'autres moyens de les reconnaître. Des Esprits de
l'ordre auquel ils disent appartenir doivent être non seulement très bons,
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXXI 390
mais, en outre, éminemment logiques et rationnels. Eh bien ! passez
leurs systèmes au tamis de la raison et du bon sens, et vous verrez ce qui
en restera. Convenez donc avec moi que, toutes les fois qu'un Esprit
indique, comme remède aux maux de l'humanité, ou comme moyens
d'arriver à sa transformation, des choses utopiques et impraticables, des
mesures puériles et ridicules ; quand il formule un système contredit par
les plus vulgaires notions de la science, ce ne peut être qu'un Esprit
ignorant et menteur.
D'un autre côté, croyez bien que si la vérité n'est pas toujours
appréciée par les individus, elle l'est toujours par le bon sens des masses,
et c'est encore là un critérium. Si deux principes se contredisent, vous
aurez la mesure de leur valeur intrinsèque en cherchant celui qui trouve
le plus d'échos et de sympathie ; il serait illogique, en effet, d'admettre
qu'une doctrine qui verrait diminuer le nombre de ses partisans fût plus
vraie que celle qui voit les siens s'augmenter. Dieu, voulant que la vérité
arrive à tous, ne la confine pas dans un cercle étroit et restreint : il la fait
surgir par différents points, afin que partout la lumière soit à côté des
ténèbres.
ERASTE.
Remarque. La meilleure garantie qu'un principe est l'expression de la vérité,
c'est lorsqu'il est enseigné et révélé par différents Esprits, par des médiums
étrangers les uns aux autres, et en différents lieux, et lorsque, de plus, il est
confirmé par la raison et sanctionné par l'adhésion du plus grand nombre. La vérité
seule peut donner des racines à une doctrine ; un système erroné peut bien recruter
quelques adhérents, mais comme il manque de la première condition de vitalité, il
n'a qu'une existence éphémère ; c'est pourquoi il n'y a pas à s'en inquiéter : il se tue
par ses propres erreurs, et tombera inévitablement devant l'arme puissante de la
logique.
Communications apocryphes.
Il y a souvent des communications tellement absurdes, quoique
signées des noms les plus respectables, que le plus vulgaire bon sens en
démontre la fausseté ; mais il en est où l'erreur est dissimulée sous de
bonnes choses qui font illusion et empêchent quelquefois de la saisir au
premier coup d'oeil, mais elles ne sauraient résister à un examen sérieux.
Nous n'en citerons que quelques-unes comme échantillon.
DISSERTATIONS SPIRITES 391
XXIX
La création perpétuelle et incessante des mondes est pour Dieu comme
une jouissance perpétuelle, parce qu'il voit sans cesse ses rayons devenir
chaque jour plus lumineux en bonheur. Il n'y a pas de nombre pour Dieu,
pas plus qu'il n'y a de temps. Voilà pourquoi des centaines ou des
milliards ne sont pas plus et pas moins pour lui, l'un que l'autre. C'est un
père, dont le bonheur est formé du bonheur collectif de ses enfants, et à
chaque seconde de création, il voit un nouveau bonheur venir se fondre
dans le bonheur général. Il n'y a ni arrêt, ni suspension dans ce
mouvement perpétuel, ce grand bonheur incessant qui féconde la terre et
le ciel. Du monde, on ne connaît qu'une faible fraction, et vous avez des
frères qui vivent sous des latitudes où l'homme n'est pas encore parvenu
à pénétrer. Que signifient ces chaleurs torréfiantes et ces froids mortels
qui arrêtent les efforts des plus hardis ? Croyez-vous simplement que là
soit la limite de votre monde, quand vous ne pouvez plus avancer avec
vos petits moyens ? Vous pourriez donc mesurer exactement votre
planète ? Ne croyez pas cela. Il y a sur votre planète plus de lieux
ignorés que de lieux connus. Mais comme il est inutile de propager
davantage toutes vos mauvaises institutions, toutes vos mauvaises lois,
actions et existences, il y a une limite qui vous arrête çà et là, et qui vous
arrêtera jusqu'à ce que vous ayez à transporter les bonnes semences qu'a
faites votre libre arbitre. Oh ! non, vous ne connaissez pas ce monde que
vous appelez la terre. Vous verrez de votre existence un grand
commencement de preuves à cette communication. Voilà que l'heure va
sonner où il y aura une autre découverte que la dernière qui a été faite ;
voilà que va s'élargir le cercle de votre terre connue, et quand toute la
presse chantera cet Hosanna dans toutes les langues, vous, pauvres
enfants, qui aimez Dieu et qui cherchez sa voix, vous l'aurez su avant
ceux mêmes qui donneront leur nom à la nouvelle terre.
VINCENT DE PAUL.
Remarque. Au point de vue du style, cette communication ne supporte pas la
critique ; les incorrections, les pléonasmes, les tournures vicieuses sautent aux
yeux de quiconque est tant soit peu lettré ; mais cela ne prouverait rien contre le
nom dont elle est signée, attendu que ces imperfections pourraient tenir à
l'insuffisance du médium, ainsi que nous l'avons démontré. Ce qui est le fait de
l'Esprit, c'est l'idée ; or quand il dit qu'il y a sur notre planète plus de lieux ignorés
que de lieux connus, qu'un nouveau continent va être découvert, c'est, pour un
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXXI 392
Esprit qui se dit supérieur, faire preuve de la plus profonde ignorance. Sans doute
on peut découvrir par-delà les glaces quelques coins de terre inconnus, mais dire
que ces terres sont peuplées et que Dieu les a cachées aux hommes afin qu'ils n'y
portassent pas leurs mauvaises institutions, c'est avoir par trop foi dans la
confiance aveugle de ceux à qui il débite de pareilles absurdités.
XXX
Mes enfants, notre monde matériel et le monde spirituel que si peu
connaissent encore, forment comme deux plateaux de la balance
perpétuelle. Jusqu'ici nos religions, nos lois, nos coutumes et nos
passions ont tellement fait pencher le plateau du mal pour enlever celui
du bien, qu'on a vu le mal régner en souverain sur la terre. Depuis des
siècles c'est toujours la même plainte qui s'exhale de la bouche de
l'homme, et la conclusion fatale est l'injustice de Dieu. Il en est même
qui vont jusqu'à la négation de l'existence de Dieu. Vous voyez tout ici
et rien là ; vous voyez le superflu qui heurte le besoin, l'or qui brille près
de la boue ; tous les contrastes les plus frappants qui devraient vous
prouver votre double nature. D'où cela vient-il ? A qui la faute ? Voilà
ce qu'il faut chercher avec tranquillité et avec impartialité ; quand on
désire sincèrement trouver un bon remède, on le trouve. Eh bien ! malgré
cette domination du mal sur le bien, par votre propre faute, car ne voyezvous
pas le reste aller droit la ligne tracée par Dieu ? Voyez-vous les
saisons se déranger ? les chaleurs et les froids se heurter
inconsidérément ? la lumière du soleil oublier d'éclairer la terre ? la terre
oublier dans son sein les grains que l'homme y a déposés ? Voyez-vous
la cessation des mille miracles perpétuels qui se produisent sous nos
yeux, depuis la naissance du brin d'herbe, jusqu'à la naissance de
l'enfant, homme futur ? Mais, tout va bien du côté de Dieu, tout va mal
du côté de l'homme. Quel remède à cela ? Il est bien simple : se
rapprocher de Dieu, s'aimer, s'unir, s'entendre et suivre tranquillement la
route dont on voit les jalons avec les yeux de la foi et de la conscience.
VINCENT DE PAUL.
Remarque. Cette communication a été obtenue dans le même cercle ; mais
quelle différence avec la précédente ! non seulement pour les pensées, mais encore
pour le style. Tout y est juste, profond, sensé, et certes saint Vincent de Paul ne la
désavouerait pas, c'est pourquoi on peut sans crainte la lui attribuer.
DISSERTATIONS SPIRITES 393
XXXI
Allons, enfants, serrez vos rangs ! c'est-à-dire que votre bonne union
fasse votre force. Vous qui travaillez à la fondation du grand édifice,
veillez et travaillez toujours à le consolider à sa base, et alors vous
pourrez le monter bien haut, bien haut ! La progression est immense sur
tout notre globe ; une quantité innombrable de prosélytes se rangent sous
notre drapeau ; beaucoup de sceptiques et même des plus incrédules
s'approchent, s'approchent aussi.
Allez, enfants ; marchez le coeur haut, plein de foi ; la route que vous
poursuivez est belle ; ne vous ralentissez pas ; suivez toujours la droite
ligne, servez de guides à ceux qui viennent après vous, ils seront
heureux, bien heureux !
Marchez, enfants ; vous n'avez pas besoin de la force des baïonnettes
pour soutenir votre cause, vous n'avez besoin que de la foi ; la croyance,
la fraternité et l'union, voilà vos armes ; avec celles-là vous êtes forts,
plus puissants que tous les grands potentats de l'univers réunis, malgré
leurs forces vivantes, leurs flottes, leurs canons et leur mitraille !
Vous qui combattez pour la liberté des peuples et la régénération de la
grande famille humaine, allez, enfants, courage et persévérance, Dieu
vous aidera. Bonsoir, au revoir.
NAPOLEON.
Remarque. Napoléon était, de son vivant, un homme grave et sérieux s'il en fut
jamais ; tout le monde connaît son style bref et concis ; il aurait singulièrement
dégénéré si, après sa mort, il était devenu verbeux et burlesque. Cette
communication est peut-être de l'Esprit de quelque troupier qui s'appelait
Napoléon.
XXXII
Non, on ne peut pas changer de religion quand on n'en a pas une qui
puisse à la fois satisfaire le sens commun et l'intelligence qu'on a, et qui
puisse surtout donner à l'homme des consolations présentes. Non, on ne
change pas de religion, on tombe de l'ineptie et de la domination dans la
sagesse et dans la liberté. Allez, allez, notre petite armée ! allez, et ne
craignez pas les balles ennemies : celles qui doivent vous tuer ne sont
pas encore faites, si vous êtes toujours du fond du coeur dans la voie de
Dieu, c'est-à-dire si vous voulez toujours combattre pacifiquement et
victorieusement pour l'aisance et la liberté.
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXXI 394
VINCENT DE PAUL.
Remarque. Qui reconnaîtrait saint Vincent de Paul à ce langage, à ces pensées
décousues et dépourvues de sens ? Que signifient ces mots : Non, on ne change
pas de religion, on tombe de l'ineptie et de la domination dans la sagesse et dans la
liberté ? Avec ses balles qui ne sont pas encore faites, nous soupçonnons fort cet
Esprit d'être le même que celui qui a signé ci-dessus Napoléon.
XXXIII
Enfants de ma foi, chrétiens de ma doctrine oubliée par les intérêts des
flots de la philosophie des matérialistes, suivez-moi sur le chemin de la
Judée, suivez la passion de ma vie, contemplez mes ennemis maintenant,
voyez mes souffrances, mes tourments et mon sang versé pour ma foi.
Enfants, spiritualistes de ma nouvelle doctrine, soyez prêts à
supporter, à braver les flots de l'adversité, les sarcasmes de vos ennemis.
La foi marchera sans cesse en suivant votre étoile, qui vous conduira au
chemin du bonheur éternel, telle que l'étoile conduisit pour la foi les
mages de l'Orient à la crèche. Quelles que soient vos adversités, quelles
que soient vos peines, et les larmes que vous aurez versées sur cette
sphère d'exil, prenez courage, soyez persuadés que la joie qui vous
inondera dans le monde des Esprits sera bien au-dessus des tourments de
votre existence passagère. La vallée de larmes est une vallée qui doit
disparaître pour faire place au brillant séjour de joie, de fraternité et
d'union, où par votre bonne obéissance à la sainte révélation vous
parviendrez. La vie, mes chers frères de cette sphère terrestre, toute
préparatoire, ne peut durer que le temps nécessaire pour vivre bien
préparé à cette vie qui ne pourra jamais finir. Aimez-vous, aimez-vous
comme je vous ai aimés, et comme je vous aime encore ; frères, courage,
frères ! Je vous bénis ; au ciel je vous attends.
JESUS.
De ces brillantes et lumineuses régions où la pensée humaine peut à
peine arriver, l'écho de vos paroles et des miennes est venu frapper mon
coeur.
Oh ! de quelle joie je me sens inondé en vous voyant, vous, les
continuateurs de ma doctrine. Non, rien n'approche du témoignage de
vos bonnes pensées ! Vous le voyez, enfants, l'idée régénératrice lancée
par moi jadis dans le monde, persécutée, arrêtée un moment sous la
DISSERTATIONS SPIRITES 395
pression des tyrans, s'en va désormais sans obstacles, éclairant les
chemins à l'humanité si longtemps plongée dans les ténèbres.
Tout grand et désintéressé sacrifice, mes enfants, a tôt ou tard porté
ses fruits. Mon martyr vous l'a prouvé ; mon sang versé pour ma doctrine
sauvera l'humanité et effacera les fautes des grands coupables !
Soyez bénis, vous qui aujourd'hui prenez place dans la famille
régénérée ! Allez, courage, enfants !
JESUS.
Remarque. Il n'y a sans doute rien de mauvais dans ces deux communications ;
mais le Christ a-t-il jamais eu ce langage prétentieux, emphatique et boursouflé ?
Qu'on les compare à celle que nous avons citée plus haut et qui porte le même
nom, et l'on verra de quel côté est le cachet de l'authenticité.
Toutes ces communications ont été obtenues dans le même cercle. On remarque,
dans le style, un air de famille, des tours de phrase identiques, les mêmes
expressions souvent reproduites comme, par exemple, allez, allez, enfants, etc.,
d'où l'on peut conclure que c'est le même Esprit qui les a toutes dictées sous des
noms différents. Dans ce cercle, cependant, très consciencieux du reste, mais un
peu trop crédule, on ne faisait ni évocations, ni questions ; on attendait tout des
communications spontanées, et l'on voit que ce n'est certes pas une garantie
d'identité. Avec des questions un peu pressantes et serrées de logique, on eût
facilement remis cet Esprit à sa place ; mais il savait n'avoir rien à craindre,
puisqu'on ne lui demandait rien, et qu'on acceptait sans contrôle et les yeux fermés
tout ce qu'il disait. (Voir n° 269.)
XXXIV
Que la nature est belle ! que la Providence est prudente en sa
prévoyance ! mais votre aveuglement et vos passions humaines
empêchent de prendre patience en la prudence et la bonté de Dieu. Vous
vous lamentez du moindre nuage, du moindre retard dans vos
prévisions ; sachez donc, impatients douteurs, que rien n'arrive sans un
motif toujours prévu, toujours prémédité au profit de tous. La raison de
ce qui précède est pour mettre à néant, hommes à craintes hypocrites,
toutes vos prévisions de mauvaise année pour vos récoltes.
Dieu inspire souvent l'inquiétude de l'avenir aux hommes pour les
pousser à la prévoyance ; et voyez comme grands sont les moyens pour
parfaire à vos craintes semées à dessein, et qui, le plus souvent, cachent
des pensées avides plutôt qu'une idée d'un sage approvisionnement
inspiré par un sentiment d'humanité au profit des petits. Voyez les
rapports de nations à nations qui en ressortiront ; voyez quelles
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXXI 396
transactions devront se réaliser ; que de moyens viendront concourir à
parer vos craintes ! car, vous le savez, tout s'enchaîne ; aussi, grands et
petits viendront à l'oeuvre.
Alors, ne voyez-vous pas déjà dans tout ce mouvement une source
d'un certain bien-être pour la classe la plus laborieuse des Etats, classe
vraiment intéressante que vous, les grands, vous, les omnipotents de
cette terre, vous considérez comme gens taillables à merci, créés pour
vos satisfactions.
Puis, qu'arrive-t-il après tout ce va-et-vient d'un pôle à l'autre ? C'est
qu'une fois bien pourvus, souvent ce temps a changé ; le soleil, obéissant
à la pensée de son créateur, a mûri en quelques jours vos moissons ;
Dieu a mis l'abondance où votre convoitise méditait sur le manque, et
malgré vous les petits pourront vivre ; et sans vous en douter, vous avez
été à votre insu la cause d'une abondance.
Cependant il arrive, - Dieu le permet quelquefois, - que les méchants
réussissent dans leurs projets cupides ; mais alors c'est un enseignement
que Dieu veut donner à tous ; c'est la prévoyance humaine qu'il veut
stimuler ; c'est l'ordre infini qui règne dans la nature, c'est le courage
contre les événements que doivent imiter, que doivent supporter avec
résignation les hommes.
Quant à ceux qui, par calcul, profitent des désastres, croyez-le, ils en
seront punis. Dieu veut que tous ses êtres vivent ; l'homme ne doit pas
jouer avec la nécessité, ni trafiquer sur le superflu. Juste en ses bienfaits,
grand en sa clémence, trop bon pour notre ingratitude, Dieu, dans ses
desseins, est impénétrable.
BOSSUET. ALFRED DE MARIGNAC.
Remarque. Cette communication ne contient assurément rien de mauvais ; il y a
même des idées philosophiques profondes et des conseils très sages, qui pourraient
tromper, sur l'identité de l'auteur, les personnes peu versées dans la littérature. Le
médium qui l'avait obtenue l'ayant soumise au contrôle de la Société spirite de
Paris, il n'y eut qu'une voix pour déclarer qu'elle ne pouvait être de Bossuet. Saint
Louis consulté répondit : «Cette communication, par elle-même, est bonne, mais
ne croyez pas que ce soit Bossuet qui l'ait dictée. Un Esprit l'a écrite, peut-être un
peu sous son inspiration, et il a mis le nom du grand évêque au bas pour la faire
accepter plus facilement ; mais au langage vous devez reconnaître la substitution.
Elle est de l'Esprit qui a mis son nom après celui de Bossuet.» Cet Esprit, interrogé
sur le motif qui l'avait fait agir, dit : «J'avais envie d'écrire quelque chose afin de
me rappeler au souvenir des hommes ; voyant que c'était faible, j'ai voulu y mettre
DISSERTATIONS SPIRITES 397
le prestige d'un grand nom. - Mais ne pensiez-vous pas qu'on reconnaîtrait qu'elle
n'était pas de Bossuet ? - Qui sait jamais au juste ? Vous pouviez vous tromper.
D'autres moins clairvoyants l'auraient acceptée.»
C'est en effet la facilité avec laquelle certaines personnes acceptent ce qui vient
du monde invisible sous le couvert d'un grand nom, qui encourage les Esprits
trompeurs. C'est à déjouer les ruses de ceux-ci qu'il faut appliquer toute son
attention, et l'on ne peut y parvenir qu'à l'aide de l'expérience acquise par une
étude sérieuse. Aussi répétons-nous sans cesse : Etudiez avant de pratiquer, car
c'est le seul moyen de ne pas acquérir l'expérience à vos dépens.
CHAPITRE XXXII.
VOCABULAIRE SPIRITE.
Agénère (du grec, a, privatif et géiné, géinomaï, engendrer ; qui n'a
pas été engendré). Variété de l'apparition tangible ; état de certains
Esprits qui peuvent revêtir momentanément les formes d'une personne
vivante, au point de faire complètement illusion.
Erraticité. Etat des Esprits errants, c'est-à-dire non incarnés, pendant
les intervalles de leurs existences corporelles.
Esprit. Dans le sens spécial de la doctrine spirite, les Esprits sont les
êtres intelligents de la création, qui peuplent l'univers en dehors du
monde matériel, et qui constituent le monde invisible. Ce ne sont point
des êtres d'une création particulière, mais les âmes de ceux qui ont vécu
sur la terre ou dans les autres sphères, et qui ont quitté leur enveloppe
corporelle.
Frappeur. Qualité de certains Esprits. Les Esprits frappeurs sont ceux
qui révèlent leur présence par des coups et des bruits de diverses natures.
Médianimique. Qualité de la puissance des médiums. Faculté
médianimique.
Médianimité. Faculté des médiums. Synonyme de médiumnité. Ces
deux mots sont souvent employés indifféremment ; si l'on voulait faire
une distinction, on pourrait dire que médiumnité a un sens plus général,
et médianimité un sens plus restreint. Il a le don de médiumnité. La
médianimité mécanique.
Médium (du latin, medium, milieu, intermédiaire). Personne pouvant
servir d'intermédiaire entre les Esprits et les hommes.
Médiumat. Mission providentielle des médiums. Ce mot a été créé par
les Esprits. (Voir chapitre XXXI ; communication XII.)
Médiumnité (Voir Médianimité).
Périsprit (du grec, péri, autour). Enveloppe semi-matérielle de
l'Esprit. Chez les incarnés, il sert de lien ou d'intermédiaire entre l'Esprit
SECONDE PARTIE - CHAPITRE XXXII 400
et la matière ; chez les Esprits errants, il constitue le corps fluidique de
l'Esprit.
Pneumatographie (du grec pneuma, air, souffle, vent, esprit, et
graphô, j'écris). Ecriture directe des Esprits sans le secours de la main
d'un médium.
Pneumatophonie (du grec, pneuma, et de phoné, son ou voix). Voix
des Esprits ; communication orale des Esprits sans le secours de la voix
humaine.
Psychographe (du grec, psukê, papillon, âme, et graphô, j'écris).
Celui qui fait de la psychographie ; médium écrivain.
Psychographie. Ecriture des Esprits par la main d'un médium.
Psychophonie. Communication des Esprits par la voix d'un médium
parlant.
Réincarnation. Retour de l'Esprit à la vie corporelle ; pluralité des
existences.
Sématologie (du grec, semâ, signe, et logos, discours). Langage des
signes. Communication des Esprits par le mouvement des corps inertes.
Spirite. Ce qui a rapport au spiritisme ; partisan du spiritisme ; celui
qui croit aux manifestations des Esprits. Un bon, un mauvais spirite ; la
doctrine spirite.
Spiritisme. Doctrine fondée sur la croyance à l'existence des Esprits et
à leurs manifestations.
Spiritiste. Ce mot, employé dans le principe pour désigner les adeptes
du spiritisme, n'a pas été consacré par l'usage ; le mot spirite a prévalu.
Spiritualisme. Se dit dans le sens opposé à celui de matérialisme
(académ.) ; croyance à l'existence de l'âme spirituelle et immatérielle. Le
spiritualisme est la base de toutes les religions.
Spiritualiste. Ce qui a rapport au spiritualisme ; partisan du
spiritualisme. Quiconque croit que tout en nous n'est pas matière est
spiritualiste, ce qui n'implique nullement la croyance aux manifestations
des Esprits. Tout spirite est nécessairement spiritualiste ; mais on peut
être spiritualiste sans être spirite ; le matérialiste n'est ni l'un ni l'autre.
On dit : la philosophie spiritualiste. - Un ouvrage écrit dans les idées
VOCABULAIRE SPIRITE 401
spiritualistes. - Les manifestations spirites sont produites par l'action des
Esprits sur la matière. - La morale spirite découle de l'enseignement
donné par les Esprits. - Il y a des spiritualistes qui tournent en dérision
les croyances spirites.
Dans ces exemples, la substitution du mot spiritualiste au mot spirite,
produirait une confusion évidente.
Stéréotite (du grec, stéréos, solide). Qualité des apparitions tangibles.
Typteur (du grec, tuptô, je frappe). Variété des médiums aptes à la
typtologie. Médium typteur.
Typtologie. Langage par coups frappés ; mode de communication des
Esprits. Typtologie alphabétique.
Pages
TABLE DES MATIERES
_______________
INTRODUCTION .............................................................. 3
PREMIERE PARTIE - NOTIONS PRELIMINAIRES ................................... 7
CHAPITRE PREMIER. Y A-T-IL DES ESPRITS ?....................................7
CHAPITRE II. LE MERVEILLEUX ET LE SURNATUREL. .............................13
CHAPITRE III. METHODE. ....................................................23
CHAPITRE IV. SYSTEMES......................................................35
SECONDE PARTIE - DES MANIFESTATIONS SPIRITES ............................. 51
CHAPITRE PREMIER. ACTION DES ESPRITS SUR LA MATIERE........................51
CHAPITRE II. MANIFESTATIONS PHYSIQUES. - TABLES TOURNANTES.................57
CHAPITRE III. MANIFESTATIONS INTELLIGENTES. ...............................61
CHAPITRE IV. THEORIE DES MANIFESTATIONS PHYSIQUES..........................65
Mouvements et soulèvements. - Bruits. .....................................65
Augmentation et diminution du poids des corps. ............................74
CHAPITRE V. MANIFESTATIONS PHYSIQUES SPONTANEES. ..........................77
Bruits, tapages et perturbations...........................................77
Objets lancés..............................................................83
Phénomène des apports. ....................................................88
Dissertation d'un esprit sur les apports. .................................88
CHAPITRE VI. MANIFESTATIONS VISUELLES. ....................................97
Questions sur les apparitions........................................ .....97
Essai théorique sur les apparitions.......................................104
Esprits globules. ........................................................108
Théorie de l'hallucination................................................110
CHAPITRE VII. BI-CORPOREITE ET TRANSFIGURATION. ..........................115
Apparitions de l'Esprit des vivants.......................................115
Hommes doubles. - Saint Alphonse de Liguori et saint Antoine de Padoue....118
Vespasien.................................................................119
Transfiguration. .........................................................121
Invisibilité..............................................................122
CHAPITRE VIII. LABORATOIRE DU MONDE INVISIBLE. ...........................125
Vêtements des Esprits. - Formation spontanée d'objets tangibles. .........125
Modification des propriétés de la matière.................................128
Action magnétique curative................................................131
CHAPITRE IX. DES LIEUX HANTES. ...........................................133
CHAPITRE X. NATURE DES COMMUNICATIONS.....................................139
Communications grossières.................................................139
Communications frivoles. .................................................140
Communications sérieuses. ................................................140
Communications instructives. .............................................141
CHAPITRE XI. SEMATOLOGIE ET TYPTOLOGIE. ..................................143
Langage des signes et des coups frappés. Typtologie alphabétique..........143
CHAPITRE XII. PNEUMATOGRAPHIE OU ECRITURE DIRECTE. PNEUMATOPHONIE.........149
Ecriture directe. ........................................................149
Pneumatophonie. ..........................................................152
CHAPITRE XIII. PSYCHOGRAPHIE..............................................155
Psychographie indirecte : corbeilles et planchettes. .....................155
Psychographie directe ou manuelle.........................................157
CHAPITRE XIV. DES MEDIUMS. ...............................................159
Médiums à effets physiques. ..............................................159
Personnes électriques. ...................................................162
Médiums sensitifs ou impressibles.........................................163
Médiums auditifs. ........................................................164
Médiums parlants. ........................................................164
Médiums voyants...........................................................165
Médiums somnambules. .....................................................168
Médiums guérisseurs.......................................................170
Médiums pneumatographes...................................................172
CHAPITRE XV. MEDIUMS ECRIVAINS OU PSYCHOGRAPHES...........................173
Médiums mécaniques. ......................................................173
Médiums intuitifs.........................................................174
Médiums semi-mécaniques. .................................................175
Médiums inspirés..........................................................175
Médiums à pressentiments. ................................................177
CHAPITRE XVI. MEDIUMS SPECIAUX. ..........................................179
Aptitudes spéciales des médiums...........................................179
Tableau synoptique des différentes variétés de médiums....................181
Variétés des médiums écrivains. ..........................................185
CHAPITRE XVII. FORMATION DES MEDIUMS......................................195
Développement de la médiumnité............................................195
Changement d'écriture.....................................................205
Perte et suspension de la médiumnité. ....................................205
CHAPITRE XVIII. INCONVENIENTS ET DANGERS DE LA MEDIUMNITE.................211
Influence de l'exercice de la médiumnité sur la santé. - Id. sur le cerveau.
- Id. sur les enfants.....................................................211
CHAPITRE XIX. ROLE DU MEDIUM DANS LES COMMUNICATIONS SPIRITES. ...........215
Influence de l'Esprit personnel du médium.................................215
Système des médiums inertes...............................................218
Aptitude de certains médiums pour les choses qu'ils ne connaissent pas :
les langues, la musique, le dessin........................................218
Dissertation d'un Esprit sur le rôle des médiums..........................222
CHAPITRE XX. INFLUENCE MORALE DU MEDIUM. .................................227
Questions diverses........................................................227
Dissertation d'un Esprit sur l'influence morale. .........................232
CHAPITRE XXI. INFLUENCE DU MILIEU. .......................................237
CHAPITRE XXII. DE LA MEDIANIMITE CHEZ LES ANIMAUX. .......................241
Dissertation d'un esprit sur cette question. .............................241
CHAPITRE XXIII. DE L'OBSESSION............................................247
Obsession simple..........................................................247
Fascination...............................................................248
Subjugation...............................................................249
Causes de l'obsession. ...................................................250
Moyens de la combattre. ..................................................255
CHAPITRE XXIV. IDENTITE DES ESPRITS. .....................................263
Preuves possibles d'identité..............................................263
Distinction des bons et des mauvais Esprits. .............................267
Questions sur la nature et l'identité des Esprits. .......................274
CHAPITRE XXV. DES EVOCATIONS..............................................281
Considérations générales..................................................281
Esprits que l'on peut évoquer. ...........................................284
Langage à tenir avec les Esprits..........................................287
Utilité des évocations particulières. ....................................288
Questions sur les évocations. ............................................289
Evocation des animaux.....................................................298
Evocation des personnes vivantes..........................................299
Télégraphie humaine. .....................................................304
CHAPITRE XXVI. QUESTIONS QUE L'ON PEUT ADRESSER AUX ESPRITS...............305
Observations préliminaires................................................305
Questions sympathiques ou antipathiques aux Esprits. .....................307
Questions sur l'avenir. ..................................................308
Questions sur les existences passées et futures...........................310
Questions sur les intérêts moraux et matériels............................312
Questions sur le sort des Esprits.........................................314
Questions sur la santé. ..................................................315
Questions sur les inventions et les découvertes...........................316
Questions sur les trésors cachés. ........................................317
Questions sur les autres mondes...........................................318
CHAPITRE XXVII. DES CONTRADICTIONS ET DES MYSTIFICATIONS..................321
Des contradictions. ......................................................321
Des mystifications. ......................................................328
CHAPITRE XXVIII. CHARLATANISME ET JONGLERIE. .............................331
Médiums intéressés. ......................................................331
Fraudes spirites..........................................................335
CHAPITRE XXIX. REUNIONS ET SOCIETES SPIRITES..............................343
Des réunions en général. .................................................343
Des sociétés proprement dites. ...........................................349
Sujets d'études. .........................................................355
Rivalité entre les sociétés. .............................................358
CHAPITRE XXX. REGLEMENT DE LA SOCIETE PARISIENNE DES ETUDES SPIRITES, ....361
CHAPITRE PREMIER. - But et formation de la Société........................361
CHAPITRE II. - Administration. ...........................................363
CHAPITRE III. - Des séances...............................................365
CHAPITRE IV. - Dispositions diverses......................................368
CHAPITRE XXXI. DISSERTATIONS SPIRITES.....................................371
Sur le spiritisme.........................................................371
Sur les médiums...........................................................377
Sur les réunions spirites.................................................381
Communications apocryphes. ...............................................390
CHAPITRE XXXII. VOCABULAIRE SPIRITE.......................................399
TABLE DES MATIERES ...................................................... 403
DEBUT DU LIVRE

LIENS : LE LIVRE DES ESPRITS par ALLAN KARDEC





LE LIVRE DES MEDIUMS par ALLAN KARDEC (suite) (Spiritualité, Nouvel-Age - Editions, Livres)    -    Auteur : eddy - France


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dernière mise à jour : 2007-01-28

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